L'ANGLICANISME
à Pierre et à ses successeurs que Jésus-Christ a choisis pour être le fondement de son Egl °, on a substitué arbitrairement le roi d'Angleterre (art. XXII, XXVI, XXXIT, XXXVI, XXXVII) ; c’est par son autorité que les évêques, les prètres et les diacres sont ordonnés et institués dans leurs fonctions (art. XXXIIN, XXXVI, XXX VII). C’est aussi par son ordre que sont convoqués les conciles universels, qui sont expressément déclarés et reconnus faillibles et sujets à l'erreur (art. XXI). Il est vrai que par l’article XX on reconnaît à l'Eglise le droit de décider dans les discussions de foi et d'interpréter l’Ecriture Sainte,
mais elle doit puiser ses décisions dans l'Ecriture
même, en dehors de laquelle elle n'a ni droit, ni pouvoir. Si les fidèles découvrent que les décisions de leur Eglise ne sont pas conformes au texte sacré,
ils sont libres de les rejeter. Toutefois c’est le roi
qui prononce en définitive dans les décisions dogmatiques ; on ne peut en appeler à une autorité plus
“hat ; que la sienne, et ainsi l’on reconnaît implici-
tement au souverain temporel l’énfaillibilité qu’on refuse à l'Eglise.
Voilà, en résumé, le curieux mélange de doctrines qui constituent la base, la règle de foi de l'Eglise anglicane, de la Haute Eglise d'Angleterre : d’un côté, une Eglise faillible, chargée de dirimer les contro-
verses d’après l'examen de l’Ecriture Sainte ; de
l’autre, des fidèles qui ne sont tenus de se soumettre à ses décisions que lorsqu'ils les trouvent conformes à la Bible.
Il est bien évident que tout se réduit en définitive au libre examen, au jugement privé des Ecrilures. L'autorité de l'Eglise ne peut être alors que celle d’un corps de savants, qui apporte plus ou moins de lumières sur des questions épineuses de la théologie, sur des ‘extes difficiles de la Bible, mais à laquelle persorve n'est tenu d’obéir, du moment qu'on la croit engagée dans l'erreur. Cette Eglise pourra bien dire: «Je pense que telle doctrine est révélée ; il me semble qu’elle est renfermée dans les enseignements de Jésus-Christ» ; mais elle ne pourra jamais dire : telle vérité est très-certainement révélée ; il faut nécessairement la croire sous peine de renoncer à l’espérence du salut; c’est un article de foi obligutoire pour tous ». Cette manière de s'exprimer ne peut se rencontrer que chez ceux qui ont l'assurance parfaite de ne pas se tromper, et qui sont abselument certains d’avoir l'assistance perpétuelle du Saint- Esprit, comme l'Eglise catholique.
Supposons un instant qu’un membre de l'Eglise anglicane confronte avec les Saintes Ecritures la doctrine des trente-neuf articles qui n’admettent que les sacrements du Baptème et de la Cène, qui renferment les symboles des premiers siècles, qui proclament la justification par la foi seule sans les œuvres, et qu'il acquière 11 conviction intime que la Bible contient en outre l: doctrine du Sacrement de Pénitence (que Henri VIII regarda toujours comme nécessaire), qu’elle contredit parfois les anciens symboles de foi,