LA TRADITION CONSERVÉE
plaçait alors, comme à présent, les ossements de quelque martyr on de quelque autre saint; on croyait à la présence l'éelle de Jésus-Christ au Saint- Sacrement ; on croyait au purgatoire, à la résurrection des corps ; on vénérait la Sainte Vierge, les saints, les martyrs qui avaient donné leur vie pour la foi Cl). Voilà des témoignages authentiques de la croyance des siècles qui nous ont précédés.
Sans vous imposer la rude tAche d'aller fouiller les vieux manuscrits ou les in-folios des grandes bibliothèques, allez faire une petite halte auprès des immenses basiliques dont l'origine se confond avec les premiers siècles du christianisme. Partout vous y retrouverez la croix, ce signe de notre croyance en la Rédemption par Jésus-Christ ; l'autel qui nous rappelle l'Eucharistie, à la fois sacrement et sacrifice ; le confessional où s'obtient le pardon des péchés ; le baptistère qui nous fait voir la foi catholique en la ' régénération spirituelle ; les reliques des saints exposées à la vénération des fidèles, etc. Dans les cathédrales, il vous sera facile de remarquer un siège particulier et plus élevé, destiné à l'évêque ; c'est l'emblème de sa supériorité et de son autorité sur le clergé et les fidèles. Ailleurs, comme à Saint-Paulhors-les-murs, vous pourrez admirer ces belles mosaïques, en forme de médaillons, qui représentent toute la série des Papes, depuis saint Pierre jusqu'à Pie IX ; et si vous avez vu la basilique Vaticane, vous
(1) De Rossi, Borna aotterranea erietiana, Roma, 1864.
DANS LES MONUMENTS CURÉTIENS. i 99
avez sans doute contemplé cette gigantesque coupole qui porte jusqu'aux deux et en lettres colossales le dogme de l'autorité infaillible des Vicaires de Jesus- Christ • « Tu es Petrus et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam, et portœ inferi .non prœvalebunt adversuseam^u Yoilà comment les vérités révélées, écrites ou non écrites dans les Livres Samts, sont non-seulement imprimées dans les âmes, mais sont gravées dans la littérature chrétienne, dans la sculpture, dans la peinture, dans les monuments, dans les objets darl qu'a produits le christianisme. Voila comment nous pouvons en appeler avec confiance a l'antiquité chrétienne pour montrer aux communions dissidentes que nos dogmes ne sont pas des inventions du moyen-âge ou d'une époque relativement moderne, mais sont les vénérables enseignements de l'âge apostolique.
Je conçois que le protestantisme ne veuille pas entendre prononcer le mol de tradition ; jamais il ne pourrait remonter au-delà de Luther ; c'est avec le moine apostat de Wittemberg et non avec Jésus-Christ que commence sa généalogie. D'ailleurs la tradition ne se concilie pas aisément avec d'incessantes innovations ; et qu'a été le protestantisme depuis son origine, sinon un schisme avec les siècles antérieurs, une métamorphose perpétuelle, une fluctuation non interrompue entre les doctrines les plus opposées? J'admire le sens profond de cette réponse que fit un grenadier français à son camarade protestant qui
voulait l'amener à sa secte . «Ne me parlez pa. dit-il, de votre religion, elle a moins d'âge aue mon régiment. «
Aussi l'on est péniblement affecté, lorsqu'on visite ces grandes églises gothiques de Westminster, de Baie de Lausanne et autres, construites pour le culte catholique et qui ont été usurpées par quelque secte pro estante ; l'autel a été enlevé complètement, ou quelquefois remplacé par une table de marbre ordinaire ; le chœur est dépouillé de tout ce qui lui donne sa raison d'être ; les niches, destinées aux statues de la Sainte Vierge et des saints, sont vides ; les bas-rehefs, qui rappelaient trop le catholicisme, sont mutiles ; il n'y a plus de vie dans une telle église • on sent que Dieu a cessé d'y habiter, depuis qu'une re igion étrangère, ennemie des antiques traditions est venue l'en chasser impitoyablement
Après avoir parlé de la liturgie anglicane, dont on vante 1 incomparable beauté, sans penser qu'elle n'est OU un reflet de la nôtre qu'on a abolie, le cardinal TViseman fait remarquer avec raison que la partie essentielle du culte anglican (collectes, épître, évangi 6} n est, chez nous, qu'une partie secondaire, qu'une introduction à un acte plus intime, au sacrifice euchans ique ; puis il ajoute : « Assurément, en face de cette contradiction manifeste de la religion anglicane qui veille a la conservation des accessoires de notre culte et estime à un si haut prix le cadre où notre liturgie n'est que renfermée, je ne puis que la regarder
comme une mère infortunée, touchée du doigt de Dieu, chez laqueHe la lumière de la raison s'est obscurcie, qui presse encore contre son cœur le cadre qui entourait une image chérie, et qui continue à remuer le berceau vide d'un enfant qu'elle a perdu » (1). Qu'on ne nous dise pas que la révélation, non consignée dans les Saintes Ecritures, a dû nécessairement s'altérer avec le temps et se mêler, sur le parcours des siècles, avec les impures scories de mille superstitions ; cette objection suppose nécessairement des idées erronées chez ceux qui la font. En effet, Jésus-Christ ayant établi, comme nous allons le voir, une Eglise enseignante, pour être la dépositaire et la gardienne infaillible de toute vérité révélée, écrite ou non écrite, il s'ensuit que la vraie doctrine ne peut jamais se corrompre entre les mains de cette Eglise. Si elle a été capable, avec l'assistance divine, de conserver intacts les Livres Saints, elle a pu aussi facilement conserver les vérités qui ne se trouvent pas* dans l'Ecriture ; l'un n'est pas plus impossible que l'autre à la toute-puissance divine.
(1) Conférences sur les doctrines, eto., p. 157.