FOI DES SCHISMATIQUES PROUVÉE PAR LEURS LITURGIES
S'il n'y avait qu'une seule et unique liturgie, et qu'elle déposât en faveur du dogme de la présence réelle, ce serait un argument de plus pour l'enseignement actuel de l'Église, et contre l'interprétation figurée des protestants. Mais au lieu d'une liturgie, il y en a plusieurs, et comme toutes expriment d'une manière non équivoque le dogme de la présence réelle, l'argument devient multiple, et manifeste le dogme catholique d'une manière plus éclatante et plus inattaquable K L'apôtre bien-aimé nous représente, dans l'Apocalypse, au milieu d'une assemblée de prêtres, un autel et un agneau comme immolé, mais plein de vie, auquel on rend les honneurs dus à la divinité. Ce tableau rappelle nos mystères sacrés ; il est si parlant, et les protestants en ont si bien senti les conséquences, que pour ne pas renoncer à leurs erreurs, ils ont plutôt rejeté l'Apocalypse, supprimé l'autel, les prêtres, la prière et tout l'appareil du sacrifice.
]. Voirie Grand caléc/iisme de la persévérance chrétienne, t. X, p. 43 et suiv.
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'euCHARISTIE. 509
A peine quelques années plus tard, S. Denis l'Aréopagite, disciple de S. Paul, puis évêque de Paris, nous parle en ces termes de la célébration des mêmes mystères. « Fixons le regard de notre « attention, dit-il, sur chacun des rites qui s'observent en la célé- « bration de l'Eucharistie, et sur leur signification profonde. Le a hiérarque, après avoir prié au pied de l'autel sacré, l'encense « d'abord, puis fait le tour du temple saint. Revenu à l'autel, il a commence le chant des psaumes, que tous les ordres ecclésias- <r tiques continuent avec lui. Après cela, les ministres inférieurs « lisent les très saintes Écritures, et ensuite on fait sortir les caté- (i chumènes, et avec eux les énergumènes et les pénitents ; ceux-là « seuls demeurent qui sont dignes de contempler et de recevoir « les divins mystères. Pour le reste des ministres subalternes, les <r uns se tiennent auprès des portes fermées du saint lieu ; les au- «■ très remplissent quelque fonction de leur ordre. Les plus élevés <r d'entre eux, les diacres, s'unissent aux prêtres pour présenter « sur l'autel le pain sacré et le calice de bénédiction, après que la « profession de foi a été chantée par l'assemblée. Alors le pontife « achève les prières, et souhaite à tous la paix; et tous s'étant a donné mutuellement le baiser de paix, on récite les noms ins- « crits sur les sacrés diptyques. Ayant tous purifié leurs mains, le « hiérarque prend place au milieu de l'autel, et les prêtres l'en- « tourent avec les diacres désignés. Le hiérarque bénit Dieu de ses « œuvres merveilleuses, consacre les mystères augustes, et les « offre à la vue du peuple, sous les symboles vénérables qui les <f cachent. Et quand il a ainsi présenté les dons précieux de la « divinité, il se dispose à la communion, et y convie les autres. « L'ayant reçue et distribuée, il termine par une pieuse action de a grâces. Et tandis que le vulgaire n'a considéré que les voiles sen- « sibles du mystère, lui, toujours uni à l'Esprit saint, s'est élevé « jusqu'aux types intellectuels des cérémonies, dans la douceur « d'une contemplation sublime, et avec la pureté qui convient à la « gloire et à la dignité pontificale K » Ne reconnaît-on pas ici toutes les parties essentielles de la sainte Messe, telle que nous la célébrons aujourd'hui ?
A peu près dans ce même temps, S. Justin, dans sa première Apologie, fait une semblable description du sacrifice eucharistique.
L S. DiONVS. Areop., (le Erdcs. hierarch., cap. m.
Quand Tère des persécutions fut close, Ton ajouta aux rites prescrits par les Apôtres diverses autres cérémonies accessoires, afin de mieux faire ressortir la dignité et l'excellence du sacrifice chrétien. Or ces cérémonies accessoires ne furent pas les mêmes partout, mais elles différèrent en beaucoup de lieux. De là sont nées les diverses liturgies qui ont été et qui sont encore en usage. Mais si les rites ajoutés sont différents les uns des autres, les choses essentielles sont partout les mômes. Nous ne rapporterons pas ici les textes mêmes de toutes ces liturgies ; on peut les lire dans les ouvrages où ils ont été rassemblés.
Les preuves tirées des liturgies sont d'un genre tout différent des précédentes K Ce ne sont pas des explications du dogme, comme dans les homélies les plus simples ; encore moins des raisonnements théologiques difficiles à concevoir; ce sont des prières publiques, récitées et entendues tous les jours par des hommes sans lettres et sans théologie, dans les assemblées, et particulièrement dans le ministère sacré de la liturgie et de la communion. Rien donc de plus légitime ni de plus conforme à la raison, que le refus de donner aux expressions qui s'y trouvent fréquemment un autre sens que le plus simple et le plus littéral. D'ailleurs leur très grand nombre ne permet pas de dire qu'elles y aient été mises au hasard, encore moins qu'elles aient échappé à ceux qui ont composé ces prières; depuis le commencement de la réforme, aucun de ceux qui ont rédigé tant de différents offices de la Cène n'a commis un pareil oubli. Ce n'est pas à ces prières ni à toutes les formules qui se trouvent dans les liturgies et autres offices publics, qu'on peut appliquer des explications métaphysiques : on parle littéralement au peuple; et quand un ministre protestant, donnant la communion à un homme de sa secte, lui dit qu'il prenne le pain et le calice en mémoire de la mort de Jésus-Christ, quand il lui adresse les autres exhortations qui font partie des offices, il ne lui dira jamais que ce qu'il lui donne est le vrai corps et le sang de Jésus-Christ; pas même ceux qui, comme les luthériens, croient qu'on le reçoit véritablement. Les Grecs et les Orientaux, non seulement n'évitent pas de le dire en distribuant la communion, mais c'est dans leurs liturgies qu'ils parlent de cette manière, et ils le font dans des
1. Voir Perjtéluilé de la foi touchant V Eucharistie , 1. II, ch. xm, passim, où nous' puisons la plupart de ces renseignements.
PREUVES DE LA PRÉSEN'CE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eUCHARISTIE. 5H
termes qui donnent une idée simple et évidente de la présence réelle.
Ainsi il n'y a rien de plus ordinaire que de trouver, dans les prières préparatoires, qu'on demande à Dieu le changement des dons proposés ; que Jésus-Christ est sur l'autel ; son corps sur la patène sacrée ; son sang dans le calice ; qu'il est entre les mains des prêtres ; que les fidèles le reçoivent dans leurs mains, dans leur bouche, que leurs lèvres sont teintes de son sang précieux ; que les anges assistent avec tremblement au divin sacrifice, et plusieurs autres expressions semblables.
Tout l'office, et en particulier les paroles que le diacre dit au peuple, est un avertissement d'attendre dans la modestie, la crainte et le tremblement, le miracle de la consécration.
Dans la liturgie syriaque de S. Jacques, le diacre dit : Soyons remplis de crainte et de terreur, de modestie et de sainteté, parce qiCon va offrir le sacrifice ; la Majesté commence à paraître ; les portes du ciel s'ouvrent, et le Saint-Esprit va descendre et reposer sur ces saints mystères. Après la préface et les prières qui la suivent, le prêtre prononce à haute voix les paroles de la consécration, et le peuple témoigne sa foi en répondant : Amen.
Dans le rite égyptien, cet acte de foi est répété à plusieurs reprises, entre chaque parole de la consécration du pain, et à la fin le peuple dit : Cela est ainsi véritablement. Après la bénédiction du calice : Nous le croyons, nous le confessons, nous vous rendons gloire; cela est ainsi.
La liturgie éthiopienne a une formule encore plus expressive ; le peuple, après avoir dit trois fois amen, ajoute : Nous croyons, nous sommes certains que cest là véritablement votre corps, que c'est véritablement votre sang et nous vous en louons. Seigneur notre Dieu !
Dans la liturgie cophte de S. Basile, à l'oraison de la prothèse (ou de l'offertoire), lorsqu'on apporte les saints dons de la crédence à l'autel, le prêtre dit ces paroles adressées à Jésus-Christ : Nous vous prions et nous demandons de votre bonté que vous fassiez paradrc votre face sur ce pain et sur ce calice, que nous avons mis sur cette table sacerdotale. Bénissez-les, sanctifiez-les, purifiez-les et changez-les ; en sorte que ce pain soit fait votre saint corps, et le vin mêlé d'eau qui est dans ce calice soit fait
ol2 LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE XV.
votre sang précieux. La même prière se trouve dans la liturgie des Éthiopiens. Les mots des trois langues égyptienne, arabe et éthiopienne, signifient la môme chose que les mots grecs et latins dont on se sert pour exprimer un changement réel et véritable.
On trouve dans la liturgie cophte de S. Grégoire, qui est la seconde de celles dont se sert l'Église d'Alexandrie, ces paroles : Puriflcz-noiis, Seigiieur notre roi, comme vous avez sanctifié ces oblations qui ont été offertes, et les avez faites invisibles de visibles quelles étaient. Le seul sens que l'on puisse donner à ces paroles est que, par la consécration, elles ont été faites quelque autre chose que ce qu'elles étaient auparavant, et qu'on ne reconnaît pas par les yeux. Or cela prouve très certainement qu'elles ne sont plus ce qui paraît, c'est-à-dire du pain et du vin, mais ce qu'on ne voit point, c'est-à-dire le corps et le sang de Jésus-Christ. Car il n'est pas dit qu'elles sont remplies de quelque chose d'invisible, c'est-à-dire de vertu et de puissance pour produire la grâce intérieurement, mais qu'elles sont faites invisibles, ce qui ne se peut entendre que du corps et du sang de Jésus-Christ.
Dans la liturgie éthiopienne de S. Kyriaque, métropolitain de Benhsa, qui est la troisième de celles imprimées à Rome avec le Nouveau Testament en même langue, et qu'on trouve conforme aux manuscrits, un peu avant la communion, le diacre parle ainsi au peuple : De même que le Fils de Dieu est descendu du plus haut des cieux pour faire justice et miséricorde, ainsi ce pain en est descendu ; ce qui a rapport à ces paroles : Je suis le pain vivant descendu du ciel. Le diacre continue : Il est accusateury il est juge et il fait miséricorde. Ne regardez donc pas ce pain comme un pain terrestre, car cest le feu de la divinité. Quelle bouc/ie le mangera, quelle langue le recevra, ou quelles entrailles pourront le contenir ! Cest pourquoi levons les yeux et disons : Selon votre miséricorde, Seigneur, et non pas selon nos péchés.
Dans celle de Dioscorc, que Wanslèbe, étant encore luthérien, fit imprimer en Angleterre avec sa traduction, le diacre dit en ce même endroit de la liturgie : Que personne ne s'imagine que ce corps soit sans âme et sans esprit ; le corps, le sang et r esprit sont un (ou, pour mieux dire, ils sont ensemble et ne sont qu'un), de môme que son humanité ne fait c^u'un avec sa divinité. Ces paroles, un peu obscures, sont très claires en les interprétant selon
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eUCHARISTIE. 513
la foi des Jacobites, qui ne reconnaissent qu'une nature en Jésus- Christ. Ils disent donc ici que ce corps est animé, et qu'il est uni au sang et à l'àme de Jésus-Christ, de même que le corps qu'il avait pris de la Vierge était uni intimement à sa nature divine, et ne faisait qu'un avec sa divinité.
Dans la liturgie des Jacobites syriens, un peu avant la communion, le diacre dit au peuple : Inclinez vos têtes devant le Seigneur miséricordieux, devant son autel propitiatoire, et devant le corps et le sang de Jésus-Christ.... Les puissances célestes sont ici avec nous, honorant de leur ministère le corps du Fils de Dieu qui est immolé devant nous. Lorsque le prêtre fait la fraction et Tintinction de l'hostie, il dit ces paroles : Seigneur, vous avez mêlé votre divinité avec notre humanité, notre humanité avec votre divinité, votre vie avec notre mortalité; vous avez pris ce qui était de nous, et vous nous avez donné ce qui était à vous. Faites, Seigneur, que nos corps soient sanctifiés par votre saint corps, et nos âmes purifiées par votre sang jjropitiatoire. Et la même liturgie syriaque contient cette oraison, qui est comme la postcommunion : Seigneur, que le feu ne me dévore pas, moi qui ai mangé votre corps ; le feu craindra cVapproclier de mon corps, parce quil sera arrêté par rôdeur de votre corps et de votre sang.
Dans la liturgie appelée de S. Pierre, on lit : Vous avez daigné permettre. Seigneur, que nous touchions de nos mains la chair de celui que p>lusieurs rois et prophètes ont souhaité de voir et qu'ils n'ont pas vu ; ce feu dévoilant que nos doigts 07it tenu, ce charbon vivant que nous avons touché avec nos lèvres et qu'un séraphin ne peut soutenir, que le prophète a reçu et par lequel il a été purifié. Purifiez, Seigneur, les bouches, les lèvres et les mains qui ont reçu votre corps, et sanctifiez les corps, les âmes et les esprits qui ont reçu votre sang. Ces mômes paroles se retrouvent dans la liturgie de S. Cyrille, dans celle de Jean Barsussan, de Jean, patriarche de Philoxène, de Jacob Baradat, de Jacques d'Édesse, de Jean Acoëmète et de Grégoire Catholique, surnommé Abulfarage.
Dans un ordre particulier de liturgie jacobite-syriaque, il est marqué que le prêtre, lorsqu'il tiendra l'hostie entre ses mains, dira ces paroles : Vous êtes Jésus-Christ notre Dieu; vous êtes celui qui avez eu le côté percé pour nous sur le Calvaire, près
de Jérusalem. Vous êtes V Agneau de Dieu <jui ôtez les péchés du monde. Pardonnez-nous nos péchés, remeltez-nous nos crimes, et donnez-nous place à votre droite. Il n'y a pas de preuve plus assurée de la persuasion certaine de la présence de Jésus-Christ sur l'autel et entre les mains des prêtres, que de pareilles prières qui lui sont adressées dans le temps que le prêtre tient l'hostie entre ses mains.
On trouve, à la fin du même office, une prière composée par Denis Barsalibi, dans laquelle, après avoir dit que Jésus-Christ a véritablement souffert pour nous dans son corps, et répandu son sang, il finit par ces paroles : Emmanuel est un; il n'est point divisé apurés Vunion inséparable des deux natures. Nous le croyons, nous le confessons, et nous sommes persuadés que c'est là le corps de ce même sang et le sang de ce même corps.
Dans la liturgie des Nestoriens et dans l'office commun qui sert aux deux autres, attribuées à S. Thaddée et à S. Maris, qu'ils révèrent comme les fondateurs de leur Église, il est dit : Isaïe a baisé un charbon de feu sans que ses lèvres fussent brûlées; les hommes mortels reçoivent du feu dans du pain qui conserve leurs corps, et qui consume leurs péchés. On voit, par ces paroles, que cette expression, qui se trouve souvent dans les offices des Orthodoxes et des Jacobites, est assez ordinaire aux Nestoriens, ce qui fait voir qu'ils n'ont point de sentiments différents sur l'Eucharistie.
Dans une autre oraison : Lorsque le prêtre monte au sanctuaire, les armées spirituelles le voient, rompant et divisant le corps de Jésus-Christ pour la l'émission des péchés. On dit ensuite dans une hymne : La table est placée dans le Saint des Saints; les prêtres vénérables f environnent comme des séraphins; le prêtre invoque le Saint-Esprit qui descend et habite dans le pain et qui se mêle dans le calice, pour changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Dans une autre : A'Ous tous qui approclions pour recevoir les vénérables et divins mystères, rendons grâces et adorons, avec crainte et charité, le Seigneur de Vunivers ; recevons, avec amour et avec foi, le corps du Fils, du Christ, qui a été immolé pour nous donner la vie, et qui a réconcilié son Père avec nous par Veffusion de son sang. Voici quHl est porté sur V autel (envoyé) de la droite de son Père; et quoiquil soit un et indivisé là-haut (dans
PREU^^;s de la présence de jésus-ciiuist dans leuchauistie. olîî
le ciel), il est tous les jours immolé, quoique (fune manière impassible, dans rÉglise pour nos péchés. Approchons-nous donc avec respect du sacrifice de son corps qui sanctifie tout, invoquons-le tous, et disons-lui : Gloire soit à vous.
Les oraisons suivantes contiennent la même doctrine ; mais ces citations suffisent. Nous en passons un assez grand nombre qui disent la même chose, et nous finirons cet article par les extraits d'une autre sorte de prières publiques, qui sont les bénédictions des vases sacrés, selon qu'elles se trouvent dans le Pontifical du patriarche Gabriel.
Dans la bénédiction du disque sacré, qui répond à notre patène : Étendez votre main divine sur ce disque bénit, qui doit être rempli des parties et des restes de votre saint corps, qu'on offrira sur Vautel du sanctuaire de cette ville. — Pour le calice : Étendez votre main divine sur ce calice, sanctifiez-le, et purifiez-le, afin qu'on y porte le sang précieux, etc. Pour la cuiller : Seigneur, qui avez daigné faire voir à Isaïe, votre serviteur, un chérubin qui avait une p incette avec laquelle il prit un charbon de r autel, et le lui mit dans la bouche, étendez, Seigneur tout-puissant, voire main sur cette cuiller, dans laquelle on doit recevoir les membres du corps saint, qui est le corps de votre Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Ces expressions n'ont jamais paru outrées à ceux qui les trouvent dans les livres de leurs églises, et il n'y en a presque aucune dont les Pères ne se soient servis. Les calvinistes les veulent expliquer métaphoriquement dans les Pères ; il paraît assez que les Orientaux les entendent à la lettre, puisqu'ils les insèrent dans des prières qui ont d'abord été pour le peuple, incapable de toutes les subtilités sans lesquelles ces expressions donnent d'abord une idée toute contraire au sens figuré. Mais quand il serait possible d'entendre ces prières au sens figuré, les cérémonies qui les accompagnent ne le permettent pas.
Dans la célébration du Saint Sacrifice, on trouve chez les Grecs, à quelque Église qu'ils appartiennent, et quelle que soit leur liturgie, l'oraison appelée invocation. Après que les paroles de Jésus- Christ ont été prononcées pour la consécration, et que le peuple a répondu amen, ou fait un acte de foi fort court, le prêtre dit : Nous vous prions. Seigneur, cCcnvoyer votre Saint-Esprit sur nous et sur ces dons proposés, afin que descendant et se repo-
sont dessus, il fasse du jjain le eorps très saint de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de ce qui est dans le calice son sang précieux, et cjue ceux qui les recevront obtiennent la rémission de leurs pécltés, la vie éternelle, etc. Il y a quelques variations dans les termes, selon les différentes liturgies, mais cela ne change rien au sens, et les mots essentiels sont partout semblables, pour signifier l'opération du Saint-Esprit sur les dons proposés, ce qui marque un miracle, et un grand miracle qui se fait sur la matière même. Dans la liturgie grecque de S. Chrysostome, la prière finit par ces mots : Les changeant par votre Saint-Esprit ; ils se trouvent aussi dans les liturgies Nestoriennes et quelques autres orientales.
Les Grecs croient que les paroles de Jésus-Christ sont nécessaires et efficaces pour la consécration, et celles de l'invocation pareillement. 11 ne s'agit pas, pour nous, de voir s'il n'y a pas une erreur dans l'efficacité qu'ils attribuent à cette invocation, mais d'examiner en quel sens ils l'entendent.
Il est certain que les Orientaux entendent cette prière à la lettre, ce qui paraît assez par les passages des Pères rapportés ci-dessus, et par ceux des livres ecclésiastiques, où il est dit que le Saint- Esprit descend sur V autel et sur les oblations, comme il est descendu sur la Vierge dans le mystère de V Incarnation. Le patriarche Gabriel, dans son Rituel, expliquant cet endroit de la Liturgie, dit : Lorsque le prêtre a prononcé ces paroles : « Qu'il le fasse le corps saint de Notre- Seigneur Jésus-Christ, » le pain est fait le corps de Jésus-Christ, qu'il a pris de la Vierge Marie, qu'il donna à ses disciples, et dans lequel il souffrit sa passion vivifiante. Lorsqu'il prononce ces paroles : « Et le sang précieux, » le vin qui est devant lui est fait le sa7ig de Jésus- Christ, répandu sur le bois de la croix, et qu'il donna à ses disciples en leur disant : Ceci est mon sang.
La première réflexion que suggèrent ces paroles est que, selon le sens littéral de l'invocation, le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ, par changement, transmutans ea spjiritu tuo ; que ce changement est fait par le Saint-Esprit, et par conséquent par un miracle; que l'action du Saint-Esprit tombe sur la matière proposée et l'affecte réellement, ce ({ui exclut toute idée de changement accidentel ou métaphysique; que le temps et le moment de l'accomplissement de ce miracle sont marqués, ce
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qui ne peut convenir qu'à une action réelle ; qu'il se fait longtemps avant la communion, et par conséquent qu'il ne dépend pas de la foi de ceux qui le reçoivent ; enfin que comme toute cette prière est dite un peu après les paroles de Jésus-Christ, elle en détermine le sens, non seulement par les termes dans lesquels elle est conçue, ïnai s encore par les cérémonies qui l'accompagnent.
Secondement, en comparant cette invocation avec celles qui se font dans les autres offices des sacrements, on remarque la différence qu'il y a entre celui de l'Eucharistie et les premiers. Dans l'office du Baptême, selon les Goplites, les Syriens de quelque communauté qu'ils soient, et les Nestoriens, Dieu est invoqué pour le prier d'envoyer son Saint-Esprit sur les eaux dont on fait la bénédiction, de les sanctifier et de les purifier, afin que ceux qui seront baptisés reçoivent la rémission de leurs péchés ; mais parmi ces prières, il ne s'en trouve aucune qui demande le changement des eaux au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. On demande bien le changement de vertu des eaux ; on demande à Dieu qu'il remplisse la piscine sacrée,, le Jourdain, comme les Orientaux l'appellent ordinairement, de la vertu du Saint-Esprit : c'est ce que nous disons dans l'Église romaine : Descendat in hanc plenitudineni fontis virtus Spiritus sancti. Mais on ne trouvera pas la moindre parole ayant rapport au changement de la matière qui est bénite, en une autre substance. Après la bénédiction des eaux, aucun rite ne prescrit qu'on les révère ou qu'on les adore comme étant devenues le sang de Jésus-Christ ; au lieu que dès que l'invocation est faite sur les sacrés mystères, on leur rend le même respect qu'au vrai corps et au vrai sang de Jésus-Christ.
On pourrait multiplier encore ces preuves de la conformité de la foi des Orientaux avec celle de l'Église latine, touchant la présence réelle de Notre-Seigneur dans le Très Saint Sacrement, mais ce que nous avons rapporté suffit pour ne laisser place à aucun doute. Il est temps de tirer les conséquences qui résultent de cette unité de doctrine.
CONCLUSION GÉNÉRALE DES PREUVES DE LA PRÉSENCE RÉELLE DU CORPS ET DU SANG DE JÉSUS-CIIRIST DANS LA SAINTE EUCHARISTIE
Nous n'insisterons pas davantage sur les preuves de la présence réelle de Notre-Seigneur dans le très saint et très adorable sacre-
ment de l'autel. Les témoignages que nous ont fournis l'ancien et le nouveau Testament, les Pères, les conciles, les pratiques de la sainte Église, les liturgies et la foi constante des schismatiques, séparés d'elle depuis des siècles nombreux, ne laissent place à aucun doute de bonne foi. Cependant, avant de passer à une étude approfondie de la nature de ce grand mystère, il est bon de nous recueillir un moment et de jeter un dernier regard sur toutes ces preuves que nous avons accumulées, et qu'il serait aisé de multiplier encore.
Il y a dans l'Église catholique une infaillibilité qui dépend d'une faveur toute gratuite de Dieu. Le Seigneur a promis d'y conserver la vraie foi jusqu'à la consommation des siècles. Or, cette infaillibilité ne s'étend pas seulement aux quelques points que l'on voudrait regarder comme principaux, mais à tous les points que la sainte Eglise met au nombre des articles de foi, d'où il suit que toute doctrine universellement enseignée et approuvée par l'Église est véritable. Nous dirons donc avec le cardinal Gousset ^ : « Ce « que l'Église universelle croit et qu'elle a toujours cru ne peut « venir que des apôtres, que de .Jésus-Christ. Or, l'Église univer- « selle croit, et a toujours cru, que le corps et le sang de .Jésus- « Christ sont réellement présents dans l'Eucharistie; donc le c dogme de la présence réelle nous vient des apôtres, de Jésus- « Christ. »
L'Église universelle croit que Notre-Seigneur Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie; c'est pour elle un article de foi. De l'aveu de nos frères séparés, elle croit aujourd'hui ce qu'elle croyait au xvi= siècle, lorsque Zwingle et Calvin ont commencé à dogmatiser; or, au xvi" siècle, elle croyait au dogme de la présence réelle. Il était reçu alors dans l'Église catholique, chez les Latins, chez les Grecs et ceux des Orientaux qui sont en communion avec le Saint-Siège, que Jésus-Christ est véritablement, réellement et substantiellement présent dans le sacrement de l'autel, ainsi qu'on le voit dans les décrets du concile de Trente, auxquels ont souscrit tous les catholiques. Et, ce qu'il est important de remarquer, c'était aussi la croyance des Grecs schismatiques, que les ennemis de la présence réelle essayèrent vainement d'entraîner dans leur erreur.
i. Voir Gousset, Thèofor/ie dorjm., t. II, n. 7îjfl.
l'REUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eDCIIARISTIE. 519
L'Église de Jésus- Christ est le fondement et la colonne de la vérité. Elle ne saurait errer sur un point de doctrine d'une telle importance. Si donc nous la trouvons toujours et partout d'accord avec elle-même ; si, toujours et partout, nous la voyons attachée à la doctrine de la présence réelle, dans la tranquille possession de cette croyance que les siècles lui ont transmise; si les monuments de l'histoire ecclésiastique ne nous permettent d'assigner ni un commencement à l'enseignement de ce dogme ou à sa croyance, ni un auteur qui l'ait introduit comme une nouveauté ; si l'on ne peut indiquer ni le siècle, ni l'année, ni le lieu de l'apparition de cette doctrine; s'il a été impossible de produire aucun catholique, aucun concile qui aient combattu la doctrine de la présence réelle à titre de nouveauté, il est évident qu'il faut la regarder comme un dogme, accepté partout et toujours par la sainte Église. Car, selon la remarque de Tertullien, il n'est pas admissible que tant d'Églises aient erré comme de concert sur un même point ; la variété se serait introduite dans leurs croyances en même temps que l'erreur. Ce qu'on voit admis par le plus grand nombre d'entre elles n'est donc pas le résultat d'une erreur, mais une vérité reçue par tradition \ Or, dans le cas présent, il ne s'agit pas seulement du plus grand nombre des Églises, mais de toutes, avant que l'enfer eût suscité Calvin et ses disciples. Il est manifeste que la foi en la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ est née et a grandi avec l'Église, qu'elle n'y a pas trouvé de contradicteur, mais que les pasteurs et le troupeau l'ont admise et crue comme vérité incontestable; que tout l'univers chrétien, le monde grec et le monde latin, l'a reçue comme venant de Jésus-Christ lui-même. Personne n'a nommé un autre que Jésus-Christ qui en fût l'auteur; personne n'a prétendu assigner le temps ou le lieu de sa première apparition. Point d'évêques, point de pasteurs, point de conciles qui se soient élevés contre l'introduction de cette doctrine ou l'aient condamnée comme une nouveauté. Des hérétiques seuls peuvent donc prétendre que la croyance à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie soit une erreur. Si elle en était une, son commencement et son développement n'auraient point différé de ceux des autres hérésies.
I . Kcquitl verisimiltî est, ut loi et lanUc Ecclesias in uuam tidem orraverint? Nullus intcr mullos éventas iiiius est exjtus. Quod apiul miillos uiiuin invonitur, non est crraluiii, sod tradilum. {Teutii.i.., de J^ruscrijil., c. x.wiii.)
Dire, avec les calvinistes, que toute l'Église s'est trouvée peu à peu entraînée dans l'erreur et que le moine de Gorbie, Paschase Radbert, est parvenu, tout d'un coup ou à la longue, à tromper tout à la fois l'Église grecque et l'Église latine et à leur faire accepter une proposition extrêmement difficile à croire, en même temps que très fausse, n'est-ce pas le comble de l'absurdité? C'est faire gratuitement injure à la foi de tous les chrétiens et aux soins que Dieu prend de conserver intact dans son Église le dépôt de la vérité ; c'est outrager le bon sens.
Nous savons que les apôtres, pauvres, ignorants, privés de tout secours humain, ont triomphé du monde infidèle, et l'ont converti au culte de Jésus crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils. Mais ils n'ont pas accompli cette œuvre extraordinaire sans que le monde s'en aperçût ; le monde idolâtre n'est pas devenu chrétien tout d'un coup à l'insu de tous. Il a fallu des miracles, des prédications, des travaux, des luttes, des souffrances infinies: il a fallu des torrents de sang versés pendant trois siècles. La vérité a fini par triompher,. mais au prix de quels combats et de quels sacrifices! Qui donc, après cela, pourra croire que l'humble abbé de Corbie, renfermé dans sa cellule avec ses livres et son crucifix, ait pu changer la foi de toute la chrétienté, sans donner l'éveil à personne, sans qu'un seul évoque, un seul chrétien sortît de cette torpeur inexplicable? Et comment l'aurait-il fait? Il n'opérait pas de miracles comme les apôtres; il ne versait pas son sang comme les martyrs ; il ne recourait pas à l'éloquence comme les orateurs, aux raisonnements comme les philosophes, aux armes comme les Turcs; il ne proposait pas une doctrine flattant les passions, comme les autres séducteurs; mais l'inertie, l'incurie, l'indifférence universelles auraient fait accepter son enseignement nouveau, sans ombre de résistance, par les brebis et par les pasteurs ! Il ne se contente pas d'enseigner ce que les calvinistes prétendent être une erreur; il dit que telle est la foi de tout l'univers chrétien, et que s'il se trouve quelqu'un qui ne croie pas, c'est uniquement par ignorance ; que personne n'oserait se mettre ouvertement sur ce point en désaccord avec toute l'Eglise K Aurait-il osé
1. Quamvis ex hoc quidam de ignoranlia errent, nemo lamen est adhue in aperto, qui hoc ita esse contradicat, quod lotus orhis crédit, et confitetur. Videat ergo qui contra hoc venire voluerit, quid agat contra ipsum Dominurn, et contra omnem Christi Ecclesiam. Nefarium ergo scelus est orare cum omni-
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CIIRIST DANS L'EUCflARISTIE. o21
lui-même, sans une impudence touciiant à la folie, prétendre que sa doctrine était celle de l'Église tout entière, s'il en avait été l'inventeur '?
Aussi, lorsque vers le milieu du xi^ siècle. Déranger attaqua le dogme de la présence réelle, il souleva le monde chrétien contre lui. Adelman de Brescia, qui avait été son disciple; Lanfranc, prieur du monastère du Bec, et depuis archevêque de Cantorbéry ; Hugues, évèque de Langres; Théoduin, évèque de Liège; Guitmund, qui, de moine, devint archevêque dans le royaume de Naples, s'élevèrent contre cette hérésie, reprochant à son auteur de scandaliser VÉglise universelle, de se séparer de l'unité de notre mère la sainte Église, de vouloir troubler la république et la cité chrétienne ; les papes et les évêques le condamnèrent dans plus de quinze conciles, dont plusieurs se tinrent à Rome ;
bus et non credore quod ^'eritas ipsa tostatur, et ubique omnes universaliter verum esse fatentur. (Paschas. Radbert., Comment, in Matlh.)
i. L'abbé de Corbie, dit le cardinal Gousset, eùt-il osé mettre en avant la croyance du monde entier à la présence réelle, si, comme quelques calvinistes l'ont prétendu contre l'évidence des faits et l'autorité de l'histoire, il eût été le premier à parler de ce dogme catholique, le premier qui eût enseigné que Notre-Seigneur Jésus-Christ est véritablement et réellement présent dans l'Eucharistie ? Dira-t-on que plusieurs écrivains duix'' siècle, Amalarius, Raban Maur, Florus de Lyon, Haimon d'Halbertstadt, Bertrame ou Ratramne, Jean Scot Érigène, ne s'accordent pas avec Paschase ? que plusieurs même d'entre eux ont attaqué le livre iJu corps et du sang de Jésus-Christ? 11 est \Tai que ce Jean Scot, esprit léger et peu versé dans les matières de théologie, s'est écarté de l'enseignement général sur l'Eucharistie, mais son livre, qui n'existe plus, a été aussitôt réfuté par Adreval, moine de Fleury, et condamné quelque temps après par les conciles de Rome et de Verceil. D'ailleurs, il n'a trouvé de sympathie nulle part, et son erreur est tombée avec lui sans laisser aucun vestige do son passage. Quant à Amalarius, Raban, Florus, Haimon, ils ont toujours professé, ainsi que nous l'avons montré plus haut, la présence réelle et la transsubstantiation. Ils n'approuvaient point ({ue Paschase eût dit que le corps et le sang de Jésus-Christ, dans l'Eucharistie, fût le même qui est né de la vierge Marie, qui a été attaché à la croix ; mais ils ne niaient point pour cela que ce fût le même corps quant à la substance, mais seulement que ce fût le même corps quant aux apparences ou à la forme naturelle. De sorte que le fond de la dispute roulait plutôt sur la manière dont le corps de Notre-Scigneur est présent dans l'Eucharistie que sur la réalité de son existence dans ce sacrement. Ratramne lui-même, dont le suflrage toutefois ne nous est pas plus nécessaire que celui de Scot Erigène, reconnaît que par la consécration du prêtre le /xtûi est /'ail le corps, et le vin est fuit le sacrement du sang de Jésus-Christ : que tous les fidèles confessent que c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, et que par conséquent les choses ne sont plus ce qu'elles ont été avant la consécration. (GoussET, Théologie dogmatique, l. 11, n. 7;J;j.)
les prêtres, les moines et les simples fidèles le traitèrent d'impie et d'hérétique. Frappé d'une réprobation générale, après bien des tergiversations, il finit par renoncer entièrement à ses erreurs, reconnaissant le mystère ineffable contre lequel il avait blasphémé. Nous avons d'ailleurs prouvé, par le témoignage des Pères grecs et des Pères latins, que le dogme de la présence réelle a été constamment reru dans l'Église pendant les huit premiers siècles sans interruption. Il faut donc reconnaître (jue ce dogme vient des apôtres, dont l'enseignement n'a pu, de l'aveu des protestants, s'écarter en rien de la doctrine de Jésus-Christ '.
Que nous reste-t-il à faire, sinon d'accepter simplement, à l'exemple des Pères et des docteurs de tous les siècles chrétiens et de toutes les communions chrétiennes, les paroles de Jésus-Christ qui a voulu nous instruire par la foi, et non par le raisonnement? Il faut s'en tenir à l'impression naturelle que font ses paroles.
Lorsque Jésus-Christ a institué le sacrement de l'Eucharistie, il est certain qu'il n'a point parlé pour n'être entendu que des philosophes et des métaphysiciens ; ce sont, au contraire, les derniers de ceux à qui il a voulu faire entendre ces divines vérités, parce que ce sont ceux dont les voies sont les plus opposées aux voies de la foi. Il a prétendu que sa religion serait suivie par une infinité de gens simples, de femmes, d'enfants, de personnes qui raisonnent peu, et qui n'approfondissent pas les choses. Qui peut donc douter qu'il ne faille juger du sens de ces paroles fondamentales, destinées à les instruire de la foi de ce mystère, et qui ne sont pas expliquées par d'autres plus claires et plus précises, par cette impression générale et commune que toutes ces personnes reçoivent sans tant de réflexions; et qu'ainsi ces expressions communes ne soient la règle du sens de ces paroles : Ceci est mon corps. Autrement, il s'ensuivrait que Jésus-Christ aurait porté à l'erreur tous ceux qui, écoutant la nature et le sens commun, seraient entrés de bonne foi dans cette pensée que les paroles impriment naturellement.
. Remarquez de plus qu'il y a une extrême différence entre les paroles de Jésus-Christ et celles des hommes. Lorsque des hommes parlent aux hommes, ils n'ont pas ordinairement d'autre vue que
■1. \"oir PorjK'lHilt' de la foi loucluinl l' IviirlKirialic, 1. X, cli. ii cl suiv.
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CIIRIST DANS l'eUCIIARISTIE. 523
de se faire entendre à ceux qui les écoutent dans le temps présent, et comme ils ne pénètrent pas dans leur esprit, ils ne peuvent juger précisément de l'impression que leurs paroles y font que par le sens même des paroles. Mais Jésus-Christ était Dieu et homme; il avait dessein d'instruire tous les chrétiens qui devaient naître dans la suite de tous les temps. Par les paroles sacrées qu'il a prononcées pendant sa vie mortelle, il parlait à tous les chrétiens en parlant à ceux qui l'écoutaient ; il les avait tous présents à l'esprit ; il savait l'impression que ces paroles y feraient, et le sens qu'ils y donneraient; il savait qu'en prononçant ces paroles : Ceci est mon coips, il imprimerait dans l'esprit de tous les chrétiens du monde cette idée et ce sens, que le pain consacré était véritablement son corps; que ce serait ce sens qui serait suivi par tous ces petits qu'il était venu appeler à son royaume; par tous les imitateurs de sa vie pauvre, pénitente et retirée, enfin par tout le corps de son Église, et qu'il n'y aurait qu'un petit nombre de gens qui s'efforceraient de prouver, à la tin du monde, par des subtilités de philosophie, que toute la terre était dans l'erreur, que tous les chrétiens, hormis eux, n'entendaient pas les paroles de Jésus- Christ ; qu'il n'avait pas voulu dire que le pain consacré fût son corps, mais seulement qu'il en était la figure. Peut-on donc s'imaginer, sans faire un outrage horrible à la charité du Fils de Dieu, et à sa justice même, qu'ayant, comme j'ai dit, toutes ces personnes présentes dans l'esprit, et que prévoyant l'effet que ses paroles feraient en elles, il ait voulu jeter dans l'erreur tous les chétiens de tous les siècles et de tous les lieux du monde, et n'être entendu que parce petit nombre de philosophes qui s'élèveraient aux derniers temps?
Le langage des anciens Pères et des chrétiens des six premiers siècles n'a pas, de lui-même, besoin d'être expliqué ni déterminé. Il est évident, à la simple lecture, que les Pères ont compris les paroles de Jésus-Christ, telles qu'il les a prononcées, telles que les évangélistes nous les ont transmises. Le sens qu'ils ont adopté ne saurait faire de doute pour les personnes sincères qui suivent, pour en juger, les véritables règles de la raison.
D'autre part, la doctrine de la présence réelle n'a pas éh' introduite par innovation ; elle existe aujourd'hui et depuis des siècles, de l'aveu de ses ennemis les plus acharnés ; il faut donc que ce soit la doctrine originelle de l'Eglise. Le sens des expressions em-
ployées par les anciens Pères est déterminé par le sens donné aux mêmes expressions par les docteurs et autres auteurs catholiques, depuis plus de douze siècles, de manière à ne laisser aucun prétexte au doute. Il est clair qu'il serait contre la nature, contre la raison et contre le sens commun, que les mêmes expressions aient été employées, six cents ans durant, dans un certain sens, par toutes les sociétés chrétiennes, et que, dans tous les autres siècles qui ont suivi depuis, elles aient été employées dans un autre sens, sans que personne se soit aperçu de cette équivoque. Il est contre nature que les maîtres étant d'une opinion, tous les disciples soient entrés dans une autre, tout en croyant suivre le sentiment de leurs maîtres.
jMais si le sens commun ne permet pas de supposer que les termes dont on s'est servi pour expliquer le mystère de l'Eucharistie, aient été pris en un sens durant les six premiers siècles, et en un autre sens depuis, il s'ensuit qu'on a droit d'établir un autre principe tout contraire, qui est qu'ordinairement les mômes expressions ont le même sens, dans les écrits des divers siècles, et que les maîtres les entendaient comme il est certain que les disciples les ont entendues. Il ne faut donc plus qu'appliquer ce principe à l'examen des expressions des anciens Pères, pour décider en peu de temps bien des questions. Car chacun sait, et nous en avons donné quelques exemples, que l'on trouve partout dans les Pères que l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ, que le pain est fait le corps de Jésus-Christ ; qu'il est changé au corps de Jésus-Christ ; que nous recevons le corps de Jésus-Christ ; que ceux qui le reçoivent indignement sont coupables du corps et du sang de Jésus-Christ ; que le corps de Jésus-Christ entre dans nous; qu'il se mêle dans notre chair. Il est facile de fournir plus de cinq cents passages de cette sorte, et ils sont si ordinaires dans les Pères, que les catholiques négligent presque de se servir de ceux qui ne contiennent rien de ces expressions si communes.
Or, ces mêmes termes se retrouvent dans les livres des disciples de ces Pères, qui ont vécu depuis le vu® siècle. On s'en est servi dans tous les endroits du monde et dans toutes les sociétés chrétiennes. Et dans tous ces auteurs postérieurs, dans toutes ces sociétés, le corps de Jésus-Christ signifie toujours le vrai corps de Jésus-Christ, et non sa figure ni sa vertu. On a toujours entendu que le pain était changé rellement et non figurativement au corps
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de Jésus-Christ. Il n'y a donc nulle apparence qu'on ait pris ces mêmes termes dans un autre sens que celui-là dans les premiers siècles. Oserait-on soutenir, par exemple, que les Grecs, qui faisaient leur lecture et leur étude ordinaire des livres de S. Clirysostome, qui l'ont pris pour guide dans l'interprétation de l'Écriture, qui n'ont presque fait que le copier, aient ignoré, par un étrange aveuglement, en quel sens il fallait entendre une foule de passages où il parle de l'Eucharistie, et qu'ils aient substitué à la plupart de ses termes de nouvelles explications? Y a-t-il de l'apparence que cela soit arrivé à l'égard de tous les autres Pères, grecs, latins, syriaques, et non seulement de tous les auteurs ecclésiastiques, mais aussi de tous les évêques, de tous les docteurs qui enseignaient de vive voix? Il faudrait que leurs paroles eussent été prises à contresens, s'ils avaient entendu par le corps de Jésus-Christ un corps symbolique, une image, une figure ; et par le changement dont ils parlent, un simple changement de vertu, puisqu'il est certain que ces paroles ont été comprises, depuis le VII* siècle, dans le sens du vrai corps de Jésus-Christ et d'un vrai changement.
Et si l'on prétendait admettre cette supposition ridicule et impossible, je dis qu'on ne saurait s'imaginer de plus grande extravagance que de prétendre qu'on se soit accordé, dans toutes les nations du monde, à faire entrer dans toutes ces expressions un nouveau sens, à abolir l'ancien, sans que cet ancien et véritable sens ait subsisté dans aucune de ces expressions et dans aucun lieu, dans aucun auteur, dans aucune société de celles qui sont au monde. Or, il est certain que tous les termes dont nous parlons se prennent présentement et se sont pris, il y a plus de mille ans, dans le sens de la présence réelle et de la transsubstantiation. Par conséquent, c'est là le véritable sens de ces expressions, et il est impossible que les auteurs et tous les chrétiens des six premiers siècles les aient entendues dans un autre.
Les exemples d'expressions dont se servent quelques calvinistes pour montrer qu'on peut prendre en un sens métaphorique les passages par lesquels les catholiques établissent la présence réelle et la transsubstantiation ne prouvent absolument rien. Ils disent que les paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, par lesquelles il a institué l'Eucharistie, sont semblables à ces autres paroles de l'Écriture : Les sept vaches sont sept années ; la pierre était le
Christ ; le roi est la tète cVor. Mais ils se trompent, et la preuve décisive de leur erreur, c'est que jamais personne n"a cru que les sept vaches fussent réellement sept années, ni que la pierre fût réellement Jésus-Christ, ni que Nabucliodonoser eût réellement une tète d'or. Au contraire, toutes les nations du monde ont cru, sur ces paroles de Jésus-Christ, ceci est mon corps, que le pain consacré était réellement et véritablement le corps de Jésus-Christ. Et par conséquent ces expressions sont très différentes. L'interprétation différente, universellement donnée à des expressions qui paraissent malériellement les mêmes, voilà la règle la plus sûre pour reconnaître que cette ressemblance n'est qu'extérieure, et ne prouve rien. Cela suffit à tout homme raisonnable, pour rejeter ce vain appareil de comparaisons, dans lesquelles on représente comme semblables des expressions que les hommes n'ont jamais confondues. Les Pères ne s'y sont jamais trompés dans l'interprétation des paroles de la Sainte Écriture, et l'on ne doit pas s'y tromper davantage, lorsqu'il s'agit de leurs propres paroles.
Tous les termes qui ont été constamment pris, depuis le vu'' siècle, dans le sens de la présence réelle, se doivent expliquer dans le même sens, lorsqu'on les rencontre chez les auteurs qui précèdent cette époque; de même, les termes que les auteurs ecclésiastiques qui ont écrit dans les siècles où l'on a certainement cru à la présence réelle, ont regardés comme compatibles avec cette croyance, le sont tout aussi bien lorsqu'on les rencontre chez les Pères des siècles précédents, et ne sauraient servir de preuve contre elle. Pourquoi, en effet, ces termes qui, chez les auteurs qui ont vécu depuis le vu" siècle, s'accordent avec la persuasion de la présence réelle, auraient-ils été incompatibles avec cette doctrine dans les six siècles précédents? Les ministres réformés ont donc tort d'abuser des passages des Pères où il est dit que l'Eucharistie n'est pas un pain commun, un simple pain, comme parlent S. Justin, S. Irénée, S. Cyrille de Jérusalem, car cela est très vrai, puisque c'est le corps de Jésus-Christ sous les apparences du pain ; et l'on retrouve ces mêmes expressions dans les auteurs des derniers siècles, où l'on est bien forcé d'avouer qu'elles n'ont rien de contraire avec la croyance à la présence réelle. Il en est de même des noms de symbole, figure, antitype, donnés à l'Eucharistie à cause des espèces ou apparences extérieures, non seulement par les anciens, mais par les auteurs de tous les temps. En gêné-
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rai, toutes ces formes de langage employées par les Pères, nous les employons aujourcrimi comme eux, et elles ne préjugent rien contre leur foi à la présence réelle, comme elles ne jettent aucune ombre sur la nôtre.
De la croyance universelle au dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, résultait nécessairement le culte d'adoration et de latrie, rendu à cet adorable sacrement. Ni rÉglise latine, ni les églises d'Orient n'ont jamais manqué à ce culte, quoique la manière extérieure de le rendre n'ait pas été toujours ni partout la même. Les premiers chrétiens adoraient Dieu les bras étendus; d'autres l'adorent enjoignant les mains ; quelquefois, c'est un signe d'adoration de se tenir debout, et l'Église ancienne se servait de ce signe durant tout le temps de Pâques, comme le témoigne Tertullien. Le prêtre s'en sert à l'autel, où il représente Jésus-Christ ressuscité ; en d'autres occasions, on marque son adoration en fléchissant les genoux, ou en se prosternant jusqu'à terre. Les Maronites adorent toujours debout, par une simple inclination de leur corps. Ces actions extérieures sont indifférentes par elles-mêmes ; il dépend de la volonté et de la coutume de les destiner à signifier certains mouvements intérieurs; mais quels qu'aient été et que soient ces signes, l'adoration de la Sainte Eucharistie, conséquence obligée de la foi en la présence réelle, n'a jamais cessé et ne cessera jamais dans l'Église. Quand les Pères parlent de l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, c'est bien de l'adoration, culte de latrie auquel Dieu seul a droit, qu'ils entendent parler.
Toutes les preuves que nous avons données de la perpétuité de la croyance à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Église, montrent, avec évidence, qu'il ne s'est opéré aucun changement sous ce rapport, et que ce dogme ne s'y est pas introduit subrepticement. Nous voyons, dans tous les siècles et par tout le monde chrétien, la vérité proclamée nettement. Nulle part nous n'entendons de protestation contre une nouveauté qui eût été si grave. Le silence de tous les auteurs et de tous les historiens sur le plus grand événement qui fut jamais n'est pas admissible, n'importe à quel siècle on le rapporte. Cet oubli général, (ju'il faut supposer dans toute la terre, de la doctrine ancienne; ce mélange monstrueux de chrétiens, dont les uns croyant à la présence réelle et les autres n'y croyant pas, seraient demeurés néanmoins unis
dans une même communion ; rextinction de toutes les passions, que cette opinion devait produire pour être ainsi admise, dans ceux qui l'auraient publiée, dans ceux qui l'auraient embrassée, dans ceux qui l'auraient rejetée, dans les inférieurs, dans les supérieurs ; enfin toutes les autres circonstances qui sont attachées à ce changement le rendent impossible dans tous les temps. La chaîne de la doctrine de l'Église est indissoluble. Le changement ne s'est pas fait dans le x® siècle, au temps de Paschase Radbert. Il ne s'est pas fait davantage, il a été tout aussi impossible dans le ix" et dans les quatre siècles précédents. Il ne s'est donc pas pu faire dans le vi% dans le v% dans le iv% dans le iii% dans le ii% dans le i" : il ne s'est donc jamais fait. La doctrine de la présence réelle est donc la doctrine des apôtres ; c'est la doctrine de Jésus-Christ ; c'est la doctrine perpétuelle et universelle; c'est une doctrine qui n'a point d'autre auteur que Jésus-Christ même, qui a toutes les marques et tous les caractères de ces dogmes divins qui obligent la raison de se soumettre, et dont l'autorité supérieure à notre esprit doit étouffer toutes ses vues, toutes ses lumières et tous ses raisonnements. On a dit que les articles de foi que nous devons croire sont contenus dans le Symbole des apôtres et que la présence réelle de Jésus-Christ n'étant pas exprimée, ni même indiquée en aucune manière dans le Symbole, on ne doit pas la mettre au nombre des articles de notre foi. Mais cette allégation ne repose sur aucun fondement sérieux. Tous les articles de foi ne sont pas contenus dans le Symbole des apôtres, et il n'est pas nécessaire qu'ils le soient, au moins d'une manière explicite. C'est ainsi que la foi au Baptême est absolument nécessaire, plus nécessaire même, en un sens, que celle à l'Eucharistie, quoique l'Église appelle l'Eucharistie « mystère de foi, » Mysterium, ficlei; cependant le Baptême n'est pas nommé, il n'est pas indiqué même indirectement dans le Symbole des apôtres. Le Symbole parle de l'Église et de la rémission des péchés, mais il ne dit pas le moyen par lequel on obtient le pardon de ses péchés et l'on devient membre de l'Église. On peut rattacher ce que la foi nous enseigne sur le Baptême aux articles du Symbole concernant notre sanctification. On peut y rattacher de même le sacrement de l'Eucharistie, car si le Baptême nous introduit dans la vie spirituelle, l'Eucharistie est la nourriture destinée à entretenir et augmenter cette vie. L'Eucharistie et le Baptême n'en sont pas moins des objets de notre foi, parfaitement distincts;
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la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et l'effet que produit le Baptême en ceux qui le reçoivent sont des dogmes qu'il faut croire, sous peine de cesser d'appartenir à l'Église catholique.
Le dogme de la présence réelle se rattache encore à celui de la toute-puissance de Dieu, parce qu'il implique un changement de substance qui ne peut s'opérer qu'en vertu de cette toute-puissance.
Il se rattache aussi à la communion des saints, parce que la Sainte Eucharistie établit une communion parfaite entre tous les membres de Jésus-Christ et entre chacun de ces membres et leur chef.
Nos yeux ne voient dans la Sainte Eucharistie que des apparences de pain et de vin, mais la foi nous enseigne que c'est Jésus-Christ qui est là sous ces apparences. Si nous étudions de près ce mystère, si nous approchons, comme Moïse, avec le respect le plus profond de ce nouveau buisson ardent, nous n'y trouverons pas seulement un ange parlant au nom de Dieu, mais Dieu lui-même devenu notre compagnon sur la terre, notre nourriture dans le vo3age de cette vie, en attendant qu'il soit notre récompense dans la bienheureuse éternité.
Reconnaissons donc que la présence réelle du corps et du sang de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie est un article de notre foi, et rappelons-nous l'anathème dont le concile de Trente, après plusieurs autres, a frappé ceux qui oseraient nier cette présence.
Voici les paroles du saint concile : « Si quelqu'un nie que dans le a sacrement de la Très Sainte Eucharistie soient contenus vérita- « blement, réellement et substantiellement le corps et le sang avec « l'àme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par con- « séquent le Christ tout entier, mais qu'il dise qu'il n'y est que e comme dans un signe, ou en figure, ou par sa vertu : qu'il soit « anathèm'*e i. » Un autre canon, le iv% prononce également l'anathème contre quiconque dirait que le corps et le sang de Notre- Seigneur ne sont pas dans l'Eucharistie aussitôt la consécration
i. Si quis negaverit in sanctissimae Eucharisti» sacramento contineri vcrc, realiter et substanlialiter corpus et sanguinem una cum anima et divinilate Domini nostri Jesu Christi, ac proinde totum Christum, sod dixerit lanturamodo esse in eo ul in signo, vol figura, aut virlute : analhema sit. (Scss. XIII, (le Euchurisiia.)
LA SAINTE EUCUARI-STIK. — T. I. 34
achevée, mais seulement au moment précis où Ton en fait usage, ou que le corps du Seigneur ne demeure pas dans les hosties consacrées, que l'on réserve après la communion '.
Tous les fidèles sont donc tenus de croire à la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans cet adorable sacrement, et il n'y a pas de salut possible pour quiconque refuserait sa foi à ce dogme sacré.
Que ceux qui ont eu le bonheur d'être nourris dans cette doctrine reconnaissent la grâce que Dieu leur a faite, qu'ils le bénissent de n'avoir pas permis qu'ils rejetassent ce gage incomparable de la bonté de Jésus-Christ envers eux. Ils auraient pu, eux aussi, déclarer la guerre à ce sacrement de paix, et méconnaître Jésus- Christ lorsqu'il se rend présent parmi eux, pour les combler des témoignages de son amour.
Qu'ils lui. rendent de très humbles actions de grâces d'avoir apaisé en eux la révolte de la raison humaine, par la sainte habitude de la foi ; de ne les avoir point exposés aux irrésolutions et aux incertitudes de leur propre esprit, et d'avoir empêché que leur lumière ne fût obscurcie par mille secrets intérêts que l'engagement dans une fausse voie produit.
Que cette juste reconnaissance qu'ils doivent à Dieu les porte en même temps à concevoir une extrême compassion pour ceux à qui Dieu n'a pas fait la même grâce, et qui n'en sont pas moins coupables dans leur erreur, puisqu'elle ne laisse pas d'être volontaire, et d'avoir sa source dans la corruption de leur cœur. Qu'ils leur souhaitent avec ardeur le bonheur dont ils jouissent eux-mêmes; qu'ils les y attirent par leurs prières, et qu'ils le leur procurent par leurs soins, mais surtout par l'exemple de leur bonne vie. C'est la charité générale que tous les catholiques doivent à ceux qui sont séparés du corps de l'Église, aussi bien qu'à ceux qui y sont unis.
i. Si quis (lixcrit, poracta consccrationo, in admirabili Kuc-harisliaB sacramcnto non cssc corpus et san,!?uinem Domini noslri Jesu ("lirisli, sed tanlum in usu, dnm sumilnr, non autcm ante vel posl; et in liosliis seu particulis consecralis, quse post communionem reservanlur, vol supersunt, non remanere verum corjms Domini : anathema sit. (Concil. Trid., scss. XIII, can. 4.)
COMMENT JÉSCS-CIIRIST DEVIENT PRÉSENT DANS l'eUCOARISTIE. 531