OBÉISSANCE DES FIDÈLES
transmise. Aussi Jésus-Christ dit-il expressément r
« Prêchez l'Evangile celui qui ne croira pas sera
condamner) W. C'est pourquoi saint Paul écrivant aux Thessaloniciens s'exprimait en ces termes : «Nous rendons grâces à Dieu sans cesse de ce qu'ayant reçu la parole de Dieu que vous avez ouïe de nous, vous l'avez reçue non comme la parole des hommes, mais, ainsi quelle l'est véritablement, comme la parole d& Dieu, qui opère en vous qui avez embrassé la foi » (2). Le même Apôtre rappelle aussi la résurrection de Jésus-Christ « par qui nous avons reçu la grâce et l'apostolat, pour faire obéir à la foi toutes les nations en son nom (3). Enfin les Saintes Ecritures nous montrent les Apôtres se dispersante travers le monde entier, non pour y distribuer des Bibles, des codes écrits, mais pour y annoncer oralement aux peuples la bonne nouvelle de l'Evangile.
Ce simple exposé historique des origines du christianisme nous fait voir évidemment, d'une part, une hiérarchie enseignante, une autorité vivante, un magistère personnel et authentique, et de l'autre, la soumission correspondante, l'obéissance et l'obligation de recevoir la foi ainsi que l'explication qui en est donnée : voilà des éléments qui ne sont pas extrinsèques à la religion chrétienne, ni surajoutés accidentellement, ni variables avec les diverses circonstances,
(1) Mr. XVI, i«.
(2) I Thessal. II. 13.
(3) Rom. I, 6.
210 CONSTITUTION DE l'ÉGLISE
mais quiconstituent une propriété intrinsèque, essentielle, la base même de l'économie instituée par Jésus-Christ. Si donc, plus tard, quelques Apôtres, sans interrompre le cours de leurs prédications, écrivent à diverses Eglises particulières fondées par leurs soins ou à diverses personnes et dans des circonstances spéciales, une partie de la doctrine révélée, ces écrits pourront bien, dans les vues de la divine Providence, être d'un grand secours au corps enseignant des pasteurs et aux fidèles qui en dépendent, mais ils ne constitueront toujours qu'un moyen secondaire de conserver la doctrine ; ils n'affecteront nullement l'existence de l'Eglise enseignante, puisque ce qui est essentiel à l'apostolat, ce n'est pas d'écrire — ^jamais Jésus-Christ n'a donné cet ordre à ses Apôtres, — mais c'est de prêcher, d'enseigner de vive voix, et c'est ce que la plupart des Apôtres se sont contentés de faire, persuadés sans doute que leur mission divine n'exigeait rien de plus.
Maintenant, osera-t-on dire que ce n'est pas un changement radical que de substituer un livre, une lettre morte à une autorité vivante et personnelle? Dira-t-on que ce n'est pas une innovation que de remplacer la soumission des fidèles vis-à-vis des Apôtres par une indépendance complète des individus en matière de religion, par l'examen privé des Ecritures? Affirmera-t-on que c'est une même chose pour les fidèles de recevoir l'enseignement religieux tel qu'il est donné par les pasteurs légitimes, ou de
puiser la doclrine dans un livre, sans autre guide que la faible raison, et le plus souvent sans autre but que d'y trouver la justification d'idées préconçues ? Autant vaudrait soutenir qu'un gouvernement ne change pas de forme en passant de la démocratie pure à la monarchie la plus absolue. Il y a donc eu, au sein du protestantisme, une innovation radicale, un changement qui affecte essentiellement la constitution de l'Eglise chrétienne. Portez maintenant vos regards sur le catholicisme, et vous verrez sans peine qu'il repose absolument sur les mêmes bases que Jésus-Christ lui a données ; les évoques et les Papes ont succédé aux Apôtres et à leur Chef visible; ils enseignent encore avec autorité, comme ceux dont ils sont les héritiers légitimes; ils disent au monde: telle doctrine est révélée, et le monde croit sans hésiter, convaincu que c'est Dieu qui parle par la bouche de ses envoyés.
Quel est donc le secret de cette distance infinie qui sépare l'autorité de l'Eglise catholique de celle de l'Eglise anglicane? Pourquoi l'une est-elle obéie de la manière la plus complète, tandis que l'autre n'ose plus commander? Pourquoi l'une voit-elle son unité se fortifier tous les jours, pendant que l'autre se fractionne, se disloque, comme ces édifices modernes, mal construits, qui tombent en ruines sans pouvoir attendre le poids des années ? L'explication est facile : c'est que la première possède et revendique pour elle les prérogatives conférées par Jésus-Christ
212 l'église anglicane
à Pierre et aux autres Apôtres, tandis que la seconde, née d'hier, sans racines dans le passé et sans promesses pour l'avenir, n'a qu'une existence éphémère, a conscience de sa faiblesse et n'a pas même le courage de se proclamer héritière des bienfaits divins ; l'une est infaillible, se proclame infaillible et est reconnue comme telle depuis l'âge apostolique ; l'autre se contente d'être faillible, mais aussi ses plus dévoués partisans discutent ses jugements, — qui sont très-rares, il est vrai, — l'accusent parfois d'erreur dans la doctrine, dans l'interprétation de l'Ecriture, lui font une opposition acharnée, et finissent par soumettre le différend au gouvernement civil qui se permet assez souvent de renverser les décisions ecclésiastiques.
Voyons maintenant si les prétentions de l'Eglise catholique non-seulement à une autorité quelconque, 'mais à une autorité infaillible pour ce qui concerne l'enseignement et la conservation de la doctrine révélée, ont un fondement solide dans les Ecritures 0-).
(1) Mon intention n'est pas de traiter ici ex profeaio la question du lujet de l'infaiUibilité active ; cela m'entraînerait trop loin. Toutefois il sera facile de déduire de mes paroles les conclusions SUÏTantes que j'extrais du magnifique ouvrage du R. P. Franzelin, De divina traditione et Scriptura, p. 105-110:
" Subjectum ergo huj'ua {n/allibilitatia in docendo sunt illi omnes et Boli, quibus jus est et officium divinitus commissum authentice 4ocendi universam Ecclesiam.
a) Ita infallibilis est Eccleaia docen», h. e. corpus Paatorum et Doctorum in unione, consensione, et subordinatione ad visibilo uaput Eeolesiœ : idque tam in universali et consentiente prscdicatione doc-
ET l'église BATIE SUR PIERRE. 213
Jésus-Clirist, ayant donné à Simon le nom de Pierre, lui dit que sur cette pierre il bâtira son Eglise, et que « les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle», c'est-à-dire contre l'Eglise qui a Pierre pour base. Si ces paroles ne signifient pas que l'Eglise, en tant qu'appuyée sur le fondement que le Sauveur lui a donné, sera toujours infaillible, il me paraît impossible d'en trouver de plus claires pour exprimer cette idée. Quel autre sens tant soit peu naturel pourrait-on leur donner ? Aucun. En effet, ces paroles ne renferment-elles pas une promesse ? Oui, évidemment. Et cette promesse n'estelle pas faite à l'Eglise bâtie sur Pierre, ou à Pierre qui soutient l'Eglise (car on ne saurait séparer l'édifice de sa base sans le voir crouler) ? Cela n'est pas moins évident. Mais quelle est la nature de cette promesse ? Quelles garanties offre-t-elle ? Jésus commence par affirmer quil bâlira son Eglise sur un rocher, sur celte pierre. Est-ce que cela signifie que l'Eglise croulera bientôt et tombera dans l'erreur ? Est-il probable que Notre Seigneur, dont les regards divins plongeaient dans l'avenir et en scrutaient jus-
trinae de fîde vel moribus, tum in eolemnibus judiciis seu definitionibus ejasdem doctrinse.
6) Ex opposita ratione verba Christi, quibus Petro priinatus et in primatu comprehensa infallibilitas magisterii promittitur et confertur, ipsum solum désignant non tantummodo diserte distinctum a, ceteris, sed etiam in relatlone ad ceteros ab ipso conârmandos et
214 l'église DE JÉSUS-CHRIST
qu'aux moindres secrets, se fût servi de semblables paroles, s'il avait connu clairement la chute future de son Eglise ? Eût-il jamais dit qu'il la bâtirait sur la pierre, si cette pierre ne devait pas lui servir de fondement solide et durable ? Mais le Sauveur a répondu à l'avance à ces questions, lorsqu'il compare celui qui fait de bonnes œuvres « à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc : la pluie est descendue, les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, et elle n'a pas été renversée, parce qu'elle était fondée sur la pierre » 0). D'où il est clair que Jésus-Christ, en promettant de bâtir, lui aussi, son Eglise sur la pierre, a voulu nous montrer par là que sa base serait si solide, si inébranlable^ qu'elle pourrait résister au choc des orages, des persécutions, et de tous les moyens violents employés pour la renverser. Il développe encore sa pensée, lorsqu'il ajoute que « les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » Ces paroles renfermaient en même temps une prédiction générale et une promesse. La prédiction, c'est que les puissances de l'enfer seraient hostiles à l'Eglise, chercheraient à prévaloir contre elle, et mettraient en œuvre toute leur énergie et leur malice pour détruire ce royaume de la vérité, en tâchant de corrompre la doctrine révélée. Cette prédiction s'est pleinement accomplie, comme il est facile de le
(1) Mt. Vir, 24, 25.
NE PEUT ENSEIGNER l'erreur. 215
-constater en considérant tout ce que l'Eglise a eu constamment à souffrir de la part des scliismaliques, des apostats, des princes païens et même chrétiens, ennemis de sa foi et jaloux de son autorité, enfin de la part de mille sectes différentes acharnées à sa perte. La promesse, c'est que malgré tous ces efforts, toutes ces hostilités sans cesse renaissantes que le Sauveur désigne sous le nom de portes de l'enfer^ l'Eglise doit demeurer inébranlable ; elle doit résister aux fureurs aveugles de l'hérésie, de l'incrédulité, du schisme, de la persécution et de l'apostasie, absolument comme l'édifice qui a pour fondement un rocher solide, résiste à la violence des tempêtes.
Mais l'Eglise du Christ ne peut être que celle qui croit absolument toute la doctrine enseignée au monde par Jésus-Christ et ses Apôtres. Si donc l'on suppose un instant que cette Eglise est faillible, qu'elle sape la foi, qu'elle corrompt la morale, qu'elle enseigne l'erreur, elle cesse par là même d'être l'Eglise du €hrist, et il serait vrai de dire qu'elle a apostasie, qu'elle n'est plus sa chaste épouse, qu'elle était bâtie non sur la pierre mais sur le sable, que les portes de l'enfer ont prévalu contre elle, et que par conséquent le Sauveur a été infidèle à sa promesse ou n'avait pas prévu sa ruine future. La conséquence est rigoureuse ; mais comme cette conclusion renferme un l)lasphème contre Dieu, il s'ensuit que les prémisses sont fausses et que l'Eglise du Christ est nécessairement infaillible.