‹ La Sainte EucharistieChapitre 12 sur 169 · DE DIEU · texte numérisé non relu

DE DIEU

Toutes les œuvres de Dieu révèlent quelques traits de la puissance et de la sagesse infinie du Créateur. Cependant il existe une

différence profonde entre les œuvres qu'il accomplit directement par lui-même et celles pour lesquelles il emploie l'intermédiaire des causes secondes. Rien ne manque aux premières; elles sont parfaites. C'est ainsi qu'après la création du monde, le Seigneur, considérant ses œuvres dans leur ensemble, put leur rendre ce témoignag-e qu'elles étaient très bonnes : Et crant vrdde bona ^ Mais les œuvi'cs que Dieu fait par l'intermédiaire des causes secondes sont le plus souvent entachées de mille défauts. Dieu permet qu'elles se ressentent de l'infirmité de leurs causes prochaines tirées elles-mêmes du néant et, par conséquent, faibles et imparfaites par quelques endroits, tandis que les premières, sorties directement de la main de Dieu, sont conformes en tout aux plans tracés par son infinie sagesse. C'est ainsi qu'un excellent peintre crée dans sa pensée l'idéal d'un merveilleux tableau; mais si, pour le réaliser, il n'a qu'une toile grossière, des couleurs défectueuses et de mauvais pinceaux, son œuvre ne rappellera que de loin l'idéal qu'il s'était formé. Ah ! s'il pouvait, comme Dieu, réaliser sa pensée sans recourir à des causes secondaires, quelle ne serait pas la perfection de son tableau?

Quoi qu'il en soit, toutes les œuvres de Dieu sont grandes et admirables; mais au premier rang de ces prodiges opérés par la puissance et la sagesse divines, il faut placer la Sainte Eucharistie. On i)eut dire que, par l'institution de cet adorable sacrement, il s'est surpassé lui-même : Le Seigneur miséricordieux et compatissant a consacré la mémoire de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui le craignent, dit le prophète David 2.

Dans ce mystère. Dieu a été, pour ainsi dire, jusqu'aux dernières limites de sa puissance, de sa sagesse et de son amour. Il est permis d'affirmer que, malgré sa toute-puissance, il ne pouvait nous donner davantage; que sa sagesse sans bornes ne pouvait rien inventer de plus généreux en notre faveur; que tout infini que soit son amour, il ne pouvait aller plus loin qu'en se donnant luimême à nous comme notre nourriture ^.

\. Gcn., I, :51.

2. Memoriam fecil mirabilium suornm miscricors et iniserator Dominus, <>scam (ledit limentibus se. [Pu. ex, i.)

3. Entre tous les mystères de la religion chrétienne, le plus étonnant, le plus sublime, le plus digne de Dieu est l'adorable sacrement de l'Eucharistie. Nul autre ne manifeste mieux la bonté, l'amour, la toute-puissance, la providence, la bénignité de Dieu. Car c'est le comble de la bonté que le Dieu de

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La Sainte Eucharistie est le dernier effort de la puissance de Dieu. — Toutes les œuvres que Dieu accomplit sont parfaites; cependant il élève rarement du premier coup ce qu'il fait à la perfection relative qui doit être, d'après le plan divin, le partage de chacune de ses œuvres. C'est ainsi que le monde fut créé graduellement, et avant de former de ses propres niains les corps de nos premiers parents, le Seigneur attendit que la terre put servir de

majesté ait voulu se communiquer ainsi à ses créatures ; c"esl le comble de l'amour qu'il ait voulu demeurer pour toujours avec nous sous les espèces sacramentelles ; c'est le comble de la puissance, qu'il change, par une seule parole de ses ministres, le pain et le vin en son corps et en son sang ; c'est le comble de la providence qu'il ait voulu pourvoir chaque jour à notre faiblesse par cette nourriture céleste; enfin, c'est le comble de la bénignité qu'il ait daigné, par un si doux aliment, soutenir la vie de notre âme, nous détache;des séductions de la terre et nous porter à l'amour de Dieu et des biens du ciel. (Louis DE Grenade, serm. IV, pour le Jeudi saint, traduction Bareille.)

Dicendum est, posse ratione naturali ostendi hoc inysterium fuisse valde conveniens et divinas bonitati, ac hominum utilitati maxime consentaneum. Ad banc veritatem probandam afferri possunt rationes omnes, quibus hoc ipsum de mysterio Incarnationis ostendi solet ; est enim hoc sacramentum, quasi complementum quoddam illius niysterii, ut Chrysostomus dixit. Breviter tamen declaratur primo, quia ad divinam bonitatem pertinet, ut omnibus modis sese communicet : ergo sicut fuit per se conveniens, ut totam divinitatem suam human;e naturae communicaret, ita fuit conveniens humanitatem illam, et totum illud benefîcium, ac mysterium alio admirabili modo reliquis hominibus communicari, ut sicut humana Christi natura ineffabili modo in Verbo existit, et Verbum in ipsa, ita, qui suscepit hoc sacramentum, singulari etiam modo in Christo maneat et Christus in illo, sicut ipse dixit. Joann., vi.

Secundo fuit opus divina snpionfia dignum in uno sacramento, veluti summam et compendium facere omnium suorum mirabilium, omniumquedonorum suorum, ac beneficiorum,pragsertim illorum quae per Verbi Incarnationem nobis contulit ; nam in primis, sicut in mysterio Incarnationis, humana natura, proprio supposito caruit, ita hic accidentia privantur subjecto suo, et sicut ibi Verbum sub humanitate latuit factus homo, ut nos redimeret, ita Verbum incarnatum sub accidentibus panis continetur, factum cibus et panis cœlestis animarum, ut eas reficiat. Unde, sicut per Incarnationem factum est ut Vei*bum in humanitate assumpta sit in tempore gentium, et injuriis temporis, ac hominum expositum, ipso \'erbo in se impassibili, et immutabili permanente, ita Verbum incarnatum quatenus sub hoc sacramento continetur, quolidie conficitur et in loco humili intcrdum jacet, et a pravis hominibus, injuriis afficitur, ipso nihilominus Verbo ejusque humanitate gloriosa, impassibili, et immutabili manenle. Denicpie sicut per Incarnationis mysterium, Christus in utero B. Virginis s])iritualis cibus animarum elfectus est, et per omnes actiones et passiones suas vitam eis comparavit, ita per hoc sacramentum nobis reipsa donatur in cibum ut vere ac proprie illum intra nos sumentes, sua? redemptionis fructum, hoc est, immortaleni vitam animœ et corporis, ah ipso participare possimus ; nam qui vwnducal hune panem, vivet in xternum.

Terlia ratio sumcnda est ex altribulo omnipotentiœ divinse, nam si omnia

demeure à celui qu'il lui destinait pour roi. La création de riiomme fut le couronnement de l'œuvre des six jours. Il en fut de même lorsque le Fils de Dieu vint habiter parmi nous. Toute la vie de Jésus-Christ sur la terre fut une suite de merveilles; aucune intelligence créée ne saurait suffire, ni pour en faire le compte, ni pour en apprécier la valeur. Mais ces œuvres, malgré leur nombre et leur grandeur, n'étaient que des préludes, une

iniracula, qiui> in hoc sacramcnlo interveniunt consideremus, illud fuisse convcnienlissimum rcpericmus, ut essct veluli consummatio, et pcrfectio omnium divinorum oporum, et ideo Joannes Evangelista, initio narralionis DoininiccE cœuéç, prcCinitlit illa vcrha : Sciens quia omnia dédit ei Pater in miinits, in illa enim rcruiii iminulalione, quam Chrislus in hoc mysterio fecit, hanc suam omnipotentiam, et dominium in omnein creaturam satis ostendit, nain et subslanlias transmutât, et accidentihus alium existendi modum tril)uit, et corporis molom, ad similitudinem spiritualis suhstantiag prsesentem efticit, ideinque corpus in variis locis constituil, etalia similia operatur, quibus se universfe nalurae dominuin déclarât. Quœ quidcm omnia mira Dei opéra, neque infecta relinqui decuit, neque opportunius quam in hoc mysterio (quod, ut dicebam, summa est divinorum mirabilium) fieri potuerunt. Addit Innocent., lib. IV de hoc mysterio, c. xliv, sicuti divina nalura tribus modis in creaturis existit, scilicet, per naluram, per gratiam, et unionemhypostaticam, ita decuisse, ut humana Christi natura Iriplicem modum existendi participaverit, scilicet personaliter in Verbo, visibiliter in cœlo, sacramenlaliter in altari : vel aliter, naluralitcr in corpore mortali et passibili, per gratiam et gloriam in cœlo, et sacramcntaliter in hoc mysterio. Illud denique mirum in modum, lioc divinae potenti<e opus exaggerat, quod non semel aut iterum, sed quotidie haec omnia operatur, quodque liominibus dedcrit poteslatem, verbo suo hase omnia efhciendi.

Quarta ratio facile sumi potcst ex aliis divinis atlributis, liberalitatis, misericordicC et quodammodo etiam justilicC ; non quia taliscibus nobis ex justitia, uUo modo deberet, sed quia nos debemus Deo ut fidcm et obedientiam in credulitate etdignousu hujus cibi ostendamus. Vel certe ut dixit Innocent, supra, maxime decuit ut sicut per cibum homo viclus fuerat, ac mortalis effectus, ita per cibum ad vitam immortalem restitueretur, nuUus autem cibus aptior, ac potentior ad hune elïectum tribuendum esse poterat, quam ille qui de cœlo descendit, et dat vitam mundo. Quapropter sicut de cibo illo dictum est : In qunnimqne die comederis ex eo, morte morieris, ita e contrario de hoc est scriplum : Si quis mandumverit ex hoc pane vivet in œlernum. Unde etiam apparet infinita Dei erga homines liberalitas, etc.

Ouiiitam rationeni addere possumus, quia mysterium hoc ad omnium virtutum incremcntum et perfoclionem obtinendam, variis modis ac rationibus fuit convcnienlissimum : primo, propter excellentem gratiam, qu* in illoconfertur, quam propter Christi prœsentiam abundanLiorem et copiosiorem esse decuisse dubilari non potest. Ueinde propter illam rationem generalem quam Chry.soslomus cilatis locis attigit, cujus sunt illa verba : Ta/iquam leones igiliir ignem spiranles, a mnnsa illa recedamus, facti diabolo terribiles, etc.

Sextam igilur sumamus ralionem ex virtute lidei.... Septimam ex virtute spei.... Octavam ex virtute charilalis.... Nonam ex charilate inler proximos.... Decimam ex virtute religionis, etc. (Suarez, ibidem, disput. xlvi, sect. 7.)

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préparation à l'œuvre par excellence réservée pour la fin. Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin, dit rapôtre S. Jean; et il les aima jusqu'au degré le plus extrême que puisse atteindre l'amour : Cum dilexisset suos qui erant in niundo, usque in finem dilexit eos '.

Souvent notre divin Sauveur, parlant de l'Église militante, lui donne le nom de royaume des cieux : Regnuni cœlorum prœsens Ecclesia nominatur, dit S. Grégoire. L'institution de la Sainte Eucharistie donna à l'Église un nouveau titre à ce nom. Ce fut surtout à partir de ce moment qu'elle le mérita, car alors fut accompli cet oracle : Voici que je crée des deux nouveaux et une terre nouvelle '-. S. Ghrysostome ne craint pas de dire que l'Église devient le ciel, toutes les fois qu'un prêtre consacre l'adorable Eucharistie. De toutes les œuvres que Dieu a faites dans l'ordre purement naturel, le ciel est la plus belle, la plus parfaite, et la Sainte Eucharistie est la consommation des œuvres surnaturelles. Dans le ciel, la gloire de la vertu divine brille de tout son éclat : Les cieux racontent la gloire de Dieu, dit le Psalmiste 3, et dans l'Eucharistie, Dieu montre qu'aucune merveille n'est audessus de sa puissance. L'intluence bienfaisante des cieux s'étend surtout le reste de la création; la terre leur doit sa fécondité, les fleurs, les fruits, les plantes dont elle est revêtue, les métaux précieux qu'elle renferme dans son sein; l'Eucharistie est la source toujours abondante qui répand partout les eaux de la grâce divine dans le champ de l'Église, quelque vaste qu'il soit. Sa vertu ne s'arrête même pas à la surface tle la terre, elle pénètre jusque dans ces lieux d'expiation où l'Église souffrante achève de se purifier et elle adoucit la rigueur des flammes du purgatoire. Le ciel est orné d'innombrables étoiles de première, de seconde, de troisième grandeur. L'Eucharistie est entourée de miracles plus divers et plus nombreux que les étoiles du ciel. Les uns sont en dehors des lois de la nature; d'autres au-dessus de ces lois; d'autres enfin y sont contraires. Ainsi, on peut dire que la conversion du pain au corps de Jésus-Christ n'est pas en opposition avec les lois naturelles, puisque l'expérience nous offre chaque jour mille exemples du changement d'une substance en une autre subs-

\. Joann., xiil, 1.

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