‹ La Sainte EucharistieChapitre 121 sur 169 · PRÉCEPTE DIVIX OBLIGEANT A L.\ COMMUNION · texte numérisé non relu

PRÉCEPTE DIVIX OBLIGEANT A L.\ COMMUNION

Nous nous ti'ouvons ici en présence de deux opinions : l'une, qu'il n'y a pas d'obligation de droit divin de communier; l'autre, que cette obligation de droit divin existe. La seconde est généralement adoptée et on peut la regarder comme certaine; l'autre a eu néanmoins ses partisans, parmi lesquels il faut citer Alexandre de Halès, S. Bonaventure, et même S. Thomas K

Les théologiens et les docteurs qui n'admettent pas que l'obligation de communier soit de droit divin, s'appuient principalement sur ce motif que l'on ne peut pas déduire rigoureusement cette obligation de l'institution même du sacrement, et qu'on ne trouve pas d'autre base pour l'établir. En effet, le sacrement de l'Eucharistie a pour fin d'augmenter la grâce, ce qui n'est pas indispensable au salut; il doit donc se trouver dans le même cas que les autres sacrements qui produisent un effet analogue, et que nul précepte divin n'oblige à recevoir, parce qu'on peut être sauvé sans eux. En second lieu, aucun texte de l'Écriture ne permet de conclure à cette obligation. On ne voit donc pas sur quoi faire reposer le précepte divin de la communion.

1 . IV, dist. VI, quaest. unica, art. 2, qusestiiincula 2, et dist. xii, quaest. 3, art. 2.

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Quoi qu'il en soit de ce raisonnement, il n'a pas paru convaincant à la plupart des docteurs et des théologiens, et S. Thomas, qui, dans ses commentaires sur le IV^ livre des Sentences, avait admis cette première opinion, se rattacha à la seconde dans sa Somme théohgique qui contient l'expression définitive de sa doctrine *. Aussi Gajetan, Soto, Vasquez, Suarez, De Lugo, Gonet, Billuart et la plupart des auteurs Font-ils adoptée après lui. On trouverait difficilement un théologien sérieux, parmi les modernes, qui soit d'un avis différent.

S, Augustin, dans une de ses Épîtres, démontre à Januarius combien la loi de Jésus-Christ est douce et d'une observation facile; et il s'appuie sur le petit nombre d'obligations que le Seigneur a imposées, comparé à la multitude des prescriptions de la loi mosaïque. Parmi ces préceptes peu nombreux et faciles donnés par .Jésus-Christ, il cite ceux de recevoir le Baptême et la Sainte Eucharistie, et il a soin ensuite de distinguer cette communion obligatoire des communions faites par dévotion, soit chaque jour,

1. Utriim liceat omnino a communione ccssare? Ad undecimum sic proceditur : i*- Videtur quod liceat cessare omnino a communione. Laudatur enim centurio de hoc quod dicit [Matth., viii, 8} : Domine, non sum dignus ut intres suhilectum meum ; cui comparalur ille qui reputat a communione sibi esse abstinendum, ut dictum est (art. prœced. ad 3). Cum ergo nunquam legatur Christum in ejus domum venisse, videtur quod liceat alicui toto tempore vitae sufe, a communione abstincre.

Sed contra est quod Dominus dicit [Joann., vi, oi) : Nisi manducavevitis Cfirnem Filii hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis.

Respondeo dicendum quod, sicut supra dictum est (art. 1 hujus quaest.), duplex csl modus percipiendi lioc sacramcntuui, scilicet spiritualis et sacramentalis. Maiiii'eslum est auteni quod omnes lenentur saltcm spiritualiter manducare, quia hoc est Cliristo incorporari, ut supra dictum est (q. lnxiii, art. 3 ad 1). SpirituaUs autem manducatio includit votum seu desiderium percipiendi lioc sacramontum, ut supra dictum est {ibid.). Et ideo sine voto percipiendi hoc sacramentum, non potest homini esse salus. — Frustra autem esset votum, nisi impleretur quando opportunitas adesset. Et ideo manifestum est quod homo teneturlioc sacramentum sumere, non sohim ex slatuto Ecclesise, sed ex mandato Domini dicentis [Luc, \xii, lU) : Hoc /'ncite in meam commemorationem. Ex statuto autem Ecclesiae sunt determinata tempora exequendi Christi prasceptum.

Ad primum ergo dicendum quod, sicut Crregorius dicit in Pastorali (parte I, cap. VI) : « Illa vera est humilitas, cum ad rcspuendum quod utililer pnecipi- « lur, pertinax non est. » Et ideo non potest esse laudal)ilis Iminihtas, si contra pra^ceplum Christi et Ecclesi;e aliquis omnino a communione abstineat. Neque enim Centurioni pneceptum fuit ut Christum in sua domo reciperet. (S. TiiOM., m, (1. Lxxx, art. 11.)

soit le dimanche ou les jours de fête, selon les usages introduits dans les églises particulières. Pour lui, le précepte de communier vient de Dieu ; mais quand et combien de fois faut-il l'accomplir? Les usages varient, et chacun doit consulter la coutume de son église et ses besoins personnels i.

On apporte ordinairement deux textes de la Sainte Écriture pour prouver que l'obligation de communier est de droit divin.

Le premier est celui sur lequel s'appuie S. Thomas en traitant cette question. Il est tiré de l'Évangile de S.Jean, chapitre vi, où Notre-Seigneur adresse ces paroles aux Apôtres et à la foule qui l'entoure : En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de V Homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ~. On peut entendre ces paroles de la manducation spirituelle, et les commentateurs le font quelquefois, mais cette explication n'empêche pas qu'on ne puisse et qu'on ne doive les interpréter principalement dans le sens de la manducation sacramentelle 3 ; car tel est le sens obvie, ce fut

1. Primo ilaque tenere le volo quodesl hujus disputalioniscaput, Domiaum nostrum Jesum Christum, sicut ipse in Evangelio loquitur, levi jugo suo nos subdidisse, et sarcinse levi. Unde sacramenlis numéro paucissimis, observatione facillimis, significalione praeslantissimis, societatem novi populi colligavit, sicuti est Baptismus Trinitatisnomine consecratus, communicatio corporis et sanguinis ipsius, et si quid aliiid in scripturis canonicis commendalur, exceptis iis qiige servitutem populi veteris pro congrucntia cordis illorum, et prophclici temporis oncrabanl, quae el in quinque libris Moysi Icguntur : lUa autom quœ non sunt scripla, sed tradita cusiodimus, qua; quidcm toto lerrarum orbe observantur, danlur inlelligi vel ab ipsis aposlolis, vcl plenariis conciliis, quorum est in Ecclesia saluberrima auctoritas, commendata alque slatula relineri ; siculi quod Domini passio ot resurrcctio, cl asconsio in cœlum et adventus de cœlo S])iritus sancli, anniversaria solemnilalc celcbrantur, et si quid aliud taie occurreril quod observatur ab universa, quacumque se diffundil Ecclesia. Alla vero quœ per loca terrarum regionesque varianlui-, sicuti est (juod aliqui jejunant sabbalo, alii vero non ; alii quotidie communicant corpori et sanguini Dominico, alii (-erlis diebus accipiunl ; alibi nullus dies intermillitur quod non offerlur ; alibi sabbalo tanlum et Dominico; alibi tanlum Dominico; et si quid aliud hujusmodi animadverli potest, totum hoc genus liberam liabet observalionem ; nec disciplina ulla est in bis melior gravi, prudcntique Cbristiano, quam ul eo modo agat quo agerc viderit Ecclesiam, ad quamcumque forte devenerit. (S. August., E])ist. CVIII ad Januarhim.)

2. Amen, amen, dico vobis : Nisi manducavcrilis carnein Filii hominis, et biberilis ejus sanguinem, non haljebilis vilain in vobis. {Joann., vi, îii.)

3. Nisi manducavcrilis;, etc., hoc est, si non manducavcrilis carnem, nec l)ibcritis sanguinem, non hah(l)ilis vilam, supple œlcrnam, ut ipse Chrislus inox exponil, el Auguslinus observai, ne scilicet ])ularenl de vita lemporali

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ainsi que les Juifs et les disciples les entendirent, et Jésus-Christ, loin de les détourner d'accepter ce sens, les confirma plutôt dans leur pensée par son silence, quoique plusieurs de ses disciples se séparassent de lui parce qu'ils prenaient ces paroles à la lettre. D'ailleurs le saint concile de Trente entend, dans le sens de la manducation sacramentelle, les paroles qui suivent immédiatement le texte que nous avons cité et qui n'en sont que le complément et la conséquence : Celui qui me mange vivra à cause de moi : Qui manducat me, et ipse vivet propter me. On ne voit donc pas comment on pourrait refuser de donner le même sens aux premières. Mgr Rosset remarque que la proposition émise par Notre-Seigneur est conditionnelle et qu'elle porte avec elle une très grave sanction, qui n'est autre que la privation de la vie éternelle, et par conséquent la damnation, ce qui ne serait pas vrai si la réception sacramentelle du corps et du sang de Jésus-Christ n'était pas nécessaire au salut, au moins dans certaines conditions. Les théologiens s'appuient, pour prouver la nécessité du Baptême, sur un texte analogue : En vérité, je vous le dis, si quelqu'un ne venait pas de Veau et du Saint-Esprit, il ne pourra entrer dans le royaume de Dieu : Amen dico tibi, nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sanclo, non potest introire in regnum Dei. {Joann., m, 5.) Or, ce texte est pris du même Évangile que le précédent. Un autre texte semblable sert à prouver la nécessité absolue de la pénitence : -S'?- vous ne faites pénitence, vous périrez tous : Nisi pœnitentiam habueritis, omyies similiter peribitis. {Luc, XIII, 3.) Pourquoi ne pourrait-on pas conclure de même qu'un précepte divin impose aux hommes la loi de communier sous peine de ne pas entrer dans le royaume de Dieu? Le second texte apporté en preuve se trouve identiquement dans S. Luc, chapitre xxii, et dans la première Épître de S. Paul aux Corin-

esse sermonem. In vohis, id est, non perseverabitis in vita, ut sit vobis vita aeterna. Vitam cnim jain habere supponuntur illi, qui isto cil)o et potu uti debent ; nam morluis non servit cibus aul potus, ut reviviscant ; scd viventium vita, ut perseveret, illis nulriri débet, ut Basil., lib. II de liaiitismo, et calholici doctores passim notant. Datur ergo bic prœceptum, sub pœna niortis aeternag, utcndi hoc sacramento, reipsa val certc dcsiderio, si nécessitas rem excludat. Non tamen utendi bac vel illa specie, ut satis diximus. Ut autem non soluin pœna terreat fastidientes, scd etiam ulilitatis niagnitudine alliceret, adjungit : Qui nuindurjil meain conicm, et hiliii meum sani/itineni, luihcl vitam xleniam : et ego resiiscitabo eiim m Jiovissimo die. (CoRNEL. Jansen., Comment. in l'Jvanyel. Joann., vi, \ii.)

tliicns; ce sont ces paroles de Notre-Seigneur après rinstitulion de la Sainte Eucharistie : Hoc facile in meam commemorationem : Faites ceci en mémoire de moi. Jésus-Christ recommande et ordonne à ses Apôtres et à ses disciples des siècles futurs de faire ce qui venait d'être fait dans la Cène; or non seulement le pain et le vin avaient été consacrés en son corps et son sang adorables, mais les Apôtres qui n'avaient pas consacré avaient cependant reçu la Sainte Eucharistie. Il y avait donc dans ses paroles, avec l'ordre d'ofl'rir dans l'Église le sacrifice eucharistique, celui d'y participer, et cet ordre ne s'arrêtait pas aux prêtres consécrateùrs, mais s'étendait aux simples fidèles K

On a dit, il est vrai, que les paroles de Notre-Seigneur : Faites ceci en mémoire de 7noi, n'imposaient pas le devoir de reproduire l'acte qui venait d'être accompli, mais celui de le reproduire en mémoire de lui toutes les fois qu'on le reproduirait : Hâsc facite in meam commemorationem ; ou comme il est dit dans le canon de la messe : Ihec quotiescumque fecerilis in mei memoriam facietis. Mais le concile de Trente ne permet pas de s'arrêter à cette explication. « Notre Sauveur, dit-il, sur le point de quitter ce « monde et de retourner à son Père, a institué ce sacrement, dans « lequel il a versé en quelque sorte tous les trésors de son divin « amour pour les hommes, faisant de lui un mémorial de ses mer- « veilles, et il nous a ordonné d'honorer sa mémoire en le recevant, a et d'annoncer sa mort jusqu'à ce qu'il vienne -. »

Il est évident que, d'après le saint concile, il y a deux obligations connexes ; la première, de recevoir le sacrement, et la seconde qui dépend de la première et ne se conçoit pas sans elle, de le recevoir

\ . llor l'ncile : quod scilicet in hac actione a me fieri videtis el vos ipsi facitis. Naiii aiiliqui Patres referunt ilhid hoc non ad solam actionem Christi, sed eliam iionnunqiiam ad actionem Discipulorum, ut ex Cyrillo palet, lih. XII in JtKinn., cap. Lviii. Hoc i{,ntur facite, id est, actis Deo graliis, frangite, corpus meum consecrate, et in sacrificium offerte, ipsi comedite, aliis distribuite. Per quod ex consequenti etiam aliis praeceplum sumendi posuil : sicut constituendo Apostolos judices, per illa vcrl)a : Quorum rrimscriiis peccala, etc., imposuit aliis ol)li;iationem confitendi : q. d. Mens mea non est, ut hoc semel a me, et a vohis dumtaxat fiât, sed ut perpétue in Ecclesia mea frequentetur. Nam his verbis Apostolos ordinavit sacerdotes, eisque i)oleslatem sacerdolalem dodil : qujB ad islas omnes actioiies se extendit. Quid autem inter ista sit semper necessariuin, quid mutalionem aut dispensalioneni admillat, ]]cclesiœ, Spirilu suo imbutae, judicandum relinquit. (Cornel. .Jansen., Comment, in Luc, XMi, 19.)

"2. Court/. TriiL. sess. XI 11, caj). xii.

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pour honorer sa mémoire et en souvenir de sa mort. Il n'est même pas indispensable de penser à ce second précepte pour l'accomplir, et, de fait, une multitude de chrétiens n'y pensent pas en communiant; l'acte seul de participer au sacrement rappelle la passion de Notre-Seigneur, selon cette parole de S. Paul : Toutes les fois que V021S mangei-ez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncciez la mort du Seigneur '.

L'institution même de la Sainte Eucharistie, sous forme d'aliment, suffit pournous montrer que Jésus-Christ, en l'instituant, nous faisait un devoir d'y participer.

La nourriture corporelle est nécessaire pour conserver la vie du corps, parce qu'elle nous rend ce que nous perdons sans cesse par diverses causes. Il en est de même de la nourriture sacramentelle; elle est nécessaire pour réparer ce que la concupiscence et nos faiblesses de chaque jour font perdre de vie spirituelle à notre àme. Le Baptême et le sacrement de Pénitence nous donnent la vie de la grâce, l'un en nous faisant naître à cette vie, l'autre en nous la rendant, lorsque nous l'avons perdue par le péché; mais la nourriture qui nous la conserve n'est pas moins nécessaire que le sacrement qui nous la donne ou qui nous la rend. Il ne suffit pas de naître ou de recouvrer la vie après l'avoir perdue, il faut la garder, la développer même, ce qui ne peut se faire si l'on ne prend pas d'aliment. Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué l'Eucharistie pour être la nourriture de nos âmes; nous ne sommes donc pas libres de ne pas recourir à l'Eucharistie. La loi naturelle nous dit : Vous êtes tenus de manger pour vivre; Jésus-Christ nous dit de son côté : la nourriture que j'assigne à vos àmcs pour leur conserver la vie est la Sainte Eucharistie; vous assigner cet aliment c'est vous ordonner de le prendre. Il est vrai que Dieu a mille autres moyens de conserver les âmes dans la grâce ; mais nous n'avons pas plus le droit de compter sur ces moyens extraordinaires, que d'espérer qu'il nous conservera miraculeusement la vie corporelle si nous ne mangeons pas. Il peut le faire, il le fait quelquefois; cependant tel n'est pas l'ordre habituel de sa providence, et de rares exceptions n'enlèvent rien à notre devoir.

Mais, dira-t-on, si la Sainte Eucharistie est à ce point nécessaire pour conserver la vie de l'âme, comment les justes qui ont

\. Ouotioscurnque cnim m-:in(lucnl)i(is jjniuMn liuiu', cl (.•.ilifom l)iljolis, morlem Doniini niinunlialjili.s. (/ Cor., xi, ^<).)

vécu avant qu'elle fût instituée ont-ils pu conserver la grâce et s'élever jusqu'à la sainteté la plus sublime? — Tant que Notre- Seigneur ne nous eut pas donné la Sainte Eucharistie, elle ne pouvait pas être l'aliment des âmes, puisqu'elle n'existait pas, et, comme nous venons de le dire, les moj^ens d'y suppléer ne manquaient pas à Dieu. Mais en l'instituant il en a fait l'aliment nécessaire, plus précieux et plus eflicace que tous ceux qui l'avaient précédée. Du moment que la Sainte Eucharistie existe, c'est à elle qu'il faut avoir recours; si on ne la mange pas on n'aura pas la vie, tandis qu'avant elle on pouvait vivre de la vie de la grâce, sans la manger ni même la désirer, sinon d'une manière extrêmement vague et confuse.

Heureux sommes-nous qu'il nous soit non seulement permis, mais ordonné par Jésus-Christ lui-même, de participer à un si grand sacrement !

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