‹ La Sainte Ecriture et la règle de foi [microforme]Chapitre 97 sur 142 · AUTORITÉ DES PASTEURS · texte numérisé non relu

AUTORITÉ DES PASTEURS

selle, en lui disant par trois fois : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (1),

Voilà donc l'Eglise de Jésus-Christ constituée définitivement ; à sa tête un pasteur suprême qui est chargé. de paître, de gouverner tout le troureau, de main-. tenir l’unilé dans cet édifice dont il est comme la base, de garder les clefs du royaume des cieux, symbole de sa divine autorité, de confirmer ses. frères dans la foi, la sienne ne devant jamais défaillir, en vertu de la prière que le Sauveur a faite pour lui. Pierre est le chef suprême, la tête du corps enseignant . qui doit prêcher l'Evangile, baptiser, remettre les péchés, et régir l'Eglise de Dieu que Jésus a acquise : par son sang @). Même à ne considérer les Evangiles que comme des livres historiques ordinaires et non inspirés, il est absolument indubitable que Jésus- Christ s’est choisi des Apôtres, qu’il leur a donné la mission d'annoncer l'Evangile à tous les peuples de l'univers, qu'il les a revêtus, pour accomplir cette tâche si difficile, de toute l’autorité que son Père lui avait donnée au ciel et sur la terre, et enfin qu'il a: chargé Simon Pierre de les confirmer dans la foi. Jusque-là il n'existe encore aucune injonction d'écrire un livre et de le répandre ensuite: par tout le monde.

Cette autorité confiée à un corps enseignant suppose l'existence d’un corps enseigné et l'obligation stricte pour ce dernier d'ajouter foi à la doctrine qui lui est:

(1) Joan. XXI, 15-17.

(2) Act. XX, 28.

JBÉISSANCE DES FIDÈLES. 209

transmise. Aussi Jésus-Christ dit-il expressénient : « Prêchez l'Evangile... celui qui ne croira pas sera condamné » (@). C'est pourquoi saint Paul écrivant aux Thessaloniciens s’exprimaiten cestermes : «Nouë rendons grâces à Dieu sans cesse de ce qu'ayant reçu Ja parole de Dieu que vous avez ouie de nous, vous l'avez reçue non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme la parole de Dieu, qui opère en vous qui avezembrassé la foi » (2, Le même Apôtre rappelle aussi la résurrection de Jésus-Christ « par qui nous avons reçu la grâce et l'apostolat, pour faire obéir à la foi toutes les nations en son nom G@). Enfin les Saintes Ecritures nous montrent les Apôtres se dispersant à travers le monde entier, non pour y distribuer des Bibles, des codes écrits, mais pour y annoncer oralement aux peuples

la bonne nouvelle de l'Evangile.

Ce simple exposé historique des origines du chrislianisme nous fait voir évidemment, d'une part, une hiérarchie enseignante, une autsrité vivante, un magistère personnel et authentique, et de l’autre, la soumission correspondante, l’obéissance et l'obligation de recevoir la foi ainsi que l'explication qui en est

donnée : voilà des éléments qui ne sont pas extrin- -sèques à la religion chrétienne, ni surajoutés acciden- “tellement, ni variables avecles diverses circonstances,

QD Mr XVE, 16.

(2) I Thessal. IT. 13.

(3) Ron. E, 6.

mais qui constituent une propriété intrinsèque, essentielle, la base même de l’économie instituée par Jésus-Christ. Si donc, plus tard, quelques Apôtres, sans interrompre le cours de leurs prédications, écrivent à diverses Eglises particulières fondées par leurs soins ou à diverses personnes et dans des circonstances spéciales, une partie de la doctrine révélée, ces écrits pourront bien, dans les vues de la divine Providence, être d’un grand secours au corps enseignant des pasteurs et aux fidèles qui en dépendent, mais ils ne constitueront toujours qu’un moyen secondaire de conserver la doctrine ; ils n’affecteront nullement l'existence de l'Eglise enseignante, puisque ce qui est essentiel à l’apostolat, ce n’est pas d'écrire —jamais Jésus-Christ n’a donné cet ordre à ses Apôtres,— mais c’est de prècher, d'enseigner de vive voix, et c’est ce que la plupart des Apôtres se sont contentés de faire, persuadés sans doute que leur mission divine n'exigeait rien de plus.

Maintenant, osera-t-on dire que ce n’est pas un changement radical que de substituer un livre, une

lettre morte à une autorité vivante et personnelle ?

Dira-t-on que ce n’est pas une innovation que de

remplacer la soumission des fidèles vis-à-vis des Apôtres par une indépendance complète des indi- vidus en matière de religion, par l’examen privé des:

Ecritures? Affirmera-t-on que c’est une même chose pour les fidèles de recevoir l'enseignement religieux tel qu'il est donné par les pasteurs légitimes, ou de

puiser la doctrine dans un livre, sans autre guide que la faible raison, et le plus souvent sans autre but que d'y trouver la justification d'idées préconçues ? Autant vaudrait soutenir qu'un gouvernement ne change pas de forme en passant de la démocratie pure à la monarchie la plus absolue. Il y a donc eu, au sein du protestantisme, une innovation radical: un changement qui affecte essentiellement la constitution de l'Eglise chrétienne. Portez maintenant vos regards sur le catholicisme, et vous verrez sans peine qu'il repose absolument sur les mêmes bases que Jésus-Christ lui a données ; les évêques et les Papes ont succédé aux Apôtres et à leur Chef visible; ils enseignent encore avec autorité, comme ceux dont ils sont les héritiers légitimes : ils disent au monde: telle doctrine est révélée, et le monde croit sans hésiter, <onvaincu que c’est Dieu qui parle par la bouche de ses envoyés.

Quel est donc le secret de cette distance infinie qui sépare l'autorité de l'Eglise catholique de celle de l'Eglise anglicane ? Pourquoi l’une est-elle obéie de la manière la plus complète, tandis que l’autre n'ose plus commander ? Pourquoi l’une voit-elle son unité se fortifier tous les jours, pendant que l’autre se fractionne, se disloque, comme ces édifices modernes, mal construits, qui tombent en ruines sans pouvoir. attendre le poids des années ? L'explication est fa cile : c’est que la première possède et revendique

pour elle les prérogatives conférées par Jésus-Christ:

sets

à Pierre et aux autres Apôtres, tandis que la seconde, née d'hier, sans racines dans le passé et sars promesses pour l’avenir, n’a qu’une existence éphémère, a conscience de sa faiblesse et n’a pas même le courage de se proclamer héritière des bienfaits divins ; June est infaillible, se proclame infaillible et est reconnue comme telle depuis l'âge apostolique ; l’autre se contente d’être faillible, mais aussi ses plus dévoués partisans discutent ses jugements,—qui sont très-rares, il est vrai,—l’accusent parfois d'erreur dans la doctrine, dans l'interprétation de l'Ecriture, lui font une opposition acharnée, et finissent par soumettre le différend au gouvernement civil qui se permet assez souvent de renverser les décisions ecclésiastiques.

Voyons maintenant si les prétentions de l’Eglise catholique non-seulement à une autorité quelconque, mais à une autorité infaillible pour ce qui concerne: l'enseignement et la conservation de la doctrine révélée, ont un fondement solide dans les Ecritures @).

(1) Mon intention n’est pas de traiter ici ex professo la question du sujet de l’infaillibilité active ; cela m'entraînerait .:op loin. Toutefois il sora facile de déduire de mes paroles les conclusions suivantes que j’extrais du magnifique ouvrage du R. P. Franselin, De divina traditione et Scriptura, p. 105-110:

‘e Subjectum ergo hujus infallibilitatie in docendo sunt illi omnes et soli, quibus jus est et officium divinitus commissum authentice doscenudi universam Ecolesism. :

a) Ita infallibilis est Æcclesia dacens, h. e. corpus Pastorum æ Doctorum in unione, consensione, et subordinatione ad visibile caput Bcolesiæ : idque tum in universali et consentiente prædicatione doc- :

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