‹ La Sainte EucharistieChapitre 13 sur 169 · Ps. xviii · texte numérisé non relu

Ps. xviii

tance; mais que cette conversion se fasse de telle sorte que rien de la matière inhérente à la première substance ne passe dans la seconde, voilà qui ne rentre plus dans' l'ordre des phénomènes naturels, voilà qui est uniquement propre à la Très Sainte Eucharistie et qui élève à un ordre supérieur à tous les autres le changement qui s'y opère.

De même il peut se faire que quelque chose existe simultanément en plusieurs endroits qui se tiennent, qu'une chose soit tout entière dans un tout, et tout entière dans chaque partie de ce tout : la nature n'y répugne pas. C'est ainsi que l'àme est tout entière dans la tête et tout entière dans les pieds; c'est ainsi que la voix d'un prédicateur est tout entière dans les oreilles de chacun de ses auditeurs. Mais il est au-dessus des forces de la nature qu'un même corps se trouve en même temps en plusieurs lieux séparés et parfaitement indépendants les uns des autres.

Il est contraire enfin aux lois de la nature que les accidents continuent d'exister lorsque leur sujet n'existe plus, et qu'un corps soit privé de toute extension locale. Cependant ces lois subissent dans l'Eucharistie une exception à laquelle on ne croirait que difficilement si l'on ne savait pas que la loi suprême de tout ce qui existe est l'obéissance à la volonté de Dieu. « La volonté d'un si « grand Créateur, dit S. Augustin, est ce qui constitue la nature « de chaque chose; son naturel est ce que l'a faite celui qui est « toute la mesure, tout le nombre et tout l'ordre de la nature K »

Mais recourons à un argument qui frappera davantage. Si, par impossible, il existait deux Dieux et que l'un voulût offrir à l'autre un festin digne en tout de la grandeur de la divinité, pensez-vous qu'il pût lui préparer des mets plus savoureux, lui dresser une table plus riche que les mets et la table que Jésus- Christ nous a destinés; ce ne sont pas, en effet, les viandes les plus rares et les plus délicates, les vins les plus exquis et les plus recherchés, mais sa propre chair unie à sa divinité qu'il nous donne à manger, son propre sang, d'un prix infini, qu'il nous donne à boire. Lui-même nous en assure lorsqu'il dit : Mon corps est véritablement un aliment et mon sang est véritablement un breuvage -.

i. Tfinti utique Conditoris voluntas, rei cujusque natura est. Id cuilibet rei naturale est, quod illo feccrit a quo est omnis modus, numerus, ordoque natiirse. (S. Al'OLST., lib. XXI, de Civil., cap. viii.)

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