‹ La Sainte EucharistieChapitre 143 sur 169 · S. C^TiiLL., episl. ad Nestor, in concil. Ephes · texte numérisé non relu

S. C^TiiLL., episl. ad Nestor, in concil. Ephes

nous délivrer des fautes de chaque jour, et de nous préserver des péchés. Dans la même session, il promulgue ce canon : « Si <t quelqu'un dit, soit que le principal fruit de la Très Sainte Eu- « charistie est la rémission des péchés, soit qu'il n'en découle pas « d'autres effets, qu'il soit analhème » (Sess. XIIl, can. Ij). Assurément, si le sacrement de l'Eucharistie avait été institué avant toute chose pour la rémission des péchés, cette rémission serait son premier et principal effet. De plus, s'il avait été institué pour la rémission du péché mortel, il ne serait pas nécessaire de recevoir l'absolution qui efface ces péchés avant de s'en approcher. Or le saint concile de Trente définit encore dans la même session, que la foi n'est pas une disposition suffisante pour recevoir la Sainte Eucharistie, et qu'il faut nécessairement se confesser avant de communier, à moins qu'il ne soit vraiment impossible de le faire, lorsqu'on se sait en état de péché mortel K

Tel a toujours été l'enseignement des Pères et des Docteurs. Aussi la pratique de la sainl^e Église fut-elle en tout temps de refuser la sainte communion aux catéchumènes et aux pénitents publics, tant qu'ils n'avaient pas reçu l'absolution ; le premier concile de Nicée (cap. xxi) et celui d'Ancyre en font foi. La raison seule suffirait, du reste, pour montrer qu'il en doit être ainsi. En effet, le sacrement de l'Eucharistie a été institué pour nous servir de nourriture et d'aliment. Les aliments supposent la vie, or l'homme ne possède la vie spirituelle que s'il est dans la grâce de Dieu. Il faut donc, pour prendre cet aliment, pour recevoir la Sainte Eucharistie, vivre d'abord de la vie de la grâce. D'autre part, il y a déjà deux sacrements institués directement pour la rémission des péchés mortels, et ces deux suffisent, car l'un remet les péchés commis avant le Baptême, et l'autre les péchés dont les clirétiens baptisés se sont rendus coupables. Dieu ne fait rien d'inutile et il n"a pas institué plusieurs sacrements ayant la même fin, et tendant directement au même effet. A quoi servirait un troisième sacrement dont la raison d'être serait principalement, et avant tout, la rémis-

I. Si quis dixcrit sol.im fidem esso sufficientem prœp;ir;Uionein ad sumendum sanctissiiiice Eucliaristice sacraincntum, anathoina sit. Et ne tanluui sacrainentum indigne alque idco in niorleni elcondemnatiunem .sunialur, slaluit atqup déclarât ipsa sancta Synodus, illis quos eonscicntia peccali morlulis gravât, quantumcumque etiam se conlritos existiment, habita copia confessoris, necessario prcCiaittendam confessionem sacramentalem. [Cuncil. Tritl., sess. XIII, can. il.)

sion (Je ces péchés qu'effacent soit le Baptême, soit le sacrement de Pénitence?

Il ne sera pas difficile de montrer que les motifs allégués par les hérétiques, pour appuyer leur doctrine, qui donne à TEucharislie la rémission des péchés pour premier et principal effet, n'ont pas la portée qu'ils leur supposent.

Les paroles de la consécration sur lesquelles ils s'appuient : Le sang du nouveau Testament qui sei'a répandu poui' plusieurs, pour la rémission des p)échés, sont de celles que le prêtre prononce par mode de récit, et elles ont eu leur plein et entier accomplissement dans la passion de Notre-Seigneur : ce fut alors que le sang du nouveau Testament fut versé pour la rémission des péchés, parce que la condition sous laquelle la rémission des péchés avait été promise fut alors accomplie. Et si l'on voulait appliquer ces paroles au sang de Notre-Seigneur actuellement présent dans le Saint-Sacrement, lorsque le prêtre les prononce, il faudrait dire que la Sainte Eucharistie n'est pas seulement un sacrement, mais aussi un sacrifice, et que ce sacrifice opère en nous la rémission des péchés ; car c'est une des fins du sacrifice de la messe. On peut dire encore que le sang précieux contenu dans le calice est un nouveau testament, car le testament est le signe de la volonté du testateur et de sa promesse. Or cet adoi'able sacrement est le signe irréfragable delà volonté de Dieu, infiniment bienveillante pour nous et prompte à nous remettre nos péchés.

S. Cyrille a bien raison de dire que la chair de Jésus-Christ est vivifiante, mais dans ce sens qu'elle augmente et entretient la vie; de plus, elle fait quelquefois sortir l'àme de la mort du péché, comme nous le dirons, mais cet effet n'est qu'indirect et accidentel. Le saint concile de Trente, tout en frappant d'anathème les hérétiques qui présentent la rémission des péchés comme l'effet direct et principal du sacrement de l'Eucharistie, reconnaît cependant qu'il concourt en quelque manière à leur rémission, en procurant la grâce de n'y pas tomber; c'est une sorte de rémission antérieure plus parfaite et plus désirable que celle qui ne vient qu'après le péché commis; car la grâce est plus grande d'être préservé du péché que d'en être relevé après la chute.

Lorsque les Pères proclament l'efficacité de la Très Sainte Eucharistie pour la rémission des péchés, ce n'est pas du sacrement

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qu'ils entendent parler, mais du sacrifice ; ou s'ils l'entendent du sacrement, c'est en ce sens que la Sainte Eucharistie nous éloigne du péché mortel et efface le péché véniel. S'ils parlent du péché mortel, ce n'est pas de la rémission du péché lui-même, mais de la peine qui lui est due, qu'il faut entendre leurs paroles. Et même, s'agirait-il du péché et non de la peine encourue par lui, il faut encore considérer qu'il peut être question, comme le dit S. Thomas {ibid., ad 1), premièrement des péchés cachés, ignorés de ceux mêmes qui en sont coupables, et qui sont effectivement remis par la vertu du sacrement; en second lieu, d'une rémission indirecte, due aux sentiments de contrition que la Sainte Eucharistie éveille ; troisièmement, des péchés futurs qu'elle donne les moyens d'éviter.

Enfin il est bien vrai que la Sainte Eucharistie n'est pas seulement un aliment mais aussi un remède. Elle nous purifie des péchés véniels, préserve notre âme des faiblesses futures et de la mort par le péché mortel. Mais ce médicament précieux n'a pas la vertu de rendre la vie aux morts. Dieu a institué deux sacrements pour opérer ce grand miracle de la résurrection des âmes, le Baptême et la Pénitence, et c'est assez, parce qu'ils suffisent pour toutes les circonstances.

Cependant S. Thomas enseigne que le très saint et très adorable sacrement de l'Eucharistie concourt à la rémission des péchés, de deux manières. En premier lieu, il y concourt en ce sens que le Baptême et la Pénitence ne vont pas sans un désir, au moins implicite, de la Sainte Eucharistie : elle est le but auquel ils tendent; sa réception est l'acte par excellence auquel ils préparent. La Sainte Eucharistie est donc pour quelque chose dans la justification que procurent le Baptême ou le sacrement de Pénitence.

Mais il est une autre manière de remettre le péché où l'on voit plus nettement l'action du Très Saint Sacrement. Il peut arriver qu'un pécheur n'ait pas conscience d'un péché mortel qu'il a commis : c'est, par exemple, une faute qu'il regarde comme vénielle, quoique très grave en réalité, et dont il n'éprouve pas une contrition parfaite, mais uniquement quelque regret, un peu d'atlrition. Dans ce cas ou dans d'autres semblables, la Sainte Eucharistie effacera-t-elle le péché directement, par sa vertu sacrmentelle, ex opère operalo, comme le ferait l'absolution du prêtre? Telle est la question qui divise les théologiens catholiques.

Quelques docteurs, au premier rang desquels il faut citer S. Bo-

naventure ot Alexandre de Halès, enseignent que si quelqu'un ainsi coupable s'approche de bonne foi du Très Saint Sacrement, Dieu lui donne, par pure bienveillance, la grâce de se disposer de telle sorte qu'il reçoive le pardon du péché mortel qui lui est caché; mais en même temps ils sont d'avis que le sacrement n'agit pas, en cette circonstance, ex opère operato ; cette rémission n'est pas un eftet proprement sacramentel. Vasquez dit que l'opinion de S. Thomas n'est pas éloignée de celle de S. Bonaventure, ou plutôt que les deux n'en sont qu'une. La pensée du Docteur Angélique est, selon lui, que Dieu donne des secours actuels à ceux qui s'approchent avec bonne foi de la sainte communion, pour les aider à concevoir une véritable contrition de leur péché, contrition qui efface immédiatement la faute. A l'appui de cette opinion, on peut dire que l'on ne voit nulle part, ni dans la Sainte Écriture, ni dans les conciles, ni dans les écrits des Pères, que le sacrement de l'Eucharistie remette par sa propre vertu, et en agissant comme sacrement, leurs péchés cachés, à ceux qui en sont coupables, et qui n'éprouvent qu'un sentiment de regret de leurs fautes, qui n'est pas la véritable contrition. Néanmoins, l'opinion contraire est plus généralement admise, et semble plus conforme à la vérité.

Nous dirons donc, à la suite des principaux disciples de S. Thomas, que le sacrement de l'Eucharistie tient de son institution même la vertu de remettre les péchés mortels, à deux conditions cependant : la première, que ces péchés ne soient pas connus comme mortels, ni même comme probablement mortels, par celui qui les a commis. La seconde, que celui qui reçoit le sacrement en cet état de conscience ait le degré d'attrition requis pour que tout sacrement puisse opérer son effet et procurer la justification. Tel est, en réalité, l'enseignement de S. Thomas, que Vasquez s'efforce, comme il le fait souvent, de détourner de son sens naturel, afin de l'accommoder à ses propres vues. La conclusion de l'article du saint Docteur est que le sacrement de l'Eucharistie opère la rémission des péchés ; mais s'il ne l'opérait uniquement que parcfî que Dieu donnerait des grâces de contrition à ceux qui le recevraient, ce ne serait plus le sacrement qui justifierait; on ne peut regarder comme effet propre du sacrement que ce qu'il opère directement par lui-même, en raison de sa vertu propre.

Du reste, S. Thomas enseigne ailleurs que celui qui reçoit la

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Sainte Eucharistie, étant coupable de quelque péché mortel, mais de bonne foi, et ignorant sa culpabilité, non seulement ne pèche pas, mais, qui plus est, obtient la rémission du péché, en vertu du sacrement ', Telle est la vraie pensée de S. Thomas adoptée par presque tous les docteurs et les théolop^iens. Qu'il nous suffise de citer Duns Scot, Durand, S. Antonin, Sylvester, Cajétan, Nugnus, Suarez, Véga, Soto, Henriqucz, etc. La raison qu'ils apportent de leur opinion est que tous les sacrements produisent leur effet, lorsque ceux qui les reçoivent n'y mettent pas d'obstacle ; le concile de Trente l'a ainsi défini (VIP session, canon G); celui qui ne se croit pas coupable de péché mortel, et qui éprouve un véritable regret de ses fautes en s'approchant de la sainte communion, ne met pas d'obstacle à l'action du sacrement et par conséquent il reçoit la grâce. Le sacrement de l'Eucharistie contient la source de la grâce qui est Jésus-Christ : comment imaginer que Jésus-Christ se donne à celui qui le reçoit dans ce sacrement sans mettre volontairement d'obstacle à sa grâce, et que cependant il la lui refuse?

Mais il ne faut pas oublier que les deux conditions requises, comme nous l'avons dit, pour que la sainte communion efface le péché mortel, sont absolument indispensables.

Il est nécessaire que celui qui reçoit la sainte communion en état de péché mortel soit de bonne foi, c'est-à-dire qu'il ignore involontairement la faute dont il est coupable, ou que la gravité de cette faute ne lui semble pas ce qu'elle est en réalité. Il est nécessaire, en second lieu, qu'il ait l'attrition ou la contrition imparfaite de ce péché s'il le connaît en particulier, ou de tous ses péchés en général, s'il ne le connaît pas. Il peut fort bien arriver que quelqu'un ait péché mortellement et oublié son péché; il peut arriver aussi qu'on se trompe sur la gravité de la faute; il peut se faire que l'absolution reçue n'ait pas été valide pour quelque raison ignorée du pénitent; il peut se faire enfin qu'un prêtre ayant péché se trouve dans la nécessité absolue d'ofirir le Saint Sacrifice sans s'être confessé d'abord, et sans avoir la contrition parfaite de sa faute, mais seulement l'attrition. Dans toutes ces circonstances et d'autres encore, le sacrement de l'Eucharistie eflacera par lui-même le péché, pourvu que celui qui le

1. Imo niagis ex vi sacmmcnti pcccati remissionem consequilur. (S. Thom., IV, d. IX, q. Il, art. 3, q. ±)

reçoit ait un regret sincère de l'avoir commis. Si ce regret d'avoir péclié est indispensable même pour ceux qui reçoivent le Baptême, à plus forte raison le sera-t-il pour que le sacrement de l'Eucharistie, qui n'a pas été institué directement comme le Baptême en vue d'effacer le péché, l'efface néanmoins.

Nous pouvons conclure que le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie remet, par sa propre vertu, les péchés mortels, et qu'il tient cette efficacité de son institution ; cependant il ne la possède que secondairement, et ne l'exerce qu'en cas de nécessité, lorsque celui qui le reçoit n'y met pas obstacle.

Rien dans les écrits des Pères ne s'oppose à cette conclusion. D'autre part, il n'est pas nécessaire que le sacrement de l'Eucharistie révèle directement et immédiatement un effet qu'il ne produit que secondairement, et par accident; c'est assez qu'il l'indique en quelque manière, ce qui arrive dans le cas présent. La nourriture qui convertit celui qui la prend en elle-même, signifie d'une manière suffisante la résurrection de celui qui s'en nourrit dignement. Cette nourriture est la vie, puisque c'est Jésus-Christ lui-même ; si elle convertit en elle-même celui qui la reçoit, certainement la vertu ne lui manque pas pour lui rendre la vie en cas de mort, pourvu qu'il ne mette pas volontairement obstacle à la vie qu'elle lui apporte. D'autant plus que le pécheur mort sous certain rapport, parce qu'il n'a pas la charité, est encore vivant par la foi. Il peut, grâce à elle, agir et se disposer à la vie; or, il arrive quelquefois qu'une nourriture ou qu'un médicament rend la santé à un malade qui n'avait plus qu'un souffle de vie, et que l'on considérait comme perdu sans ressource. Ces réflexions sont de Suarez traitant cette question.

LE SACREMENT DE l' EUCHARISTIE EST UN GAGE DE LA VIE ÉTERNELLE

Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : Celui qui mange ce pain vivra éternellement : Qui manducat hune panem vivet in œternum {Joann., vi, 59); or, dit S. Thomas, la vie éternelle est la vie de la gloire, il faut donc compter cette vie parmi les biens que procure le très saint et très adorable sacrement de l'Eucharistie '.

\. Utrum effectus hujus sacramenli sil adeplio (jlorix? — Videtur quod cffectus, etc. Sed contra est quod dicitur [Joann., vi, U2) : Si quis manducave-

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La Sainte Eucharistie contient Notre-Seigneur Jésus-Christ et représente sa passion ; or c'est lui qui nous ouvre la porte du ciel, et c'est par sa passion qu'il le fait. De plus, il nous donne dans l'Eucharistie sa chair à manger, et il nous la donne comme une nourriture qui fait vivre éternellement, qui rend incorruptibles et immortels ceux qui la prennent.

Tout aliment naturel a pour fin de conduire l'homme à la perfection de son développement; l'aliment spirituel a le même but; il doit conduire celui qui s'en nourrit à l'état de perfection qui, pour l'âme immortelle et élevée à l'état surnaturel par le Baptême, n'est autre que la gloire du ciel. Nous en trouvons une image dans ce pain cuit sous la cendre, que le prophète Élie reçut de la main d'un ange, et qui lui communiqua la force de marcher jusqu'à la montagne d'Oreb, appelée la montagne de Dieu. {III Reg., xix.) Aussi la sainte Église, dans une antienne de l'office du Très Saint Sacrement, donne-t-elle à l'Eucharistie le titre de gage de la gloire future : Pignus futurœ gloriœ. Elle adresse encore cette prière au Seigneur : « Faites que tous nos désirs soient comblés « par la jouissance éternelle de votre divinité, que figure à l'avance « la réception temporelle de votre précieux corps et de votre « sang '. » S. Irénée, S. Jérôme, S. Cyrille, S. Léon, S. Chrysostome, S. Ambroise, et on peut dire en général tous les Pères, sont d'accord pour considérer la gloire éternelle comme un des fruits de la Sainte Eucharistie. Aussi le concile de Trente n'hésite-t-il

rit ex hoc pane vivet in ceterniim. Sed vita aeterna est vita gloriae. Ergo effectus hujus sacramenti est adeptio glorije.

Respondeo dicendum quod in hoc sacramenlo potest considerari et id ex qiio hal)et cffectum, scilicet iisus sacramenti et species ejus. — Et quantum ad lUrumque compelit huic sacramento quod causet adcptionem vitœ œternae. Nani ipse (Jhristus per suam passionem aperuit nol)is adituui vitae seternce, secundum ilhul {Hchr:, ix, lu) : Xovi leslnmenti mediatov est ; lit morte intercedniti' qui vnrnli siint accipiant rrpromissioiiem sctermc hœreditatis. Unde et in forma hujus sacramenti dicitur : Ilir est cnlix smiguinis mei, novi et xtenii testamenti. Similiter etiam refectio cibi spirituahs et unitas significata per species panis et vini liabentur (juidem in prœsenti, sed imperfecte ; pcrfcctio aulem in statu gloria\ Unde Augustinus dicit (super ilkul Joamt., vi : Caro mea vere est cihiis, tract. XVI in Jooiin., aUquant. antc fin.) : « Cum cibo et potu id appelant homines ut non esuriant neque sitiant, hoc veraciter non praestat nisi isle cil)us et potus qui eos a quiljus sumitur immorlales et incorruptihiles facit in socictate sanctnrum, ul)i pax eril, et unitas ])lena alque perfecta. (S. TiiOM., III, q. i.xxix, art. "2.)

i. Fac nos divinitalis lu;e sempilerna fruilione repleri, quam pretiosi corporis et sanguinis temporahs jjcrceplio pnt'ligurat.

pas à déclarer, à la suite de S. Thomas, que Jésus-Chrisl a voulu faire de cet adorable sacrement le gage de notre gloire future et de notre immortelle félicité ^ Ce n'est pas assez, le concile déclare son désir de voir tous les fidèles s'approcher souvent, avec une grande dévotion et une ardente piété, du très saint sacrement de l'Euclinristie, qui leur donnera la vie et la santé perpétuelle de l'àmo, les rendant ainsi assez forts pour achever heureusement le pèlerinage de la vie présente, malgré ses misères, et d'arriver à la patrie céleste. Là, ils mangeront sans voile ce même pain des anges, qui leur est donné maintenant sous les apparences sacramentelles '^.

Si Ton demande maintenant pourquoi la Sainte Eucharistie est un gage de la vie éternelle pour ceux qui la reçoivent, nous dirons que quiconque a été sanctifié par le Baptême ou par la Pénitence ne peut arriver au ciel que s'il conserve jusqu'à la fin la grâce habituelle, que l'un ou l'autre de ces sacrements lui a communiquée. La gloire éternelle est le prix de la persévérance ; or de tous les moyens de persévérer dans la grâce de Dieu, le plus puissant est sans contredit la réception fréquente du sacrement de l'Eucharistie; c'est pour assurer la persévérance qu'il nous a été donné. L'on comprend bien d'ailleurs que Notre-Seigneur Jésus- Christ déploie toutes les ressources de sa grâce, pour empêcher de se perdre les fidèles qui l'ont reçu avec une véritable piété, par la sainte communion, et lui ont donné l'hospitalité, non seulement dans leur maison comme Marthe et Marie-Madeleine, mais dans leur chair et dans leur âme. On serait tenté de croire que la perte finale d'une âme qui a fait la sainte communion avec des dispositions parfaites, ne fût-ce qu'une fois pendant le cours de sa vie mortelle, est moralement impossible. C'est pour cela que l'on attache tant de prix à bien préparer les enfants à leur première communion.

1. Pi,u;nus praaterca id esse vohiit futiirœ nostrag glorise, et perpetuae felicitalis. [CoticiL Trid., sess. XIII, cap. ii.)

2. Haec sacra mysleria corporis et sanguinis ejus, ea fidci constantia et flrmitate, eaanimi devolione, ea pietatc et cullu credant et vencrentur, ut panein illuni siiporsubstantialcin fréquenter suscipere possint, et is vere eis sitanimae vitn, et perpétua sanitas mentis, cujus vigore conforlati et hujus miserse ])eregrinationis itinere ad cœlestem patriam pervenire valeant, eumdem panem Angeloruin, quem modo sub sacris velaminibus edunt, aljsque ullo velamine manducaluri. [Concil. Trid., sess. XIII, cap. viu.)

DES EFFETS DU SACREMENT DE l'euGHARISTIE. 811

LE SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE EST UNE SOURCE DE DOUCEURS ET DE CONSOLATIONS POUR l'aME

Le concile de Florence compare les effets de la Très Sainte Eucharistie sur Tàme à ceux que produit la nourriture corporelle. Celle-ci ne nourrit pas seulement, elle flatte le goût, procure d'agréables sensations et un bien-être général. Il en est tiinsi de la Sainte Eucharistie; elle est remplie de douceurs pour ceux qui la reçoivent; ils }' trouvent des jouissances ineffables auxquelles les plaisirs purement naturels ne sauraient être comparés. Cet adorable sacrement produit infailliblement cet effet, pourvu que celui qui le reçoit nV mette pas d'obstacles; or ces sortes d'obstacles ne sont pas toujours des fautes ; il suffit de quelque préoccupation qui survient indépendamment de la volonté, pour empêcher de goûter les douceurs qui accompagnent une communion bien faite. Il peut arriver aussi que Dieu se réserve de faire éprouver ces effets de la communion, en un autre moment où ils seront plus salutaires.

Le concile de Vienne déclare que dans le sacrement de l'Eucharistie se trouve toute suavité : c'est la douceur du Seigneur lui-même que l'on y goûte •. S. Ambroise dit qu'il enivre le cœur des fidèles et leur fait oublier tous les soins, les sollicitudes de ce monde et la crainte de la mort ~, et pour le prouver, il cite plusieurs passages de la Sainte Écriture et de S. Cyprien. Tertullien faisait allusion à cet eftet de la Sainte Eucharistie, lorsqu'il disait : « La chair est nourrie du corps et du sang de Jésus-Christ pour « que l'àme s'engraisse de Dieu lui-même 3. » On se sert ordinairement, pour faire ressortir la même vérité, de ces paroles du Roi- Prophète : Vous réservez, 6 Dieu, une pluie volontaire pour votre héritage; il a été affaibli, mais vous, vous Vavez fortifié. Vos animaux y liabiteront; vous avez, ô Dieu, préparé, dans

\. In hoc sacraniento habeUir omne delectamentiim, et omnis saporis suavitas, ipsaque dulcedo Domini dcgustalur. [Concil. Vienn.,dereliqiiiis et vetier. suncloriim.j

2. Inehriaf affectus fidolium,iit curani Sc-çculi hujus, mcUlm,sollit•itudincmq^le deponant. (S. Ambros., J)p mi/sferiis, cap. vili.)

^. Caro corpore et saniruine Cliristi vescitur, ul anima de Deo saginetur. (Tertull., De resurr. carnis, cap. viii.)

votre douceur, une nourriture au pauvre '. David avait premièrement en vue la manne, lorsqu'il s'exprimait ainsi; mais la manne est une des figures les plus expressives du très saint sacrement de l'Eucharistie.

Nous pouvons donc regarder comme certain que Notre-Seigneur, en instituant rEucharislie, a donné à ce sacrement une vertu particulière pour réjouir les fidèles qui le reçoivent. Rien ne s'accorde mieux avec la fin de ce sacrement, qui est de nourrir les âmes et d'entretenir une sincère amitié entre elles et le Seigneur. Aussi voit-on ordinairement régner dans les communautés ferventes, et même chez les personnes séculières qui communient souvent avec dévotion, une sérénité d'ûme, une douce joie, que le monde ne s'explique pas et qu'il ne saurait ressentir. Jésus-Christ a rassemblé en quelque sorte toutes les richesses de son amour pour les hommes, dans l'Eucharistie, selon l'expression du concile de Trente ' ; comment n'y aurait-il pas mis ce qui était le plus capable de les attirer vers ce sacrement? Comment leur aurait-il refusé d'y trouver quelque douceur?

La joie spirituelle, la douceur qui accompagne la réception de la Sainte Eucharistie, lorsque rien n'y met obstacle, procède de la ferveur qu'elle excite dans l'àine. La ferveur est une ardeur de charité qui fait que l'on aime Dieu, au point de chercher à lui plaire par l'accomplissement, non seulement des devoirs nécessaires, mais de tout ce que l'on croit lui devoir être agréable. Le mot ferveur vient du latin fervere, que l'on applique à l'eau lorsque, sous l'action de la chaleur, elle se dilate, remplit le vase qui la contient, et s'efforce de se répandre au dehors. La charité, lorsqu'elle est fervente, c'est-à-dire ardente, ne se contente pas du nécessaire; elle dépasse les limites du strict devoir : il lui faut des œuvres de surérogation.

De cette ferveur que la Sainte Eucharistie excite au moment qu'il plait au Seigneur, procèdent la délectation et la douceur dont parle S. Thomas, lorsqu'il dit que l'àme est spirituellementdélectée, qu'elle est en quelque sorte enivrée par la douceur de la bonté divine, selon ces paroles du Cantique : Mangez, mes amis, el buvez,

\. Pluviam voluntiiriam sogregabis, Deus, hsercditali tuae, et infirmala est, tu vero perfccisti eam ; animalia tua habitabunt in ea; parasli in dulcedine tua pauperi Deus. (As. Lxvii, 10, W.)

2. Chri.slus in boc sacramcnlo divitias amoris vclutieffudil. (Sess. XIII, cap. ii.)

DES EFFETS DU SACREMENT DE l'eUCHARISTIE. 813

et enivrez-vous, mes très chers '. La délectation procède en effet de l'amour et de l'impression que cause la présence de l'objet aimé. La présence d'une chose que l'on n'aime pas ne cause aucun plaisir; on n'en éprouve point non plus en l'absence d'une chose que l'on aime. II faut, pour qu'il y ait plaisir, la présence et la vue de ce que l'on aime. C'est par la foi que nous considérons Notre-Seigneur Jésus-Christ dans son adorable sacrement; c'est par la foi que nous savourons longuement les douceurs de ce pain divin qui n'est autre chose que le Seigneur lui-même. On ne se hâte pas d'avaler un aliment qui plaît; on le mange lentement, pour ne rien perdre du plaisir qu'il procure. Il en est de même du sacrement de l'Eucharistie ; lorsqu'on met un temps suffisant à le goûter par la contemplation de ce don de Dieu, on y trouve des douceurs infinies, parce qu'on jouit à loisir de ce que l'on aime par-dessus toute chose, et que l'on possède présent en soi-même. Les douceurs, les consolations que l'on trouve dans la Sainte Eucharistie semblent donc procéder moins directement de ce sacrement que l'amour et la considération qui les produit, et les grâces actuelles, qui inspirent et facilitent les actes de foi et d'amour d'où découle la délectation, sont données à celui qui communie, en vue du sacrement qu'il reçoit.

Il résulte de là que l'état de grâce ne suffit pas pour ressentir les douceurs qui procèdent de la sainte communion, et qu'elle produit par sa propre vertu ; il faut correspondre aux secours actuels que l'on reçoit pour émettre les actes de foi et de charitéd'où naissent les douceurs et les consolations spirituelles. Il faut de plus que le palais de l'âme ne soit pas malade, que son goût ne soit pas perverti par l'amour des choses de la terre. S'il l'est en effet, il arrive ce que l'on remarque dans les maladies corpo-

1. Dicenduni quod hoc sacramciUuin confert graliam spiriliialiter cum virtulc charitati.s. Unde Damascenus comparât hoc .sacramontimi carl)oni qiiem Isaias vidit. (/s., vi.) Car])0 eniiu lignuiu simplex non est, sed uniluin iiini ; ita et panis cominunioiiis non sinijjlex panis est, sed unilus divinitali. Sicut autem Gregorius dicit : » Anior Dei non estotiosus : magna enim operatur si est. » Et ideo per hoc sacramenlum, (luantum est ex sui virtute, non sokim habitus gratiœ et virtutis confertiir, sed etiam excitatur in actum secundum illud (// Cor., V, 14) : Charilns Chrisli uvgct nos. Et inde est quod ex virtute liujus sacramenti anima spiritualiter reficitur, per hoc quod anima spirilua- Uter delectalur, clquodammodo inehrialur dulcedinc ))onilalis divina', secundum ilkid [liant., v, 1) : ComeiUte, amici, et bibite, et inrbvinmini, chaviasimi . (S. TnoM., 111, q. lxxix, art. 1 ad -2.)

relies; la présence de Jésus-Christ, même aimé et contemplé, ne cause aucune joie, comme le malade ne trouve plus de saveur aux aliments qu'il aimait le mieux étant en santé; tout le rebute et lui semble amer.

Mais si la contemplation do Jésus-Christ, que Ton aime et que Ton possède, est la cause de cette douceur spirituelle, de cette joie que la sainte communion fait éprouver à l'àme, on aurait tort de conclure que la durée de cet heureux effet ne dépasse pas celle de la présence de Jésus-Christ dans les espèces eucharistiques, que l'on a reçues. Il faut comparer les effets de la Sainte Eucharistie à ceux des aliments matériels qui entretiennent la vie du corps. Les aliments corporels procurent deux jouissances bien distinctes ; ils flattent le goût au moment où on les mange; mais on jouit encore d'eux lorsqu'ils sont dans Testomac ; il reste un arrière-goût qui fait plaisir, un souvenir qui est agréable, des vapeurs qu'un vin généreux fait monter au cerveau, un bien-être général qui dispose aux expansions de la joie. Nous pouvons dire que quelque chosede semblable a lieu dans la sainte communion. Le temps de la présence corporelle de Notre-Seigneur en celui qui communie est sans doute le plus abondant en jouissances spirituelles, si l'on sait en profiler, mais il dure relativement peu. Seulement il laisse après lui l'odeur, le goût de l'aliment divin que l'on a pris ; il laisse des lumières qui illuminent et réjouissent l'intelligence, des flammes qui embrasent le cœur; il produit une sorte d'ivresse; mais que cette ivresse est différente de celle que l'on trouve dans les excès de la boisson ! Que mon calice enivrant est excellent, ô mon Dieu! s'écrie S. Cyprien après le prophète David i. Le calice du Seigneur enivre ceux qui le boivent ; mais c'est pour les rendre sobres, pour soumettre leur esprit aux règles de la sagesse spirituelle, pour que, délivrés du goût des choses du siècle, ils portent toutes leurs pensées vers Dieu. Et de même que le vin commun, lorsqu'on le boit, dégage l'esprit, réjouit l'àme et dissipe toute tristesse, le sang du Seigneur, breuvage salutaire, doit, lorsqu'on l'a pris, faire disparaître jusqu'au souvenir du vieil homme, et oublier la vie que l'on a menée dîns le siècle. Il doit dissiper la tristesse et le chagrin dont le cœur était étreint au souvenir des péchés, et ne laisser déplace qu'à la joie causée par le pardon de

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