Voir Passerini, quœst. lxmx, art
3. Utrum pcr hoc sacramentum remitlantur peccala venialia? — \ idelur quod, etc. Sed contra est quod Innoccntius III dicit {J)e myslcriis mtssx,
Mais le concile lui-même s'exprime avec non moins de clarté dans le II* chapitre de laXIIPsession, que nous avons déjà cité plusieurs fois. « Notre Sauveur, dit-il. a voulu que ce sacrement soit pris a comme un antidote qui nous délivre des fautes quotidiennes, et « nous préserve des péchés mortels : Sumi autem voluit sacra- « mcntum hoc... tanquani aniidotum, quo liberemur a culpis « quoticUanis et a peccatis mortailbus prceservemur. » Telle est la doctrine de l'Église, et il serait difficile de citer un Père de l'Église ou un théologien catholique jouissant de quelque autorité qui y contredise ; tous, au contraire, reconnaissent à cet adorable sacrement la vertu de purifier les âmes des fautes' légères inhérentes à la faiblesse humaine. Nous n'avons donc pas à établir ce point, mais il nous reste à voir si la Sainte Eucharistie efface les péchés véniels sacramentellement, ou, si l'on veut, immédiatement, directement, en vertu de son institution comme sacrement, ou bien si elle ne le fait que d'une manière indirecte.
Il est indubitable que la Sainte Eucharistie, lorsqu'on la reçoit dignement, excite dans l'àme une plus grande ardeur de charité. C'est là un de ses effets propres et directs comme sacrement; il est donc impossible qu'elle n'efface pas les péchés véniels qui ne peuvent exister simultanément avec une charité ardente. Elle les détruit donc et les fait disparaître. Mais cet effet de la Sainte Eucharistie est-il un effet sacramentel? Le produit-elle (?a7 opère operaio, c'est-à-dire, suffit-il que l'on reroive avec les dispositions strictement requises le sacrement de l'Eucharistie, pour que tous les péchés véniels soient effacés ?
lil). IV, cap. xLiv), quod « hoc sacramentum venialia delet et cavet mortalia. » Respondeo dicendum quod in hoc sacramento duo possunt considerari, scilicel ipsuin sacramentum, et res sacramciili. Et ex utroque apparet quod lioc sacramentum habet virtutem ad remissioncm venialium peccatorum. Nam hoc sacramentum sumitur sul) specie cUn nutrientis. Nutrimenlum autem cilii est nccessarium corpori ad restaurandum id quodquotidie deperditur per actionem caloris naturalis. Spiritualiler autem quotidio aliquid in nobis deperditur ex calore concupiscentite per peccata venialia qu;e diminuunt fervorem charitatis, ut in socunda parte liabitum est. (II. II, quaîst. xxiv, art. 10.) Et ideo competit huic sacramento ut remitlat peccata venialia. Undeet Ambrosius dicit {'le Sncramottis, lib. IV, cap. iv implic), quod isle panis quotidianus sumitur in remedium quotidianœ infirmilatis. Res autem hujus sacramenti est charitas, non solum quantum ad babitum, sed etiam (juantum ad actum, qui excitatur in hoc sacramento per quem peccata venialia solvuntur. Unde manifestum est quod virtute hujus sacramenti remittuntur peccata venialia. (S. Tiio.M., III, q. LXXLX, art. 4.)
DES EFFETS DU SACREMENT DE l'EUCHARISTIE. 817
S. Thomas ne le croit pas. « Il n'est pas nécessaire, dit-il, que «t le sacrement d'Eucharistie efface toujours tous les péchés vé- « niels, mais seulement à proportion de la dévotion de chacun, « parce que la rémission des fautes vénielles n'est pas l'effet très « prochain de ce sacrement, mais il n'en est qu'une conséquence, a comme il a été suffisamment prouvé K »
Le texte du concile de Trente que nous avons cité n'est nullement opposé à cet enseignement du Docteur Angélique. Le concile affirme que le sacrement de l'Eucharistie nous délivre des fautes quotidiennes ; et il faut l'entendre en ce sens qu'il nous en délivre ex opère operato, par sa propre vertu, du moment que nous le recevons. L'opinion embrassée par S. Thomas ne dit pas le contraire, puisqu'elle reconnaît que le sacrement de l'Eucharistie a pour effet propre d'exciter la ferveur de la charité, ferveur qui n'est pas compatible avec le péché véniel, et qui par conséquent le détruit. Mais elle ne considère pas cet effet comme le fruit immédiat de la Sainte Eucharistie. Elle le produit par sa propre vertu, comme sacrement, mais au moyen de la charité qu'elle excite. Le saint concile ne dit rien qui ne s'accorde parfaitement avec cette proposition.
Quelqu'un dira peut-être : Le sacrement agissant ex opère operato obtient infailliblement son effet, pourvu que celui qui le reçoit n'y apporte pas d'obstacle, de telle sorte que celui même qui le reçoit sans y penser, parce qu'une distraction naturelle s'est emparée de son esprit, n'en reçoit pas moins la grâce sacramentelle. Cependant, en pareil cas, on ne peut pas dire qu'il s"allume en lui une telle ferveur de charité que les péchés véniels en soient effacés. Comment prétendre alors que cette ferveur et cette rémission des péchés véniels soient des effets sacramentels infiiilliblement produits par l'Eucharistie?
Il faut distinguer ici entre les effets sacramentels, ceux que les sacrements produisent nécessairement et toujours, lorsqu'ils sont reçus dignement, et les effets secondaires qu'ils produisent infailliblement aussi, mais moyennant certaines conditions, certaines dispositions du sujet. La grâce sacramentelle consiste surtout
4. Nec tamen oportet quod sompcr oninia peccala venialia deloat, sed secunduni mensuram devotionis, quia non est proximus elfoclus ejus doletio venialiiua, sed ex consoqucnli, ul ex diclis palet. ^S. Tiio.M., I\', d. xii, q. ii, arl. -2, q. l,corol. et ad 1.)
dans un secours actuel, que Dieu donne pour agir, non pas précisément au moment où le sacrement est reçu, mais lorsque cette grâce pourra être utile à celui qui a reçu le sacrement, pourvu qu'en cette occasion il n'y mette pas obstacle. C'est ainsi que celui qui communie avec un esprit distrait pèche, si la distraction est volontaire, et l'on ne s'étonnera pas qu'il ne reçoive pas la rémission de ses péchés véniels, au moment même où il en commet un nouveau. Par sa distraction volontaire, il repousse la grâce de ferveur et de charité que le sacrement lui apporte et, par conséquent, il rend impossible la rémission des péchés véniels attachée à cette ferveur. Mais si la distraction est tout à fait involontaire, la ferveur ne tardera pas à naître, pourvu qu'un autre obstacle ne vienne pas s'y opposer ; en vertu de la grâce du sacrement, il aimera Dieu plus ardemment qu'il ne l'avait fait jusqu'alors, et cet amour ardent effacera les péchés véniels.
Mais il existe une seconde opinion; c'est que le sacrement de l'Eucharistie efface les péchés véniels immédiatement et par sa propre vertu, et non pas secondairement, grâce à la ferveur qu'il excite. C'est celle que Suarez et les principaux commentateurs de S. Thomas reconnaissent comme l'enseignement authentique de cet illustre docteur ; c'est celle, par conséquent, que la plupart des théologiens ont embrassée après lui. Elle est la plus probable, et ce qui contribuée lui donner tout d'abord cette plus grande probabilité, c'est que le Docteur Angélique l'a adoptée. Nous lisons en effet dans l'article de sa Somme théologique où il traite de la rémission des péchés véniels par l'aspersion de l'eau bénite : « La « rémission des péchés véniels peut s'opérer de trois manières « différentes, dont la première est l'infusion de la grâce, parce « que cette infusion détruit les péchés véniels, ses ennemis. La a Sainte Eucharistie, rExtrôme-Onction et généralement tous les « sacrements de la nouvelle Loi, conférant la grâce, effacent les « péchés véniels de cette manière '. » Dans ce passage S. Thomas dit expressément que les péchés véniels sont remis ou effacés en vertu de l'infusion de la grâce. Il avait, dans le Commentaire des
1. Triplici ratione aliqua causant remissionem peccatorum : uno modo in quanUim in cis infunditur gratia, quia per infusionem gratise lollunlur venialia peccala, ul supra dictum est (art. praeced.). Et hoc modo ])cr Eucharistiam et Extremam Unclionem, et universaliter per omnia sacramenta nova; legis, in quibus confertur gratia, peccata venialia remitluntur. (S. Thom., III, q. Lxxxvii, art, 3.)
sentences, parlé d'une autre manière, et attribué la rémission du péché véniel à la Terveur de la ciiarité qui contient implicitement la contrition, de telle sorte que ce qui excite la ferveur de la charité peut être regardé comme effaçant les péchés véniels; tels sont les sacrements qui tous confèrent la grâce '. Le saint docteur recourait donc à l'acte de ferveur actuellement excité par la réception du sacrement, pour effacer le péché véniel. Mais dans l'article de la Somme que nous avons cité d'abord, il attribue, au contraire, cet effet à l'infusion de la grâce, ou à son augmentation, ou à l'accroissement de la charité, en quoi il a raison ; car si la grâce n'est pas opposée d'une manière absolue au péché véniel, si l'une et l'autre peuvent se rencontrer en même temps, dans un même sujet, cependant le péché véniel s'oppose à la pertection de la charité et de la grâce ; il cause un certain relâchement et ne permet pas que celui qui en est coupable aime Dieu et le serve avec toute la ferveur qu'il y devrait apporter. Le péché véniel n'est pas incompatible avec l'état de grâce, mais il est l'ennemi du développement de la grâce, des progrès que la charité tend à faire dans les âmes. Il est donc juste que, par l'infusion de la grâce ou par son augmentation, au moins quelques péchés véniels soient effacés. D'autre part, s'il ne parle pas de la ferveur actuelle dans le premier texte comme il le fait dans le second, c'est que l'acte lui-même n'est pas requis, mais seulement l'aptitude à le produire. Par là même que les sacrements produisent la grâce, ils ont la vertu d'exciter la ferveur de la charité, et cette vertu suffit, môme indépendamment des actes, pour les mettre en opposition avec les péchés véniels; ils ont par eux-mêmes ce qu'il faut pour les chasser de l'âme, sans recourir à aucun intermédiaire.
S. Thomas, pour prouver que l'Eucharistie a le pouvoir de remettre les péchés véniels, s'appuie d'abord sur cette raison que ce divin sacrement est une nourriture spirituelle destinée à réparer les pertes, que la concupiscence nous fait subir chaque jour par les péchés véniels auxquels elle nous entraine, et qui attiédissent la ferveur de la charité. Le péché véniel n'est pas la mort de rame,
1. Dicendum quod sicut dictum est, vcnialc peccatiun dimiltitur per fervorcin charilalis, qui explicite (implicite ?) contrilionem continoal, et ideo illa, quœ nata sunt de se excitare t'ervorcin charitatis, pcccata venialia dimittere dicuntur ; hujusmodi autem sunt qiue /j^raliain conierunl sicut omnia sacramenta, etc. (S. Thom., IV, d. xvi, q. il, art. 2, q. 4.)
820 LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVfiE I. — CHAPITRE XXV.
mais il la rend malade ; il lui enlève quelque chose de sa vie spirituelle et la conduirait ainsi peu à peu à la mort, si rien ne réparait ce dommage ; c'est ainsi que notre vie corporelle dépérirait rapidement et s'éteindrait bientôt, par suite des pertes de force que nous éprouvons à chaque instant par diverses causes, si nous ne prenions pas les aliments propres à réparer ces dommages. L'aliment qui, mieux que tout autre, répare nos pertes spirituelles et entretient la vie de notre âme, est la Très Sainte Eucharistie.
Mais il faut quelques dispositions particulières pour que le sacrement de l'Eucharistie produise en nous tous les effets que nous avons le droit d'en attendre. Suarez est d'avis que les dispositions nécessaires pour que l'Eucharistie efface les péchés véniels ne sont pas celles qui suffiraient d'elles-mêmes à les effacer, indépendamment du sacrement. Cette observation est fondée. Si de telles dispositions étaient requises, la vertu du sacrement n'aurait pas à s'exercer, puisque les péchés véniels auraient disparu avant qu'on le reçoive, car la disposition à un sacrement précède toujours en quelque manière sa réception. Il ajoute que la disposition demandée pour que le sacrement efface ces péchés consiste premièrement dans l'état de grâce, sans lequel il n'est pas permis de recevoir le sacrement ni possible d'obtenir le pardon d'aucun péché véniel. Elle consiste, en secon-d lieu, dans l'absence de toute complaisance, de tout attachement pour ce péché. Moyennant ces deux conditions, les péchés véniels sont effacés directement par le sacrement lui-même, sans attendre qu'il ait produit dans l'àme cette ferveur de charité qui les effacerait certainement s'ils ne l'étaient déjà.
Une autre remarque de Suarez et de Soto est que la réception de la Sainte Eucharistie ne remet pas toujours tous les péchés véniels. Il est certain que ceux pour lesquels on conserve de l'attachement, de l'inclination volontaire, demeurent. Mais si les dispositions sont assez parfaites, la Sainte Eucharistie peut les remettre tous. S. Jean a dit : Si nous prétendons n'avoir jxts de péchés, nous nous séduisons nous-mêmes : Si dixerimus quia peccatum non habemus, ipsi nos seducimus ' ; mais, dit S. Thomas, il ne faut pas entendre ce texte en ce sens que l'homme ne puisse pas vivre, ne fût-ce qu'une heure, sans être coupable de quelque péché véniel; l'Apôtre veut dire qu'un homme, quelle que soit sa sainteté,