‹ La Sainte Ecriture et la règle de foi [microforme]Chapitre 48 sur 142 · L'ANGLICANISME · texte numérisé non relu

L'ANGLICANISME

lieu au parlement anglais, en 1840 : « Dans l’ardeur du combat engagé au sujet ues trente-neuf articles, et que la nouvelle école d'Oxford n’a fait qu'animer davantage en cherchant à donner à ces articles un sens plus rapproché des doctrines romaines, des

pétitions d'un grand nombre de ministres anglicans

ont été présentées, il y a peu d'années, au parlement, daus le but d'obtenir des modifications à ces articles, ainsi qu'au livre des Communes prières. De là ce débat orageux qui eut lieu au parlement dans la session du 26 mars, 1840, où les évêques anglicans se montrèrent divisés sur la question de l'autorité de leur Eglise. D'un côté, l'évêque de Norwich prétendait que l'Eglise anglicane était fondée sur la liberté de conscience et sur le droit du jugement privé, et que le refus d'admettre certains points doctrinaux de la liturgie ou du symbole de saint Atlanase, ne devait empêcher personne d’être admis aux ordres sacrés ; de l’autre, l'évèque de Londres protestait qu'une telle prétention étail une injure faite à l'Eglise établie, et que le seul moyen de maintenir cette ‘dernière était de tenir ferme la branche du compas théologique: sur quoi, quelque autre observait que le compas était contourné, et que personne n’était plus capable de le redresser. Et cette vérité même, l’archevèque anglican de Dublin l'avait proclamée peu d’années aupa-

ravant (7 août, 1833), dans cette même Chambre des

Pairs, en disant « qu'i: n’y avait ni individu, ni corps d'individus dans l'Eglise anglicane, à qui pût être

FE mms ee

ET L'AFFAIRE GORHAM. 107

déférée la solution d'un doute ou d’une difficulté quelconque, en un mot, aucune autorité constituée à laquelle on pût recourir pour avoir la décision de ces sortes de questions » (), Il y a un fait qui s’est produit il n’y a que quelques années en Angleterre et qui montre avec toute la clarté de l'évidence que l'Eglise anglicane n’a aucune autorité en matière doctrinale, que son symbole de foi est nul et que l’on peut tout nier sans cesser d’être l'un de ses membres. C’est le fait tout récent de Gorham. «Nommé par le gouvernement ministre d’une église comprise dans le diocèse d'Exeter, il avait essuyé de l’évêque Philippots le refus d’être investi de cette cure, parce qu’il niait le dogme de la régénération baptismale. On fit grand bruit de ce refus, el l'Eglise anglicane se divisa en deux partis, les uns tenant pour Gorham, et les autres pour l’évêéque d’Exeter. Gorliam appela de la sentence de son évêque au conseil privé de la reine, considéré comme la suprême autorité en matière de controverses religieuses. Sur ces entrefaites, l’évêque d’Exeter, craie gnant peut-être une sentence défavorable à la mesure qu'il avait prise, écrivit la lettre énergique que nous rapportons ici: «Des doutes très-sérieux se sont élevés dans l'esprit d’un grand nombre sur le pointde savoir si l’Eglise anglicane, en acceptant ce jugement d’une manière passive, ne perdrait pas ses droits à être egardée comme une portion de l'Eglise de Jé-

(1) Dublin Review, n° XXII, ncvembre, 1840.

108 L’AFFAIRE GORHAM.

sus-Christ. C’est. pourquoi il y a de fortes raisons de craindre qu’un tel jugement n'ait pour effet d’éloigner de notre Eglise un grand nombre de ses membres, qui se donneront peut-être à Rome, à cette Eglise qui promet le repos pour prix d’avoir cherché la vérité. Je déclare, enfin, que je ne puis rester sans péché, et que je ne resterai pas non plus, si Dieu m'en fait la grâce, en communion avec celui (l'archevêque de Cantorbéry) qui abusera de la haute charge qui lui est confiée pour donner mission et charge d’âmes dans la circonscription de mon diocèse». Mais l’avis du conseil privé de la reine ne se fit pas attendre, et il prononça que chacun était en droit de garder l'opinion qui lui plaisait le plus sur la nature et les effets du baptême. L'Eglise anglicane se soumit humblement à cette sentence, et le terrible évêque d’Exeter, pour ne pas perdre la faveur dont il jouissait, jugea plus à propos de donner l'investiture à Gorham; et ainsi finirent les bruyantes querelles que cette affaire avait soulevées. Gorham n'avait fait au fond que se conformer à l’article XX, en soutenant que la doctrine de la régénération baptismale ne s’appuie pas sur la parole de Dieu écrite, interprétée à sa manière, et personne n'avait le droit de le condamner » ©,

Ces faits et mille autres que nous pourrions rapporter, prouvent jusqu'à l'évidence qu’une Eglise faillible ne saurait constituer une véritable règle de foi, puisqu'elle n’a pas l'autorité requise pour produire l'unité, et ne peut donner aucune certitude.

(1) Perrone, La règle de foi, t. 1, p. 545.

Page 1