ET LA TRADITION
manger du sang et des animaux étouffés, portée par le concile de Jérusalem ? (@) à ne pas considérer comme absolument nécessaire au salut des enfants la réception de l’Eucharistie, malgré cette parole du Sauveur : «Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous ? » @) à ne pas tenir strictement à ce précepte formel : « Vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ? » &
Je sais que quelques-uns ont un moyen facile de résoudre toutes ces difficultés ; ils affirment bravement que ce ne sont pas des articles fondamentaux. II me semble pourtant que ce doit être un point absolument fondamental que de savoir quels sont tous les livres, et les seuls livres qui contiennent Ja parole de Dieu ; rien ne me paraît plus fondamental que de savoir si l’on a reçu le baptême validement ou invalidement, si l’on est chrétien ou infidèle, si l’on a droit au royaume des cieux ou si l’on en doit être à jamais exclu. Si ce ne sont pas là des questions fondamentales, j'avoue qu’on peut bien renoncer à en trouver dans la religion chrétienne. Mais qui ne voit de suite que cette distinction n’a été mise au jour que pour se soustraire aux poursuites d'un ennemi qui les gène ? Quel est l’homme assez peu clairvoyant pour ne pas découvrir en cela un subterfuge imaginé pour les besoins d’une cause en péril ?
- (1) Act. XV, 20.
(2) Joan. VI.
(3) Joan. XIII, 15.
186 LA ‘(RADITION ADMISE
Ces vérités traditionnelles, que les protestants sont forcément obligés d'admettre, nous permettent de constater, en passant, un fait qui a existé à toutes les époques de l’histoire : c’est que la tradition, lorsqu'elle n'existe pas seule,côtoie toujours l’Ecriture. Ouvrez les annales du peuple de Dieu depuis le commencement du monde jusqu’à la réforme du seizième siècle, toujours vous trouverez dans sa profession de foi des dogmes qu'il considérait comme divins et qui n'étaient pas contenus dans les Ecritures ().
La Sainte Ecriture elle-même, dont le protestantisme reconnaît avant tout l’autorité, rend témoignage contre lui en admettant l'existence de traditions divines. Dans sa scconde épître aux Thessaloniciens (II, 14), saint Paul leur dit: «Mes frères, soyez fermes, et gardez les traditions que vous avez apprises
soit par nos discours, soit par notre épiître.» Le grand
Apôtre semble vouloir empêcher qu’on ne restreigne plus tard ce terme de traditions aux seuls enseignements donnés par écrit; c'est pourquoi il a soin d'ajouter : «que vous avez apprises soit par nos discours, soit par notre épître, » afin de nous montrer qué sa parole, écrite ou non écrite, a toujours la même autorité. L'Eglise catholique, fidèle à la doctrine de saint Paul, a constamment manifesté pour les vérités qui nous sont arrivées par lé canal de la tradition le même respect que pour celles qui sont contenues dans les Ecritures.
(1) Francelin, De divina traditions et Scriptura, p. 209; eto.
Saint Jean Chrysostôme (), commentant ces paroles de l’Apôtre, raisonne de la manière suivante : « Il est clair que les Apôtres n’ont pas écrit tout ce qu'ils ont enseigné, mais qu'ils ont laissé beaucoup de vérités sans les rédiger par écrit, et ces vérités n’en sont pas moins dignes de foi ; c’est pourquoi nous croyons aussi que la tradition est digne de foi ; c’est la tradition, n’en demandez pas davartage. »
Ecrivant pour la première fois aux Corinthiens, saint Paul leur dit : «Je vous loue, mes frères, de ce qu’en toutes choses vous vous souvenez de moi et de ce que vous gardez mes préceptes, tels que je vous les ai donnés, sicut tradidi vobis. » L’Apôtre avait déjà évangélisé les Corinthiens, et c'était cet enseignement oral qu’il leur recommandait de conserver avec soin : de là saint Chrysostôme tirait la conclusion suivante : « Donc saint Paul a donné plusieurs leçons, sans les rédiger par écrit, ce qu'il indique encore en plusieurs autres textes» @). C’est ainsi que s'exprime saint Epiphane sur ce même passage : «Il faut recourir aussi à la tradition, parce qu'on ne trouve pas tout dans les Saintes Ecritures : les Apôtres nous ont transmis certaines choses par les Ecritures, et d’autres par la tradition, comme nous l'enseigne l'Apôtre » (3),
Voulez-vous encore sur ce sujet un autre témoi-
(1) Hom. 5 in o. 2 ep. ad Thessal.
(2) Hom. 26 in cap. 11 ep. I'ad Corinth.
(3) Hsæres, LXI, ed. Petav.