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en Autriche, en Italie, à Rome même @), Mais, en même temps, on multiplie les petits journaux impies, révolutionnaires, injurieux au Pape, aux Cardinaux et au clergé catholique ; on chasse de leurs monastères les religieux et les relig'uses, on s'empare de leurs biens; on leur interdit l’enseignement, on astreint les enfants catholiques à fréquenter les écoles du gouvernement et à y puiser des doctrines protestantes ou athées ! En vérité, jamais on n’eût songé autrefois à profaner le beau nom de liberté, en l’accolant à un ensemble de fails et à un état de choses qui ne sont en réalité qu'une affreuse tyrannie d’un côté, et une humiliante servitude, de l’autre.
On ne voulait plus du Pape ; son autorité faisait ombrage ; elle troublait le sommeil des rois. Dans un de ces moments de délire, qui se rencontrent parfois chez les peuples comme chez les individus, on décréla la déchéance des Pontifes de Rome ou plutôt on cessa de reconnaître leur suprématie spirituelle. Peu de temps après, on est étonné de voir l'autorité pontificale tombée en quenouille sous Eli- : zabeth d'Angleterre, habilement escamotée par plusieurs souverains, ministres et principicules de l’Europe. Au lieu d'obéir au pouvoir spirituel et légitime du Pape, on courbait le front devant le représentant de la force matérielle, qui commandaitarbitrairement et illégitimement aux consciences. Tel était le résultat
(1) Morning Chronicle, 15 février, 1872 et 27 février, 1874. Discours des Révérends Elliott, Bancroft et Wells.
auquel on devait nécessairement arriver, si l’on voulait conserver à la réforme un semblant d'unité et prévenir un effondrement trop rapide de cet édifice ruineux : il fallait mettre la tiare sur d’autres têtes et se résoudre à l’asservissement des âmes, à la destruction de toute vraie liberté religieuse.
Qu'on veuille bien croire que ces paroles n'ont rien d’exagéré ; la logique des faits, qui se sont produits depuis trois siècles et qui se répètent encore tous les jours, nous amène rigoureusement à cette conclusion. C’est ce qu’exprimait avec véhémence Monsieur le ministre Vinet, de Genève, s'adressant à ses confrères protestants : «L'Eglise était-elle opprimée, lorsque vous ne pouviez exercer la discipline sur vos troupeaux, qu’au risque de vous voir disciplinés vous-mêmes et censurés par le pouvoir civil ? Lorsqu'il ne vous était pas permis de défendre vos autels contre l'invasion du scandale effronté ? Lorsque vous étiez contraints d'admettre les catéchumènes à la table du Seigneur, non er vertu de leurs lumières et de leur foi, mais de leur âge ? Lorsque, dans vos démêlés avec vos troupeaux, vous aviez pour juge non l'autorité ecclésiastique, mais immédiatement l’aulorité civile qui se faisait juge de vos prédications et de vos doctrines? Lorsque vous pouviez être suspendus ou cassés sans le préavis de vos pairs ? Lorsque vous ne pouviez, en dehors de vos
fonctions essentielles, rien entreprendre pour les
immenses besoins des âmes et pour le service de
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votre divin Maître, sans effaroucher une autorité jalouse, et sans provoquer de sa part des interdictions et des men»ces ? Lorsque cette aulorité pouvait vous contraindre à garder dans votre sein, et à admettre à vos délibérations des membres corrompus et scandaleux qu’il vous importait de désavouer ? Lorsque toute discussion sur des matières spirituelles, était, par le fait, presque impossible dans vos assemblées ? Lorsque, pour tout dire, en un mot, vous n'étiez qu’un corps de fonctionnaires civils, enseignant et dogmatisant dans un cercle que le gouvernement, nouveau saint-siége, pouvait étendre et resserrer à son gré ? Voilà le régime sous lequel vous avez vécu » (),
Dans un remarquable discours prononcé en novembre, 1837, au sein du conseil législatif, M. le syndic Girod, de Genève, ne craignait pas d'affirmer «qu'un des principaux buts de la réformation a été d’anéantir l'autorité papale et de lui substituer celle du gouvernement civil. » Puis, au moyen de faits nombreux et irrécusables, il démontra clairement que le conseil d'Etat a constamment, depuis la réforme, donné et imposé aux ministres du saint Evangile, le dogme, la morale, la discipline, etc.
« Ce qui opprime notre Eglise (protestante de la Saxe), c’est la domination des fonctionnaires civils, c'est la sécularisation de l'Eglise dans toutes ses institutions, de telle sorte que tout est régi bureau-
(1) Quelques idées sur la liberté religieuse, Lausanne, 1831, p. 13.
Le
cratiquement et que le spirituel lui-même se traite comme une affaire » (),
«Enlevez à l'Eglise (protestante) l'appui et la force de cohésion que le souverain politique, comme son chef et son tuteur, lui a donnés pour résister aux principes de division devenus plus énergiques depuis 1848, et vous la verrez aussitôt se briser en mille pièces que personne ensuite ne sera capable de rassembler de nouveau » @),
L'Abbé Dôllinger, qui, pour son propre malhe:r, s’est séparé de l'Eglise catholique romaine depuis le concile du Vatican, faisait bien connaître l’état de l'Eglise d'Angleterre, lorsqu'il écrivait les lignes suivantes : «Les lois du royaume qui, sous les trois Tudors, Henri, Edouard et Elizabeth, proclamèrent comme un droit imprescriptible de la royauté la suprématie sur l'Eglise anglicane, subsistent encore dans toute leur vigueur. Le roi, ou la reine régente est en possession du suprême pouvoir ecclésiastique. L'autorité des évêques n'est qu’un écoulement de l'autorité royale. Il est vrai que la tête couronnée est, en un sens, la personne Ja moins libre de son royaume, car si le roi entrait en communion avec le Saint-Siège, s’il devenait catholique, ou seulement épousait une catholique, il serait aussitôt déposé et perdrait le trône. En pareil cas, d’après le statut de 1689, la nation serait déliée du serment de fidélité.
(1) Hengstenberg’s Kirchenzeitung, 1851, 99.
(2) Messner’s Kirchenzeitung, 1860, 84.
Comme chef religieux de deux Eglises, le roi doit tour à tour admettre deux religions qui se combattent mutuellement, car en Ecosse c’est le protestantisme presbytérien et calviniste qui est l'Eglise de l'Etat. La reine actuelle a bien soin d’être en hiver anglaise épiscopale, et en été écossaise presbytérienne. Après avoir assisté, en hiver, à la liturgie anglicane et avoir reçu le sacrement de la main d’un évêque ou d'un ecclésiastique épiscopalement ordonné, elle entend pendant l'été, à Balmoral ou ailleurs, en Ecosse, une prédication calviniste et reçoit la cène des mains d'un ecclésiastique qui, en Angleterre, ne serait admis ni à la communion, ni à la chaire, et ne serait pas regardé, par la majeure partie du clergé et des laïques, comme validement ordonné.
.. «En dehors des ministres et du parlement, c’est le conseil privé qui, depuis 1833, exerce la suprématie sur la religion et l'Eglise. Le parlement l’a institué comme la suprême cour d'appel pour toutes les discussions ecc'ésiastiques, qu’il s'agisse de doctrine ou de discipline. Les laïques y sont en majorité, quand ils ne le composent pas tout entier, et il en est qui ne sont pas même membres de l'Eglise épiscopale » (@).
Ecoutons encore le témoignage remarquable de M. Druey, membre du conseil d'Etat du canton de Vaud: « L'Etat et l'Eglise ne formèrent qu'une même
‘(1) L'Eglise et les Eglises, p. 152, traduit de l’allemand par A. Bayle, 1862.
masse, une unité, une personne morale. Si l'on ouvre les ordonnances ecclésiastiques de 1758, qui sont un recueil de tous les arrêts rendus par le gouvernement de Berne, depuis 1536, sur les points relatifs à la religion, on voit que tout ce qui tient à la religion, a été statué, ordonné et réglé par le gouvernement. Il entre dans le règlement des moindres détails du ménage ecclésiastique. Doctrine, discipline, prédication, conduite des ministres et des paroissiens, . rien n'échappe. C'est le despotisme religieux qui s'étend jusqu'aux dernières ramifications » @),
Ces résultats se sont produits partout où l’on a vu fleurir le protestantisme. Un anglais, Lord Molesworth, qui connaissait parfaitement les protestants du nord de l'Europe et en particulier des Etats Scandinaves, écrivait, en 1692: « Dans la religion catholique romaine, avec son chef suprême de l'Eglise qui est à Rome, il y a un principe d'opposition à un pouvoir politique illimité. Mais dans le Nord, l'Eglise luthérienne est complètement soumise au pouvoir civil el réduite en servitude. Tous les peuples des pays protestants ont perdu leur liberté, depuis qu'ils ont changé leur religion pour une meilleure. » La dépendance absolue du clergé protestant vis-à-vis des souverains : voilà la cause qu'il assigne à ce fait anormal. «Le clergé luthérien, dit-il, conservait sa puissance politique comme chambre particulière ou état de la diète, mais il dépendait de la couronne
(1) Compte-rendu des débats du grand conseil, en 1839.
comme de son supérieur spirituel et temporel » @).
N'a-t-on pas vu, en Angleterre, Elizabeth et son parlement confirmer le principe que la puissance sans limites de la royauté s’étendait pour toujours, dans ce pays, sur tout ce qui concernait l'Eglise, et que toute juridiction, tout pouvoir en fait de doctrine, de discipline, de réforme, devait être rattaché à la couronne ? N’a-t-on pas vu le parlement ajouter la clause suivante au statut sur la suprématie ecclésiastique du roi: «Aucun acte, aucun décret du présent parlement, en matière religieuse, ne pourra être considéré comme erroné » ? Voilà une infaillibilité qui est certes bien placée !—N’est-ce pas ce qui faisait dire à Jacques I, lorsqu'il était au moment de monter sur le trône et qu'il contemplait la grandeur de ses royales prérogatives : « N'est-ce pas moi qui fais les juges ? N'est-ce pas moi qui crée les évêques? Oui, grâces à Dieu ! je fais tout ce qui me plaît : la loi et l'Evangile » @),.
Aussi «la suprématie de la législature est-elle, suivant expression de Hallam, comme un collier de
Æhien de garde que l'Etat a passé au cou d’une Eglise dotée par lui, élevée au rang d'institution nationale. L'Etat se fait payer ainsi le logement et la nourriture qu’il donne à son Eglise » G@).
Laissons parler aussi le célèbre Dr. Newman, qui
41) Geschichte von Rugen und Pommern, IV. 2, 294. (2) John Forster, Historical essaye, London, 1858. I, 227. * (3) Constit. Hist, of England, III, 444.
devait connaître à fond l'Eglise anglicane, puisqu'il en avait été l’une des plus brillantes illustrations :
« On ne trouve, dit-il, dans l'Eglise anglicane, nonseulement aucune généalogie remontant aux premiers siècles, et aucun rapport avec l'Eglise des autres pays, mais pas même un corps politique de quelque sorte. On n’aperçoit en elle qu'un établissement de l'Etat, un département de l'Etat, une fonction publique, une administration sans substance, une aggrégation de fonctionnaires, dépendant du pouvoir civil et payés par l'Etat... Elle n’est responsable de rien, elle ne peut mériter ni blâme ni éloge ; les sentiments qu'elle excite, quels qu'ils soient, doivent être attribués au pouvoir suprême qu’elle représente et dont la volonté est sa loi et sa vie...C’est un corps sans âme, qui ne se contemple pas lui-même, qui ne cherche pas à définir sa constitution interne, ni à constater sa position. L'Eglise anglicane n’a pas de traditions ; on ne peut dire ce qu’elle pense ; elle ne sait ni ce qu’elle croit, ni ce qu'elle ne croit pas ; elle n’a pas même la conscience de sa propre existence…Ses évêques ne se ressemblent pas plus entre eux qu'un roi ne ressemble à un autre roi, ou un ministère à un autre ministère. Son livre de prières est un acte du Parlement, qui date de deux cents ans ; ses cathédrales et ses chapitres sont des dépouilles du catholicisme...Elle n’est pas plus tenue par ce qu'elle a fait ou dit autrefois, que le journal du matin n’est engagé par les numéros qui l'ont pré-
cédé... Son existence est un acte du Parlement...Elle résistera à ses ennemis, si l'Etat lui donne son épée ; elle sera incapable de soutenir la lutte, si l’Etat l'aban+ donne. Elizabeth se vantait de donner le ton à ses chaires ; Charles interdit les discussions sur la prédestination, Georges défendit celles qui concernaient Ja Sainte Trinité, Victoria permet des dissentiments sur le saint baptême...De même que la nation change
4e politique, elle peut changer de croyance religieuse ;
les causes qui ont amené le bill de réforme et celui de la liberté de commerce peuvent emporter l’orthodoxie de l’Eglise nationale » Q),
Je pourrais multiplier à l'infini les citations d’écrits protestants, où se trouve consigné le fait de la suprématie de l'Etat sur l'Eglise réformée. Toutes les âmes honnêtes ou tant soit peu éclairées déplorent ce triste état de choses ; mais qu'y faire ? Le remède serait pire que le mal même ; en effet, il n’est pas difficile de voir que sans le principe d'unité qui se trouve dans l’autorilé civile et qui établit certains liens naturels entre les individus, l’Eglise réformée, de quelque nom qu’elle se décore, disparaîtrait comme société ; elle se pulvériserait à l'instant ; il y aurait autant de systèmes religieux, autant d'Eglises que d'individus. Le premier effet, le premier résultat du protestantisme, c’est donc d’amoindrir ou plutôt de détruire l'autorité de l'Eglise en faveur de celle de la société civile, c’est de transférer la puissance spiri-
(1) Sixième conférence à l’Oratoire de Londres, p. 198-199.