EST PERPÉTUELLE
gnanle de tous les siècles 0). L'Eglise d'Angleterre elle-même exigeant l'obéissance pour ses évêques, ne s'appuie pas sur d'autres paroles que celles que nous venons de rapporter ; il en est de même pour les sociétés qui s'occupent de la prédication de l'Evangile chez les nations lointaines.
Il est donc clair, d'après les Ecritures considérées même comme simple document historique, non inspiré et susceptible d'être compris par les catholiques tout aussi bien que par les protestants, il est clair, dis-je, et tout-à-fait indéniable 1° que Jésus- Christ a constitué une Eglise enseignante, chargée d'annoncer l'Evangile à toutes les nations ; 2° qu'il a donné à cette Eglise la mission d'enseigner avec une autorité suprême ; 3° que cette autorité est infaillible danstoutce qui concerne la doctrine révélée, en vertu de l'assistance du Saint-Esprit ; 4° que ce privilège de l'autorité infaillible n'a pas été restreint à Pierre et aux premiers Apôtres, mais doit se per-
(1) Le Cardinal Wiseman prouve d'une manière lumineuse, d'après tous ces textes et par le parallélisme biblique, que Jésus-Chriït a promis à ses Apôtres et à leurs successeurs la prérogative do l'infaillibilité. Il entre dans beaucoup de détails et démontre avec une profonde érudition que la perpétuité de la mission divine dans toute la succession apostolique est reconnue par toutes les communions dissidentes qui réclament pour leurs églises ou leurs pasteurs une autorité, une juridiction quelconque. Conférences sur les doctrinet, etc., p. 115-122. Voyez aussi P. Murray, Tractotua de Eccletia, disput. 11, t. III, p. 169. Franzelin, De divi7ia traditione et Scriptura, p. 28, etc. Kev. R. Manning, The shorteat way to end disputes ahoitt religion, Boston, 1846.
220 l'église catholique infaillible
pétuer dans leurs successeurs jusqu'à la fin du monde. Une fois cette doctrine de l'infaillibilité prouvée et admise, on comprend facilement comment Jésus- Christ a pu dire à ses Apôtres : « Celui qui vous écoute, m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise ; mais celui qui me méprise, méprise celui qui m'a envoyé » (i). — On conçoit sans peine que le Sauveur a pu déclarer que « celui qui n'écoute pas l'Eglise, doit être regardé comme un païen et un publicain » (2). Pourrait-on expliquer d'une manière quelque peu rationnelle cette obligation d'obéir et ce caractère infamant attaché à la désobéissance, s'il s'agissait d'une Eglise faillible, d'une Eglise qui peut corrompre la foi, la morale, toute la doctrine révélée? — On ne s'étonne pas que saint Paul ait dit d'uneEglise infaillible qu'elle est « l'appui et le fondement de la vérité » (^) ; qu'elle est « sans tache, sans souillure .quelconque » (4) ; on comprend encore que Jésus- Christ ait, dans ce cas, prononcé catégoriquement que « celui qui croira.... sera sauvé, et que celui qui ne croira pas, sera condamné » (^). — Mais, dites-le moi franchement, est-il possible de supposer un seul instant qu'une Eglise entachée d'erreur ou même simplement faillible, puisse recevoir le glorieux nom de « fondement de la vérité w et être déclarée « sans
(1) Luc. X, 16.
(2) Mt. XVIII, 17.
(3) I Tim. III, 15.
(4) Eph. V, 27.
(6) Mr. XVI, 16.
ET l'Église d' Angleterre faillible. 221
tache et sans souillure » ? Est-il croyable que le Sauveur des hommes ait ordonné, sous peine de damnation éternelle, de se soumettre à une autorité qui peut pervertir la saine doctrine, qui peut conduire aux erreurs les plus monstrueuses ? De semblables questions ne demandent pas de réponses ; elles sont aussitôt résolues que posées.
L'Eglise d'Angleterre s'est proclamée faillible ; c'est la seule vérité qu'elle ait élevée à la hauteur d'un dogme. Mais ce dogme est la ruine de tous les autres ; il sape par leur base les trente-neuf articles, tous les symboles de foi, et même les Ecritures. En efifet, un dogme défini est une vérité dont il n'est permis de douter en aucune manière. Or l'Eglise d'Angleterre, proclamée par elle-même et reconnue par tout le monde comme faillible, ne peut proposer aucune doctrine comme absolument certaine; les nuages du doute planent inévitablement sur toutes ses décisions. Qu'elle chante sur les toits que les trente-neuf articles, que les symboles de foi des premiers siècles sont contenus dans la révélation ; elle peut se tromper et beaucoup soutiennent qu'elle se trompe en affirmant pareille doctrine ; en tout cas, elle ne peut l'imposer à personne, et ces trente-neuf articles ne seront toujours que trente-neuf opinions. Elle peut même errer en présentant aux fidèles les Ecritures comme inspirées, et de fait chacun les tronque ou les rejette suivant son caprice ; en définitive, tout ce système se réduit à la Bible acceptée à son gré et
222 l'église d'Angleterre
interprétée par soi-même. Si elle veut maintenir l'absolue nécessité du Baptême pour le salut, elle s'entendra dire par le Conseil Privé de Sa Majesté qu'elle a fait erreur et qu'on peut être sauvé sans le Baptême, qui n'est qu'une pnre cérémonie ; car les paroles de Jésus-Christ: «Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit- Saint, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu, » signifient qu'iï peut entrer dans le royaume de Dieu et être sauvé ! Si elle ose affirmer avec Luther, avec les Puséistes et les Ritualistes que Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie avec la substance du pain et du vin, des milliers de voix s'élèveront contre elle, crieront à l'invasion du papisme, soutiendront que la doctrine de la présence réelle est une intolérable superstition, — attendu que le Sauveur, en disant : « Ceci est mon corps, » a voulu dire : Ceci n''est pas mon corps 1 — que celle du sacrifice de la Messe est une invention dangereuse et criminelle, que l'enseignement de la Haute-Eglise sur ce point est un reste de «pur papisme», pendant que celui de la Basse-Eglise est un «sale calvinisme». D'autres enfin, ennemis des doctrines extrêmes, demeureront dans le vague, et prétendront qu'il ne faut Ai rejeter ni admettre la présence réelle, mais qu'il suffit d'enseigner que la Cène est une dévotion mensuelle, trimestrielle ou annuelle, par laquelle on se nourrit d'un peu de pain et de vin en souvenir du Sauveur : c'est la large Eglise, Broad-Church. Yoilà comment avec une autorité faillible, qui n'est pas
Est SANS AUTORITÉ, 223
une autorité en matière religieuse, toutes les croyances disparaissent et se fondent comme la neige sous les rayons d'un soleil brûlant. Voilà comment on est arrivé à faire main basse sur les dogmes les plus universellement admis par tous les siècles ; voilà comment on est conduit à nier l'éternité des peines et des récompenses, l'immortalité et la spiritualité de î'âme, l'existence de Dieu même : voilà comment on devient rationaliste, puis matérialiste et athée.
ARTICLE DEUXIÈME
Caractères distinctifs de l'unique Eglise du Christ : unité, sainteté, catholicité et apostolicilé. — Pierre meurt à Rome ; ses successeurs sur le siège de cette ville revendiquent et exercent la même autorité que Pierre sur l'Eglise universelle : témoignage des premiers siècles sur cette question. — L'Eglise romaine gardienne et propagatrice de toute la parole de Dieu, écrite et non écrite. — Le protestantisme, rejetant la suprématie de Pierre et de ses successeurs, niant l'existence d'une autorité infaillible, et faisant de la Bible l'unique règle de foi, a changé la constitution de l'Eglise du Christ. — Le protestantisme ne possède ni l'unité (aveux des réformateurs sur ce sujet ; synode de Lausanne), ni la sainteté (les chefs jugés par eux-mêmes), ni la catholicité, •ni l'apostolicité. — L'Eglise catholique ou romaine n'est autre que l'Eglise du Christ ; elle repose sur Pierre ; elle est infaillible ; elle est une : réponse aux objections concernant les dogmes de l'Immaculée Conception de Marie et de l'infaillibilité pontificale, concernant les luttes entre les Thomistes et les Scotistes, entre les Jésuites et les Jansénistes, entre l'évêque de Montréal et les Sulpiciens ; elle est sainte, catholique et apostolique. — Conclusion. Quelques remarques sur la présence réelle, sur la transsubstantiation, sur la confession, sur le culte de la sainte Vierge» et des saints. — Réponse aune objection.
Jésus-Christ n'a constitué qu'une seule Eglise et c'est sur Pierre qu'il l'a bâtie ; c'est à cet unique pasteur suprême qu'il a confié le soin de tout son troupeau : « Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ei les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre
UNITÉ DE l'Église. 225
elle. — Pais mes agneaux ; pais mes brebis. — Confirme tes frères, w II y a d'autres pasteurs qui ont part au gouvernement de l'Eglise, à la direction des âmes, mais ils sont subordonnés à Pierre, de même que les fidèles sont subordonnés au collège apostolique et à Pierre lui-même.
Celte magnifique hiérarchie, au sommet de laquelle le Sauveur a placé la prérogative de l'infaillibilité, produit nécessairement cette unité de foi que la véritable Eglise doit posséder, comme je l'ai déjà démontré plus haut 0). Ainsi constituée, cette unique Eglise du Christ, — et non pas triple, comme le voudraient les Anglicans, — peut réellement être comparée à un royaume, à une cité, à une famille, a un bercail, à un corps humain ; chacune de ces appellations métaphoriques, qui lui sont appliquées dans l'Ecriture, renferme l'idée, non pas d'êtres ayant une égatfe autorité et indépendants les uns des autres, comme dans le protestantisme, mais de membres subordonnés à un chef suprême, comme dans le catholicisme ; partout l'on voit que Noire-Seigneur a établi une seule société, un seul gouvernement, et dans cette société il doit y avoir parfaite unité de croyances.
L'unité n'est pas le seul reflet divin qui brille au front de l'Eglise du Christ ; la sainteté doit encore attester au monde sa vigueur, la force de son tempérament, la présence d'une âme divine dans cet orga-
(1) Voyez p. 133-138.
226 SAINTETÉ DE l'ÉGLISE.
nisme humain. En effet « Jésus-Christ 'a aimé son EgUse et il s'est livré à la mort pour elle, afin de la
sanctifier et delà faire paraître devant lui pleine
(le gloire, sans tache, sans ride... sainte et immaculée » O). S'il a établi des apôtres, des pasteurs, des docteurs, c'est afin qu'ils travaillent à la sanctification de son corps mystique, qui est l'Eglise (2). Lui-même est venu dans le monde pour y répandre avec abondance la vie de la grâce (3) ; il veut que les vertus des fidèles brillent comme une lumière devant les hommes, afin qu'ils voient leurs bonnes œuvres et glorifientson Père qui est dans les cieux » C^), 11 est même conforme à la raison que l'on trouve dans cette Eglise du Christ bon nombre de ses membres qui pratiquent non-seulement les préceptes, mais encore les conseils évangéliques, la charité parfaite se dévouant jusqu'au martyre, la pauvreté volontaire, la virginité et l'obéissance (^). Ces vertus, qui s'élèvent à la hauteur de l'héroïsme, ne sont pas absolument nécessaires à l'existence de la vraie Eglise, cependant elles en découlent naturellement. « L'arbre peut exister sans ses fleurs et ses fruits ; fleurs et fruits peuvent certainement tomber sans que le tronc robuste perde sa vie ; mais tant que
<1) Ephes. V, 27.
(2) Eph. IV, 11-13.
(3) Joan. X, 10.
(4) Mt. V, 16.
(6) I Joan. III, 16 ; Joan. XV, 20 ; Mt. X, 19 ; XIX, 12, 21 ; Luc. IX, 23 ; Joan. XIII, 15,
CATHOLICITÉ DE l'ÉGLISE. 227
l'arbre existera, cessera-t-il jamais de donner des preuves de sa vigueur et de sa beauté, d'offrir aux yeux les charmes de ses fleurs, et au palais les délices de ses fruits ? » O) 11 en est de même de l'Eglise : Jésus-Christ l'a fondée pour sanctifier les hommes ; il lui a laissé les moyens nécessaires pour atteindre <îette fin ; elle doit donc produire des œuvres de sainteté qui se révèlent à l'extérieur.
La catholicité ou la diffusion morale de l'Eglise par toute la terre, constitue une autre note, un autre ■caractère de la société fondée par lu Sauveur ; elle en est comme la preuve géographique, de même que nous pourrions dire que l'unité est sa preuve organi- ^que, et la sainteté sa preuve morale. Les prophètes Tious représentent l'Eglise sous la figure d'une montagne qui remplit tout l'univers (2) ; ils lui assignent en héritage toutes les nations et jusqu'aux confins de la terre (^). Notre Seigneur lui-même destine sa religion à tous les hommes (^), parce qu'il veut le salut de tous. On devra donc s'attendre à la retrouver dans tous les âgeset dans toutl'univers. Elle devraêtre constamment identique, constamment la même en tous lieux ; car Jésus-Christ n'est pas venu apporter aux hommes des religions, des christianismes, des sociétés, mais une seule religion, un seul christianisme, une seu/e société,
'(1) Balmès, Le prote«ianti*me comparé au eathoUeîême, t. II, 0. 38*
(2) Daniel, II.
(3) Ps. LXXI ; Mal. I.
<4) Luc. XIII, 19 ; Rom. XI, 16 ; Mt. XXVIII j Aot.1 ; Mr. XVI.
228 APOSTOLIGITÉ
qui doit durer jusqu'à la fin des temps ; la catholicité suppose donc une Eglise qui possède l'unité dans l'universalité.
La quatrième note distinctivedu vrai christianisme et par conséquent de la véritable Eglise, c'est Vapostolicité ; elle en est comme la preuve chronologique. En effet, toute Eglise qui ne reçoit pas dans ses veines la sève apostolique, toute Eglise qui ne peut prouver son antiquité en remontant le cours non interrompu de sa lignée pastorale jusqu'à Jésus-Christ lui-même, est évidemment humaine et fausse ; il faut nécessairement que la vraie Eglise du dix-neuvième si^e puisse exhiber sa longue et glorieuse généalogie qui la relie à son divin Fondateur ; il faut que les pasteurs légitimes se soient succédé sans interruption depuis les Apôtres et forment comme les divers anneaux d'une tradition vivante W. On a déjà comparé avec raison la note de l'apostolicité aux divers fils télégraphiques qui partent du centre d'un vaste empire et qui portent la pensée du souverain jusqu'aux bourgades les plus reculées ; ici Jésus-Christ est le centre de ce royaume qui est l'Eglise, et les pasteurs légitimes qui se sont succédé depuis les Apôtres sur toutes les plages du monde, sont comme les fils conducteurs de la pensée divine, des enseignements du Sauveur à travers les siècles et dans toutes les contrées de l'univers. Les Pères de l'Eglise en appellent
(1) Cf. Eph. Il, 19 ; Apoc. 2^1.
DE l'Église. 229
souvent contre les hérétiques à cette preuve vivante el tangible du vrai christianisme, parce que, en vertu de l'assistance du Saint-Esprit promise par Jésus- Christ aux Apôtres et à leurs successeurs, la révélation chrétienne a dû nécessairement se conserver intacte dans le corps enseignant qu'il a lui-même constitué. Aussi ne manquent-ils jamais de dérouler aux regards des novateurs la série des évêques légitimes, surtout dans l'Eglise Romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises, parce qu'en elle vivent toutes les prérogatives du bienheureux Apôtre Pierre ; d'un seul mot, ils foudroient toutes les hérésies naissantes : «Vous n'êtes que d'hier, leur disent-ils ; vos commencements datent de telle époque, postérieure au Christ ; tel novateur est votre chef ; par conséquent vous n'êtes pas d'origine divine, mais d'origine purement humaine ; donc vous êtes dans l'erreur » W.
Voilà l'Eglise, telle qu'elle nous apparaît dans la Bible, considérée comme simple document historique. Elle prouve sa mission divine, elle agit constamment comme maîtresse et gardienne infaillible de la vérité; <lans les vues de son divin Fondateur, elle sera toujours une, sainte, catholique et apostolique, et par là elle manifestera au monde entier sa céleste origine. C'est sur ces bases qu'elle se développe sans changer, ;absolument comme le corps humain qui grandit et qui n'arrive pas cependant à former un individu
^1) Cf. Tert. De preetcript. o. 32 ; Iren. 1. III adv. hwretes, etc.