Luc, xxii, I
i. Joann., xx, 23.
Ji. Ilebr., v, \.
LA SAINTE EUCHARISTIE VÉRITABLE SACREMENT. 1o
La Sainte Écriture nous enseigne que toutes les fonctions ne peuvent pas être confiées indifféremment à tous dans la sainte Église. Qu'on lise le chapitre XII de l'Épitre de S. Paul aux Romains, le chapitre XII aussi de la première Épître aux Corinthiens, le cliapitre IV de TÉpître aux Éphésiens, et l'on verra le soin que le grand Apôtre mettait à distinguer entre ceux qui avaient le pouvoir de s'acquitter des divers ministères dans l'Église. Il va jusqu'à dire, dans l'Épître aux Hébreux, que Jésus- Christ ne s'est pas élevé lui-même au pontificat, mais qu'il y a été appelé par son Père : Sic et Christus non semetipsum clarificavit, ut Pontifex fieret, etc. {Hebr., vi, 5.) Les apôtres ont été baptisés avant que Jésus-Christ les chargeât de conférer eux-mêmes le Baptême. Plus tard, ils reçurent le pouvoir de consacrer la Sainte Eucharistie, puis celui de remettre les péchés. Ces deux pouvoirs ne leur avaient donc pas été conférés en même temps que le Baptême, et ce sacrement ne suffisait pas pour qu'ils le possédassent. Tous les chrétiens ne peuvent .donc pas consacrer la Sainte Eucharistie, ni pardonner les péchés, et l'on doit en dire autant des autres sacrements. Il faut, pour le faire, une mission spéciale, une consécration particulière; il faut être prêtre. Mais tout prêtre qui a la juridiction requise peut donner validement les sacrements , même s'il est en état de péché mortel, même s'il n'a pas la foi, s'il est hérétique, schismatique ou infidèle, pourvu qu'il accomplisse les rites essentiels du sacrement, et qu'il ait l'intention de faire ce que fait non pas précisément l'Église romaine, car il peut ignorer qu'elle soit la véritable Église, mais en général l'Église de Jésus-Christ. Les qualités particulières du ministre ne sont pour rien dans l'efficacité du sacrement, pourvu que ce ministre soit véritablement ministre de Jésus-Christ et qu'il agisse en cette qualité ; car c'est Jésus-Christ lui-même qui agit en sa personne ; c'est Jésus-Christ qui baptise, qui absout, qui consacre par lui. Si le ministre est indigne de servir d'instrument au Seigneur et d'accomplir les fonctions sacrées qui lui sont confiées, il se rend très gravement coupable; mais son action n'en est pas moins efficace; ceux que Judas baptisait étaient purifiés de leurs péciiés aussi bien que ceux qui recevaient le Baptême des mains de Pierre, de Jacques ou de Jean. Et, pour que nous ne pensions pas que la valeur des sacrements dépend de la sainteté ou des qualités personnelles des ministres qui les confèrent, voici la règle que
nous trace à ce sujet S. Augustin : « Les sacrements n'acquièrent « ni plus de vérité ni plus de sainteté de ce qu'ils sont administrés a par de meilleurs ministres, car ils sont valides et saints par eux- <r mêmes, ayant pour auteur le Dieu de toute vérité et de toute « sainteté '. » Le même illustre docteur dit encore : « N'oubliez « pas qus les vices des hommes n'ôtent rien ni à la validité des a sacrements de Dieu, ni à leur sainteté -. » Dieu, en effet, comme l'enseignes. Ghrysostome, a coutume de faire servir à ses desseins même les ministres indignes, et la grâce des sacrements ne souffre aucun détriment de la mauvaise vie du prêtre ^î.
Avant eux, S. Grégoire de Nazianze disait aux fidèles de Conslantinople ^ : « Ne faites point attention aux qualités qui peuvent 0 rendre recommandable le prédicateur qui vous prêche, ou le « ministre qui vous baptise. Un autre en sera juge et en pé- « nétrera le mystère : car l'homme ne voit que les apparences, au « lieu que Dieu sonde les cœurs. Pour ce qui vous regarde, tout « ministre doit être bon pour purifier votre âme.... Faites la ré- « flexion que je vais vous suggérer. Je suppose deux anneaux, a l'un d'or, l'autre de fer ; que le ciseleur ait gravé également sur « les deux l'image de l'empereur, et qu'on s'en serve pour im- « primer cette image sur la cire. En quoi l'image formée par le a cachet d'or différera-t-elle de celle du cachet de fer? Il n'y aura « entre elles deux aucune différence. Quelque habile que vous « soyez, essayez de deviner à l'inspection de la cire toute seule la « matière des cachets qui les auront imprimées; dites laquelle des « deux images porte l'empreinte du cachet d'or ou de celui de fer, « et comment il se fait que l'une ressemble si parfaitement à « l'autre. C'est que la différence n'existe que dans la matière, nul- <r lement dans la forme du sceau. C'est ainsi que vous devez re- « garder comme également bons tous ceux qui ont la charge de « conférer un sacrement. Quand même l'un serait plus vertueux que (S l'autre, le sacrement conféré par eux a toujours la même vertu. »
1. Non ideo vcriora cl sanctiora sunt sacramcnta, quia pcr meliorem ministrantur ; illa nainque per se vera et sancta sunt, propter veruin et sanctum Deuin cujus sunt. (S. AuGUST., Contra Crcscoinum, lib. IV.)
•2. Mémento sacramentis Dei oljcsse nihil mores malorum liominum, quo illa vel omnino non sint, vel minus sancta sinl. {Idem, ibid.)
3. iXain et })er indignos consuevit Deus operari, et niliil propter sacerdotis vitam sacrarnonti gratia laîditur. (S. Chrysost., hom. IV in / ad Curinlh.)
i. S. A.MiiR., Oral. XL in mnctiim Daplismiun.
Pour confirmer cet enseignement des Pères, le saint concile de Trente a prononcé Tanathème contre quiconque dirait que le ministre du sacrement, qui se trouve en péché mortel, quoique d'ailleurs il observe toutes les choses essentielles qui regardent la confection ou la collation du sacrement, ne fait pas ou ne confère pas le sacrement '.
Nous n'entrerons pas dans plus de détails sur les sacrements en général. Ces quelques notions suffisent pour le but que nous nous proposons, et nous pouvons maintenant aborder l'exposition de la doctrine qui concerne directement le très saint et très adorable sacrement de l'Eucharistie.
Les sacrements que Notre-Seigneur Jésus-Christ a donnés à son Église comme les instruments efficaces en même temps que les signes sensibles de la grâce qu'il communique aux fidèles, sont au nombre de sept : Le Baptême, qui nous fait naître à une vie nouvelle, la vie de la grâce sanctifiante ; la Confirmation, qui nous donne le Saint-Esprit avec des grâces de force et le caractère de parfait chrétien; l'Eucharistie, destinée à nourrir nos âmes; la Pénitence, qui nous relève de nos chutes et nous rend la vie de la grâce s'il nous est arrivé de la perdre; l'Extrême-Onction, qui nous purifie et nous fortifie aux approches de la mort; l'Ordre, qui donne des ministres à l'Église et perpétue le sacerdoce sans lequel il n'y a pas de religion possible; le Mariage, qui sanctifie l'union de l'homme et de la femme, et contribue â la perpétuité de l'Église en lui préparant des enfants.
Le plus grand, le plus noble, le plus excellent des sacrements institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ, est le sacrement adorable de l'Eucharistie. Aussi a-t-il choisi, pour nous le donner, un moment particulièrement solennel. S. Paul, après les Évangélistes, raconte, dans ses traits principaux, l'institution de l'Eucharistie
\. Si quis dixerit ministriim in peccato mortali existentem, modo omnia esscntialia quag ad sacramenlum conficicndum pertinent servaverit, non conficere aut conferre sacramentum, anathema sit. [Conc. Trid., sess. VII, can, 12.)
2. D'après le cardinal de Lugo, De venerabili Eucharisticc sacramcjtto, et SuAREZ, Comment, in III. p. Divi Thomas quœst. lxxiii.
en ces termes : Cest du Seigneur que fai appris ce que je vous ai aussi enseigné, qui est que le Seigneur Jésus, la nuit même dans laquelle il devait être livré à la mort, prit du pain et, ayant rendu grâces, le rompit et dit : Prenez et mangez ; ceci