FAUSSE NOBLESSE DES SECTES
remonter d'anneau en anneau, par une chaîne non interrompue d'évêques, jusqu'aux Apôtres qui ordonnèrent et consacrèrent les premiers évoques et les premiers prêtres, Tite, Timothée, etc. Voilà des preuves incontestables de noire mission divine. Mais je serais curieux de savoir où les Révérends orateurs de la Société Biblique et de V Alliance évangélique ont pris leurs titres de mission, de qui ils l'ont reçu, et jusqu'où ils pourraient remonter à travers les siècles. Je me permettrai de faire à ce sujet une remarque que le P. Caussette (i) a déjà faite avant moi, c'est que « les sectes procèdent envers l'Eglise comme les faux nobles à l'égard des anciennes races : à défaut du sang elles prennent le nom, comptant que les inattentifs confondront l'identité de nom avec celle du sang. Mais les sectes ont beau chercher à donner le change, nous dit Bossuel (2)^ nous mettons en fait qu'on n'en nommera aucune qui, ramenée à son commencement, n'y rencontre ce joint marqué où une parcelle combattait contre le tout et se séparait de sa tige». Mais il en est tout autrement de la dynastie apostolique ; elle ne s'est jamais éteinte et elle ne s'éteindra jamais C^).
(1) Le bon tens de la foi, t. I, p. 415.
(2) Inttr. sur les promea»es,
(3) Ceux qui voudront bien connaître les gloires de l'Eglise catholique et ce qu'elle a fait pour le bien de la société en général, n'ont qu'à lire les admirables conférences données aux Etats-Unis par le R. P. Burke, de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Ces disoours, ofc la savoir se trouve uni à la plus haute éloquence, ont été publiéi à- New-York, dans le cours de l'année 1873u
Me voici arrivé au but que je m'étais proposé. J& crois avoir établi assez clairement \° la nécessité d'une règle de foi — d'un moyen de connaître la vérité révélée, — qui soit à la portée de tout le monde, certaine, capable de dirimer les controverses et perpétuelle ; 2° l'insuffisance, l'incertitude et l'instabilité de la règle de foi protestante ou de la Bible ; elle ne permet pas de constater l'inspiration des Livres Saints, ni d'en fixer le canon, ni d'en vérifier l'authenticité, ni d'en déterminer le véritable sens ; elle ne peut exister sans une contradiction évidente, c'est-à-dire sans s'appuyer sur la tradition ; elle est incapable de produire l'unité voulue par Jésus-Christ dans son Eglise. Que la Bible soit interprétée par la raison individuelle, ou par une prétendue inspiration du Saint-Esprit, ou par une autorité faillible, elle ne conduit dans tous les cas qu'à l'incertitude et à un fractionnement infini ; elle aboutit à la destruction de la Hberté religieuse sous le despotisme de l'autorité civile, puis à l'indifférentisme religieux et au rationalisme. J'ai démontré 3" l'harmonie parfaite qui existe, sur cette question, entre les exigences de la raison humaine et de la Bible d'une part, et la règle de foi dans l'Eglise catholique, de l'autre: la révélation divine est contenue toute entière dans la Sainte Ecri-
lure et dans la tradition ; ce dépôt précieux a été confié par le Sauveur à la garde d'une Eglise enseignante, visible, permanente et infaillible, et cette Eglise qui doit être manifestement une, sainte, catholique et apostolique n'est pas le protestantisme avec ses mille sectes nées d'hier, mais la sainte Eglise Romaine ; elle seule commande encore, comme autrefois les Apôtres, et elle est obéie avec la plus parfaite soumission, parce que chacun est convaincu intimement qu'elle est l'héritière légitime des promesses divines, la véritable Eglise fondée par Jésus- Christ et à laquelle il a dit : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise. — Celui qui ne croira pas sera condamné».
Il est donc absolument indubitable que le Sauveur a établi une seule Eglise, qu'il l'a mise en possession de toute la vérité révélée, pour qu'elle en ini la gardienne infaillible. Il est donc absolument nécessaire que ceux qui sont en dehors de cette arche unique de salut, s'empressent d'y entrer, s'ils ne veulent pas être condamnés à périr. C'est précisément pour épargner aux hommes cet affreux malheur, qu'il a rendu son Eglise visible comme une ville placée sur le sommet d'une montagne, visible dans ses rites sacramentels, visible dans son chef suprême, dans ses pasteurs, dans ses membres, dans son gouvernement, dans son culte, dans ses jugements, dans son admirable hiérarchie, visible surtout dans ses notes ou caractères distinctifs qui lui conviennent à elle
seule, à rexclusion de toutes les autres prétendues Eglises.
La question fondamentale est donc réglée : Jésus- Christ a fondé une Eglise infaillible. Or cette Eglise est l'Eglise catholique Romaine, et ne peut pas être une autre. Donc l'Eglise Romaine est absolument l'Eglise infaillible et unique du Christ. Or celui qui n'écoute pas cette Eglise, celui qui la méprise, celui qui ne croit pas à ses enseignements sera condamné. Donc, du moment qu'elle est reconnue comme seule véritable, il est rigoureusement nécessaire de devenir membre de cette Eglise pour échapper aux terribles Jugements de Dieu.
— « Cette conclusion est bien vraie, me dira-t-on ; mais comment admettre toutes les croyances de l'Eglise catholique ? Il y en a qui paraissent si peu conformes à l'Ecriture, si nouvelles, si arbitraires, si superstitieuses » !
Elles ne paraissent telles qu'à ceux qui ne les connaissent pas suffisamment, qui sont imbus de préjugés depuis leur enfance contre tout ce qui est catholique et qui n'ont entendu répéter que des contes absurdes touchant notre foi, sans avoir jamais voulu ou pu en vérifier l'exactitude. Mais une étude plus attentive leur démontrerait jusqu'à l'évidence qu'elles sont tout-à-fait raisonnables, et appuyées sur la révélation divine. Sans doute, il y a des mystères que l'homme ne pourra jamais comprendre intrinsèquement ; ils dépassent les limites de la raison. Mais
que de choses n'y a-t-il pas, dans le règne de la nature, dont l'existence est certaine et constatée, sans qu'on puisse cependant les comprendre ? A plus forte raison doit-il en être de même dans l'ordre surnaturel : nous ne comprenons pas certaines doctrines, mais nous les croyons à cause de l'infaillible autorité de l'Eglise que notre raison a préalablement admise, et qui nous enseigne qu'elles sont certainement révélées.
« Mais, ajoute- t-on, comment croire à la présence réelle, à la transsubstantiation, au culte de la Sainte. Vierge et des Saints, à la confession des péchés, etc. ? Cela paraît être si évidemment un mélange de superstitions, d'idolâtrie, d'erreurs bizarres » !
Je ne veux pas traiter actuellement chacune de ces questions ; cela m'entraînerait trop loin et ce serait sortir du cadre que je me suis fixé dans cet opuscule. Peut-être pourrai-je développer plus tard ces importantes questions ; pour le moment je n'en dirai qu'un mot.
« La présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie vous paraît une fiction » ! Mais qu'y a-t-il donc en cela de plus incompréhensible que de voir Dieu, infini en toutes perfections, s'abaisser jusqu'à prendre notre pauvre nature, jusqu'à naître dans une crèche, jusqu'à souffrir et mourir sur une croix? Le mystère de l'Incarnation n'échappe pas moins à la raison humaine que celui de la présence réelle. Ce que l'amour d'un Dieu a pu faire pour l'humanité dans
un cas, il peut bien le faire dans un autre. D'ailleurs, lorsqu'un Dieu infiniment puissant, nous dit : « Ceci est mon corps ; ceci est mon sang », la raison ellemême nous montre que nous ne devons pas donner à Dieu un démenti manifeste, en disant : « Cela n'est pas possible ; ce n'est ni son corps, ni son sang, mais seulement une figure, un souvenir du Sauveur». Voilà ce que j'appellerais volontiers une fiction et un blasphème ; le protestantisme ne pourra jamais les faire disparaître.
« La transsubstantiation, ou le changement de la substance du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ est impossible » — Et pourquoi ? Vous admettez que le Sauveur a changé l'eau en vin aux noces de Cana, qu'il a multiplié les pains etles poissons, qu'il a ressuscité Lazare, qu'il s'est ressuscité luimême, qu'il a créé de rien le ciel et la terre, que la nourriture que vous prenez se change en votre propre substance, etc. ; quelle raison avez-vous donc de faire cet éclectisme, et d'ajouter foi à ces derniers prodiges plutôt qu'au premier ? Voilà de l'arbitraire tout pur ! La création que vous admettez n'est-elle pas même un miracle plus grand que la transsubstantiation ?
« La confession des péchés est une invention humaine. » — Mais, dites moi, dans quel siècle, dans quel pays, par quel mortel a-t-elle été inventée ? Faites toutes les perquisitions possibles ; fixez les époques qu'il vous plaira d'assigner à cette gênante
institution ; au moyen de la tradition historique, je vous ferai remonter de siècle en siècle jusqu'à Jésus- Christ qui adressa aux Apôtres ces mémorables paroles : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. Recevez le Saint-Esprit : les péchés seront remis à ceux à qui vous les aurez remis, et ils seront retenus à ceux à qui vous les aurez retenus. » Je me demande maintenant si un ministre anglican, prononçant une formule d'absolution sur des personnes qui viennent de se confesser à Dieu dans le secret de leur cœur, se sert bien souvent du pouvoir exprimé par ces paroles : « Les péchés seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ? » Comment retenir les péchés sans les connaître? Impossible, à moins d'agir arbitrairement. — Jésus-Christ, roi du ciel, juge comme les souverains de la terre, non pas par luimême, mais par ses plénipotentiaires, par ses tribunaux. Il aurait pu, sans doute, disposer les choses d'une autre manière, mais il ne l'a pas fait ; toute objection disparaît devant sa sainte volonté.
«Le culte de la Sainte Vierge et des saints est une idolâtrie pure et simple ! » — Oui, si nous les adorions, si nous leur rendions un culte qui n'est dû qu'à Dieu seul ; mais nous les vénérons seulement comme les amis de Dieu, comme des âmes privilégiées qui se sont rendues agréables au Seigneur par leur parfaite charité et qui ont été fidèles à correspondre à la grâce divine. Nous croyons que leurs prières étant plus parfaites que les nôtres, peuvent
nous obtenir de Dieu ce que nous ne pourrions obtenir par nous-mêmes. En conséquence nous les invoquons, nous les honorons, nous les prions d'intercéder pour nous. Est-ce que ce culte n'est pas parfaitement conforme à la raison, et, je pourrais ajouter, conforme à la révélation? Est-ce que nous n'honorons pas la mère d'un roi plus qu'une mère ordinaire, et ies familiers de ce souverain plus que des citoyens ordinaires ? Est-ce que nous n'avons pas recours à leur entremise, à leur intercession pour obtenir les faveurs royales? C'est ce qui se pratique tous les Jours; mais le culte de Marie et des saints n'est-il pas plus rationnel, puisque nous honorons en eux a mère et les amis non pas d'un homme mais de Dieu même ? Qu'on n'essaie donc plus de nous faire passer pour de stupides idolâtres, car c'est là une vieillerie parfaitement ridicule et qui ne devrait plusse répéter en plein dix-neuvième siècle.
Vous entendrez dire bien souvent qu'il faut mourir dans la religion de ses pères ; c'est là un prétexte dont la lâcheté se couvre bien volontiers. — A cela je réponds d'abord : o.ii, si la religion de ces pères est vraie et bonne ; non, si elle est fausse , car la vérité a sur notre intelligence des droits imprescriptibles Avec ce principe erroné, le monde devrait être encore plongé dans le paganisme. En outre, quand il s'agit de protestants, il est facile de leur donner la réponse du comte de Stolberg à un prince qui lui faisait celte même objection : « Pardon, prince, dil-il, mieux
vaut encore mourir dans la religion de ses grandspères». C'est la même pensée qu'exprimait sur son lit de mort un ambassadeur de France, en Angleterre ; un ami lui demandait s'il n'était pas chagrin de se voir réduit à être enseveli parmi des héré tiques: « Non, répondit le mourant, je commanderai qu'on me creuse une fosse plus profonde et je me retrouverai en terre sainte, au niveau et au milieu des miens ». Et en effet, abandonnera Réforme pour se faire catholique, c'est revenir à la religion de ses grands-pères, de ses aïeux, puisque, avant le seizième siècle, il n'y avait pas un seul protestant sur toute la surface du globe,
A ceux qui rendraient hommage intérieurement à la vérité du catholicisme, sans vouloir la professer pubUquement, sous prétexte que Dieu se contente des bonnes dispositions du cœur et que ce changement de religion entraînerait trop de sacrifices, trop de désagréments et contristerait des amis, des parents, des bienfaiteurs, je pourrais opposer ces paroles si formelles du Sauveur : « Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui €st dans le ciel ; mais celui qui m'aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans le ciel... Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi. » — « Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ? » — « Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses
(les biens de la terre) vous seront données par surcroît. » — « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu'à eux appartient le royaume des cieux. Vous êtes heureux, lorsque les hommes vous maudissent et vous persécutent et disent faussement toute sorte de mal de vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux » (1). Je pourrais encore leur remettre sous les yeux les nobles exemples de princes et de savants convertis à la religion catholique dans notre siècle : le duc de Saxe-Gotha, allié à la famille royale d'Angleterre, le prince Henri-Edouard de Schœnburg, le comte d'Ingenheim, frère du feu dernier roi de Prusse, le duc A.-Fréd. de Mecklembourg-Schwerin et sa sœur la duchesse Charlotte-Frédérique, le prince F.- A.-C. de Hesse-Darmstadt, le duc et la duchesse d'Anhalt-Cœthen, la comtesse de Solms-Bareuth, le savant comte Fréd.-Léopold de Stolberg, Frédéric Schlegel, fils d'un pasteur luthérien, le célèbre Goerres, le conseiller aulique Adam Muller, le comte Charles-Louis de Haller, Esslinger, l'illustre Frédéric Hurter, Newman, Ward, Oakeley, Faber, Morris, Brown, Manning, Brownson, Forbes, Ives, Baker, et une foule d'autres (2) qui ont eu le courage de pro-
(1) Mt, X, 32-37 ; XVI, 26; VI, 33; V, 11, 12.
(2) J'ignore si le Rév. Dr. Cook a voulu parler de ces illustres convertis, lorsqu'il rappelle les lattes qu'il faut soutenir contre les ■" continuai encroackmcnti of rationalism and romanism led by renegade