‹ La Sainte EucharistieChapitre 126 sur 169 · COMMUNION SOUS UNE SEULE ESPECE · texte numérisé non relu

COMMUNION SOUS UNE SEULE ESPECE

La question de la communion sous une seule espèce a vivement passionné les esprits, à l'époque des grandes luttes théologiques du protestantisme contre la sainte Église catholique. Ceux qui voudront étudier à fond ce sujet que nous ne pouvons traiter ici avec toute l'ampleur qu'il comporte, feront bien de recourir au Traité de la communion sous las deux espèces, de Bossuet, et aux autres écrits analogues du môme siècle K

i. Voir en particulier Bellarmini Controv. de Sacrum. Euchoristiœ ; De Sainctes, De rébus Eucharistiœ conlroversis ; Arnauld, Perpétuité de la foi; CoxTENSON, etc.

Xotre-Seigneur Jésus-Christ a institué l'auguste sacrement de nos autels sous les deux espèces du pain et du vin, distinctement et séparément l'une de l'autre; mais nous ne voyons pas qu'il ait fait un commandement exprès de communier sous l'une et sous l'autre espèce. La raison en est que ce ne sont pas les espèces qui confèrent la grâce : « Jésus-Christ, étant réellement présent dans « ce sacrement, dit Bossuet dans son Exposition de la doctrine catholique, la grâce et la bénédiction ne sont pas attachées aux « espèces sensibles, maisâ la propre substance de sa chair qui est <.( vivante et vivifiante, à cause de la divinité qui lui est unie. « C'est pourquoi tous ceux qui croient à la réalité ne doivent point « avoir de peine à ne communier que sous une espèce ; puisqu'ils « y reçoivent tout ce qui est essentiel à ce sacrement ', avec une a plénitude d'autant plus certaine que la séparation du corps et « du sang n'étant pas réelle, ainsi qu'il a été dit, on reçoit entiè- « rement et sans division ce qui est seul capable de nous rassa- « sier.

« Voilà le fondement solide sur lequel l'Église, interprétant le a précepte de la communion, a déclaré que Ton pouvait recevoir la « sanctification que ce sacrement apporte sous une seule espèce : a et que, si elle a réduit les fidèles à une seule espèce, ce n'a pas « été par mépris de l'autre, puisqu'elle l'a fait, au contraire, pour « empêcher les irrévérences que la confusion et la négligence des « peuples avaient causées dans les derniers temps. »

Si les prêtres communient sous les deux espèces du pain et du vin, lorsqu'ils célèbrent le Saint Sacrifice, ce n'est pas pour accomplir le précepte de la communion, mais c'est parce que le Saint Sacrifice étant le renouvellement et la représentation de celui de la croix, il doit offrir à nos yeux la séparation, sinon réelle, du moins mystique, du corps et du sang du Sauveur.

Puisque l'on reçoit Notre-Seigneur tout entier, en communiant sous l'une ou sous l'autre des deux espèces, il suffit, pour accomplir le précepte de la communion, de recevoir le pain consacré, ou le vin consacré. Il est vrai que dans les premiers siècles de l'E-

1. Déclarât (sancta synodus) quamvis Ilcdemptor noster, ul antea dicium est, in suprema cœna hoc sncrnmentuni in dualnis spcoicl)U.s instituerit et aposlolis tradiderit ; tamen fatendum esse ptiam sub altéra laiilum sperio fotum alque integrum Chrisluin verumque saciamenlmn sumi ; ai- projilerea, quod ad fructum atlinet, nulla {^ratia, nccessaria ad salutem, eos defraudari, qui unam speciem solam accipiunt, [Concil. Trid., sess. XXI, cap. i.)

giise, les simples fidèles communiaient ordinairement sous les deux espèces, mais cette pratique n'a jamais été considérée comme nécessaire. Voilà pourquoi l'Église, qui a le droit de changer dnns radministration des sacrements tout ce qui n'est pas de leur essence ^ aj^ant remarqué que cette coutume offrait plusieurs graves inconvénients, fit défense, au concile de Constance, en 1 4 14, do donner à l'avenir le calice du sang de Jésus-Christ aux laïques et aux prêtres ne célébrant pas '-.

Les inconvénients signalés par le concile de Constance, dans l'usage de communier, sous les deux espèces du pain et du vin, étaient : 1" le danger de répandre par terre le précieux sang du Sauveur, ce qui, malgré toutes les précautions, était à peu près inévitable, surtout dans les communions nombreuses ; 2° la difficulté de conserver la Sainte Eucharistie pour les malades, car le vin s'altère plus aisément et plus vite que le pain ; 3° la répulsion pour le vin d'un certain nombre de personnes, qui n'en supportent que difficilement le goût et l'odeur; 4" la rareté du vin dans certains pays, où l'on ne peut s'en procurer qu'avec beaucoup de peine et à grands frais; 5" enfin l'Église voulait, par cette prescrip-

1. Pneterea déclarât banc potesLaleni perpetuo in Ecclesia fuisse, ut in sacramentorum dispensatione, salva illorum sul)StaiiLia, ca statuerct, vel mutarcU (puT suscipiontiuin utilitati seu ipsorum sacramentnrum venorationi, pro roruni ot locorum varietate inaiiùs expedire judicaret. kl aulem Apostolus non obscure visus est innuisse cum ait : Sic 7ios exislinicl homo ul ministvos Chritili et dispeiixffloypa niijsienoruiH Dei. (I Cor., w.) [Couci/. Trident., sess. XXI, cap. w.)

'•1. Cum in nonnubis mundi partibus quidam temerarie asserere présumant, popubim Cbristianum deberc sacrum Eucbaristite sacramentum sub utraque ])anis et vini specie suscipere, et non sobim sub specie panis, sed etiam sub specie vini populum laïcum passimcommunicent, etiam post cœnam ; vel alias non jéjunum, et communicandiim esse perlinaciter asserant, contra laudabilem Eccl(\siœ consuetudinem rationabililer approbalam, quam lanquam sacrile^am daumabilifer rcprobarc conanlur : bine est, quod lioc pra^sens (loncilium sacrum .trenerale Constantiense.... adversus bunc errorem saluti fîdelium providore salafrcns.... déclarât, decernit et diffinit, quod licet Cbristus post cœnam instituerit, et suis Discipulis adininisiraverit sub ulraque specie panis et vini lioc veneraljile sacramentum, tamen lioc non obstante, sacrorum Canonum auctoritas landrd)ilis, et approbata consuctudo Ecclesias servavit et servat, quod bujusmodi sacramentum non de])et coniîci post cœnam, neque afidelilnis recipi non jejunis, nisi in casu inlirmitatis, aut alterius necessitatis, a jure vel Ecclesia concesso, vel admisso. Et simililer, quod licet in primiliva Ecclesia bujusmodi sacramentum reciperetur a fîdelibus sub lUraque specie, tamen haec consuefudo ad evitandum aliqua pericula et scandala est rationabililer introducta, quod a conficienlibus sub utraque specie, et a laïcis tantummodo sub specie panis suscipiatur ; cum firmissime credendum sit, et nullatenus

DD PRÉCEPTE ECCLÉSIASTIQUE DE LA COMMUNION. TOo

tien, réprimer Terreur de certains liérétiques qui prétendaient que Notre-Seigneur n'était pas tout entier présent sous chacune des deux espèces, et disaient que l'iiostie contenait seulement le corps séparé du sang, et le calice seulement le sang séparé du corps.

La communion sous les deux espèces, avons-nous dit plus haut, n'a jamais été considérée dans l'Église comme nécessaire pour l'accomplissement du précepte de communier, alors même que cet usage était en vigueur. Nous en avons une première preuve dans ce qui avait lieu au temps des persécutions : l'histoire nous apprend bien qu'on donnait à emporter aux fidèles les saintes hosties, m^is nous ne voyons nulle part qu'on leur remît du vin consacré. Une autre preuve se tire de l'usage où l'on était de communier les infirmes avec du pain consacré seulement, et non en même temps avec du vin consacré. Une troisième preuve, non moins concluante que les deux précédentes, qui se rapportent à la communion faite en particulier, nous est fournie par un usage généralement reçu pour la communion publique. Écoutez comment s'en explique Bossuet : « L'Église ancienne, dit-il, a si peu « cru que ce fût diviser le mystère que de ne donner qu'une seule

duljilandum, integriim Christi corpus et sanguinem tam sub specie panis, quam sub specie vini vcraciter contineri. Uude cum hujusmodi consuetudo ab Ecclesia, et sanctis Patribus rational)ilitpr introducta, et diutissime observata sit, habenda est pro lege, quam non licet reprobare, aut sine Ecclesiae aucloi'itate pro Ubito mutare. Quapropter dicere, quod banc consuetudinem aut leuem observare, sit sacrilegum aut illicitum, censeri débet erroneum : et pertinaciter asserentes oppositum praemissorum, tanquam Haeretici arcendi sunt, et graviter puniendi par Diœcesanos locorum, seu Officiales eoruin aut Inquisitores Hserelicas pravilatis in Regnis seu Provinciis, in quibus contra hoc Decrelum aliquid fuerit forsan attentatum aut praesumptum juxta canonicas et légitimas sanctiones, in favorem Catholica?. fidei, contra Ha^reticos et eorum fautores sakibriter adinventas. {Conril. Conatonliena., anno lili, sess. X^'.)

Insuper, cum eadem sacro-sancta Synodus superiori sessioneduos articulos, alias propositos, et tum nondum discussos, videlicet, an rationes quibus S. Catliolica Ecclesia adducta fuit ut communicarct laïcos, atque etiam non célébrantes Sacerdotes, sub una panis si^ecie, ita sint retinendre, ut nuUa ratione calicis usus cuiquam sit permittendus : et, an, si honestis et Christiante cb.'irilati consentaneis rationibus concedendus alicui vel nationi vel regno calicis usus videatur, sub aliquibus conditionibus concedendus sit, et qusenam illae sint, in aliud tempus, oblata sibi occasione examinandos atquc definiendos reservaverit ; nunc eorum pro quibus petitur saluti optime consultum volens, decre\nt integrum negotium ad sanctissimum Dominum noslrum esse référendum, prout praîsenti docreto refert ; qui pro sua singulari prndentia id efficial, quod utile Reipublicœ Christian^, et salutare pctentibus usum calicis, fore judicaverit. [Concil. TruL, sess. XXII in fine. Decrelum super pelitione concessionis Calicis.)

706 LA SAINTE EUClIAniSTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE XXI,

« espèce, qu'elle a eu des jours solennels où elle n'a distribué que « le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ à tous les assistants. Tel « était roffice du vendredi saint dans l'Église latine, et tel était « l'office de l'Église grecque dans tous les jours de carême, à la ré- « serve du samedi et du dimanche. Nous voyons dans VOrdo ro- « main, ce que nous pratiquons encore aujourd'hui, qu'on ne « consacrait pas le vendredi saint, mais qu'on réservait pour la « communion le corps de Notre-Seigneur consacré le jour précé- « dent, et que le vendredi saint on le prenait avec du vin non con- « sacré. Il est marqué expressément qu'on ne réservait que le « corps, sans réserver le sang, dont la raison est, dit Hugues de « Saint-Victor, que sous chcujue espèce on prend le corps et le « sanc/, et que l'espèce du vin ne peut pas se conserver sùre- <i ment.... Il est certain que le célébrant, tout le clergé et le peu- « pie, communiaient à ce saint jour, et ne communiaient par con- « séquent que sous une seule espèce K » Cette pratique, comme

1. Voici les passages de VOrdo romain et de Hugues de Saint-Victor dont parle Bossuet [Traité de la communion sous les deux espèces) :

Ferla 0 majoris hebdomadœ.... Presbyteri duo prières mox ut salutaverint (crucem) intrant in Sacrarium, vel ubi positum fuerat corpus Domini, quod pridie remansit, ponentes eum in patenam, et Subdiaconus teneat ante ipsos calicem eum vino non consecrato, et aller Subdiaconus patenam cum corpore Domini, quibus tenentibus, accipit unus Presbyter prior patenam, et alter calicem, et deferunt super altare nudatum.... Salutala (cruce) et reposita in loco siio, descenditPonlifex ante altare, etdicit : Oremus, Prxcejttis salularihus , Pater nosler. Sequitur, Libéra nos, quxsumns, Domine. Cum tlixerint, /l»ic«, sumet de sancta, et ponet in calice nihil dicens, et communicant omnes cum silentio. ( Velus Ordo romanus, i, n. 8, in Museo Italico, D. Joann. Mabillon, tom. II.)

Tune junior Presbyterorum Cardinalium ferat adornatum capsidem, cum Dominico corpore besterna die reservato : et sic Subdiaconus cum Papali cruce Processionem prsecedente, omnes discalceati sine cantu psallendo ad Kcclesiam sanctœ crucis.... procédant.... Cum autem illuc pervenerint, ingre- (liantur Ecclesiam sine cantu, et prostrati in medio Ecclesiae diutius orent. Presbyter qui portât corpus Christi, in secretario ponat illud, dum Dominus Papa pneparat se. Illo praeparato, reportet illud ante Dominum Papam in processione ad altare.... Prseeunte eum (Papam) Cruce et Evangelio, sine luminaribus et incenso, cum silentio ordinate ad altare procédant : et tune omnes I)rostrati diutius orent. [Id., x, n. 13, ilrid.)

Intérim autem Ministri unam tantum tualeam extendant super altare nudatum.... Adorata cruce Diaconus expandat Corporale super allarc : super quo j)Osito corpore Domini, et calice cum vino et aqua, dicat Pontifex plena voce, ut mos est, nmeper omnia svecula sœculorum. Amen. Oremus. Prœceptis salutarihus moniti, etc. Pater noster. Similiter in eadcm voce, Libéra, nos. Oremus. Quœsiimus, Domine. Finila vero oratione, Pax Domini, nondicatur. Ar/nus Dei, non cantatur, nec pacis osculum datur, nec Postcommunio cantatur. (N. i^i.)

Communicat autem solus Pontifex sine ministris, non ad sedem solemniter,

les deux dont il a été question tout à Tlieure, prouve incontestablement, comme nous l'avons dit, la légitimité de la communion sous une seule espèce. Qui oserait en effet avancer que l'Église n'a pas compris les paroles de Notre-Seigneur, ou qu'elle a profané le sacrement de l'Eucharistie en le divisant contre la volonté de Jésus- Christ, et cela, dans le jour le plus vénérable de l'année, c'est-àdire dans le jour destiné à rappeler la mort du Sauveur?

Au reste, si l'on veut se reporter à la naissance même de l'Église, l'on voit que les premiers fidèles ne communiaient que sous une seule espèce, sous l'espèce du pain, ainsi que nous l'apprend ce texte : Ils étaient persévérants dans ta doctrine des apôtres, dans ta communion de ta fraction du pain et ctans ta

sed ibi tantum eo die ante altare, ob humilitatem reverentiae Dei et Passionem Chri.sti. (N. lu.)

In Parasfeve Ki)iscopusbebdomadariusfacil ofûcium in BasilicaSalvatoris.... Quidam Cardinalis lionorifice portai corpus Domini prœtoriti diei, conservatum in capsula corporalium : Subdiaconus regionarius ferens ad pectus crucem stationalem cooperlam. Cum venit ad Ecclesiani prîBdictiB Basilicœ Pontifex, lotis pedibus, calceatus ascendit ad altare : prius orat, et postea residet.... Peracto, Pater noster qui es in cœlis, accipit corpus Domini, quod Cardinalis adduxerat, et confirmât de vino misso in calice. {Id., xi, n. 4:2, ihid.)

Deinde juniori Presbytero Cardinali, accepto corpore Cbristi in capsella ante pectus suum, hesterna die reservato, et alio prEedictam Crucem accipiente, et Subdiacono regionario cum populo suo pr8ecedente,omnesdiscalceati cum Domino Papa et I^rimicerio, sine cantu psallendo Psalterium, pergunt ad sanctam crucem. [Id., xu, n. :28, ibid.)

Osculata vero cruce a clero et populo, Dominus Papa revertitur ad altare : et facta confessione.... sine incenso.... communicat de corpore Christi, quod Cardinales adducunt.... Pontifex vero non communicat ad sedem, sed ante altare ob humilitatem reverentiœ Dei et Passionis Christi. (X. '■20.)

Duo Presbyleri alïerant post salutationem crucis corpus Domini, quod pridie reservatum fuit, et calicem cum vino non consecrato, quod nunc consecratur, et inde communicet populus. De qua observatione interrogavi Romanum Archidiaconum, et ille respondit : In ea statione ubi Apostolicus salutat crucem, nemo ibi communicat. Quijuxta ordinem libelli pcr commixtionem panis et vini consecrat vinum, non observât traditionem Ecclesiae, de qua dicit Innocenlius, Istu hiduo sacramenla penilus non celebrari. (Amalar. Fortunat., episc. Trevirens., lib. 1, <le Of'jic. Ecoles., cap. xv.)

Quaeritur quare bac die (^Parasceves) Missa non cantetur, sed corpus Christi reservatum die pnecedenti sumatur. Ad quod dicitur ex décrète Innocenlii papas, Missam hoc biduo non celebrari, ut in Pastoribus Ecclesia? status temporis illius apud Apostolos ostendatur, qui sicut Propheta prjedixeral [Zach., XIII, 7), percusso pastore dispersi erant.... Quccritur iterum quare bac die non sumatur sanguis Christi sicut et caro Christi. Ad quod dico quod ulrunique sub utraque specie sumitur. Sed quia species vini labilis non potest lufo reservari, sine ea corpus Christi reservari constilutum est. (Hugo a S. \ictore, lib. III, de Speciidib. Missse observât., cap. xx.)

prière '. En ne communiant ainsi que sous la seule espèce du pain, les premiers fidèles, qui étaient sous la conduite immédiate des apôtres, ne faisaient d'ailleurs qu'imiter ce qu'avait fait Jésus- Clirist lui-même. En effet, lorsqu'il apparut aux deux disciples d'Emmaûs, le soir de la résurrection, il les communia sous l'espèce du pain seulement : Il prit du pain, dit l'Évangile, le bénit, le rompit rt le leur donna, et leurs i/eu.v fuirent ouverts -.

On ne saurait, ce me semble, rien désirer de plus : Jésus-Christ, les Apôtres, l'Église, nous enseignent unanimement, par leurs exemples et leurs paroles, que la communion sous une seule espèce est une communion parfaite, et suffit pour accomplir le précepte de communier ; l'Église a déterminé, dans sa sagesse, qu'il fallait user de l'espèce du pain plutôt que de l'espèce du vin ; soumettons-nous donc à cet enseignement et à cette décision avec une confiance entière et une paix parfaite ^.

Certains hérétiques, toujours empressés de blâmer l'Église, lui ont reproché d'avoir retranché aux laïques l'usage de l'espèce du vin, en alléguant ces paroles de Notre-Seigneur : Si vous ne mangez la chair du Fils de r homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Mais le concile de Trente a fait la très juste réponse que A'^oici : De quelque façon, a-t-il dit, que l'on entende ces paroles, en suivant les diverses interprétations des SS. Pères et des Docteurs, on ne peut en conclure que Notre- Seigneur ait fait un précepte de la communion sous les deux espèces : car le même qui a dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de r homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez

]. Art. Apoxt., II, 42.

i>. Luc, XXIV, 30 et 31.

3. On a parlé d'un décret pontifical ordonnant la communion sous les deux espèces. Voici ce qu'il en est :

Au temps de S. Léon le Grand et de Gélase, les Manichéens, cherclianl ;': «lissimuler leurs erreurs et voulant se faire passer pour chrétiens, se mêlaient souvent aux fidèles et s'approchaient avec eux de la sainte Table. Mais parce qu'ils avaient le vin en horreur, ils ne communiaient jamais que sous l'espèce du pain. Le pape S. Léon, pour les obliger à se découvrir, ordonna aux fidèles do conmiunier, tous sans exception, sous les deux espèces, ce que jjlusieurs faisaient, tandis que d'autres ne le faisaient pas. Il devint ainsi plus difficile ;mx Manichéens de cacher leurs funestes erreurs. Lorsqu'ils eurent cessé de se mêler aux assemblées chrétiennes et que leur secte eut à peu près disparu de Rome, l'ordonnance pontificale à laquelle elle avait donné occasion tomba d'elle-même en désuétude, et la communion sous les deux espèces cessa d'être exigée.

point la vie en vous, a dit aussi : Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement K Ajoutons avec le concile : « Et celui qui a dit : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, a dit aussi : Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde. Et enfin celui qui a dit : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui, a dit de môme : Celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Ainsi, cette allégation d'une parole de Notre-Seigneur, en faveur d'une prétendue nécessité de la communion sous les deux espèces, ne prouve rien, puisque, à plusieurs reprises, Notre-Seigneur assure que la communion sous la seule espèce du pain suffit. Et si

1. Itaque sancta ipsa synodus, a Spiritu sancto qui Spiritus est .sapientice et intellectus, Spiritus consiiii et pietiUis, edocta, atque ipsius Ecclesiae judicium et consuetudinem secuta, déclarât ac docet, nuUo divino prœcepto laïcos, et clericos non conficientes, oLligai'i ad Eucharislia3 sacramentum sub utraquc specie sumendum ; neque uUo paclo, salva fide, dubilari po.sse quin illius allorius speciei conimuiiio ad salutem sufficiat. Nam etsi Gliristus Dominus, in ultima cœna vcnerabile hoc sacramentum in panis et vini speciebus instiluit, et Apostoiis tradidit, non lamen illa institutio et traditio eo tcndunt, ut oumes Christi fidèles statuto Domini ad utranique speciem accipiendam adstriiiganlur. Sed neque ex sermone illo, apud Joannem sexto, recta colli.uiturutriusque speciei communionem a Domino prœceptam esse, utcumque juxta varias sanctorum Patrum et Doctorurn iaterpretationes intelligatur. Namque qui dixit : Xisi nuinducaverilis caméra Filii hominis, et biberitis ejus sanfjuinem, non liabebitis vitcan in vobis, dixit quoque : Si quis monducaverit ex hoc pane vivet iiiœtenium. Et qui dixit : Qui manducal meam carnetn et biùil meum san- (juinem habet vitam œlernam, dixit eliam : Panis quem eijo dabo caru mea est pro mitndi vita. Is denique qui dixit : Qui manducat meam carnem et hibit meum sanfjuinem in me manet et ego in illo, dixit nihilominus : Qui manducat hune jjanem vivet j?j xlenncm. [Concil. Trid., sess. XXI, cap. i.)

Dixit eryo eis Jésus, quasi diceret, inquit Augustinus : Quomodo quideiu edatur, et quis modus sit manducandi islum panem, ignoratis : verumtamen nisi manducaveritis carnem Filii hominis, id est meam luimanam, (juamoculis vestris cernilis, et biberilis ejus santjuinem. Hac ipsa carnis cl sanguinis dillerentia insinuans, se sacrosanctum quoddam convivium,non solum carnis, sed et sanguinis, insliluturum : ad quam institulionem adhuc futuram cum respiciat, (verba non nisi posl illud tempus obligationem manducandi et bibendi adferebant. Porro sensus liujus propositionis composilœ non est disjunclivus, quasi sensus esset : Si vel non manducaveritis, vel non biberitis, etc., sic enim alterutrius speciei pratjtermissio esset illicita, quod liaeretici volunt .: sed sensus est copulativus universalis, etiam secundum rigorem dialeclicum. Nam illud nisi includit negationem, idem valens quod si non, et;repeli débet etiam in secunda parte propositionis coinpositie : (juasi diccretur hoc modo : Si non manducaveritis carmin Filii hominis, et biberilis ejus strni/uineui, etc., hoc est, si nec manducaveritis carnem, nec biberitis sanguinem, /<«» habrbitis vitam, supple xternam, ul ipse Christus mox exponil. tCoiiNLL. .1 \n>en., in cap. VI Joann., lii.)

TIO l.\ SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE XXI.

on vn au fond de la difficulté, Notre-Seigneur étant tout entier présent sous chaque espèce, en ne recevant que l'espèce du pain, on mange la chair et on boit le sang du Sauveur, tout aussi bien que si l'on recevait les deux espèces ; par conséquent on accomplit à la lettre même la parole de Jésus-Christ qu'on oppose à l'Église •.

1. ^'oici quelquos toxies anciens à l'appui de la doctrine que nous venons (l'exposer :

^'ir quidam ex secla Macedonianoruni, uxoreui habebat (jusdem sectœ. Ilic cum Joanneni aliquando docentem audiissct,quomodode divinitate sentiendum sit, fidem ejus amplexus est : uxoremque hortari cœpit, ut idem secum senlire vellet.... Tandem illc : Nisi, inquit, in divinis mysleriis mecum communicaveris, nec vilœ consors mihi eris in posterum.... AUapso igitur tempore mysleriorum, intelliirunt fidèles quid velim dicere, mulier id quod acceperat, relinens, quasi Deum oralura, caput submisit. Ancilla vero qute ei adslabat, id quod donio attulerat, clanculum ei tradidit. Quod cum mulier dentibus admovisset, instar lapidis obduruit. (Sozomen., Ilisl. EccL, lib. VIII, cap. v.)

Quod autem infantes quoque, qui per œtatem nequeunt intelligere, divinse recjcneralionis, sanctissimorumque divin?e communionis mysteriorum participes fianl, videtur, ut inquis, hominibus profanis non immerito risu dignum, quod Pontifices eos erudiant qui nequeunt audire, sanctasque traditiones non intelligenlibus frustra tradant.... Nihil ergo, ut opinor, absurdum est, si ad divinum inslitutum puer adducitur, cum ducem ac sponsorem habeat qui eum et divinarum rerum scientia imbuat, et ab adversariis tutum custodiat. Porro Ponlifex puerum consortem facit sacrorum mysteriorum, ut in eis educelur, neque agat vitam aliam, quam eam quœ divina semper spectet, et liujusmodi sancta communione proficial, atque in bis sacrum ba])i(um possideat, et a susceptore deiformi studiose promoveatur. (S. Dionvs. Areop. seu auctor lib. de Ecoles, hierarch., cap. vu, n. J1.)

Infantes (juoque parentum manibus vel impositi, vel attracti ; amiserunt parvuli, quod in primo statim nativitatis exordio fuerant consecuti. Nonne illi cum judicii dies venerit, dicent : Nos nibil fecimus, nec derelicto cibo et poculo Domini ad profana conlagia sponte properavimus. (S. Cvi'Rian., de Lapais, p. 90.)

S. CvRiLL. HiEROsoL. Catec/i. mystag., 3, de Bajjtismo el Confirmât., verba facit, et Calecli., i, de Encharislin , quod satis innuit catechumenos tria lisec sacramenta simul percepisse, et Cntech. myslag., Î3, sic orditur : Satis jam Dec favente, et de Baptismo, et de Chrismate, et de sumptione corporis etsanguinis Christi.... audistis.

His abluta plebs dives insignibus [scilicel hapiismi undis cl sarvochrisnuile) ad Chrisli con tendit altaria, dicens [Ps. xi.ii, 4) : El inlroiho ad altare Dei, ad Deum qui Ixli/icaf jnvenlulem meam ; depositis enim inveterafi erroris cxuviis reiiovata in aquilae juventute, cœleste illud festinat adiré convivium. Venit igitur, et videns sacrosanctum altare com])()situm, exclamans ait {Ps. xxii, ÎJ) : Parasli in conspeclu meo mensam. (S. Amuros., lib. de Mysleriis, cap. viil, n. 43.)

Si in illa parva astate moriuntur, utique secundum ea quœ per corpus gesserunt, id est, tempore rpio in forpore fuerunt, quando i)er corda et ora gestantium crediderunt vel non crediderunl, quando baptizati vel non ])aj)tizati sunt,

DU PRÉCEPTE ECCLÉSIASTIOfE DE LA COMMUNION. 711

Ces quelques notions, que nous empruntons en partie au Grand Cat('vhisine de la persévérance chrétie)ine, suffiraient à notre but, car nous ne pouvons traiter ici cette question avec les développements que lui ont donnés Bossuet, le cardinal de Bellarmin, De Sainctes et les autres grands controversistes. Nous y ajouterons seulement les réflexions suivantes.

quando earnem Clirisli mandiu-averunt vel non manducaverunt, quando cl sanguinem biberuiit vel non Ijiberunt, secundum hsec ergo, quœ per corpus gesseruut, non secundum ea qujB si diu hic viverent gesturi fuerant, judicantur. (S. AUG., Epist. CGXVII, alias CVII, ad Vit., cap. v, n. 10, art. 8.) Inde parens sacro ducit de fonte sacerdos Infantes niveos corpore, corde, habitu : Circumdansque rudes festis altaribus agnos, Cruda salutiferis imbuit ora cibis.

(S. Paulinus, Epist. XXXII, alias XII, ad Sever., n. 5.)

Si vero parvuli sunt vel hebetes qui doctrinam non capiant; respondeant pro illis qui eos offerunt juxta inorem baptizandi : et sic manus impositione chrismate communiti, Eucharistiîe mysteriis admittantur. (Gennad., lib. ilf Ecoles, dof/niat., cap. xxii, alias lii.)

Pontifex cum vestiti fuerint infantes, confirmet eos. Qui etiam non prohibenlur lactari ante sacram communionem, si necesse fuerit. (S. Gregor., //; h'f). Sacrament. in Sabbato tiancto.)

Per ))aptisma enim Spiritus sanctus accipitur, et sic a baptizatis, etSpirituni sanctum consecutis ad bibendum caliceui Domini pervenitur. (S. Cyprian., Epist. LXlll, ad Ciccil., p. ^278.)

Primo etenim nunc baptizamur, deinde unguento ungimur, inde pretioso sanguine dignamur. Sic prorsus et Moses [Lcvit., vni, 6 et seq.) hœc adumbrans abluit primo aqua eos qui consecrabantur, mox induit et cingit, deinde confert olei unctionem, et tum sanguine aspergit, atque ad panis sumptionem adducit. iPhotii Bibliolheca, cap. ccxxii ; Jobius, lib. III, cap. xviii.)

Vêtus est consuetudo Constantinopoli, ut quoties ex sacris partibus immaculati corporis Christi Dei nostri magnus numerus superfuerit, pueri impubères ex ils qui grammaticorum scholas fréquentant evocentur, qui eas manducent. Id igitur eo tempore cum accidisset, una cum aliis pueris convocatus est filius vitrarii cujusdam, qui secta crat Judaeus. Hic puer parentibus causam morœ ex ipso sciscitantibus, id quod factum fuerat exposuit, et quid ipse una cum reliquis pueris degustasset. Pater ira atque indignationesuccensus, illico filium correptum in fornacem ardenlem conjicit, in qua vitrum formare consueverat. Mater vero filium qu.eritans, cum reperire non possct, per totam urbcm circuibat ])lorans atque ejulans. Tertio demum die ad ostium officina' marili sui stans, filium nominatim inclamare cœpit, flens, ac seipsam lacerans. Tum puer agnita malris voce ci respondit ex fornace ; stalimque mater perfractis foribus inlrogressa, puerum intor carbones stantem videt, quem ignis nuUatenus ambusserat. Qui postea intcrrogalus quomodo illa?sus permansissct, mulierem quamdam purpurea indutam veste crebro ad ipsum ventitasse dixit, et aquam ipsi j)orrexisse, et carbones qui juxta ipsum erant ros-^ tinxisse. Quse cum nuntiatà cssent Jusliniano, imperator puerum simul ac matrem regenerationis lavacro initialos, clerc adscripsil. Patrem vero Christiana^ rcligionis sacramenla ])ercipere penitus recusantem, tanquam proprii

Les prêtres sont tenus de communier sous Tune et l'autre espèce, toutes les fois qu'ils oftrent le saint sacrifice de la messe ; mais d'après le rite actuel de l'Église, eux seuls peuvent et doivent le faire. Il existe cependant, ou il a existe jusque ilans ces derniers temps, quelques circonstances particulières où d'autres que le célébrant participent au calice. A Rome, lorsque le Souverain Pontife officie solennellement, le diacre et le sous-diacre qui l'assistent communient avec lui sous les deux espèces. Le même rite était observé tous les dimanches et jours de fête à l'abbaye de Cluny , à la messe principale. Le pape Clément V avait accordé aux rois de France de communier aussi sous les deux espèces le jour de leur couronnement, mais cette prérogative tomba bientôt en désuétude.

Hlii interfectorem, in Sycensi suhuibio cruci affigi praecepit. (Evagu., Ilisl. Kccles.. lil). IV, cap. xxxvi.)

Qu.Tcunque roliquiae sacrificiorum posl peractam missani in sacrario superscderint, quarta vel sexta feria innocentes al) illo cujus inleresl, ad Ecclesiam addiicantur, et iiidicto eis jejunio, easdem reliquias conspersas vino percipiant. [Conril. Maxlican., I, ann. ;J«ii, can. 0.)

Nonno snlemnior orit statio tua, si et ad arani Dei steteris ? Accepte corporo Domini, et reservato, uirumque salvum est et parlicipatio sacrifîcii et exseculio oflicii. (Tertull., lib. île Oral., cap. xiv.)

Quoniani vero par tempora illa persecutionum cogebanlur homines neces- .sario, sacerdote vel ministro non praesente, propriis manihns percipere communionem, non est nisi supervacuum ut deinonstrem iilam ipsam rem non esse graviter et inique ferendam, eo quod iiiveterata consuetudo, hoc ipsum reipsa confirmatum dederat. Nam et illi oinnes, qui per eremos vitiun monasticam institiiunt, ubi copia non suppetit saccrdotis, cum habeant domi comniunionem de suis manibus illam i)ercipiunt. Alexandriœ autem per iEg^'ptum unusquisque etiani de plèbe, ut plurinium habel doini sute communionem. Nam cum semel sacerdos sacrificium peragat, et distribuât, qui susceperit illu<l integrum simul, et quotidie de illa sumpserit, quam a dante accepcrat sacerdote, credere débet et tenetur, nec injuria se eamdem susciperc et percipere. Nam et in Ecclesia ipsa sacerdos partem aliquam in manus tradit et illam ai)i)rebendit, qui percipit cum omni libéra polestate, atque ila suis propriis manibus eamdem suo ori admotam ingerit. Idem igitur quoad potestalem est sive quis de manu sacerdotis partem unam aliquam percipiat, sive partes simul quamjilurimas. (S. Basil., Epist. CCLXXXIX ad Cœsar. Pairie.)

Erat in bac urbe Serapion quidam sencx e numéro fidelium, qui reliquo antequidem actae vit<'e tempore nulli culpte obnoxius fucrat. Sed in persecutione lapsus, saepenumero vcniam peticrat : nec quisquam ei atlcndcbat, eo quod sacrificassct. Idem postea morbo correplus, vocis usu sensuque omni carens triduo pcrmansit. Quarto demum die paululum recreatus, nejiotem ex tilia ad se vocat : Et quousque tandem, inquit, me detinetis fili? ]jroperate, quaeso, et me quantocius absolvite. Accerse mibi unum ex prcsbyleris. Usée cum dixisset rursus illum vox destituit. Puer ad presbylerum cucurrit. Jam nox erat : presbylcr autem œgrotabat : sed quoniam in mandatis dederam.

ne PRECEPTE ECCLÉSIASTIQUE DE LA COMMUNION. 713

Tant que dura l'usage général de la cominuiiiun sous les deux espèces, dit le docteur Mast, on donnait le calice dans la main des communiants, ou bien on l'approchait directement de leurs lèvres; mais le danger qu'il y avait de laisser tomber des gouttes du précieux sang lit naître bientôt l'usage des tuyaux d'or ou d'argent, par lesquels les communiants aspiraient le sang précieux, et dont se sert encore le Souverain Pontife lorsqu'il célèbre solennellement. D'autres fois et assez souvent on trempait l'hostie dans le vin, avant de la donner aux fidèles.

Les Grecs ont conservé dans le rite de la communion divers usages qui rappellent l'ancienne discipline. Dans tout l'Orient, après la communion, on dit à haute voix : Les choses saintes aux saints! On y communie debout, on y administre encore la com-

ut morituris si pelèrent, et maxime si antea siippliciter postulassent, venia indulgcrctur, quo bonse spei pleni ex hac vita migrarent : exiguam Eiicharistife partem puero tradidit, jubens ut in aqua intinctam seni in os instillaret. Redit igitur puer Jjuccellam afferens : et cum appropinquaret, priusquam ingrederetur, recreatus iterum senex : Venisti, inquit, fili : ac prcsbyter quidem ipse venire non poluit : lu vero fac citius quod imperalum est: et dimitte ine. Mox puer l)uccellam intinxit, et in os senis infudil. Qui ea paulatim absorpta, continuo animam exhalavit. Euseb., lili. VI, Hist. Eccles., cap. xLiv, ex Epist. S. DioNVS. Alexand. ad Fabium jtontif. hœc narrai.)

Honoratus etiam sacerdos Ecclesiae \'ercellis cum in superioribus domus se ad quiescendum composuisset, tertio vocem vocantis se audivit, di(XMitisque sibi : Surge, festina, quia modo est recessurus. Qui descendens, obtulit sanclo Domini corpus : quo accepto uln glutivit, emisit spiritum, Ijonum viaticum secum ferens. (Paulinus in vila S. Anihros., n. 47.)

Infans [apud illùni xvi hxrelicos) copioso igné accenso probabaturper ignem more antiquorum paganorum, et sic in igné cremabatur. Cujus cinis tanta veneratione coUigebatur, atque custodiebatur, ut christiana religiositas corpus Cbristi custodire solet œgrisdandum de boc sœculo exituris ad viaticum. [Gesta Synod. Anrelian., ann. 1017, in II tom. Spicil. D. Luc. Daciierii, p. 673.)

De specie vero sub qua communicandi erant iniirmi facilis videtur responsio ; nam cum ex reservata communiter Eucharistia solerenl communicari, nec nisi sola panis species reservaretur, sub ea sola communicalos fuisse asserendum est. Probat id exemplum Serapionis senis ex Dionysio .\lexandrino supra rclatum, qui cum presjjylerum accivisset, is puero qui eum convenerat, c:ci;/iiam Eucharisliao parlem tradidit, jubens ni in aqua intinctam acni in os inslillarrt. Ad quem rituin alludcre videtur concilium Cartbaginense IV, can. 70, decernens ut infundalur ori cjus Eucharistia. V.xwn vero infirmi stalim post missam Eucbaristiam accipiebanl, eis ulramquo speciem Iradilam fuisse minime dubilandum est, maxime cum satis eis sup(M'esset virium ut sub utraque specie refici possent : cojistat ex ms. codice S. Romigii apud Menardum in notis ad .sacramenlarium S. Gregorii, p. ;5W>, in cpio ad communioncm infirmi, quem vis morl)i non ad tantam virium imbecillilalem adduxit, utraque formula separatim poiiitur, corpus Domini noslri Jcsu Christi custodiat le in vitam wlernam. Sanrjuis Domini noslri Jcsu Chrisli redimat

munioii sous les deux espèces. Les clercs reçoivent la sainte hostie dans la main ; ils boivent le précieux sang ou du calice, ou au moyen d'une cuillère. Les laïques reçoivent l'hostie consacrée, trempée dans le précieux sang, au moyen d'une cuillère d'argent dont le manche est orné d'une ci'oix.

L'usage généralement adopté depuis le xii° siècle, quoique souvent critiqué, et non sans motif, de tremper seulement la sainte hostie dans le précieux sang, forme une transition à la communion sous une espèce, qui a été connue dans tous les temps, comme nous l'avons dit. A partir du xiii" siècle, on laissa tomber de plus en plus l'usage du calice, qui fut légalement aboli par les conciles de Constance, de Bàle et de Trente •.

Quelque grande que £oit la différence du rite tle la communion

II' in vifoni tvlcrncnn. l'Iranique ctiam speciem tradiloin fuisse non obscure indical concilium Toletaïuim II, can. 11. Non raro autcni infirmi post missam comniunicabant, quse aliquando eorum in cul)iculis celehrabalur, ut alias vidimus. Immo quacunquc hora in eorum gratiam dice])atur, maxime cum per modum viatici communicabant : Hinc S. Odo, abbas Cluniacensis, in vita S. Geraldi, coniitis Auriliacensis, refert celebratam fuisse missam a sacerdote post completorium, qui ei viaticum exhibuit. Fatendum tamen est infirmos, qui post missam statim percipieliant Eucharistiam, non sempcr utraque specic refrctos fuisse, sed ali([uaii(lu alterutra. Hue facit id quod refert Beda venerabilis in HisloricE anglicanœ lib. H', cap. xiv, de quodam puero nupor ad fidoni vocato, qui in monasterio intirniitate correptus, accersivit Presbyterum, fjni xlolim vocal is fralrifjiis pfD'ai'i jir/ouliuni, niissas ftcri, alquc omnes coinïiinnicare more solilo jjrœce/jil, simiil et inflrmanli jniero de eodern sacrificio Doininiex ohialionis ixfrliruUnn deferri niandavil. Exstat tamen aputl Reginonem, lib. I, de Erclesidsiicis iJiseijjlinis, cap. cxix, ex diclis Bedîe presljyteri canon ex cujus préescripto poslrpunn infinniis sacra unclione fuerit deliljutH.'i, slaliDi corpore et saïu/iiine Domini rccreandua est. Et de Lielberlo, Cameracensi episcopo, sic lego in ejus vita Spicilegii tomo IX : Percipiens et ipse vialicitm corporù et sauf/iiinis Chri.sli, inter nianiis planijenlium Deo cui omnia virind.... siinin tradidit spiritnm. Communis autem usus obtinuit, ut Euchal'istia inlirmis sanguine intincta prîel)eretur, ut probant ritualia antiqua perjiluriina : unde eliam concilium Turonense apud eumdem Reginonem, libre cilafo, cap. Lxx, praescribit, ut preshijter liabeat pyxidem aut vas tunto sacrnmeulo dirpvim, nbi corpus Dominicum diligenler recondalur ad viaticum recedentihus a ssecit/o : rjux sacra ohialio intincta débet esse in sanr/uine Christi, ut veraciter presinjler jtossit dicere infirma : Corpus et sanguis Domini proficiat (ibi, etc. .Mque bic rilus hactenus viget apud Grsecos. (D. Edm. Martenne, monach. Benedict., de Antif/iiis Eccles. rilih., lib. I, cap. v, art. 2, n. i.)

\. Ecclesia.... licet ab initio cbristianée religionis non infrequens utriusque speciei usus fuisset, tamen progressu temporis, latissime jam mutata illa consuetudine gravibus et justis causis adducta, banc consuetudinem sub altéra specie communicandi ajij)robavil, et pro lege babendam decrevit (I)ecret. concil. Constant iens., sess. XIIIi, quam reprobare, aut sine ipsius Ecclesiae auctoritate pro libilo mutare non liceret. {Conc. Trid., sess. XXI, cap. ii.)

de rÉglise actuelle et de l'ancienne Église, il est facile de se convaincre que cette difterence n'a rien d'essentiel, et que l'ancien rite et le nouveau s'expliquent par le dogme de la transsubstantiation et par lui seul. Le rite, en ce sens, est donc de la plus haute importance ; car dans le fait, s'il ne s'agissait que d'une figure, d'un symbole, d'un signe, à quoi bon tant de prescriptions minutieuses pour l'administration de ce sacrement? Pourquoi tant de sollicitude cliez les anciens? Que signifierait la crainte des moindres profanations? Tout le rite de la communion rappelle d'une manière vivante, d'une part, la parole de l'Apôtre : Que Vhomme s'éprouve lui-même; et d'autre part, celle du Sauveur : Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués! Quelque beau et merveilleux que nous apparaisse le rite ancien dans ses principales parties, on voit néanmoins, dans le développement qu'il a pris jusqu'à nos jours, un progrès par rapport à l'uniformité, à la décence, à la dignité de la cérémonie. Toutes les cérémonies vraiment catholiques, quelle que soit leur diversité, considérées dans leur ensemble, telles qu'elles se présentent encore aujourd'hui, dans l'Église d'Orient et d'Occident, ne forment-elles pas comme l'enchâssement précieux de cette perle unique que la fiancée du Christ contemple avec ravissement dans le Saint Sacrement de l'autel '?

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