AJVTÉRIEURES A CELLE DE LUTHER
à transcrire la parole de Dieu ? et ces magnifiques exemplaires, éclatants d'or et de pourpre, n'ont-ils pas survécu au naufrage des empires, pour témoigner du respect de l'Eglise catholique pour le livre qu'elle multipliait par ces splendides copies? N'a-t-elle point fait, en outre, un précepte de l'étude des Ecritures dans toutes les communautés religieuses, dans toutes les universités, dans tous lescolléges ecclésiastiques? N'a-t-elle point voulu qu'en tous lieux, en tous temps elles fussent enseignées ? Dans tous les siècles, n'at-elle point enfanté des hommes de science et de piété, qui ont consacré leurs labeurs à faciliter l'intelligence des Ecritures, par des commentaires pleins d'érudition, et par des expositions nettes et précises qui en popularisaient la connaissance ? Dans ces âges qu'on appelle âges de barbarie, n'y avait-il point des savants hommes, comme Alcuin et Lanfranc, qui consacraient la plus grande partie de leur vie à éliminer du texte sacré les fautes et les erreurs qui s'y étaient accidentellement glissées ? N'est-ce point à la persévérance de cette sollicitude que nous devons l'existence des Ecritures?
« Avant qu'aucune version protestante de la Bible, quelle que fût d'ailleurs la langue, eût été publiée, il existait non pas deux, non pas cinq, non pas dix, mais d'innombrables traductions des Ecritures ; non pas des traductions manuscrites, mais des traductions imprimées et publiées pendant le court espace de temps qui s'écoula entre l'invention de l'impri-
merie et l'avènement du protestantisme. Comme l'opinion contraire s'est répandue jusque parmi les catholiques, je sens le besoin d'étayer mon assertion en citant quelques faits à l'appui.
« Prenons l'Allemagne, par exemple. Un ministre, qui se fit remarquer parmi les plus ardents promoteurs du jubilé protestant, parle de la version de Luther comme de la première qui ait été publiée en Allemagne. Il se contente de dire que, «vers l'année « 1446, une traduction, dont l'auteur est resté in- « connu, fut imprimée en Allemagne ; qu'à peine la « réforme eiit-elle commencé, que Luther médita une « traduction nouvelle 0) » . Et il ajoute, quelques lignes plus bas : « qu'outre les traductions faites par « les protestants, il y en eut aussi de composées par <( les théologiens catholiques, et que quelques-unes « de ces dernières parurent presque aussitôt que celle ,« de Luther» . Maintenant, pour vous taire juger quelle est l'exactitude de ces allégations, je me bornerai à mettre sous vos yeux une énumération des traductions catholiques et des éditions qui en ont été publiées avant la traduction de Luther, commencée en 1523, mais qui ne fut terminée qu'environ onze ans plus tard.
«En premier lieu, il existe encore aujourd'hui un exemplaire d'une traduction imprimée si anciennement qu'il ne porte point de date; car on sait que les premiers livres imprimés ne portaient ni date, ni
(1) Horne, vol. II.