‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 84 sur 106 · CONSTITUTION DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DE L'ÉGLISE

du Sauveur dans le sens qu'on leur donnait au troisième siècle ?

Saint Cyprien, écrivant vers la même époque contre les Novatiens, n'est pas moins explicite sur la prérogative que Jésus-Christ a conférée à Pierre d'être le fondement de l'unité ; ses paroles méritent une sérieuse considération. «Celui qui ne garde pas l'unité de l'Eglise, croit-il qu'il garde la foi ? Celui qui s'oppose à l'Eglise, qui abandonne la chaire de Pierre sur laquelle est fondée VEglise^ peut-il se flatter d'être encore dans l'Eglise ? »

Parlant ailleurs de l'unité de l'Eglise, il l'attribue au centre d'où elle émane, à la chaire de Pierre. « Les rayons du soleil sont nombreux, dit-il, mais la lumière est unique. Les rameaux de l'arbre sont nombreux, mais le tronc est unique et fondé sur une racine inébranlable. Plusieurs ruisseaux coulent d'une

source unique Essaie d'arracher un rayon du

soleil de son centre ; l'unité ne permettra pas celte division de la lumière. Enlève un rameau de l'arbre en le brisant ; brisé, il perd toute végétation. Isole le ruisseau de sa source ; dans son isolement, il se desséchera. Ainsi l'Eglise, éclairée de la lumière du Seigneur, lance ses rayons par tout l'univers ; il n'y a cependant qu'une seule lumière qui se répand partout, et l'unité du corps n'est pas rompue. L'Eglise étend par toute la terre ses rameaux vigoureux ; elle répand au loin ses ruisseaux abondants ; mais il y a une source qui est unique, une origine qui est unique,

une mère qui est unique, et dont l'abondante fécondité va toujours se développant. Nous naissons de son sein, nous sommes nounis de son lait, animés de son esprit » Ci). Comme on le voit, l'Eglise du troisième siècle professait l'unité parfaite, telle qu'elle existe encore dans le catholicisme, mais elle ne se serait jamais accommodée des mille et une communions dissidentes et disparates, qui existent inévitablement là où il n'y a pas une autorité infaillible pour produire l'unité.

Dans une lettre au Pape Corneille, il se plaint des hérétiques qui sont allés à Rome avec le projet de tromper le Saint-Siège. « Ils osent, dit-il, faire voile vers la chaire de saint Pierre et aborder à VEglise principale, qui est /a source de l'unité sacerdotale» (2). Ne sont-ce pas là les titres que nous donnons encore au siège de Rome? Ailleurs il appelle l'Eglise de Rome « la mère et la racine de l'Eglise catholique», de même qu'il donne au Pape le nom de « chef et racine de l'Eglise qui est une». — «Il n'y a, dit-il, qu'un Dieu et qu'un Christ, une Eglise et une chaire fondée sur Pierre par la parole du Seigneur » C^).

Dans son livre contre Jovinien, sant Jérôme écrit : « Quoique l'Eglise soit également fondée sur les douze Apôtres, Jésus -Christ en a cependant choisi un pour être le chef, afin de prévenir les dangers du schisme».

(1) De unttate Eccle^ice, C. IV et V.

(2) »p. 3, 1. 1, edit. basil.

(3) Epiât, ad Corn., ad Jubaia., etc.

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— Au milieu des dissensions qui désolaient l'Eglise d'Antioche, il écrit au Pape Damase : « Je m'associe par la communion à Votre Sainteté, c'est-à-dire à la chaire de Pierre ; je sais que l'Eglise est bâtie sur cette pierre ; quiconque aura mangé l'agneau hors de cette maison, est un profane ; quiconque n'habite pas dans l'arche de Noé, périra dans les eaux du déluge....)) Il paraît qu'au quatrième siècle on n'était pas encore de l'avis de Luther, de Calvin et des innombrables chefs de sectes qui ont surgi depuis le seizième siècle ; on admettait la nécessité de l'unité de foi et de communion, et l'on plaçait le principe de cette unité dans les Papes, successeurs de Pierre, que le Sauveur avait constitué pasteur suprême de son troupeau.

Saint Augustin professait la même doctrine, lorsque, dans le livre premier ad Bonifacium (c. 1), il adresse au Pape ces paroles : «Nous tous, qui sommes appelés à remplir avec vous les fonctions de l'épiscopat, nous partageons aussi avec vous la vigilance pastorale, quoique votre prééminence vous place beaucoup plus haut )) . — Tout le monde connaît les célèbres paroles tombées des lèvres du grand Docteur à l'occasion de l'erreur de Pelage : « On a déjà envoyé sur cette affaire les actes des deux conciles (de Carthag.e et de Milève) au siège apostolique ; les rescrils sont venus de Rome ; la cause est finie ; plaise à Dieu que l'erreur le soit aussi ! »

Saint Léon-le-Grand s'adressant à Rome elle-

rjnême: «Vous êtes devenue, lui dit-il, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la lôle du monde chré-

-tien ; votre pouvoir s'étend plus loin par la religion

-•du ciel qu'il ne s'était étendu par la force humaine» (i).

Saint Ambroise ne disait-il pas excellemment bien :

«Celui-là est Pierre à qui le Seigneur a dit : Tues

JPierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Là où ^st Pierre, là est l'Eglise. Là où est l'Eglise, là n'est pas la mort, mais la vie éternelle » (2). i\ est facile

'4e voir que le grand évoque de Milan ne partageait pas les idées du protestantisme, mais qu'il était catholique sincère !

Voulez-vous entendre sur ce même sujet la grande

'Voix des conciles et par conséquent des chefs de toutes les Eglises particulières de l'univers ? Ils déclarent, à Nicée, « que l'Eglise Romaine a toujours eu la prééminence » ; àSardique, que « si unévêque

-déposé en appelle à Rome, personne ne doit être mis en sa place, jusqu'à ce que l'évêque de Rome ait prononcé » ; à Ephèse, que « Pierre vit et vivra toujours dans ses successeurs et juge par eux» ; à Chalcédoine, que «Pierre a toujours conservé la vérité

-sans mélange d'erreur » ; à Constantinople, que « Pierre a parlé par la bouche d'Agathon, etc.» Inutile d'insister sur la valeur de ces témoignages qui

.manifestent à nos regard?, avec t )ute 1 1 clarté de

«l'évidence, la croyance universelle de l'Eglise des

(1) Serm. de nativ. apost. edit. Queanel, p. 161. ,(2) Enarratio in Pa, XL.

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premiers siècles en la primauté et rinfaillibilité des évêques de Rome, successeurs de saint Pierre.

Jamais on ne songeait alors à convertir les peuples en leur mettant la Bible entre les mains et en leur laissant la tâche si onéreuse de s'en extraire un symbole de foi, au risque de rompre l'unité de foi et de communion voulue par le Sauveur. Non, on reconnaissait un chef suprême dans l'évêque de Rome, le confirmateur de ses frères dans la foi ; on se soumettait à ses décisions ainsi qu'à celles des conciles généraux présidés et confirmés par lui ; on admettait la nécessité absolue de conserver l'unité la plus parfaite. La Bible, comme la parole de Dieu non écrite, était confiée à la garde de l'Eglise ; c'est d'elle que les fidèles en recevaient les divers livres, le texte et l'interprétation. Entendez saint Augustin disant aux Manichéens : « Pour moi, je ne croirais pas à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise ne m'y déterminait. Ceux donc à qui j'ai obéi quand ils m'ont dit : Croyez à l'Evangile, pourquoi ne leur obéirais-je pas, quand ils me disent : Ne croyez pas aux Manichéens ? » O) S'adressanl à l'hérétique Fauste, il l'interpellait en ces termes : « Ou vous voulez que je croie à l'Eglise catholique, ou vous ne le voulez pas : prenez votre parti. Si vous trouvez bon que j'écoute l'Eglise catholi(jue, retirez-vous, car cette Eglise vous a condamnés, et elle m'ordonne de vous regarder comme

(1) Epiât. /und., c. V.

■des novateurs. Si vous me défendez de l'écouter, retirez-vous encore et ne produisez plus contre moi aucun texte de l'Evangile, puisque le tribunal de l'Eglise catholique étant renversé, il n'y a plus pour moi d'Evangile. » — « Vous voudriez, continue ce .grand Docteur, que j'obéisse à cette Eglise lorsqu'elle me prescrit de recevoir l'Evangile comme la parole de Dieu ; mais vous ne voulez pas que je lui obéisse lorsqu'elle me commande d'expliquer ce même Evangile autrement que vous ne l'expliquez ! N'est- 'Ce pas là vouloir, sans nulle raison, que je croie ce qui vous plaît, que je ne croie pas ce qui ne vous plaît pas, et me traiter en imbécile qui sacrifiera toutes ses Jumières et ses intérêts les plus sacrés à des décisions purement arbitraires ? » C^) Yoilà certes des paroles .qui sont peu en harmonie avec le protestantisme, mais qui sont en même temps si vraies, si frappantes, qu'elles ont arraché à Luther l'aveu suivant : « Nous sommes forcés d'accorder aux papistes que <i'esl avec eux qu'est la parole de Dieu, que nous l'avons reçue d'eux et q\ie sans eux nous n'en aurions eu aucune connaissance » C^).

En parcourant la Bible, comme nous l'aurions fait d'un simple livre historique, nous avons donc constaté que Jésus-Christ a institué une seule Eglise composée (\e pasteurs et dejîdèles, d'une hiérarchie enseignante et d'un corps enseigné ; les uns sont revêtus

(1) De doet. christ., L 11, c. 36.

^2) Commentaire sur S. Jean, c. XVI.

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