LA TRADITION ADMISE
Saint Basile, dans son livre sur le Saint-Esprit, démontre la nécessité d'admettre la tradition, et il s’en sert pour établir l« divinité du Saint-Esprit, disant qu'il y a des dogmes écrits, mais qu'ilyena d'autres que nous avons reçus de la tradition des Apôtres; puis il ajoute « que les uns ont autant d’autorité que les autres, et que personne n’y contredit, pour peu de teinture qu'il ait des lois ecclésiastiques. Pour moi, dit-il, je crois apostolique celui qui demeure attaché aux traditions non écrites ». Puis il établit sa proposition au moyen des textes de saint Paul que j'ai rapportés plus haut, en même temps que par une comparaison naturelle, tirée de ce que, dans les tribunaux séculiers, on admet également les preuves par écrit et les preuves par témoins : ce qui répond aux deux genres de preuves en usage chez les catholiques pour établir les vérités concernant la fo et les mœurs, c’est-à-dire l’Ecriture et la tradition.
C'est sur la tradilion que s’appuie principalement et souvent saint Augustin, pour démontrer qu’on ne doit pas réitérer le baptême conféré par les héréliques. « Les Apôtres, dit-il, ne nous ont rien ordonné par écrit à ce sujet ; mais on doit regarder cette coutume (de ne point rebaptiser), quoique opposée au sentiment de saint Cyprien, comme une tradition prenant sa source des Apôtres mêmes ; il y a, en effet, plusieurs choses que l'Eglise universelle croit et qui, pour cette raison, sont justement considérées comme
ayant été commandées par les Apôtres, bien qu’elles ne se trouvent pas écrites » ),
Je pourrais citer vingt autres passages analogues tirés des œuvres du grand évêque d'Hippone; mais j'aurai encore occasion, en parlant de l'Eglise, de rapporter quelques textes qui confirmersnt la même doctrine. Toutefois, je ne veux pas terminer ce chapitre sans produire les témoignages de saint Jérôme et de saint Vincent de Lérins. :
Le premier, voulant réfuter les Æucifériens qui méprisaient la tradition et ne s’appuyaient que sur la Bible, leur adresse ces paroles véhémentes : «Que les sectaires ne se vantent point de ce qu'ils citent l'Ecriture Sainte pour prouver leur doctrine ; le démon lui-même en a cité des passages ; l’Ecriture ne consiste pas dans la lettre, mais dans le sens. Si nous nous en tenions à la lettre, il ne tiendrait qu’à nous de forger un nouveau dogme et d'enseigner que l'on ne doit point recevoir dans l'Eglise ceux qui ont des souliers et deux habits » Q@).
Saint Vincent de Lérins est encore plus explicite sur ce sujet, lorsqu'il nous donne sa fameuse règle de foi, à savoir qu’il faut considérer comme doctrine révélée ce qui a été cru dans tous les lieux, dans tous les temps et par tous les fidèles. Voilà la règle simple, claire et précise, qui terrasse tous les novateurs,
(1) Cont. Donatist., 1. V, 0. 23.
(2) Dialog. adv. Lucif., in fine.
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Fa 4 Û 14 règle immuable d’après laquelle on peut distinguer la È vérité catholique de toute hérésie et se décider dans
#4 | les controverses. Il montre que l’Ecriture ne peut pas servir seule de règle, parce que tous ne la com- { prennent pas dans le même sens; il fait voir que D : l'Eglise a la mission de conserver, de développer la foi traditionnelle, et de déterminer le sens de la foi immuable par des expressions nouvelles et spéciales. Quant à l’usage des témoignages des Pères, il ne faut citer, dit-il, que les paroles de ceux qui ont vécu, enseigné et persévéré dans la foi et la communion fi catholiques, saintement et fidèlement, et qui ont été es jugés dignes de mourir pour Jésus-Christ ou de lui consacrer leur vie. Toutefois, il ne faut recevoir comme entièrement certain et indubitable, que ce qui a été cru par tous ou presque tous, et alors l’unani- | mité de leur consentement équivaut à un concile 4 général. Si quelqu'un d’entre eux, quelque saint, FX quelque savant qu'il ait été, évêque, confesseur, ou | Jon martyr, a enseigné une doctrine contraire à celle du |. 0 plus grand nombre, il faut la mettre au rang des
‘1 opinions privées, incertaines, obscures, destiluées de FRE l’autarité et de la sanction d’une croyance univerbé 0 selle, publique et dominante ».
s: Parlant des hérétiques qui, à cette époque comme pe | de nos jours, se vantaient d’avoir la Bible pour eux :
dr « Ils affecte..i, dit-il, de citer partout l’Ecriture ; il n'y a presque point de pages dans leurs écrits où l’on n’en trouve des textes. Mais en cela ils ressemblent
aux empoisonneurs, qui désignent sous des noms imposants leurs breuvages meurtriérs, et ils imitent le père du mensonge, qui, en tentant le Fils de Dieu, cita l'Ecriture ».
Après avoir établi l’immutabilité du dogme catholique, il se demande : « N'y aura-t-il donc point de progrès dans l'Eglise du Christ? Il y en aura, répontil, et même beaucoup ; car qui serait assez envieux du bien des hommes, assez maudit de Dieu pour empêcher ce progrès ? Mais qu’il soit progrès, et non changement. Il faut qu'avec les âges et les siècles il y ait accroissement d'intelligence, de sagesse et de science pour chaque homme comme pour toute l'Eglise. Mais il faut que la religion des ômes imite la marche du corps humain qui, tout en se développant et en grandissant avec les années, ne laisse pas d’être le même dans la maturité de l’âge comme dans la fleur de la jeunesse ». Cette doctrine que saint Vincent de Lérins a consignée dans son célèbre Commonitoire contre les hérésies est absolnment la doctrine de l'Eglise Romaine de nos jours.
L'autorité et la nécessité de la tradition ont été bien souvent reconnues par les protestants euxmêmes. « Avant toutes choses, dit Grotius, il faut supposer que tout ce qui est adopté généralement,
sans qu’on puisse en découvrir l’origine, vient des Apôtres » (),
(1) Votum pro pace, 137.
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