‹ La Sainte EucharistieChapitre 142 sur 169 · IV, dist. \ii, q. H, art. 1, (j. 1 ad · texte numérisé non relu

IV, dist. \ii, q. H, art. 1, (j. 1 ad

transformation, un changement qui s'opère. Dans l'accroissement corporel des êtres vivants, l'alimenl se change au corps qui s'en nourrit. Dans l'alimentation surnaturelle, qui fait croître les âmes en grâce, la nourriture, qui est Jésus-Christ lui-môme, ne devient pas une partie de l'âme, et ne se change pas en elle, mais plutôt l'âme est changée par la grâce en cet aliment divin, et un lien de charité tout particulier l'unit à Jésus-Christ de la manière la plus intime. C'est pour celte raison que l'on attribue au Très Saint Sacrement la vertu d'augmenter la charité plus encore que les autres dons surnaturels. La charité, en effet, tend à transformer celui qui aime en l'objet aimé, et l'Eucharistie transforme l'homme en Dieu.

LE SACREMENT DE l'eUCHARISTIE PROCURE QUELQUEFOIS LA PREMIÈRE GRACE EN EFFAÇANT ACCIDENTELLEMENT LE PÉCHÉ MORTEL 1

La Sainte Eucharistie est un sacrement des vivants ; elle n'a pas été instituée pour effacer le péché mortel, et rendre la vie de l'âme à ceux qui l'ont perdue ; il peut cependant arriver quelquefois qu'elle produise indirectement et accidentellement cet effet, comme le produisent aussi les autres sacrements des vivants.

S. Thomas dit que si l'on considère la vertu du sacrement de l'Eucharistie en elle-même, cette vertu qui procède de la passion de Notre-Seigneur, source de la rémission des péchés, est assez grande pour effacer toute faute, quelque grave qu'on la suppose. Mais si l'on considère celui qui reçoit le sacrement, il peut se faire que ses dispositions opposent un obstacle aux effets que produirait

\. (ïlrnm e/frrtns luijm aarm menti sit remissio peccati morlalis? — Vidctur quod, etc. Sed contra est quod dicilur (/ Cor., xi, !29) : Qui mandiicat et bibil. iwliijno, jitdiciitm ai/ji manducnl cl hibit; dicit autcui Glossa ibidem, quod illc mnndw'ot d bibil indif/ue, qui in crimine est, vel irreverenter tractât; et talis manducat, et bibit sibi judicium, id est damnationem. — Ergo ille qui est in peccato mortali, per hoc quod accipit lioc sacramentum, magis accumulât sibi peccatum, ([uam remissioncm sui peccati consequalur.

Respondeo dicendum quod virtus hujus sacramenti polest considerari dupliciter : une modo secundum se ; et sic hoc sacramentum habet virtutem ad remittendum quœcumque peccata ex passione Ghristi quae est fons et causa remissionis peccatorum. Alio modo potest considerari per comparationem ad eum qui recipit hoc sacramentum, proul in eo invonitur vel non invenitur impedimontum percipiendi hujus sacramenti effectum. Quicumque autem habet conscientiam peccati mortalis, habet in se impedimentuni percipiendi effectum hujus sacramenti, eo quod non est conveniens susceptor hujus sacra-

DES EFFETS DU SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE. 801

en lui le sacrement, si rien ne contrariait son action. L'obstacle capable d'empèclier la Sainte Eucharistie d'exercer toute sa vertu est le péché mortel, car celui qui en est coupable n'est pas dans les dispositions voulues pour la recevoir. II ne vit pas spirituellement, et la vie spirituelle est nécessaire pour prendre un aliment spirituel. Il ne peut pas s'unir à Jésus-Christ tant qu'il demeure attaché au péché mortel. La communion en pareil cas, loin d'effacer les péchés, en ajoute un nouveau à ceux qui souillaient déjà l'âme.

La conclusion qui ressort de cet enseignement est donc que si le sacrement de l'Eucharistie n'efface pas le péché mortel, ce n'est pas à l'insuffisance du sacrement, mais à la mauvaise disposition de celui qui le reçoit qu'il faut l'attribuer; il l'effacerait si un cas se présentait où cette disposition mauvaise n'accompagnât pas le péché, mais il n'est pas institué pour cette fm; il doit nourrir l'àme et non pas la ressusciter. Examinons maintenant la question avec quelque détail.

Les hérétiques modernes ont prétendu que l'Eucharistie a pour premier et principal effet d'effacer les péchés mortels, et que, par conséquent, l'homme coupable de fautes de cette espèce pourrait la recevoir. Luther l'a dit en propres termes, dans son discours sur la préparation au sacrement de l'Eucharistie (lib. decap.Babyl., cap. de Eucharistia). Calvin l'a dit aussi. Mais puisqu'ils enseignent d'autre part que la foi remet les péchés, et que ceux qui ont la foi reçoivent seuls l'Eucharistie, comment ce sacrement remettrait-il des péchés qui déjà seraient effacés?

Luther, Calvin et leurs sectateurs ne manquaient pas, du reste, de motifs apparents pour appuyer leur opinion. Ils pouvaient allé-

menli ; lum quia non vivit spiritualiter, et ita non débet spirituale nutrimentum suscipere, quod non est nisi viventis; tum quia non potcst uniri Christo (quod fit per hoc sacramentum) dum est in affectu peccandi morlaliter. Et ideo, utdicitur (lib. de Eccles. doff., cap. lui) : « Si mens in affectu peccandi est, gravatur magis Eucharistiae perceptione quam purificelur. » Unde hoc sacramentum, in eo qui ipsum percepit in conscientia peccati morlahs, non operatur remissionem peccati.

Potest tamen hoc sacramentum operari remissionem peccati duphciter : uno modo non perceptum aclu sed voto ; sicut cum quis prius juslificatur a peccato ; aho modo etiam porceiilum ab eo qui est in peccato morlnh, cujus conscientiam et affectum non habet : forte enim primo non fuit sufficienter contritus, sed dévote ac reverenler accédons consequelur per hoc sacramentum gratiam charitatis quœ contrilionem perficiet, et remissionem peccati. (S. TiiOM., III, q. Lxxix, art. 3.)

LA SAINTK KLCHARISTIE. — T. I. 51

guer que : T Dans la consécration même, il est dit que le sang de Jésus-Christ est le sang du nouveau Testament, qui sera répandu pour plusieurs, pour la. rémission des péchés. Le sang eucliaristique est appelé le sang du nouveau Testament, parce qu'il contient le nouveau pacte de rémission des péchés. 2^ L'Eucharistie contient la chair du Christ, qui, dit S. Cyrille ', couimuiiique la vie. 3" Le concile de Florence dit que le sacrement de l'Eucharistie nous incorpore à Jésus-Christ. 4" Le concile de Trente ne condamne que ceux qui prétendent voir dans la rémission des péchés le premier et principal fruit de l'Eucharistie ; il ne nie donc pas qu'elle les remette. 5" Les SS. Pères n'hésitent pas à reconnaître au sacrement de l'Eucharistie la vertu de remettre les péchés. G" Un aliment peut bien être un remède propre à rendre la santé, en même temps qu'il a la vertu de nourrir. On ne peut refuser cette double efficacité à l'Eucharistie, puisque l'Église constate qu'elle guérit les maladies des âmes, lorsqu'elle demande que ce sacrement, soit la force des faibles et la purification de leurs crimes. Dans toutes les liturgies anciennes, il se trouve une oraison par laquelle on réclame que ce sacrement serve à la rémission des péchés.

Toutes ces raisons ont une grande valeur; mais il faut distinguer dans la conclusion qu'on en tire, pour ne pas leur faire dire ce qu'elles ne signifient pas.

La Sainte Eucharistie a la vertu évidemment de remettre les péchés quels qu'ils soient, comme nous l'avons dit d'abord avec S. Thomas, mais ce n'est pas directement et en raison de son institution qu'elle le fait, ce n'est qu'indirectement, par accident, lorsque certaines circonstances se présentent.

Le saint concile de Trente s'est suffisanmient expliqué sur cette matière pour qu'on ne puisse plus dire, sans tomber dans l'hérésie, que celui qui s'approche de l'Eucharistie, en sachant bien qu'il est coupable de quelque faute mortelle, obtient, par cet acte même, le pardon de sa faute.

Énumérant au chapitre ii de la XIIP session les effets que ce sacrement est appelé à produire, en vertu de son institution, il ne mentionne pas la rémission des péchés, mais il enseigne qu'il a été institué comme un aliment et un remède, dont la vertu est de

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