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NÉCESSITÉ DU BAPTÊME POUR ÊTRE CAPABLE DE RECEVOIR LE SACREMENT

DE l'eucharistie

C'est en faveur de l'iiomme pendant sa vie mortelle que Jésus- Christ a institué la Sainte Eucharistie. Les anges, môme s'ils apparaissaient revêtus d'un corps semblable au nôtre, et s'ils prenaient des aliments, comme l'archange Raphaël lorsqu'il accompagna le jeune Tobie , ne pourraient pas communier, parce qu'ils ne mangeraient pas réellement, mais seulement en apparence, le pain que Notre-Seigneur nous a préparé. D'autre part, il est certain que tout homme coupable de péché mortel est exclu de ce banquet divin; mais il pourrait se faire qu'un homme se rencontrât qui n'eût pas reçu le Baptême, et qui pourtant fût en état de grâce. Si cet homme recevait la Sainte Eucharistie, recevrait-il réellement le sacrement et les grâces sacramentelles qui y sont attachées? Le cas n'est pas chimérique; il peut se faire qu'un enfant ait été ondoyé d'une manière insuffisante, ou que, délaissé par ses parents et abandonné à la charité publique, on l'ait cru baptisé alors qu'il ne l'était pas. Dans les missions en pays idolâtres, il

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arrive souvent que des catéchumènes se préparent au Baptême avec tant de bonne volonté, de ferveur et d'ardent désir, que la grâce opère son effet en eux et les purifie de leurs fautes, avant que le Baptême vienne mettre le sceau à leur adoption comme enfants de Dieu. Qu'arriverait-il s'ils communiaient de bonne foi en cet état?

Les théologiens enseignent communément, comme une vérité indubitable, qu'un catéchumène, ou en général quelqu'un qui n'a pas été baptisé, est incapable de recevoir le sacrement de l'Eucharistie, quelques bonnes dispositions qu'on lui suppose d'ailleurs. La raison fondamentale en est que le Baptême est le sacrement qui donne accès à tous les autres; il est la porte des sacrements, janua sacramentorum. Les sacrements sont les signes extérieurs et visibles de la grâce ; ils ne conviennent qu'à ceux qui sont membres de l'Église, non seulement par la foi et la charité, mais aussi et surtout extérieurement. Les sacrements ont été laissés à l'Église comme autant de sources vivifiantes auxquelles les pasteurs doivent abreuver leurs troupeaux; il faut que l'homme devienne d'abord une brebis du troupeau de Jésus-Christ, pour que les pasteurs puissent le mener boire à ces eaux salutaires. C'est par le Baptême qu'il devient extérieurement membre de l'Église; c'est seulement après l'avoir reçu qu'il peut participer aux grâces que l'Église procure à ses membres, au moyen des signes extérieurs qui représentent et confèrent la grâce.

Ajoutez que la Sainte Eucharistie, en vertu de son institution, est donnée aux hommes comme nourriture; or, avant de prendre des aliments, il faut être né. C'est le Baptême qui nous fait naître comme enfants de Dieu et de l'Église. Il peut se faire que l'on possède la vie intérieure de la grâce avant d'être baptisé, mais on n'est pas visiblement né en Jésus-Christ, comme il faut l'être pour prendre la nourriture visible de la grâce, signifiée et conférée par les sacrements. La naissance à la grâce purement intérieure suffirait pour un accroissement intérieur comme elle, à l'aide des bonnes œuvres; mais ce n'est pas assez pour l'accroissement produit par des moyens extérieurs tels que les sacrements.

Lorsque les théologiens disent que le Baptême est la porte des autres sacrements, ils n'entendent pas seulement qu'elle est la porte par laquelle les autres sacrements font leur entrée dans l'Église et deviennent des sacrements, mais surtout ils entendent qu'elle est la porte qui nous donne accès aux autres sacrements et nous permet

de les recevoir, parce qu'il nous introduit dans l'Église. Nous entrons dans l'Église par le Baptême, et nous devenons aptes par le Baptême à recevoir les autres sacrements de TÉglise.

Il suit de là que quiconque n'est pas baptisé ne communie pas véritablement, même s'il est en état de grâce. L'union avec Notre-Seigneur, l'augmentation de la vie de la grâce, et les autres effets du sacrement de l'Eucharistie ne s'opèrent pas sacramentellement en lui. Dieu lui accordera sans doute quelques grâces particulières, en raison de la ferveur qu'il apportera dans cet acte qu'il se croit permis de faire, mais le sacrement n'opérera rien en lui comme sacrement.

CE qu'il faut penser de l'eucharistie donnée aux petits enkants

ET A ceux qui ont TOUJOURS ÉTÉ PRIVÉS DE l'uSAGE DE LA RAI- SON.

Les petits enfants dont la raison n'est pas encore éveillée, et les pauvres insensés, qui n'en ont jamais possédé l'usage, sont dans des conditions à peu près identiques, touchant le très saint sacrement de l'Eucharistie ; ce qui est vrai pour les uns l'est aussi pour les autres. On peut demander si la sainte communion leur est nécessaire, et, supposé qu'on la leur donne, si elle produit quelques fruits en eux.

Le saint concile de Trente a tranché définitivement la question de la nécessité. Nous lisons au chapitre iv de la XXP session : « Le « saint synode enseigne que les petits enfants manquant de l'usage « de la raison ne sont obligés, par aucune nécessité, à la réception « sacramentelle de l'Eucharistie. La raison en est que, régénérés « par le bain sacré du Baptême, et incorporés à Jésus-Christ, ils « ne peuvent pas perdre, à cet âge, la grâce qu'ils ont reçue d'ê- « tre enfants de Dieu. » Et le saint concile ajoute : « II ne faudrait « pas cependant condamner l'antiquité parce qu'en certaines con- € trées l'usage exista de donner l'Eucharistie aux petits enfants. Il « est certain que ces Pères très saints ont eu quelque bonne raison « d'agir ainsi dans leur temps ; il est certain aussi, et il faut le « croire sans hésitation, qu'ils l'ont fait sans aucune nécessité de « salut '. » Un canon vient ensuite qui confirme cette doctrine et

1. Deniquc eadem sanctn Synodus docet parviilos, usu rationis carentes, nulla obligari nccessilate ad sacramenlalem Eucharisliai communionem : si-

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condamne Terreur contraire en ces termes : o Si quelqu'un dit a que la communion de l'Eucharistie est nécessaire aux petits en- « fants avant qu'ils soient parvenus à l'âge de discrétion, qu'il « soit anathème '. »

Mais s'il est certainque la Sainte Eucharistie n'est nécessaire ni aux enfants qui ne sont pas parvenus à l'âge de discrétion ni à ceux qui ne jouissent pas et n'ont jamais joui de l'usage de la raison, l'autre question : Peut-il leur être utile de recevoir l'Eucharistie? n'est pas aussi aisée à résoudre, et donne lieu à des opinions différentes.

Les uns ont dit que les petits enfants sont incapables de tirer aucun fruit de la sainte communion. Soto, Cajetan, etc., sont de cet avis. D'autres, qu'ils en sont très capables, et que la Sainte Eucharistie augmente en eux la vie de la grâce. C'est l'opinion commune des anciens théologiens; c'est aussi. celle de Vasquez, de Suarez et de la plupart des théologiens qui les ont suivis.

D'autres ont cherché un moyen terme; ils ont dit que la Sainte Eucharistie procurait autrefois une augmentation de grâce aux petits enfants, mais que maintenant cet effet ne se produirait plus, à cause de la prohibition de l'Église. La raison qu'ils en donnent est que le sacrement de l'Eucharistie doit être reçu volontairement, pour produire son effet propre et être véritablement utile. Cette volonté nécessaire est, pour les adultes, la volonté propre de chacun, et pour les petits enfants, celle de l'Église. Maintenant que la volonté de l'Église manque et même qu'elle est contraire, la condition nécessaire n'est pas remplie pour les petits enfants, et la Sainte Eucharistie ne peut plus leur servir de rien.

Entre ces trois opinions, celle qui paraît, à notre sens, la plus acceptable est la seconde. On peut même dire, sans crainte de se tromper, qu'elle est la seule vraie. Elle est fondée sur l'antique usage qui régnait dans l'Église de donner la Sainte Eucharistie aux petits enfants, usage qui certainement n"eùt pas été licite si

quidcm pcr Baplismi lavacrum regenerali, cl Christo incorporati, adeptam jam filiorum Dei gratiam in illa cElate amittere non possunt. Noque ideo tamen dainnanda est antiqviitas, si eiim morem in quihusdam locis aliquando servavit : ut eniin sanctissinii ilii Patres sui facti probabiieni causam pro illius temporis ralione habiierunt ; ita certe eos nulla salutis necessitafe, id fecisse, sine controversia crcdondum est.

l. Si quis dixerit parvulis, antequam ad annos discretionis pervenirent necessariam esse lùicharistiie communionem : analhema sit. [Cortcil. Trident., sess. XXI, cap. iv et can. 4.)

le sacrement n'avait dû leur être d'aucune utilité. C'est ainsi qu'il n'est pas permis de la donner à un catéchumène, si môme on est certain qu'il est en état de grâce, parce que le sacrement ne peut lui servir de rien ; de même encore on ne peut la donner ni à un mort ni à un animal, parce que le sacrement serait dans l'impossibilité de produire son effet. Les anciens Pères étaient donc persuadés que les petits enfants tiraient quelque fruit de la réception du Très Saint Sacrement.

Que cette coutume ait existé dans l'Église pendant les premiers siècles, les preuves en abondent. Le chapitre du saint concile de Trente que nous avons cité plus haut ne permet pas d'en douter. Elle persista même longtemps et on la retrouve au temps de Gharlemagne. Alcuin parlant du Baptême des petits enfants à l'office du samedi saint s'exprime ainsi : « Ensuite l'enfant est recou- « vert de ses vêtements. Si l'évêque est présent, il doit le con- « firmer aussitôt avec le saint chrême, et ensuite le commu- « nier; s'il n'est pas présent, un prêtre lui donnera la commu- <r nion en disant : Que le corps de Notre-Seigneur .lésus-Christ te « garde pour la vie éternelle. » Un peu plus loin il ajoute : « Il a faut prendre bien garde que les petits enfants ne prennent pas « de nourriture et ne soient pas allaités avant de communier. Pen- « dant toute l'octave, qu'ils viennent chaque jour à la messe, et « qu'ils communient : leurs parents feront les oblations pour « eux '. » Alcuin rédigeait ces instructions sur l'office du samedi saint vers l'an 770; mais on retrouve plus tard encore des traces de celte pratique en France. C'est ainsi qu'on lit dans le Traité des sacrements de Hugues de S. Victor : « Le sacrement doit être < donné aux enfants nouveau-nés, sous l'espèce du vin. Le prêtre « trempe le doigt dans le précieux sang et le leur donne à sucer, « car par ce moyen ils peuvent le prendre ". » Dans l'ordre pour

1. Postca vestitur infans vestimentis suis; si vero episcopus adest, statim conHrinari eum oportet Chrismate, et postea coininunicare ; et si episcopus deest coniniunicetur a preshytero dicente ita : Corpita Domini noslri Jesu Christi cnslotlinf le in vitam seiernam. — Et post alia addit : Sed et hoc praevidendum est, ut nullum cibum accipiant, neque laclentur, antequam communicent. Omni auteui die usque in octavas ad missarn veniant et communicent ; parentes vero oblationes pro ipsis facient. (Albin. Flac. Alcuinus, lib. de Div. offic, cap. de S'ibhato sancli Pasc/ix.)

2. Pueris recens natis idem sacramenlum in specie sanguinis est ministrandum digilo sacerdotis, quia taies naluraliter sugere possunt. (HuGO A S. ViCT., lib. 1 de Sacrum., cap. x.)

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le Baptême des Éthiopiens, cette môme pratique est expressément ordonnée. On y lit, en effet : « Après le baptême et l'onction du « saint chrême, les enfants prennent le sacrement saint et vivi- « fiant, c'est-à-dire le corps sacré et le sang vénérable du Seigneur « notre Dieu et notre Rédempteur Jésus-Christ. » Et à la marge est ajoutée cette note : « Il faut l'entendre ainsi s'ils sont adultes ;au- « trement le prêtre trempe seulement le pouce dans le sang de « Jésus-Christ et en humecte leur langue ^ » Cette prescription est conforme à une coutume qui existe encore de nos jours chez les Grecs, dit De Lugo, même chez les Grecs catholiques; on donne aux petits enfants, au moins en cas de maladie, la sainte communion sous l'espèce du vin; d'où l'on peut conclure que cet usage fut à peu près général. Il existe encore dans l'Église d'Orient; il a existé dans l'Église latine, en Afrique, en Espagne, dans les Gaules, à Rome même ; on le retrouve chez les Éthiopiens et les Ruthènes; on peut donc dire qu'il a régné un peu partout, quoiqu'il ait disparu aujourd'hui de l'Église d'Occident.

Pourquoi, en effet, les petits enfants, qui peuvent recevoir la vie spirituelle de la grâce par le Baptême, ne pourraient-ils pas recevoir l'augmentation de cette vie par la Sainte Eucharistie? Ils reçoivent bien la Confirmation, qui leur donne des forces dont ils n'ont pas actuellement besoin.

Plusieurs ont dit que l'ancienne coutume de donner la sainte communion aux petits enfants devait son origine à la croj'ance erronée que le sacrement de l'Eucharistie était nécessaire à leur salut. Mais le saint concile de Trente ne parle pas de cette erreur; il dit au contraire que les Pères des premiers siècles eurent de bonnes raisons pour établir cet usage dans leur temps, mais qu'ils n'y furent obligés par aucune nécessité ~. Les paroles du concile contiennent deux affirmations : la première, que cette coutume ne fut pas introduite ni maintenue sans une raison sérieuse, tirée des circonstances du temps ; la seconde, que cette raison n'était

1. Poslea sunninl sacrainentum sanctum et vivificans, corpus scilicet snnctum et sanguinoin vonorandiim Domini Dei et Hedemptoris nostri Jesu Chrisli.... \'idelicet si adulli sinl ; alioquin enim pollicein tantuin imiiiitlit in Chrisli sanguinem et eoruin lingua; immillit. {Ordo Bitplismi .Ethiojnnti, apud Bibliolh. Pair., tom. IV.)

2. Ut enim sancfissimi illi Patres siiï facti prol)abilein causam pro illius temporis ratione habuerunl, ita certe eos nuUa necessitate id fecisse siiie ulla conlrovcrsia credcnduni est.

pas que le sacrement fût nécessaire aux enfants '. Non seulement cet usage ne fut pas le résultat d'une erreur ; il ne fut même pas un abus, puisque, suivant le saint concile, ceux qui l'introduisirent ne le firent pas sans d'excellentes raisons. Sans doute, la grande dévotion et le respect profond des fidèles pour l'adorable sacrement de l'Eucharistie faisaient disparaître, au moins en partie, les inconvénients qui furent cause que plus tard on cessa et qu'il fut même défendu de donner la sainte communion aux petits enfants, comme il fut interdit aux laïques de communier sous les deux espèces. L'interdiction de la communion sous les deux espèces rendait même impossible la communion des petits enfants. On la supprima donc, d'abord, à cause des inconvénients et des profanations matérielles auxquelles elle donnait lieu, et en second lieu, parce qu'elle était devenue extrêmement difficile, sinon impossible, du jour oij la communion n'était plus permise que sous l'espèce du pain. Une troisième raison est que l'on coupait court ainsi aux progrès de l'erreur d'après laquelle la réception du sacrement de l'Eucharistie aurait été nécessaire au salut des petits enfants.

Ceux qui condamnent cette ancienne pratique de l'Église disent que les petits enfants ne sont pas capables de recevoir la Sainte Eucharistie, parce qu'il est nécessaire, pour communier, de s'éprouver d'abord : Que l'homme s'éprouve lui-même, dit S. Paul, et qu ainsi il mange de ce pain et boive de ce vin : Probet autem seipsum homo, et sic de pane illo edat et de calice bibat 2. Gomment l'enfant qui n'a pas atteint l'âge de raison pourrait-il remplir cette condition? — Il est bien vrai que l'enfant en est incapable, mais il n'est pas moins évident que ce devoir ne le regarde pas. Il n'a aucun besoin de cette épreuve, parce qu'elle n'a de raison d'être que pour ceux qui ont pu se rendre indignes de la sainte communion par le péché. Ils doivent examiner avec soin s'ils ne sont pas coupables, pour ne pas s'exposer à manger et boire leur propre condamnation. Mais ce péril n'existe pas pour les petits enfants ; il suffit à l'Église de savoir qu'ils sont baptisés.

1. Soto a soulonu que la pratique de donner la communion aux petits enfants était le résultat d'une erreur. Mais ce grand théologien est excusable d'avoir parlé ainsi, parce qu'il mourut en lîiGO, et que le saint concile de Trente ne déclara le contraire qu'en juillet 4ii62.

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