AU SYNODE DE LAUSANNE
à ce sujet ; on fit, entre autres, cette observation bien juste, que depuis trois siècles, c'était l'Etat, l'Etat seul qui gouvernait les Eglises protestantes. Frappé de celte vérilé, «je demande, dit alors un candide ministre, que nous proposions au conseil d'Etat que l'Eglise soit enfin quelque chose !.... » Sur cette question : Les laïques sont-ils compétents pour juger de la doctrine ? Seize dirent oui, seize dirent non ; el, en définitive, la controverse fut soumise à la décision du grand conseil ! A ce propos, quelquesuns dirent qu'ils avaient une mission ; qu'ils croyaient à leur ordination ; d'autres, qu'ils n'avaient d'autorité que celle qui résultait du poids de leurs raisons ; que leur ordination ne leur conférait aucun caractère. En somme, ils ignoraient ce que c'était que l'Eglise, ce qu'ils étaient eux-mêmes, ce qu'ils avaient à enseigner sur les points les plus essentiels, comme le baptême ; ils n'étaient assurés que d'une chose, c'est que chez eux l'Etat dominait et gouvernait l'Eglise.... si toutefois il y avait une Eglise » (i).
On a cru pouvoir, au moyen de Y Alliance évangélique, imiter le concile œcuménique du Vatican et montrer au monde que le protestantisme, lui aussi, possède l'unité; c'est là le but clairement exprimé par le Rév. Dr. Adams, à New-York, et par les Révérends Drs. Cook et James Davies, à Québec. Vains efforts! on est arrivé au ridicule et voilà tout. En
(l) Nampon, Etude delà doctrine cttliollque, 'Paris, 1862.
252 l'unité protestante
effet, si l'on examine chacun des discours prononcés dans cette circonstance, il est facile de voir que les orateurs sont dans les nuages et craignent de sortir du vague ; leur domaine, c'est l'indéfini et l'indéfinissable ; ils ne savent où poser le pied ; ils craignent de voir le sol s'effondrer et les engloutir. Plusieurs partent d'Europe pour se rendre à New-York afin de manifester l'unité protestante. Mais quelle unité? Est-ce l'unité de foi? Non certes; ils auraient trouvé parmi eux des adversaires ardents de la régénération baptismale, de la divinité de Jésus-Christ, de la Sainte Trinité, de l'Incarnation du Verbe, de la sanctification par les Sacrements ; ils n'auraient même pas pu s'entendre sur les livres qui composent la Bible, encore moins sur le sens à donner aux textes les plus clairs de l'Ecriture. Aussi le Dr. Stoughton, de Londres, a-t-il eu le soin de déclarer dès le commencement qu'ils «ne s'étaient pas réunis pour régler une question ecclésiastique, ni pour proposer un dogme, mais seulement pour exprimer leurs vues sur des matières religieuses». Cette déclaration était superflue, car personne n'ignore que le protestantisme n'est pas capable d'imposer un dogme à la conscience humaine, puisqu'il n'a ni autorité, ni infaillibilité ; toute tentative dans ce sens n'aboutirait qu'à faire rire tout le monde. Le Rév. Docteur ne nous dit pas quelles sont ces matières religieuses dont il devait être question ; il lui fallait bien encore demeurer dans le vague ; c'est le vrai genre du protestantisme mo-
ET l'alliance évangélique. 253
derne. — Est-ce l'unilé de gouvernement ecclésiastique ou de discipline qu'on est venu exhiber jusqu'à Québec? Mais qui ignore que sur ces sujets, comme sur tout le reste, il y a une prodigieuse divergence d'opinions, et que, depuis l'épiscopalien jusqu'au quaker et au socinien, on rencontre toutes les nuances possibles et impossibles? — A-t-on voulu montrer l'union des cœurs? Oui, si l'on en croit les Révérendsorateurs ; mais cette union n'existe guère, — comme chacun le sait, — que dans l'aversion profonde qu'on porte au Romanisme, c'est-à-dire à la religion catholique: à part cette unité dans la protestation et la haine, il n'y a aucun lien, aucun principe commun qui puisse servir de base à l'alliance prétendue évangélique. On aurait eu pour but de faire une caricature de l'unité qu'il n'eût pas été possible de mieux réussir que dans ces assemblées omnicolores W.
II y aurait encore de bien jolies choses à dire sur le synode protestant tenu à Paris, en 1848, et surtout sur le fameux synode pan-anglican, réuni il y a quelques années à Londres, et dont un écrivain s'est. moqué d'une manière si spirituelle (2). Mais cela m'entraînerait trop loin, et d'ailleurs je crois avoir déjà surabondamment démontré que l'unité n'a jamais existé et ne pourra jamais exister dans le protestantisme.
(1) Moming Chronicle du 6, du 29 et du 30 octobre 1873.
(2) Comedy of convocation in the English Church, hj ÂTOhdeacoQ Chasuble, D. D., New-York, 1868.