CHAPITRE XVI
COMMENT JÉSUS-CHRIST DEVIENT RÉELLEMENT PRÉSENT DANS L'EUCHA- RISTIE PAR LA TRANSSUBSTANTIATION DU PAIN ET DU VIN EN SON CORPS ET EN SON SANG.
J. Changement de la substance du pain et de celle du vin au corps et au sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. — II. Possibilité de ce changement — III. Les accidents du pain et du vin demeureiit après la consécration. — IV. En dehors des accidents il ne reste rien du pain ni du vin dans l'Eucharistie — V. La transsubstantiation s'opère instantanément. — VI. L'effet de la transsubstantiation est permanent. — VII. Ce qu'il faut penser de diverses propositions exprimant le changement qui s'opère dans l'Eucharistie. — VIII. Pv.ang que tient la transsubstantiation entre les grandes merveilles de la toute-puissance divine.
CHANGEMENT DE LA SUBSTANCE DU PAIN ET DE CELLE DU VIN AU CORPS ET AU SANG DE NOTRE-SEIGNEUR
« De même que par la parole de Dieu, Jésus-Christ notre Sau- « veur est devenu homme, et, pour nous racheter, s'est fait chair « et sang, dit le philosophe chrétien S. Justin, de même, confor- « mément à la doctrine qui nous est révélée, la nourriture, bénie «■ par les paroles que le Cinist prononça lui-même, devient la chair « et le sang de Jésus fait homme, et nourrit par sa transforma- « tion notre sang et notre chair K »
a Ce passage de S. Justin, dit le docteur Staudenmaier ~, nous mène directement au dogme de la transsubstantiation. La transsubstantiation est le changement des substances. Le prêtre de l'Église catholique, en prononçant les paroles qui reproduisent celles que dit le Christ en instituant l'Eucharistie, et que nous avons examinées plus haut, change le pain au corps et le vin au sang du Christ. Après ce changement, il est vrai, les espèces du pain et du vin subsistent, mais le pain n'est plus du pain, il est le corps du Christ; le vin n'est plus du vin, il est le sang du
1. Quemadmodiim pcr Dei verbum homo faclus est Jésus Christus conscrvalor nosler, el carnein et sangtiinem pro salute nostra habuit : sic eliam cibiim, qui preccs .sormonis quem ab eo accepimus, consecratus est, et quo sanguis carncsquc nostra; communione aluntur, Jesu Chrisli ejus qui homo factus est, et carnem et sanguincm esse accepimus. (S. Justin., ApoL \.)
2. Dictionnaire enci/clopédique de la théologie catholique, l. VIII, p. 119.
Christ. Ainsi, après la consécration, le Christ est sacramentellement présent sous les espèces du pain et du vin, qui sont euxmêmes le corps et le sang du Christ. »
La transsubstantiation et la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie sont des idées corrélatives; l'une suppose l'autre. Nous avons démontré dans les chapitres précédents que le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents sous les saintes espèces; nous avons donc démontré du même coup l'existence du mystère de la transsubstantiation. Elle ne peut être mise en doute du moment qu'il est certain que, à dater des temps apostoliques , l'Église a cru toujours et partout que Jésus-Christ est véritablement présent dans le Très Saint Sacrement.
Lorsque le prêtre prononce sur le pain et sur le vin les paroles de la consécration, un grand miracle s'opère. En vertu de ces paroles plus puissantes que celles qui ont tiré le monde du néant, Jésus-Christ est rendu réellement, véritablement et substantiellement présent sous les espèces du pain et du vin. Mais un second miracle accompagne le premier, ou plutôt le précède et le cause : la substance du pain et du vin est changée en celle du corps et du sang de Notre-Seigneur. Ainsi se réalise la parole du Sauveur aux Juifs : Le pain que je donnerai, c'est ma chair '. Ce pain, pour être la chair de Jésus-Christ, aura dû subir un changement, plus qu'une transfiguration, une transsubstantiation véritable, autrement il pourrait être la figure de la chair de Jésus-Christ, mais non pas cette chair elle-même dans sa réalité. La substance du pain et du vin n'existe plus comme telle, mais uniquement celle du corps et du sang de Jésus-Christ sous les espèces ou apparences du pain et du vin qui demeurent.
Écoutons comment l'Ange de l'École le démontre : « Il y en a, dita il, qui ont supposé qu'après la consécration, la substance du « pain et du vin subsistait dans l'Eucharistie. Mais cette opinion <f est insoutenable. Car une chose ne peut être où elle n'était pas a auparavant que par un changement de lieu, ou par la conver- « sion d'une autre chose en elle-même. C'est ainsi que, dans une a maison où il n'y avait pas de feu, il commence à y en avoir, soit « parce qu'on y en porte, soit parce qu'on y en produit. Il est évi-