LE SIÈGE DE PIERRE
différent de celui qui existait primitivement ; humble à son berceau comme le petit grain de sénevé, elle devient un grand arbre dont les rameaux puissants ombragent tout l'univers.
Après l'Ascension du Sauveur et la grande fête de ia Pentecôte, Pierre, devenu la base essentielle de J 'Eglise du Christ, agit comme chef du collège apostolique et de toute cette nouvelle société. Après avoir été le premier à prêcher la résurrection et la divinité du Sauveur, à faire des miracles, à donner un successeur au traître Judas, à recevoir les gentils dans l'Eglise, à présider le concile de Jérusalem, etc., il fixe son siège à Rome, et, à partir de la mort sanglante du Prince des Apôtres en cette ville, l'évêque de Rome possède et revendique comme héritage tous les privilèges divinement conférés à Pierre, c'est-èdire la suprématie universelle et l'infaillibilité ; depuis ce glorieux martyre du chef de l'Eglise, Rome n'a pas cessé d'être appelée par les Pères, les Docteurs et les saints le siège de Pierre, et l'évêque de Rome, le successeur de Pierre, et l'autorité du Pape, l'autorité de Pierre, et la communion avec Rome, la communion avec Pierre (i). Puis les Apôtres prêchent, baptisent, fondent des Eglises, résolvent des doutes, excommunient les coupables, se choisissent des suc-
(1) Orig. in Exod. hom.V ; Epiph. in Anchora ; Tort. De prmcript. 0. XXII ; Cypr. Epiât. LV et LIX ; Hieron. Ejn^t. XIV ad Bamasum et Dialog. adv. Ltici/.; Athan. Epist. ad Felicem Pajiam ; Léo M. Serm. I et IV; Euseb. H. E. I. II et III; Chiysost. Hom. LV in Matth., etc.
l'église ROMAINE. 231
cesseurs qu'ils placent à la tête des Eglises particulières ; ils leur confèrent le sacrement de l'ordre ; ils les chargent de veiller à la garde du dépôt de la foi ; ils les exhortent à remplir fidèlement leurs devoirs ; ils tracent leur ligne de conduite vis-à-vis des différentes classes de fidèles ; ils s'appuient sur Pierre comme sur un fondement inébranlable, et c'est avec Pierre et par Pierre qu'ils ont cette foi stable et identique qu'ils propagent par tout le monde. Tel est le rôle qu'a toujours joué l'épiscopat catholique vis-à-vis des Papes et dans ses relations avec les fidèles.
Suivez l'Eglise dans sa marche à travers les siècles, vpus la trouverez toujours unie dans la même foi, toujours soumise à son chef suprême et infaillible, soit qu'il dirime les controverses par lui-môme, soit qu'il les soumette à l'examen d'un concile général présidé et confirmé par lui-môme, soit enfin qu'il fixe certains points concernant la discipline ; toujours vous la verrez veiller avec un soin tout scrupuleux à la conservation de la doctrine orthodoxe ; toujours elle commande avec une autorité souveraine ; toujours elle s'avance avec le brillant cortège des thaumaturges, des martyrs, des confesseurs, des vierges, des saints de toutes les conditions qu'elle a enfantés; toujours elle est connue et vénérée par toute la terre comme la vraie Eglise du Christ, comme l'héritière légitime des promesses divines, , Ce ne sont pas là des assertions gratuites que chacun est libre de nier ; elles s'appuient sur le
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témoignage de tous les écrivains des dififérenls siècles. Le protestantisme ne veut pas voir dans le consentement unanime des Pères de l'Eglise un critérium de la vérité révélée ; mais il devra du moins considérer ces illustres personnages comme historiens ou comme témoins de la croyance de l'Eglise. Voyons ce qu'ils nous apprennent sur la constitution de cette société ;. nous constaterons par là même s'ils ont donné aux paroles du Sauveur le sens catholique ou le sens protestant. Je ne citerai que peu de témoignages entre des milliers qu'il serait facile de rapporter ici.
Saint Irénée, au second siècle, nous apprend lanécessilé qu'il y a pour les fidèles et pour les Eglises particulières de chercher la conformité avec l'Eglise Romaine. « C'est avec cette Eglise (Romaine), à cause de sa principauté supérieure, que doivent nécessairement s'accorder toutes les EgUses, c'est-à-dire tous les fidèles, quelque part qu'ils soient. C'est en elle que la tradition des Apôtres a été conservée par les fidèles de tous les endroits du monde». Puis, après avoir cité les noms des douze premiers évéques qui ont occupé le siège de Rome à partir de saint- Pierre, il ajoute ces paroles remarquables : «C'est dans cet ordre et par cette succession qu'est arrivée jusqu'à nous la tradition des Apôtres dans l'Eglise et la prédication de la vérité. Parla nous démontrons pleinement que la foi conservée jusqu'à nos jours et transmise en toute vérité, est la foi une et vivifiante
confiée à l'Eglise par les Apôtres» W. Ce texte n'a pas besoin de commenlaires ; il contient clairement la croyance en la primauté de l'Eglise Romaine, et en son infaillihililéy puisqu'elle conserve la doctrine des Apôtres, qu'elle prêche la vérité ei ([iie toutes les Eglises doivent nécessairement s'accorder avec elle ; c'est ainsi que se conserve partout la foi une et vivifiante confiée à l'Eglise par les Apôtres.
Ecoutons encore ce grand évèqne de Lyon. «L'Eglise, dit-il, répandue dans /e montre enfter, garde avec soin la foi qu'elle a reçue des Apôtres et de leurs disciples, comme si elle habitait une seule maison. ..Elle la communique, l'enseigne, la proclame avec un tel accord qu'elle semble n'avoir qu'une seule bouche. Les peuples ont beau parler des langues différentes, la tradition qui a cours parmi eux conserve partout une seule et même force. Ni les Eglises fondées dans les Germanies, ni celles qui sont établies parmi les Ibères, chez les Celtes, en Orient, dans l'Egypte, dans la Lybie ou au centre de la terre, n'ont une croyance ou une tradition différente ; mais de même que Dieu n'a créé qu'un soleil pour éclairer Vunivers, il n'y a aussi qu'une seule prédication de la vérité, dont la lumière brille partout et illumine tous ceux qui veulent la connaître». — Ailleurs, après avoir parlé des dissensions des hérétiques, il ajoute : a II en est tout autrement de ceux qui suivent la voie tracée par l'Eglise ; ils observent fidèlement la tra-
(1) Âdv. hœr. 1. III, 0. III.
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dition des Apôtres dans toutes les parties du monde. Leur foi est la même partout. ..Ils gardent les mêmes commandements, retiennent les mêmes formes dans la constitution de l Eglise... L'enseignement de V Eglise est uniforme et constant sur toute la surface du globe \. partout elle montre aux hommes la même voie da salut. C'est à elle qu'a été confié le flambeau de la lamière divine, cette sagesse d'en haut par laquelle les hommes sont sauvés, qui parle au dehors, retentit dans les places publiques... car l Eglise prêche en tout lieu la vérité ». — « // ne faut point chercher la vérité autre part que dans r Eglise, où il est facile de s'en instruire. Les Apôtres ont placé dans so7i sein le riche dépôt de la vérité... ils en ont communiqué la connaissance exacte à la succession des évêques, auxquels ils ont confié la charge de gouverner l'Eglise disséminée en tout lieu. Là s'est conservé jusqu'à nous par une transmission fidèle, sans addition ni retranchement, le dépôt des Ecritures. Là on les lit sans y mêler d'erreur ; là on a soin d'exposer la doctrine d'après elles, par une interprétation légitime qui écarte tout péril et fait éviter le blasphémer) (0.
Voilà la doctrine de l'Eglise au second siècle .; il n'y a qu'une seule vraie Eglise, qui adhère à la tradition apostolique ; sa foi est une ; partout on enseigne la même doctrine, comme s'il n'y avait qu'une seule bouche ; cette Eglise est répandue partout ;
(1) Adv. hier. I, I, c. X ; 1. V, 20 ; 1. III, c. IV ; 1. IV, e. XXXIII.
c'est elle qui possède la vérité ; c'est elle qui a le dépôt des Ecritures et qui le conserve intact. Il n'est pas question de colportage de Bibles, ni de lecture des Livres Saints en langue vulgaire, ni d'interprétation privée de la parole de Dieu écrite ; il ne s'agit que de prédication, que d'enseignement oral, que d'unité de foi ; il n'y avait alors que les sectes gnostiques, véritable fourmilière d'absurdités, qui se permissent de lacérer les Ecritures et d'en façonner des arcs-en-ciel.
Origène, au troisième siècle, commentantles paroles de Jésus-Christ à saint Pierre : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, etc., leur donne le sens suivant : « Si donc les portes de l'enfer prévalent contre quelqu'un, ce ne sera ni contre la Pierre sur laquelle le Christ bâtit l'Eglise, ni contre l'Eglise
bâtie par le Christ sur la Pierre Elles n'ont de
force que contre l'homme qui se trouve hors de la Pierre, et hors de l'Eglise, à l'égard de laquelle elles sont impuissantes » O), Impossible d'exprimer avec plus de précision l'infaillibilité de Pierre, et de l'Eglise qui repose en sûreté sur Pierre ; mais est-ce que le protestantisme qui ne veut ni de Pierre, ni de ses successeurs, ni de l'Eglise qui a Pierre pour fondement, mais qui se réfugie dans la Bible seule ou dans une Eglise faillible, est-ce que ce proleslanlisme peut se croire en sûreté contre les puist^ances de l'enfer? Est-ce qu'il entend les paroles
(1) In Matthmtm, t XII, n. 11. 0pp. t. III, Migne, p. 1003.