LA VRAIE ÉGLISE DU CHRIST
•à son gré et de lui faire dire les choses les plus contradicloires. — En outre, il faut avouer que cette autorité infaillible, qui repose dans une lettre morte, n'est pas gênante pour la liberté religieuse des individus, puisqu'elle souffre, sans mot dire, les doctrines les plus absurdes comme les plus impies, et je conçois facilement que beaucoup s'en accommodent volontiers. Chacun peut gloser à sa guise sur ce texte divin, sans crainte d'être inquiété le moins du monde ! L'orgueil humain y trouve son compte, mais les intérêts de la vérité révélée n'en souffrent-ils pas? Ne sont-ils pas même complètement sacrifiés aux caprices, à la passion ou à l'ignorance de chacun?
Non-seulement le protestantisme ne revendique pas l'autorité infaillible que le Sauveur avait communiquée au corps enseignant, autorité si clairement •exprimée dans la Bible, mais il ne possède aucune des notes qui doivent caractériser la vraie Eglise du Christ et la manifester comme telle aux yeux des peuples.
Sera-t-il possible de trouver dans le protestantisme J'uNiTÉ, ce caractère si essentiel de la véritable Eglise du Sauveur? En aucune manière ; elle ne s'y trouve pas et elle ne pourra jamais s'y trouver. Que l'unité n'e.xiste pas dans les diverses communions dissidentes, c'est là un fait qui est aussi éclatant que le «oleil. Ce fait a été déjà abondamment démontré, lorsque j'ai prouvé que le principe fondamental du protestantisme est inconciliable avec l'unité ; aussi
a-t-on pu remarquer les jérémiades des cliefs de la fausse réforme et de leurs partisans jusqu'à nos jours sur les interminables dissensions qui s'élèvent à chaque instant. Ils reconnaissent que le protestantisme s'en va en ruine, se partage en sectes sans nombrO; en fractions de fractions à l'infini, donne naissance à une foule de confessions de foi disparates et contradictoires; et produit des Eglises au lieu d'une Eglise qui devrait exister. Mélanchton, écrivant à Calvin, disait : « L'Elbe, avec tous ses flots, ne me fournirait pas assez d'eaux pour pleurer les malheurs de la réforme divisée. On y doute des choses les plus importantes. Le mal est incurable » W. — La Gazette ecclésiastique écrivait à ce sujet : « II est aisé de prouver et on a prouvé effectivement plus d'une fois que, de tous nos pasteurs, il n'y en a pas un qui croie ce que croit l'autre ». — « On se moque •d'eux tous comme d'autant de faux prophètes». (Lûdke). — « Le peuple, voyant leurs contradictions, traite ses guides d'imbéciles et d'imposteurs » (Fischer).— « On peut affirmer sans balancer qu'il n'y a pas un théologien parmi nous qui n'ait renoncé à ■quelque point important de nos croyances, et jugé tel par les premiers réformateurs » . (Planck) . — « Satan Jui-même a beaucoup plus de foi que nos exégètes, «t Mahomet valait beaucoup mieux qu'eux » . (Ewald). Yoilà des aveux d'écrivains protestants sur l'état
(l) Ept9t. 100, I. IV.
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actuel de la réforme ; il serait facile d'apporter des milliers de témoignages analogues à ceux que je viens de citer W.
Cependant le protestantisme a bien souvent essayé de se préserver de l'anarchie à laquelle il devait fatalement aboutir ; tout a été inutile. Il a fallu se résigner à contempler de ses propres yeux le spectacle alarmant d'une désorganisation complète, et -d'une mort prochaine, semblable à ces malheureux qui, rongés tout vivants par un chancre ou minés par une gangrène mortelle, sentent que la vie les abandonne et que le tombeau sera bientôt leur demeure. On a publié des confessions de foi, on a fait jurer de les défendre toujours et dans toutes leurs parties ; mais bientôt chacun y découvrant des erreurs se croyait obligé de dire adieu à ce drapeau du mensonge : de là des luttes doctrinales, des divisions, des subdivisions interminables. A quoi ont abouti tous les synodes protestants, y compris V Alliance évangélique ? A faire rire tout homme sérieux, et à faire toucher du doigt aux protestants eux-mêmes leur impuissance radicale à extraire de leur Bible une seule vérité de foi que tout le monde dût admettre. Je me contenterai d'en rapporter un exemple.
a Au mois de mars, i838, un synode protestant était réuni à Lausanne. Convoqué par un conseil d^'Etat dont les membres pouvaient être catholiques,
(1) Cf. Perrone, op. cit. t. III, p. 331, etc.
juifs, athées, trente-deux pasteurs s'assemblaient journellement dans la salle du grand conseil, lequel devait les juger en dernier ressort. On se demanda d'abord ce que c'était que l'Eglise, et si elle était école ou société, on tout à la fois école et société, ou tour à tour société et école ; c'est-à-dire que, dès le principe, l'existence d'un ministère enseignant dans J'Eglise fut mis en doute. Rien ne fut décidé. On discuta néanmoins celte question si grave : Le baptême est-il nécessaire pour appartenir à VEglise ? Sur quoi un membre fit observer que, pour se conserver en bonne harmonie avec ceux qui ne baptisent pas leurs enfants, — pratique qui, dans quelques années^ pourrait devenir générale chez nous, — il était prudent de ne pas exiger cette condition ! Le baptême provisoirement maintenu, on s'occupa de la confession de foi. Et d'abord en faut-il une ? La majorité dit oui. — Doit-elle être déclarée variable ou invariable ? — Essentiellement variable, répondirent 21 voix sur 32 ! Et faut-il changer l'ancienne confession helvétique ? Quinze voix dire oui, quinze voix dirent non — Il fut enfin résolu que la confession helvétique serait conservée, non comme règle de foi, mais comme règle d'enseignement ; distinction qui parut à plusieurs subtile. Puis des hommes qui se disaient ministres de l'Eglise et pasteurs des âmes, se demandèrent au dix-neuvième siècle de l'ère chrétienne : A qui appartient-il de gouverner l'Eglise ? Est-ce à nous ou bien €st-ce aux laïques ? D'excellentes choses furent dites