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CHAPITRE XVII

DE LA PRÉSENCE RÉELLE DE JÉSUS-CHRIST TOUT ENTIER SOUS CHAQUE ESPÈCE DANS L'EUCHARISTIE

L II est de foi que Jcsus-Clirist est tout entier sous chaque espèce. — II. Ce qui est dans TEucharistie en vertu des paroles et ce qui s'y trouve par concomitance. — III. Jésus-Christ est tout entier sous chaque partie de chaque espèce. — IV. En quel sens le corps de Jésus-Christ conserve sa quantité ou ses dimensions, et ses autres qualités accidentelles dans la Sainte Eucharistie — V. L'nion qui existe entre le corps de Jésus-Ciirist et les espèces eucharistiques. — YI. Comment le corps de Jésus-Chrisi dans TEucharistie est immuable et comment il ne l'est pas. — VIL L'œil de l'homme ne peut voir naturellement le corps de Jésus-Christ tel qu'il est dans l'Eucharistie. — VIII. Apparitions miraculeuses de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. — IX. Ce que deviennent les accidents du pain et du vin lorsque cesse la présence de Jésus-Christ.

IL EST DE FOI QUE JÉSUS-CHRIST TOUT ENTIER EST CONTENU SOUS CHAQUE ESPÈCE 1).\XS LE TRÈS SAINT S.VCREMENT DE LEUCHARISTIE

Le concile de Florence a défini en termes exprès que Jésus- Christ est contenu tout entier sous l'espèce du pain et tout entier sous l'espèce du vin : Totus Christus continetur sub specie panis et totus sub specie vini. Le concile de Trente a renouvelé cette définition, en formulant l'anathcme contre ceux qui n'y croiraient pas. « Si ([uelqu'un nie que dans le vénérable sacrement de l'Eu- « charistie, sous chacune des espèces, et sous chacune des parties « de ces espèces lorsqu'elles sont séparées, Jésus-Christ soit con- « tenu tout entier, qu'il soit anathème ^ » Ce canon du saint

1. Si quis negaveril in venerabili sacramcnlo KucliarislitC ,sul) uiuujuaque sppcie, ot sub singulis cujusque sj)ocioi parlil)us, soparalionr fada, totum tlhrisluni conlincri, anatlioiiia sil. [Trtil.. srss. XIIl, can. IL)

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concile est la condamnation de trois erreurs et, par contre, la proclamation des trois vérités qui leur sont contraires : la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; sa présence sous chaque espèce; sa présence sous chacune des parties de l'espèce du pain et de l'espèce du vin, lorsque ces parties sont séparées les unes des autres. La première vérité étant corrélative à la seconde, ou plutôt une conséquence rigoureuse de celle-ci, nous parlerons des deux en même temps pour plus de simplicité, quoique S. Thomas les ait étudiées en deux articles difTérents K

On ne connaît aucun hérétique des premiers siècles chrétiens qui ait attaqué la présence réelle de Jésus-Christ sous l'une et sous l'autre espèce; à moins qu'il ne l'aille considérer comme tombés dans cette erreur ceux que l'on a nommés Intinctores, c'est-à-dire \es, trompeurs, parce qu'ils trempaient le pain consacré dans du vin aussi consacré, pour le distribuer aux fidèles. Ils furent condamnés parce qu'ils n'imitaient pas Notre-Seigneur qui donna l'une et

\. f'Inim tnlnn C/trislns confùii'aliii' siift hoc sacrdiiiriilo? ^'i(lelur (luod, Ole. — Sed contra est quod Aiiil)i"osiiis dicil in lil). di- Officiis : « In illo sacramento CliristiLs est. »

Respondeo diceiKhuu quod omiiino nccesse est confitcri secundum fîdem catholicam quod totus Christus sil in hoc sacramento. Sciendum tamen est quod aliquid Christi est in hoc sacramento dupliciter : uno modo quasi ex vi sacramenti, alio modo ex naturali concomitantia. Ex vi quidem sacramenti est .suh .specieljus liujus sacramenti idin quod directe converlitur substantia panis et vini prasexistens, prout significatur per verha formœ, qua; sunt effectivu in hoc sacramento, sicut et in caeteris mutationihus, puta cum dicitur : Hoc est corpus meum, vel : Ilic est scmguis meus. Ex naturali aulom concomitantia est in hoc sacramento illud (juod realiler est conjunctuin ci, in quod prcedicta conversio terminatur. Si cnim aliqua duo sunt realiler conjuncla, ubicumque est unum realiter, oportet et aliud esse. Sola enim operalione animœ discernuntur quée realiter sunt conjuncta. (S. TiioM., 111, q. LX.wi, art. \.)

( trum lo/iis Clirislus continenluv suit nirrojue sjtecie hujns s<tcramenti?

Videlur (|uod, etc. — Sed contra est cpiod super illud (/ Cor., xi) : El calicem, dicit Glossa ordin. quod « sub ulraijue s])ecie, scilicet panis et vini, idem sumitur; » et ita videlur sub ulraque specie lotus Christus esse.

Respondeo dicendum cerlissime teneiulum esse quod sub ulraque specie sacramenti totus est Christus; aliter, tamen et aliter. Namsubspeciebus panis est quidem corpus Christi ex vi sacramenti, sanguis autem ex reali concomitantia, sicul supra diclum est (art. praeced., ad 1), de anima et de divinitale Christi ; suIj speciejjus vero vini est quidem sanguis Christi ex vi sacramenti, corpus autem Chi-isti ex reali concomitantia, sicut anima cl divinitas : eo quod nunc sanguis Christi non est ab ejus corpore separalus, sicut fuit tem- ])ore passionis et morlis ; undc si lune fuisset hoc sacramentum celebratum, suIj speciebus panis fuisset corpus Christi sine sanguine, et sul) speciebus vini sanguis sine corpore, sicul eral in verilale. (S. Tiio.m., 111, q. lx.wi, art. 2.)

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l'aiilre espèce séparément à ses disciples. Un a supposé que ces hérétiques avaient adopté cette manière de donner la sainte communion, parce qu'ils pensaient que Ton ne pouvait recevoir Jésus- Christ tout entier que par ce moyen, qui réunissait son corps etson sang. Ne recevoir qu'une espèce était, à leur avis, ne recevoir qu'une partie de Jésus-Christ. Mais rien ne prouve qu'ils aient eu réellement la pensée qu'on leur prête.

Dans les temps modernes, Calvin et les autres Sacramcnlaires ont nié cette vérité ; ils ont nié qu'il se trouve rien dans l'Eucharistie par concomitance

Quoi qu'il en soit des erreurs des hérétiques, l'Église a toujours cru, elle a défini, et il est de loi, que Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, qu'il n'y est pas seulement sous les deux espèces du pain et du vin réunies, mais qu'il est tout entier sous l'une et sous l'autre de ces deux espèces.

Les paroles de Notre-Seigneur étaient assez claires, du reste, pour ne laisser aucun doute à ses apôtres et à ses disciples sur ce point. Je suis le pain vivant descendu du ciel, disait-il : Si quelquun mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde '. Il se donne comme le pain de vie ; le pain qu'il donne, c'est sa chair ; et cette chair, c'est lui-même. Tout à l'heure il parlera de boire son sang comme il a parlé de manger sa chair. Mais cette chair adorable, même seule, était déjà lui; c'était le pain vivant descendu du ciel, le pain qui donne la vie éternelle.

On pourrait dire cependant que les paroles de Notre-Seigneur ne prouvent pas d'une manière absolue et avec la rigueur nécessaire, lorsqu'il s'agit de combattre des hérétiques, la présence de Jésus-Christ tout entier sous chaque espèce, dans l'Eucharistie. Eneflet, si S. TMerre, par exemple, avait consacré le pain et le vin pendant les trois jours que le corps du Seigneur passa dans le tombeau, sous l'espèce du pain, il y aurait eu le corps de Notre- Seigneur et sa divinité, mais son sang et son âme ne s y fussent point trouvés, puisque, de fait, ni l'un ni l'autre n'était avec son corps adorable, dans le tombeau. De même, le corps de Jésus- Christ n'eût pas été sous l'espèce du vin. Cependant il eût toujours

I. Kfîo sum panis vivus qui df^ cœlo doscondi. Si quis maiKhicaveril ex hoc ])aMc vivet in ii-lornuui; cl paiiis <|uoin oiro daho, caro mca csl \)yo iiniudi vila. [Jotniii., VI, ijl, ;j:>.)

été vrai de dire que ce pain était le pain de vie descendu du ciel ; qu'il suffisait de le manger pour vivre éternellement; que ce pain était la chair de Jésus-Christ livrée pour le salut du monde.

Mais si les paroles du Seigneur ne sont pas suffisantes peut-être, pour réduire au silence et convaincre des hérétiques, dont le seul souci est d'amasser des nuages pour échapper à la lumière, elles n'en ont pas moins une grande force aux yeux de quiconque cherche la vérité. Lorsque Jésus-Christ dit : Je suis le pain de vie; celui qui me mange vivra à cause de moi, il ne parle pas de ce qui serait arrivé pendant le temps que dura sa mort, si ses apôtres avaient usé du pouvoir de consacrer son corps et son sang, qu'il leur conféra quelques moments avant de se livrer à ses bourreaux. Ces trois jours qu'il passa dans le sein de la mort étaient quelque chose d'absolument exceptionnel. On peut dire qu'alors le Christ, l'Homme-Dieu ne vivait plus, n'existait plus; il était mort. Jésus-Christ parlait, non pour le temps de sa mort, mais pour celui de sa vie, soit mortelle, soit immortelle. Il a dit que le pain, l'aliment qu'il nous donne et que nous devons manger, si nous voulons vivre éternellement, c'est lui-même. Ce pain le contient donc réellement, tout entier, et, en nous le donnant, il se donne à nous tout entier, tous les jours, dans le cours des siècles, si l'on en excepte les trois jours (lue son corps adorable a passés dans le tombeau. Jésus-Christ, en s'exprimant comme il l'a fait, avait en vue ce qui devait arriver dans la réalité, aussi longtemps qu'existerait le monde, et non pas un cas particulier, possible sans doute, mais qu'il savait bien ne devoir pas se présenter.

Mais pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi arrive-t-il que Jésus- Christ soit tout entier sous l'espèce du pain et tout entier sous l'espèce du vin, quoique les paroles sacramentelles ne déclarent que la présence de son corps sous l'une des deux espèces, et celle de son sang sous l'autre?

S. Thomas en donne la raison : « Si deux choses, dit-il, sont <f unies réellement entre elles, partout où l'une de ces choses se « trouve réellement, il faut que l'autre y soit aussi. Les choses « unies ensemble réellement ne sont discernées l'une de l'autre « que par une opération de l'esprit K » En Notre-Seigneur Jésus-

J. Si eiiim aliquii (hin sunt ronlitor cmijuncla, etc. [Vide suj/ra, j). ;J7!2.) niiain tainea reyulain inlellige, ail Billuart, de conjunctis adtc(iaato, et cuni

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Christ, le sang, l'àme et la divinité sont unis à son corps adorable ; d'autre part, son corps, son àme, sa divinité, sont unis à son sang. C'est un tout réel, indissoluble, et tant qu'il reste tel, aucune des parties qui le composent ne peut se trouver en un lieu, que les autres ne s'y trouvent en même temps.

Cependant il faut observer ici que si la divinité de Jésus-Christ se trouve partout où est son corps, son corps adorable ou son sang précieux ne se trouvent pas pour cela partout où est sa divinité. L'union réelle dont parle S. Tliomas, qui entraîne la présence de toutes les parties unies là où se trouve l'une d'elles, est l'union adéquate. Si deux ternies qui sont unis ont une extension égale, ils s'unissent entièrement et leur union est adéquate. Mais si l'un des deux a plus d'extension que l'autre, celui qui a le plus d'extension s'unit à l'autre selon toute l'extension de celui-ci; mais il conserve le surplus de son extension propre. Il est partout où se trouve le premier terme, mais il est aussi au delà. L'union est adéquate de la part du premier terme, mais non pas de la part du second. Par exemple, la tète de l'homme est unie adéquatement à son àme ; partout où est la tête, l'àme y est aussi; mais l'àme n'est pas unie adéquatement à la tête, parce qu'elle s'étend au delà, et qu'elle est unie en même temps aux autres membres. Il en est ainsi dans l'union de la divinité de Notre-Seigneur avec son humanité. Partout où son humanité se trouve, elle est unie à sa divinité d'une union réelle et adéquate; mais la divinité étant infinie, et possédant l'ubiquité, on ne peut pas dire que l'humanité de Jésus- Christ soit partout où est sa divinité.

CE QUI EST DANS LE SACREMENT DE LEUCirARISTIE EX VERTU DES PAROLES, ET CE QUI s'y TROUVE PAR CONCOMITANCE

Nous reconnaissons et nous adorons Notre-Seigneur Jésus- Christ tout entier présent sous chacune des espèces de la Très Sainte Eucharistie. Son corps, son sang, son àme et sa divinité sont voili'S sous l'espèce du pain ; ils le sont de même sous l'espèce du vin. Mais chacune des parties de ce tout merveilleux n'a pas pris place sous les espèces du pain et du vin dans les mêmes con-

mutua al) inviccin dcpondciilia ; alin(|iiin soquorclur, ul voliiiil uhiiiuarii, <ino(l (llirisUis essel uljiqiu'; (juia diviiiilas ipsi uhitiue conjuiicla osL

ditions. Les unes y sont directement en vertu des paroles de la consécration; les autres y sont pour les accompagner, par concomitance, parce qu'elles sont inséparables des premières.

Calvin et Luther ont rejeté cette concomitance, parce qu'ils niaient que Jésus-Christ fût tout entier sous chaque espèce ; s'ils avaient reconnu la vérité de cette présence, ils auraient nécessairement reconnu en môme temps la concomitance. Les paroles de la consécration ne nomment que le corps et le sang de Jésus-Christ : Hoc est corpus mcum; hic est sanguis meus; comment reconnaître qu'il est tout entier sous chacune des espèces, si l'on n'admet pas que la présence du corps ou du sang entraîne celle de la personne dans son intégrité? Mais Luther et Calvin n'admettaient pas que Jésus-Christ fût réellement présent sous chaque espèce.

Le saint concile de Trente ne permet pas de douter de la présence de l'âme et de la divinité de Notre-Seigneur, par concomitance, avec son corps et son sang, sous chacune des deux espèces. 11 s'exprime ainsi : « Cette créance a toujours été dans « l'Église de Dieu qu'après la consécration, le véritable corps de « Notre-Seigneur et son véritable sang, conjointement avec son ff âme et sa divinité, sont sous les espèces du pain et du vin; c'est- « à-dire son corps sous l'espèce du pain et son sang sous l'espèce « du vin, par la force des paroles mêmes; mais son corps, aussi « sous l'espèce du vin, et son sang, sous l'espèce du pain, et son « âme, sous l'une et l'autre, en vertu de cette liaison naturelle et « de cette concomitan-ce, par laquelle ces parties, en Notre-Sei- « gneur Jésus-Christ, qui est ressuscité des morts et ne doit plus « mourir, sont unies entre elles; et la divinité de même, à cause « de son admirable union hypostatique avec le corps et l'âme de <i Notre-Seigneur. C'est pourquoi il est très véritable que l'une ou a l'autre espèce contient autant que toutes les deux ensemble; car « Jésus-Clirist est tout entier sous l'espèce du pain et sous la <r moindre partie de cette espèce, comme aussi sous l'espèce du « vin et sous toutes ses parties ^ »

I. Kl .scmpcr hœc fides in Ecclcsia Dei fuil, stalim post consecralioncm voruni Doinini nostri corpus, verumquc ejus sanguinem sub paniset vini specie una cum ipsius anima et divinitatc cxistere : sed corpus quidem sub specie ])anis, et sanguinom sul) vini specie, ex vi verborum ; ipsuin autem corpus sub specie vini, et sanguinom sub specie panis, aniinamque sub utraquc, vi luiluralis illius connoxionis et concomilanlice, f|ua iiarlos Chrisli Domini qui

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Cet exposé de doctrine ne laisse aucun doute sur la présence de Jésus-Christ tout entier sous chaque espèce, en vertu de la concomitance; et si le saint concile n'a pas condamné comme hérétiques, par un canon spécial, ceux qui nient la concomitance, c'est que leur condamnation se trouve nécessairement incluse dans celle de la négation de la présence réelle complète, sous chaque espèce. Les hérétiques ne repoussent la concomitance que parce qu'ils ne croient pas à la présence réelle.

Il se trouve dans la Sainte Eucharistie, en vertu des paroles de la consécration, ce qui doit nécessairement s'y trouver, pour que la réalité corresponde parfaitement à ce qu'elles expriment, c'està-dire le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Sous l'espèce du pain, il y a le corps adorable de Notre-Seigneur, parce que les paroles : Hoc est corpus meum : « Ceci est mon corps, » ne sont vraies qu'à cette condition. Le corps de Jésus- Christ y est donc tout entier en vertu des paroles sacramentelles. Toute la matière qui compose le corps glorieux du Seigneur dans le ciel est là, comme au moment de l'institution de ce divin sacrement, à la dernière cène, toute la matière qui composait alors ce divin corps vivant sur la terre, se trouva, la même qu'elle était réellement, sous les espèces du pain qu'il présenta à ses apôtres.

La forme substantielle quelle qu'elle soit, nécessaire pour que cette matière soit le corps du Seigneur, y est aussi , puisque sans elle le corps ne serait pas.

Ce corps de Jésus-Christ est un corps humain complet, sans aucune mutilation, avec toute son organisation substantielle, et, par conséquent, toutes les parties intégrantes du corps humain considérées en leur substance, les nerfs, les os, la chair, les divers membres.

Rien ne manque à ce corps adorable ; il est parfait et les moindres parties s'y trouvent. Aucun corps n'égala en perfection et en intégrité celui de Notre-Seigneur, tandis qu'il était sur la terre. Il n'a rien perdu de cette perfection et de cette intégrité

jain ex rnorluis resiirrcxit, non amplius morituru.s, inter se copulantiir ; divinitalcin porro, propter admirabilein illam cjus cuin corpore et anima hyposlalicani unioneni. Qiiapropter vcrissimum est lantumdem sub alterutra specie atqiie suli utraque contineri ; tolus enim et integer Christus sul) panis specie et sub quavis ipsiiis speciei parle : tolus item sub vini specie et sub ejus parlibus existit. [Coiicil. Trid., sess. XIII, cap. m.)

dans la gloire de sa résurrection ; il n'en perd pas la moindre parcelle dans le saint sacrement de rEucharistie.

Il est certain enfin que le corps de Jésus-Christ, tel qu'il est dans l'Eucharistie, ne comprend, en vertu des paroles de la consécration, que ce qui lui est nécessaire pour être ce qu'il est, soit vivant soit mort; car la consécration qui est valide, maintenant que Jésus-Christ règne dans la gloire, le fut pendant sa vie mortelle, au temps de la dernière cène, et elle l'aurait été, selon l'enseignement de S. Thomas, pendant les trois jours que dura sa mort, alors que son corps adorable était séparé de son sang. Ni l'àme, ni le sang, ni même les qualités accidentelles, d'après cet illustre docteur ', ne sont donc présents sous les espèces du pain en vertu des paroles de la consécration, parce que la formule sacramentelle est complètement réalisée sans leur présence. Tous les théologiens sont d'accord sur ce point.

Ce que l'on dit du sang doit s'entendre aussi des autres humeurs, comme la salive, et des esprits vitaux qui ne sont pas indispensables à l'existence du corps, soit vivant, soit mort : ils ne sont pas dans l'Eucharistie en vertu môme des paroles de la consécration, mais par concomitance.

Mais que faut-il penser des ongles et des cheveux? Sont-ils contenus sous les espèces du pain, en vertu des paroles sacramentelles? Quelques auteurs ont dit qu'ils ne s'y trouvent que par concomitance; cependant le contraire est généralement admis et ne semble pas pouvoir être mis en doute. Les cheveux et les ongles croissent et subsistent sous l'action de l'àme; elle est leur forme comme celle des autres parties du corps humain; telle est la doctrine commune des thomistes; ils font donc partie intégrante de ce corps, et la formule de la consécration les embrasse comme le reste. Et si même l'on ne consentait pas à les regarder comme parties informées par l'âme intelligente, il ne faudrait pas moins les considérer comme parties intégrantes nécessaires à la perlection du corps que le Verbe s'est uni, et les comprendre sous l'expression de corps employée dans la consécration. Même après la mort, les

1. Sicut supra diclum est, facta conversione panis in corpus Christi, vel vini in snnguinom, accidentia ulriusque manent. Ex quo patet quod dimensiones panis vel vini non convertuntur in dimensiones corporis Christi, sed substantia in substanliam ; et sic substantia corporis Christi vol sanjïuinis est sub hoc sacrarnento ex vi sacranienti, non autem dimensiones corporis vel sanguinis Christi. (S. Tiiom., III, q. lxxvi, art. 1 ad 3.)

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ongles et les cheveux sont nécessaires à l'intégrité corporelle, tandis que le sang ne l'est pas, et le corps demeure bien tout entier lorsque le sang s'en est écoulé par quelque blessure, comme le sang de Notre-Seigneur s'est écoulé pendant sa passion et après sa mort, quand le soldat lui perça le côté avec sa lance. On peut donc dire que les cheveux et les ongles du Seigneur se trouvent dans l'Eucharistie en vertu des paroles de la consécration ^.

En résumé, on trouve sous l'espèce du pain, en vertu des paroles sacramentelles, toutes les parties intégrales du corps humain qui sont solides et qui appartiennent à son intégrité non pas seulement pendant la vie, mais môme après la mort, tant que la décomposition n'a pas commencé son œuvre; les os, les nerfs, la chair, les veines, les muscles, la tôte, les pieds, les organes des sens, les cheveux, les ongles et autres parties semblables. Mais on n'y trouve pas de la même manière le sang et les autres humeurs, qui s'écoulent avec lui du corps humain lorsqu'il est blessé, parce que ces humeurs et ce sang ne sont pas nécessaires à l'intégrité d'un corps crucifié et mort de ses blessures. S. Thomas en donne deux raisons principales. La première est que le sacrement de l'Eucharistie représente la passion du Seigneur, et que, dans la passion, le sang fut séparé du corps, d'où suit la convenance d'une séparation semblable dans la Sainte Eucharistie ; le sang ne doit pas être, en vertu des paroles sacramentelles, sous les espèces qui représentent et contiennent le corps, ni le corps sous les espèces qui représentent et contiennent le sang. La seconde raison est que la Sainte Eucharistie est pour nous un festin spirituel, lorsque

i. Movet dubium Suarez de Christi priepiiUo. Videtur enim quod ex vi verborum non contineatur, quia corpus Christi illud non habcbat, cuin instituit hoc sacramentum, sed dicendum est contineri nunc sub speciebus panis ex vi sacramenti. Et ratio est, quia est per se de significato corporis Christi absolute sumpti, cum per se spectet ad integritatem humani corporis. Nec obstat quod tune cum Christus instituit hoc sacramentum ex vi verljorum non fuisse sub specielms, quia tune nec ex vi verborum, nec per concomilantiam continebatur suIj cis, quia non aderat in Christi corpore, quod pro illo tune erat in esse naturaU secundum quid mufihim. Ad hoc enim ut ahquid contineatur in sacramento duo requiruntur, sciUcet existentia reaHs extra sacramentum, et quod id, quod existit signiticetur per verba consecrationis. Ad hoc vero ut aliquid non contineatur suffîcit defeclus alterius conditionis; sed ulraque posita, ponitur continentia sub specielms ex vi verborum. Nunc vero utraquc ponilur; ideo hune j)réeputium Christi conlinetur sul) speciebus panis ex vi verl)orum. Et ila tenet Suarez citatus ; de Lugo, disp. vin, n. 18 ; Gran., tract. IV, disp. iv, n. 2 et 3; Leander, tract. VII, disp. x, q. vi. (Passerjni, q. lxxvi, art. i et -2.)

nous y participons ; or, dans un festin, on ne prend pas tout à la fois, mais séparément, les aliments et la boisson. Il convenait donc que la chair adorable du Sauveur et son sang précieux, devenus la nourriture et le breuvage de nos âmes, nous fussent offerts séparément, au moins dans les paroles de la consécration, puisqu'ils sont d'autre part inséparablement unis.

Mais il n'y a pas seulement en Jésus-Christ les parties substantielles qui composent l'humanité, il y a aussi le Verbe divin hypostatiquement uni à chacune de ces parties. Comment la personne du Verbe est-elle sous l'espèce du pain? comment est-elle sous l'espèce du vin? Est-ce en vertu des paroles de la consécration ou par concomitance ?

Le saint concile de Trente nous enseigne, dans le chapitre m de la XIIP session, que la divinité se trouve sous l'espèce du pain et sous celle du vin en vertu de la concomitance *. Or le Verbe de Dieu est Dieu ; il possède ou plutôt il est l'essence divine, la divinité, comme le Père et le Saint-Esprit. Puisque la divinité n'est pas dans l'Eucharistie en vertu des paroles sacramentelles, mais en vertu de la concomitance, il en est de même du Verbe. D'ailleurs les paroles de la consécration ne nomment pas le Verbe divin; elles ne parlent que du corps et du sang. Pour qu'elles soient réalisées, il suffit de la présence du corps et du sang; tout le reste, fût-ce le Verbe divin lui-même, quelque intimement qu'il soit uni au corps et au sang, ne se trouve dans le sacrement que par concomitance.

On peut demander ici comment le Père et le Saint-Esprit, qui sont un seul et même Dieu avec le Fils, se trouvent dans l'Eucharistie. Vasquez, Suarez et plusieurs autres affirment qu'ils se trouvent par concomitance, comme le Verbe lui-môme, dans cet adorable sacrement -. Il faut dire au moins que ces deux Personnes

1. Ipsum autem corpus sub specie vini, et sanguincm sub specie panis, animamquc sub ulraque, vi naluralis illius conncxionis et concomitantiae qua partes Domini inter se copulantur : divinilalem porro propter admiraliilem illam ejus cum corpore et anima hypostaticam unionem. [Concil. Trident., sess. XIII, cap. m. Vide supra.)

2. Diclum est, in tractatu de Incarnatione, Patrem et Spiritum sanctum, vi circuminsessionis, seu inseparabililatis personarum, esse modo speciali in bumanitate Christi, ita ut si, per impossibile, non forent ubique, ratione immensitatis, nibilominus essent in bumanitate Cbristi. Sunt igitur, eadem ratione, in Eucharistia, cum in ipsa sit bumanitas Christi. Deinde quia peculiari modo producuntur in Eucharistia mirabiliores gratiae effectus, et ibi peculiari

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divines y sont d'une manière toute particulière. Si le Père et le Saint-Esprit n'étaient pas partout en vertu de leur immensité, ils seraient néanmoins dans la Sainte Eucharistie, qui renferme la divinité en la personne du Verbe.

Le Père et le Saint-Esprit sont dans la Sainte Eucharistie d'une manière très particulière, à cause des effets extraordinaires qu'ils y produisent. Ils conservent l'union hypostatique de la divinité avec l'humanité de Jésus-Christ, en mettant l'une et l'autre sous les espèces du pain et du vin ; ils font subsister les accidents de la matière première, en les privant de leur substance propre ; ils nourrissent spirituellement les âmes en leur donnant pour aliments le corps et le sang de Jésus-Christ. Cependant on peut dire que ces effets ne dépassent pas ce que l'immensité de Dieu peut par elle-même, sans qu'il soit besoin d'un mode de présence plus particulier du Père et du Saint-Esprit, et qu'il n'est pas nécessaire qu'ils soient dans l'Eucharistie d'une manière sacramentelle. Il est certain, d'autre part, que le Père et le Saint-Esprit ne se sont pas unis à l'humanité comme le Verbe, et que l'humanité ne fait aucunement partie de leur personne. La présence de l'humanité du Seigneur dans l'Eucharistie n'entraîne donc pas nécessairement

modo esse debent Pater et Spiritus sanctus; siquidem opéra ad extra sunt totius Trinitatis. In hoc conveniunt omnes theologi.

At vero illa praesentia Patris et Spiritus sancti in Eucharistia fîtne par aliquam concomitantiam ? Affirmant Suarez, Vasquez, De Lugo, etc., dicentes hanc concomitantiam esse mediatam, quatenus scilicet personge divinœ habent naturalem connexionem inter se : nam anima Christi et persona ^'erbi dicuntur esse in Eucharistia ex vi concomitantiae, propter earum cum corpore unionem : ergo, etc. Negant autem plerique thomistje, contendentes, hanc naturalem conjunctionem non satis esse ad concomitantiam sacramentalem, sed requiri ut id quod conjungitur, in unitate suppositi conjungatur cum termino primario et formali conversioni.s, ut cum illo constituât, vel pertineat ad idem suppositum; et cum Pater et Spiritus sanctus non uniantur hoc modo cum corpore et sanguine Christi, non sunt in Eucharistia per concomitantiam.

Controversia, ut patet, est tantum de nomine. Attamen dicendi modus thomistarum videtur magis proprius, magisque concilio Tridentino consonare ; fundamentum enim concomitantiee divinitatis rcponit in unione hypostatica, quae est sohim cum Verbo. Atque etsi non expresse locutum est de Verbo, cum tamen adduxerit unionem hypostaticam, quse respicit A'erhum, eo ipso sal aperte mentem suam innotuit. Quare sicut connexio quam, média natura divina, Pater et Spiritus sanctus hal)ent cum persona Verbi, non sufficil, ut dicantur terminare médiate unionem hypostaticam, incarnari, concipi, nasci, etc.; ita neque sufficil ut dicantur esse per concomitantiam sacramentalem sub speciebus jjanis et vini. (Mgr Rosset, Theolo'jiu ((ufjinntico-inornlis, de SS. Eucliar.sacr.,]). 120.)

une autre présence que celle en vertu de laquelle ils sont en tous les lieux. On peut en dire autant de la présence du Verbe divin. Le Fils de Dieu est dans l'Eucharistie comme personne divine, car c'est en tant que personne qu'il est uni à son humanité. Mais ce n'est pas comme personne qu'il est une seule et unique chose avec le Père et le Saint-Esprit. L'essence est la même, un seul et unique Dieu, mais les personnes sont distinctes. Par l'unité d'essence, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont partout ensemble, aussi bien dans la Sainte Eucharistie qu'en aucun autre lieu ; mais la personnalité de chacun restant distincte, la présence de la personne du Verbe dans l'Eucharistie ne suffit pas pour rendre sacramentelle la présence du Père et du Saint-Esprit dans ce même sacrement. Sans doute, ces deux adorables personnes y sont présentes, mais en vertu de leur essence divine et de leur immensité, non pas par concomitance. Le corps de Jésus-Christ n'est pas leur corps, et sa présence sous les espèces sacramentelles ne nécessiterait pas leur présence, si elles n'y étaient pas déjà en vertu de l'essence divine, qui leur est commune avec le Fils. En résumé, il semble régulier de dire que le Père et le Saint-Esprit sont dans l'Eucharistie par concomitance, si l'on considère en eux l'essence divine uniquement, mais qu'ils n'y sont pas de môme, considérés comme personnes.

Ainsi donc, pour nous résumer, il y a sous l'espèce du pain, par concomitance, avec le corps de Notre-Seigneur, son àme, parce que ce corps adorable est vivant. Il y a de plus son sang avec les autres humeurs, quoique l'on puisse dire à la rigueur, avec quelques théologiens, que ces humeurs font partie intégrante du corps et qu'elles sont avec lui sous les espèces eucharistiques, en vertu des paroles sacramentelles. Il n'en est pas d'elles comme du sang qui est directement exclu, par là même qu'il est consacré séparément. Les esprits vitaux disparaissant avec la vie elle-même, ne peuvent se trouver sous l'espèce du pain que par concomitance. Enfin il y a le Verbe de Dieu, et en lui, la divinité, l'essence divine.

Il est évident que les vêtements de Jésus-Christ ne se trouvent point dans l'Eucharistie, parce qu'ils sont parfaitement distincts de son corps adorable. La connexion qui existe entre le vêtement et celui qui en est couvert ne suffit pas pour justifier leur présence; autrement, on pourrait dire aussi que le ciel s'y trouve parce que Jésus-Christ habite dans le ciel.

JÉSUS-CURIST TOUT ENTIER SOUS CHAQUE ESPÈCE DANS l'eUCHARISTIE. o83

Il en est de môme de Tair contenu dans la poitrine de Kotre- Seigneur. Dans l'Eucharistie il n'a besoin de cet air, ni pour la respiration, ni pour la parole, et quoique Suarez regarde la présence de cet air comme requise pour la perfection du corps du Seigneur, on ne peut cependant pas dire qu'il fasse réellement partie de ce divin corps, ni par conséquent qu'il soit présent dans l'Eucharistie.

Sous l'espèce du vin, il y a, en vertu des paroles de la consécration, tout le sang qui était dans le corps sacré de Jésus-Christ, au moment où il institua l'adorable sacrement de nos autels. — Nous considérons comme hors de doute que, sous l'espèce du vin, se trouve tout le sang qui est dans le corps glorieux du Seigneur, maintenant qu'il règne au ciel. Mais est-ce bien tout ce même sang qui était en lui dans la nuit de la Gène? Quelques-uns ne l'admettent pas. Ils disent que tout le sang de Jésus-Christ ne sortit pas de son corps adorable, pendant sa passion et après sa mort, et que ce qu'il en resta se trouve sous l'espèce du pain, comme partie intégrante du corps. Le sang répandu serait le seul que viseraient les paroles de Notre-Seigneur : Ceci est mon sang du Nouveau Testament qui sera répandu pour plusieurs : Hicestenim sanguis meus novi testamenti, qui pro multis effundetur. {Matth., XXVI, 28.)

Mais cette opinion n'est pas acceptable ; il faut dire que tout le sang de Jésus-Christ se trouve sous l'espèce du vin, en vertu des paroles de la consécration. Le saint concile de Trente parle d'une manière absolue et qui ne donne prise à aucune distinction, lorsqu'il dit que le sang de Jésus-Christ est sous l'espèce du vin ; il ne pourrait pas s'exprimer comme il le fait, s'il n'y avait dans ce sacrement qu'une partie du sang du Seigneur. En second lieu, ces paroles qui pro multis e/fundetur, ne sont pas, par elles-mêmes et simplement, de l'essence de la forme du sacrement eucharistique, si l'on s'en rapporte à l'opinion d'un certain nombre de théologiens. Si quelqu'un n'employait, pour consacrer, que ces seuls mots : Hic est calix sanguinis mei, il est certain que tout le sang actuellement présent dans le corps de Notre-Seigneur se trouverait dans le calice, en vertu de ces paroles. Ce que Jésus- Christ a ajouté : « Qui sera répandu pour plusieurs : Qui pro a multis e/fundetur, » doit avoir aussi son accomplissement, et il l'a de toute manière, car il est très vraisemblable que tout le sang

584 LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — Cn.\PITRE XVII.

de Notre-Seigneur fut répandu, et s'il ne le fut pas tout entier, la partie qui l'a été, et qui fut la plus considérable, est prise pour le tout. Tout le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ est donc sous l'espèce du vin, en vertu des paroles de la consécration ; il y a de plus par concomitance, sous cette même espèce, le corps adorable du Sauveur, inséparable de son sang, maintenant qu'il est ressuscité. Il y a aussi tout ce qui accompagne nécessairement son corps adorable, comme nous l'avons dit plus haut. C'est bien Jésus- Christ tout entier qui vit dans le calice sous l'espèce du vin, le même Jésus-Christ, mort autrefois pour nous sur la croix et maintenant assis dans la gloire du ciel à la droite de son Père; et c'est bien lui tout entier qui est voilé à nos yeux sous l'espèce du pain. 0 divin Jésus, à quel étrange abaissement, à quel anéantissement votre amour pour nous vous a entraîné! Heureux les hommes, s'ils savaient profiter d'un si grand bienfait, et répondre à une bonté si inconcevable, comme elle le mérite.

JÉSUS-CHRIST EST TOUT ExXTIER SOUS CHAQUE PARTIE DE CHAQUE ESPECE

La foi nous enseigne que Notre-Seigneur Jésus-Christ est tout entier, non seulement sous chaque espèce du sacrement de l'Eucharistie, mais sous chaque partie de ces espèces lorsqu'elles sont séparées. « Le Christ est tout entier et intégralement sous l'espèce « du pain et sous chaque partie de cette espèce; il est aussi tout « entier sous l'espèce du vin et sous chacune de ses parties, » dit le saint concile de Trente K Le môme concile prononce l'anathème contre quiconque nierait qu'il en est ainsi -. Il faut remarquer cependant que l'Église ne prononce pas l'anathème contre ceux qui diraient que Jésus-Christ n'est pas sous chaque partie de chaque espèce, tant que la séparation n'est point faite. Mais si l'anathème n'est pas prononcé directement contre cette erreur, elle n'en est pas moins condamnée par l'exposé de doctrine que nous avons cité d'abord.

1. Tolus cniin et integer Chrislus sul) panis specie et sub quayis ipsiiis spcciei parle : totus item suIj vini specie et sub ejus partibus existit. [Trid., sess. XIII, cap. iir.)

± Si quis negaverit, in venerabili sacramento Eucharistiœ sul) unaquaquc specie, et sub singulis cujusque speciei partibus, separatione facta, totum (Jhristum oontineri, anathema sit. [Trid., sess. XIII, can. 3.)

JÉSUS-CHRIST TOUT ENTIER SOUS CHAQUE ESPECE DANS l'eUCHARISTIE. o8S

Ce que le soint concile de Trente proclama solennellement, le concile de Florence l'avait déjà déclaré avant lui, dans le décret aux Arméniens. C'est une vérité qui ressort avec évidence de l'enseignement commun des Pères de l'Église. Elle avait été figurée autrefois dans le miracle qui se renouvelait chaque jour, lorsque les Hébreux recueillaient la manne dans le désert. Ceux qui en recueillaient plus d'une mesure n'en avaient cependant qu'une mesure, et ceux qui en recueillaient moins en avaient aussi une mesure pleine : Nec qui plus collegerat habuit amplius, nec qui minus paraveral, reperit minus. (ExocL, xvi, 18.) D'ailleurs, Notre-Seigneur Jésus-Christ consacra le calice entier, et le donna à ses disciples qui se le partagèrent entre eux : chacun d'eux puisa dans ce calice, non seulement une partie du sang du divin Maitre, mais ce sang tout entier et, avec lui, le corps, l'àme et la divinité de celui qui se donnait à eux.

Il est aisé de prouver que Notre-Seigneur Jésus-Christ se trouve tout entier sous chaque partie de l'hostie consacrée, même avant que l'hostie soit divisée et les parties séparées.

En premier lieu, s'il n'en était pas ainsi, ce serait parce que toutes les parties du corps adorable de Jésus ne pourraient pas correspondre à un seul et unique espace, d'où il suivrait qu'il ne pourrait pas être, même une fois, sous une petite hostie, puisqu'il ne s'y trouve qu'à la condition que les divers membres de son corps occupent numériquement le même point.

En second lieu, si l'on consacrait un pain dont le volume fût plus considérable que celui du corps de Jésus-Christ, ce corps adorable devrait se dilater pour égaler tout ce volume. De plus, la tête serait dans une partie de ce pain, les pieds dans une autre, la poitrine, les bras dans une autre encore. Comment un corps humain pourrait-il se conformer à la forme extérieure de ce pain? Comment pourrait-il remplir la forme ronde d'une hostie, sans laisser aucun vide, de sorte qu'il n'y eût que lui seul sous les accidents du pain, si toutes les parties du corps ne se trouvaient pas simultanément en toutes les parties de cette hostie ? Que deviendraient les os et les autres parties dures du corps de Jésus-Christ? Se fondraient-ils comme de la cire, et se mêleraient-ils avec la chair, pour que la masse entière pût se mouler dans la forme extérieure de l'hostie? Ce sont des questions qu'il suffit de poser; la réponse n'est pas douteuse. Jésus-Christ ne peut pas être dans

586 LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CnAPlTRE XVII.

l'Eucharistie d'une manière telle que de pareils inconvénients accompagnent sa présence.

Une troisième raison pour laquelle le corps de Notre-Seigneur se trouve tout entier dans chaque partie de l'hostie, avant la séparation, c'est qu'il s'y trouve lorsque la séparation est accomplie. La séparation n'est pas une consécration nouvelle, elle ne peut pas mettre le corps du Seigneur où il n'était pas d'abord. De même pour le calice. Je suppose que deux calices ont été consacrés séparément: on mêle ensemble le contenu des deux. Jésus-Christ cessera-t-il d'être tout entier sous chacune des parties réunies de ce tout? S'il cesse d'être tout entier sous les espèces de vin que contenait le premier calice, et tout entier sous celles que contenait le second, pour n'être que sous l'ensemble de ces espèces : que devient la vérité des paroles de la consécration? De la moitié de cet ensemble il a été dit que c'était tout le sang de Jésus-Christ; de l'autre moitié, il a été dit de même que c'était tout ce sang précieux : ces paroles cesseront-elles d'être vraies, et chacune de ces parties ne serat-elle plus que la moitié de ce sang adorable? Évidemment on ne saurait l'admettre. Jésus-Christ est donc tout entier sous ces deux parties; il aurait donc pu s'y trouver de même, si le tout avait été transsubstantié par une seule consécration. Et s'il est tout entier sous chacune des deux parties, pourquoi ne se trouverait-il pas sous quatre, sous un plus grand nombre, sous toutes enfin, autant que les espèces sont divisibles?

Ici se présente une difficulté. Les espèces sont divisibles à l'infini, ou, si l'on veut, à l'indéfini; si Jésus-Christ est présent sous chacune de ces parties qu'il est possible de séparer, quoique de fait elles soient unies, il en résulte une infinité de présences correspondant chacune à Tune de ces parties. Pour échapper à cette difficulté, S. Bonaventure et plusieurs autres docteurs et théologiens ont dit que Jésus-Christ est seulement dans les parties finies, c'està-dire dans celles qui, toutes petites qu'elles soient, peuvent recevoir dans l'usage commun les noms de pain ou de vin. Mais comment distinguer les parties qui seraient encore assez grandes pour cette présence, de celles qui ne le seraient pas ? Et comme ces parties seraient encore divisibles, qu'adviendrait-il du corps de Notre-Seigneur? Cesserait-il d'être présent après cette nouvelle division? Serait-il présent en partie sous chacune de ces deux parcelles de pain ou de ces deux gouttes de vin? Serait-il présent

JÉSLS-CIIRIST TOUT ENTIER SOUS CHAQUE ESPECE DANS l'EUCIIARISTIE. 587

SOUS chacune d'elles? Et s'il était présent, comme il faut l'admettre, sous chacune d'elles, une nouvelle division serait encore possible, et cela indéfiniment ; la même difficulté renaîtrait sans cesse, et toujours il faudrait en venir à la même solution. On arrive ainsi à la présence du Seigneur sous toutes les parties, quelque petites qu'on les suppose, ce qui est justement la proposition contre laquelle se dresse la difficulté. L'explication n'aboutit donc à rien. Il faut même aller plus loin et dire que si la substance du pain se trouvait jusque dans les parties indivisibles de la sainte hostie, avant la consécration, le corps de Notre-Seigneur se trouve aussi dans chacune de ces parties invisibles et indivisibles après la consécration.

EX QUEL SENS LE CORPS DE JÉSUS-CHRIST CONSERVE SA QUANTITÉ OU SES DIMENSIONS ET SES AUTRES PARTIES ACCIDENTELLES DANS LA SAINTE EUCHAniSTIE.

Toutes les substances corporelles ont des dimensions, une quantité, sans laquelle elles ne seraient qu'une pure abstraction, ou plutôt elles n'existeraient pas. Grâce à la quantité, la substance devient apte à servir de sujet aux autres accidents; elle possède l'étendue ; elle se distribue en diverses parties intégrantes ; elle acquiert la propriété d'occuper un espace, d'être impénétrable, divisible; on peut la mesurer. « Or, dit S. Thomas, quant au prédi- « cament de la quantité, la sainte Église notre mère croit, et la foi <r nous enseigne, que sous cette petite hostie est véritablement con- «f tenu le corps de Jésus-Christ, tout entier, avec la même grandeur « et la même perfection qu'il eut sur la croix, avec la grandeur « qu'il eut lorsqu'il ressuscita le jour de Pâques. Et c'est un pro- « dige étonnant; car tout corps est placé dans un lieu et il se mesure « d'après le lieu dans lequel il est placé, tandis que le corps tout a entier de Jésus-Christ est contenu dans une très petite hostie '.» Comment cette merveille s'opère-t-elle? Comment la quantité du corps de Jésus-Christ, sa hauteur, sa largeur, son épaisseur et

\. Secundo, respectn praedicamenti quantilalis, crédit sancta mater Ecclesia, et fides calliolica siib illa parva liostia conlinori et esse veraciter loluin corpus Chrisli, ila magnum et ila pcrfoctum, sicut fuit in cruce, et ita magnum sicut in die Paschae resurrexit. Et hoc est summum mirabile, cum omne corpus sit in loco, et commensui-clur localum loco, et suh tam parvœ hostiai quantitxite inlegrum corpus Clirisli continealur. (S. Thom., Ojnisc. L\'1II, cap. m.)

son poids se trouvent-ils resserrés dans les étroites dimensions d'une hostie, alors que, dans son état naturel, ce corps a la grandeur ordinaire de celui d'un homme de trente-trois ans?

Évidemment, il est impossible que le corps de Jésus-Christ garde dans l'hostie son état naturel, ses dimensions apparentes, et qu'il soit en même temps réduit à celles d'une petite hostie. Aussi n'est-ce pas là l'enseignement de l'Église. Elle dit, avec S. Thomas, « que Jésus-Christ n'est pas naturellement sous l'hos- « tie, mais il y est sacramcntellement ; par conséquent, il n'y est «- pas comme occupant un lieu, ni avec ses propres dimensions; il « y est avec les dimensions précédentes de la matière première « du sacrement, c'est-à-dire du pain et du vin. La substance, en « tant que substance et par elle-même, continue le saint docteur, « n'occupe aucun lieu ; elle n'en a besoin qu'autant qu'elle est « renfermée dans les dimensions de la quantité ; il s'ensuit que <■< le corps de Jésus-Christ, sous le sacrement, ne demande pas plus cr d'espace ou n'occupe pas un lieu plus grand que les dimensions « du pain, sous lesquelles il est caché et voilé, n'en demandent et « n'en occupent. La nature peut nous fournir quelques exemples « qui nous aideront à le comprendre. Notre àme en effet, dit « S. Augustin, est toute dans notre corps, de même qu'elle est « toute dans chaque partie de ce même corps; de sorte qu'elle est « aussi grande dans un doigt seul que dans le corps tout entier, ff dans le corps d'un enfant que dans celui d'un géant. L'augmen- « tation ou la diminution du corps, ou même la mutilation d'un « membre ne retranche rien à l'âme, ou ne lui donne aucun ac- <f croissement ; cependant elle est tout entière dans tout le corps et « elle est aussi tout entière dans chaque partie; elle n'est pas excé- « dée par lui, de même qu'elle ne l'excède pas. L'homme ne peut ff pas comprendre parfaitement cette vérité, oij pourtant il s'agit « de lui-même et de quelque chose qui se passe en lui; il n'en est « pas moins vrai pourtant que tous les philosophes infidèles et <f tous les docteurs catholiques l'affirment, comme une chose incon- « testable.Il n'est donc pas étonnant qu'on ne puisse pas parfaite- « ment comprendre comment quelque chose de semblable a lieu ff dans le Très Saint Sacrement i. »

\. Ad cujus inlelligentiam debemus intendere quod corpus Christi non est sub hostianaluraliler scd sacramentalitcr ; et idco non est ibi ut locatum in loco, nec sub dimensionibus propriis sed sub dimensionibus quse prius fue-

JÉSUS-CURIST TOUT ENTIER SOUS CHAQUE ESPÈCE DANS L EUCHARISTIE. o89

Dans sa Somme théologique, S. Thomas pose cette question : Toute la quantité mesurable du corps de Jésus-Christ est-elle dans ce sacrement? et il répond affirmativement. Voici la raison qu'il en donne. Jésus-Christ est tout entier dans l'Eucharistie. Il y est pour une partie de lui-même, en vertu des paroles sacramentelles; les autres parties s'y trouvent par concomitance. La quantité mesurable de Jésus-Christ, les dimensions de son corps, ne sont pas dans le sacrement de l'Eucharistie directement, en vertu des paroles de la consécration ; la substance seule s'y trouve ainsi ; les paroles de la consécration opèrent le changement de la substance du pain en celle de Jésus-Christ, mais n'agissent pas sur les dimensions. On le voit par le pain, dont la quantité mesurable, toute la forme extérieure, reste la même, au moment de la consécration; il n'y a que la substance du pain qui a cessé d'être ce qu'elle était pour faire place à la substance de Jésus-Christ. Cependant comme la substance du corps de Jésus-Christ ne peut pas réellement se séparer de sa quantité dimensive ou mesurable, et de ses autres accidents, elle est accompagnée nécessairement de cette quantité par concomitance et des autres accidents qui lui sont indissolublement unis ^

rant, scilicet panis et vini. Et ideo cum siibstantia de se, in quantum substantia, locum non occupet, nec rcquirat, nisi in quantum est sub dimensionibus quantitatis, sequitur ex hoc quod corpus Christi sub sacramento non requirat vel occupet phis locum vel de loco, quam dimensiones panis, sub quilnis velatur et tegitur occupant et requirunt, et hoc in sequentibus plenius disseretur, In hoc etiam possumus videre ahqua similia in natura. Anima enim nostra, sicut dicit Augustinus, est tota in toto corpore, et in qualibet parte corporis, et ita magna in solo digito, sicut in toto corpore, et ita magna in corpore infantis sicut in corpore gigantis, quia propter corporis augmentum et diminutionem, seu alicujus membri Iruncationem, ipsa anima non minuitur, vel augetur, et tamen est tota in toto, et tota in qualibet ejus parte, nec exceditur nec excedit. Si homo non potest perfecte lioc intelligere de seipso et in seipso, quod tamen tam philosophi intideles quam etiam doctores cathoHci verum esse indubitantcr affirmant, non est mirum si hoc perfecte non potest infelligi in hoc dignissimo sacramento. (S. Tiiom., Opusc. LVIII,cap. m. Traduction de rabl)é Fournet.)

1. rirum Iota quanliUix dimensiva corjjorisClinsli sit iii hoc sacramento? — Respondeo dicendum quod, sicut supra dictum est (art. [1 huj. quœst.), dupliciter aliquid Christi est in lioc sacramento : uno modo ex vi sacramenti; alio modo ex reali concomitanlia. Ex vi quidem sacramenti quanlitas dimensiva corporis Christi non est in hoc sacramento ; ex vi enim sacramenti est in hoc sacramento iUud in quod directe conversio terminalur. Conversio autem quae fil in hoc sacramento, directe lerminatur ad substantiam corporis Christi, non autem ad dimensiones ejus : quod palet ex hoc quod quanlilas panis remanet.

A cette raison on peut en ajouter une autre tirée de ce principe que, lorsque plusieurs choses sont unies entre elles de manière à ne pouvoir pas être séparées, là où l'une se trouve, les autres se trouvent aussi. Or la quantité convient au corps de Jésus-Christ tel qu'il est naturellement, parce que, de sa propre nature, il est un corps organisé ; donc, partout où se trouve le corps de Jésus- Christ substantiellement organisé, là aussi sont la quantité et l'organisation accidentelle.

Avec l'organisation et la quantité qui accompagnent le corps de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, il faut encore y reconnaître les autres qualités accidentelles. De ces qualités, les unes sont spirituelles : elles appartiennent à l'àme de Jésus-Christ, et comme elles n'occupent pas d'espace, rien ne s'oppose à ce qu'elles soient, avec cette âme sainte, dans le sacrement qui contient le Seigneur. D'autres qualités relèvent du corps, et parmi elles plusieurs sont perpétuelles; elles conviennent au corps de Jésus-Christ, soit en vertu de sa nature, comme les dispositions naturelles, soit à cause de son état glorieux, comme la lumière, la beauté. Ces qualités accompagnent nécessairement Jésus-Christ dans l'Eucharistie^ parce qu'il n'existe pas de fait, et ne pourrait pas être ce qu'il est, sans elles. Elles sont liées réellement et inséparablement à la substance de son corps. D'autres qualités enfin se rattachent à l'âme et au corps, comme les actes vitaux des sens; elles doivent leur existence en Jésus-Christ à un principe naturel et intrinsèque ; du moment qu'elles sont, c'est en lui qu'elles existent, et l'on ne voit pas de raison qui permette de les refuser à Jésus- Christ dans cet adorable sacrement, car elles lui sont intrinsèquement connexes. Il faut donc dire d'une manière générale et qui ne souffre pasd'exception,quc tout accident du corps ou de l'âmede Jésus-Christ qui emporte avec soi l'idée d'absolu, de perpétuel, est avec ce divin Sauveur dans l'Eucharistie. Or dans le corps glorieux de Jésus-Christ il n'y a rien qui ne concoure à sa perfection, selon les exigences delà vie de gloire; il n'y a donc rien qu'on ne retrouve aussi dans l'Eucharistie.

facta consecratione, sola sul)stantia panis Iranseuntc. — Quia lamen suJjslantia corporis Christi realitor non dividitur a sua quantilale dimensiva, et ab aliis accidentihus, inde est quod ex vi realis concomitantue est in lioc sacramento tola quanlitas dimensiva corporis Qiristi, et oiunia accidentia ejus. (S. TuoM., III, q. Lxxvi, art. 4.)

JÉSUS-CHRIST TOUT ENTIER SOUS CHAQUE ESPECE DANS l'eUCHARISTIE. 591

On conçoit combien il serait inconvenant et inacceptable dédire, par exemple, que Jésus-Christ est privé, dans l'Eucharistie, de son éclat, de sa beauté, de la splendeur de sa gloire. Il a donc tout ce qui contribue à cette beauté ; et ce qui tout d'abord y contribue, ce sont ses dimensions corporelles, sa forme extérieure, sa figure, la proportion exacte et la belle ordonnance des parties qui ne laisse place à aucune confusion, comme il arriverait nécessairement, si la substance était privée de quantité.

La conclusion est donc que le corps adorable du Sauveur est dans l'Eucharistie, avec sa quantité et les qualités nécessaires à la per-' fection corporelle qui s'y rattachent, comme la forme extérieure, la densité, la mollesse, la dureté et d'autres encore.

On pourrait demander après cela si les diverses parties du corps de Notre-Seigneur se pénètrent réciproquement, pour permettre que Jésus-Christ soit tout entier, même sous les moindres parties de l'hostie. Il est difficile soit de le nier, soit de l'affirmer d'une manière absolue. Un exemple fera comprendre ce qui s'opère dans l'Eucharistie et en quoi consiste la pénétration. Dieu peut faire que plusieurs corps se trouvent en même temps dans un seul et même point de l'espace, en se pénétrant les uns les autres. Ainsi en fut-il du corps de Notre-Seigneur et de la pierre du toml)eau, lorsqu'il la traversa au moment de sa glorieuse résurrection.

De même que Dieu peut faire que plusieurs corps se pénètrent de manière à n'occuper qu'un seul point de l'espace, il peut faire aussi que la moitié du corps de Jésus-Christ pénètre l'autre moitié, que trois ou quatre, ou cent parties se trouvent où est une autre partie, que toutes les parties enfin n'occupent pas dans l'espace un point plus grand que les accidents de la moindre des parties d'une hostie. Cependant cette explication n'est pas exacte, quoiqu'elle suffise pour donner une idée de la possibilité qu'il y a pour Jésus- Christ de mettre son corps tout entier sous une petite hostie et moins encore. Les corps qui se pénètrent réciproquement occupent un lieu déterminé, d'une certaine dimension; ils y sont localement, si l'on peut ainsi parler. Pour Jésus-Christ dans l'Eucharistie, on ne peut pas dire qu'il y occupe un lieu, une portion de l'espace, au delà de laquelle il ne s'étende pas, et qu'il soit divisible avec cet espace. Il faut un mot particulier pour exprimer le mode de sa présence, un mot qui ne s'applique qu a lui et à cette

circonstance : il est dans la Très Sainte Eucharistie sacramentellement '.

On peut demander encore si le corps de Jésus-Glirist, avec sa quantité, est d'une manière indivisible sous les dimensions de l'hostie. Il est certain que la quantité ou l'étendue du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est divisible, si on la considère en elle-même, parce qu'elle est composée de parties distinctes, comme le corps adorable du Sauveur dans le ciel. Cependant, si on la considère au point de vue du lieu qu'elle occupe, elle est indivisible. Non pas que cette quantité ne puisse prendre de l'extension, mais elle ne peut la prendre que dans un autre mode d'existence, par exemple dans le ciel, où le corps du Sauveur occcupe réellement l'espace que réclame un corps humain. .Mais dans le mode sacra-

1. Personne, dit Franzelin, n'explique mieux que Lessius l'analogie qui existe et, en même temps, la différence entre le mode d'exister de Jésus-Christ dans l'Eucharistie et celui des esprits. Voici le texte de Lessius :

Quartum miraculum est modus existendi spiritualis ipsius corporis, cum omnibus suis corporalibus qualitatibus sub speciebus panis et vini. Corpus enim cum Iota sua mole (intellige substantiam, non extensionem actualem) suisque qualitatibus divina virtute supra conditioncm corporalem elcvatur, et accipit modum existendi spiritualem, quo veluti in punctum contrahilur, et simul continue per speciem ila dilïunditur, ut instar substantiae spiritualis sit totum sub totaspecie panis, et totum subsingulis ejus partibus, sicut anima rationalis est tota in toto corpore et tota simul in ejus paiMibus, et natura angelica est tota in totius spatii (sibi competentis) complcxu, et tota in singulis spatii partibus. Duo enim ad modum essendi spiritualem, (jucm substantiam incorporeae habent, requirunlur. Alterum est, ut res tota sit veluti collecta in punctum indivisibilc, ila ut nihil illius sit quod in illo indivisibili non reperiatur. Si enim aliquid esset extra illud indivisibilc, quod etiain intra illud non sit, haberet potius modum existendi rerum corporearum, quarum est habere partem extra partem, quam rerum spiritualium, quae tolam entitalem suam in punctum indivisibilc collectam obtinent. Alterum est, ut illud indivisibilc continue sit extensum vel diffusum, non per partes, hoc enim est rerum corporalium, sed per suas, ut ita dixerim, totalitates, alioquin non posset aliquod spatium continuum simul totum et continuo modo occupare, quod etiam est contra modum existendi rerum spiritualium. Rcquiritur itaquc, ut totum sit intra punctum indivisibilc, et totum extra absque lamen discontinuatione. — Utrumque hoc reperitur in modo existendi, quo corpus Christi existit in hoc sacramento ; nam totum est sub quovis puncto indivisibili, et totum est continue atque sine intercisione diffusum per tolam spocieruin (|uantitatem, sicut substanlicE spirituales sunt diffusas per totum spalium quod occupant. Valde stupendum et insolens est hoc miraculum, nunquam alias factum, nunquam faciendum extra hoc mysterium, ut res cxlensa per partes accipiat modum rerum spiritualium existendi inext6nse;et cum substantia et exislentia sit corporalis, modus tamen essendi sit spiritualis. (Lessius, De perfeclionibus divinis, 1. XII, cap. xvi, n. 124.)

JÉSUS-CHRIST TOUT ENTIER SOUS CHAQUE ESPÈCE DANS l'eUCHARISTIE. 593

mentel d'exister, qui est celui du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, sa dimension corporelle, la quantité de sa substance ne peut se diviser ni s'étendre dans l'espace. C'est pourquoi on dit que Jésus-Christ, avec sa quantité, est indivisiblement dans la Sainte Eucharistie, ce qui revient à dire qu'il y est sacramentellement.

LeR. P. Tesnière explique en ces termes ce qu'il faut entendre par le mode d'être sacramentel :

« On peut dire qu'il consiste pour le corps de Notre-Seigneur, à jouir, tout en restant dans son essence de vrai corps humain et matériel, du mode d'être propre aux substances spirituelles. C'est ce qu'enseignent les meilleurs théologiens, et cette explication, tout en laissant encore dans un profond mystère où s'exercent la foi et Tadoration, la manière dont cela se peut faire, cette explication, dis-je, enlève tout prétexte à traiter d'impossible l'auguste Sacrement : elle satisfait et repose l'esprit.

<r Que l'on remarque bien que nous ne disons pas que le corps de Jésus-Christ n'est pas un vrai corps, avec toute sa masse et son organisme complet : mais nous disons que Dieu produit, par sa puissance, sur cet organisme, une opération ineffable, une sorte de spiritualisation en vertu de laquelle le corps eucharistique de Jésus, tout en gardant son essence et sa quantité matérielles, jouit des prérogatives des substances purement spirituelles, et possède un mode d'exister analogue au leur '. »

Notre-Seigneur Jésus-Christ se tient-il dans quelque position particulière dans le Saint-Sacrement? A-t-il la figure tournée d'un côté et le dos de l'autre? En lui-même Jésus-Christ est dans l'Eucharistie tel qu'il est au ciel : sa position ne diffère pas. Il a la même hauteur, la même largeur, la même épaisseur, les mêmes membres avec les mêmes dimensions qu'au ciel ; mais il ne s'y tient pas dans une position proprement dite. Toutes les parties de son divin corps se pénètrent indivisiblement, de sorte qu'il se trouve tout entier même en un seul point. Il n'y a donc ni droite ni gauche, ni avant ni arrière; où est la tête le pied se trouve aussi, et ainsi de toutes les parties du corps. Jésus-Christ n'occupe donc pas de position proprement dite, quelle qu'elle soit, dans l'Eucharistie.

On pourrait multiplier ces questions, plutôt curieuses que pra-

1. R. P. A. Tesnière, Somme de la prédication euchavislique, vir confér.

LA SAINTE EUCHARISTIK. — T. I. 38

o94 LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE XVII.

tiques, et qui, en tout cas, servent peu à rédification. Nous nous en tiendrons donc à ces quelques notions et nous passons à un autre sujet.

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