‹ La Sainte EucharistieChapitre 147 sur 169 · DUES AU PÉCHÉ · texte numérisé non relu

DUES AU PÉCHÉ

S. Thomas, répondant à cette question : Toute la peine due au péché est-elle remise par le sacrement de l'Eucharistie? dit d'abord que non, parce que s'il en était ainsi, il ne serait pas nécessaire d'imposer à celui qui le reçoit une autre satisfaction. C'est ainsi que, dans le Baptême, on n'impose aucune pénitence au nouveau baptisé '-. Mais s'il ne remet pas toute la peine, il en remet une partie. Quelle est cette partie, et comment la remet-il?

La Sainte Eucharistie peut être considérée comme sacrement et comme sacrifice, sacrement en tant qu'on la reçoit, sacrifice en tant qu'elle est offerte à Dieu. Comme sacrement, elle opère direc-

1. Ad secundum dicendum quod ilhid ver])um non est intelligendum, quia aliqua hora possit homo esse absque omni realu peccati venialis ; sod quia vitam istam sancli non ducunt sine peccatis venialibus. (S. TiiOM., III, q. Lxxix, art. 4 ad 2.)

2. Utrum per hoc sacramentum tota pœnn peccati remiltotin ? — Mdetur quod, etc. Sed contra est quod secundum hoc, non esset homini alla pœna injungenda, sicut nec in baptizato injungitur.

Respondeo dicendum quod hoc sacramentum simul est sacrificium ; sed rationem sacrificii habet in quantum ofîertur, rationem autem sacramenti, in quantum sumitur. Et ideo elïectum sacramenti liabet in eo qui suniit, effectum autem sacrificii in eo qui offert, vel in bis pro quilnis offertur. — Si igitur considère tur ut sacramentum, habet effectum dupliciter : uno modo directe ex vi sacramenti ; alio modo quasi ex quadam concomitantia, sicut et circa continenliam sacramenti dictum est (qutssl. Lxxvi, art. 1 et 2). Ex vi quidem sacramenti directe habet ilhim effectum ad quem est iiistitutum. Non est autem instilutum ad satisfaciondum, sed ad spiritualiler nutriendum, per unionem ad Christum et ad memljra ejus, sicut et nulrimcntum unilur nutrito. Sed quia hœc unitas fit per cbarilatem, ex cujus fervoro aliquis conscquitur remissionem pœnae, non (juidem totius, sed secundum modum suse devotionis et fervoris. — In quantum vero est sacrificium, haljct vim satisfactivam. Sed in satisfaclioiie magis attendilur affectus offcrenlium qu;nn ([Uantilas oblationis. Unde et Dominus dicil {Luc, xxi) de vidua quœ oblulit duo aéra, quod plus omnibus misil. Quamvis ergo ha3C oblalio ex sui quanlitatc sufficil ad satisfaciendum pro omni pœna, tamen fit satisfacloria iUis i)ro quibus offertur, vel etiam offerenlibus, secundum quantilatcm suae devotionis et non pro Iota pœna. (S. Tiiom., 111, q. lxxix, art. y.)

tement, en vertu même de son institution ; ou bien indirectement, par une sorte de concomitance, parce que ces effets secondaires sont inséparables des premiers. Le sacrement de TEucliaristie n'a pas été institué pour satisfaire à la justice de Dieu, mais pour nourrir et fortifier les âmes. Il ne satisfera donc pas, il ne remettra pas la peine due aux péchés, en vertu de sa propre institution ; mais parce que Tnliment qu'il donne aux âmes n'est pas autre que Jésus-Christ lui-même, parce qu'il unit les âmes à Jésus-Christ et que le lien de celte union est la charité ; cette charité, si elle est fervente, n'effacera pas seulement le péché, mais elle en remettra aussi la peine. Cette rémission ne viendra donc que comme une conséquence nécessaire et inévitable de l'action première du sacrement, qui est de nourrir les âmes et de les unir à Jésus-Christ. Elle sera en rapport avec la dévotion et la ferveur des communiants, car elle en résulte ; et si cette ferveur était nulle, la rémission de la peine se trouverait aussi réduite à rien. Tel est l'enseignement de S. Thomas et telle est aussi l'opinion généralement adoptée, même par ceux qui attribuent au sacrement de l'Eucharistie la vertu de remettre les péchés véniels ex opère operato. C'est à peine si Vasquez, qui a prétendu que ce divin sacrement remet aussi la peine de cette manière, parce que, selon lui, la peine et la faute sont inséparables, a rencontré quelques adeptes.

Le sacrement de l'Eucharistie remet donc la peine due au péché, non pas directement, mais par concomitance. Il remet le péché véniel directement, parce que ce péché est un obstacle à la perfection de l'effet en vue duquel la Sainte Eucharistie a été premièrement instituée, qui est de nourrir les âmes et de les unir à Jésus-Christ par la charité. Cet obstacle n'est pas absolu, mais il empêche que l'union soit parfaite, que l'âme reçoive de l'aliment divin toutes les forces, toute la vie qu'il est apte à lui communiquer. C'est assez pour que le sacrement ait directement action sur ce péché et qu'il le détruise par sa propre vertu. Mais il n'en est pas ainsi de la peine due au péché. Cette dette ne met aucun obstacle à l'union que le sacrement de l'Eucharistie opère; elle n'entrave nullement le développement de la vie spirituelle, et il n'y a pas de raison pour que la Sainte Eucharistie, considérée et reçue comme sacrement, ait une action directe sur cette peine, en vertu même de son institution. Les SS. Pères disent en mille endroits que le sacrement du corps et du sang de Notre-Seigneur remet les pé-

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chés, mais ils ne disent nulle part qu'il remette la peine due aux péchés ^

Quelques théologiens pensent, avec Réginald, que le sacrement de l'Eucharistie remet la peine due au péché, non pas ex opère operato, mais ex opère operantis, c'est-à-dire non par sa propre vertu, mais par la vertu de l'acte de celui qui le reçoit ; mais il vaut mieux dire avec S. Thomas, S. Antonin, Soto, Suarez et presque tous les auteurs, qu'il la remet par concomitance. Du reste, il n'y a guère ici qu'une question de mots ; la doctrine est au fond la même, quoique les expressions soient différentes. Tout le monde est d'accord, en effet, que la peine est remise à cause d'un acte posé par celui qui reçoit le sacrement, et cet acte n'est autre que l'exercice de la charité ou de l'amour de Dieu. Mais l'homme est excité à l'accomplissement de cet acte, il avance dans la ferveur, en vertu même du sacrement agissant comme tel, lorsqu'il le reçoit; l'effet produit, la rémission de la peine remonte donc, en dernière analyse, à la vertu du sacrement qui excite à poser l'acte auquel cette rémission est attachée.

Remarquons ici, avec Suarez, la différence que S. Thomas a mise dans les expressions dont il se sert, lorsqu'il parle de la rémission de la peine et de celle du péché véniel. Pour le péché véniel, il dit, d'une manière absolue et sans restriction, que le sacrement de l'Eucharistie le remet. Au contraire, lorsqu'il s'agit de la peine, il dit qu'il la remet par concomitance. Pourquoi cette différence, si le saint docteur n'avait pas cru que ces deux rémissions se font d'une manière différente; que l'une est l'effet direct du sacrement agissant en vertu de son institution, tandis que l'autre n'en est que l'effet indirect, produit par l'acte de charité que le sacrement excite dans l'âme?

Il est cependant un cas où le sacrement produit directement et par sa propre vertu la rémission non pas de la peine temporelle, mais de la peine éternelle due au péché mortel ; c'est lorsque, par accident, il remet ce péché, comme nous l'avons dit, en introdui-

\. Tenent hanc sententiam D. Antoxinus, III, Ut. \\\ , c. xii, ^ 6; Sotus, IV, dist. XI, q. II ad v; Rahtiioi.um.kis au Anoelis, di;d. 1\ , .^ 3%; Suarez in commenlario liujus articuli, et disp. Lxiii, sect. 10; Hecinal., Hh. XXIX, cap. viii, n. I'i4; Fii.i.iuc, tract. IV, cap. vi, n. l.'Ji) ; Anoles, Flovihua, q. m, ih' Eurharislia, art. "i, diffic. 3, concl. I ; et apud eum Alex., IV, q. xi.i, n. \,^'2; Bonac, di.sp. IV, q. IV, puiiclo i, ii. '.I;el apud eiun Val., I\', disp. vi, (j. il, puncto 1, concl. 3 ; Henrujuez, iib. \III, cap. vi, n. U, etc., etc.

sant dans l'âme la première grâce, la grâce de pardon et de réconciliation avec Dieu. Dans cette circonstance, la Sainte Eucharistie n'agit pas comme aliment, mais son action ressemble à celle du Baptême ; elle régénère, elle ressuscite, elle absout de la peine éternelle, en infusant la grâce dans l'âme. On peut admettre sans inconvénient, lorsqu'un tel effet se produit, qu'une partie de la peine temporelle, proportionnée aux dispositions de celui qui reçoit cette grande grâce, soit aussi accordée; cependant il n'y a là rien de certain, parce que les raisons ne sont pas les mêmes pour la rémission de la peine temporelle que pour celle de la peine éternelle. La peine éternelle ne saurait être le partage des amis de Dieu, puisqu'elle est réservée à ses ennemis ; aussi le sacrement de l'Eucharistie, qui peut accidentellement transformer en amis de Dieu ceux qui étaient coupables de péché mortel, doit-il, en même temps, les délivrer du châtiment éternel qu'ils méritaient. Mais la peine temporelle ne répugne pas à l'amitié de Dieu ; au contraire, il convient que les amis de Dieu pleurent leurs fautes et les expient par la pénitence, d'autant plus que ces larmes et ces satisfactions sont un précieux aliment qui entretient le feu de l'amour réciproque, entre Dieu et ceux qui vivent dans sa grâce. On ne peut donc pas affirmer que le sacrement de l'Eucharistie, qui n'a pas été institué pour satisfaire à la justice de Dieu et payer les dettes des pécheurs, remette la peine temporelle due aux péchés, en même temps que la peine éternelle, lorsqu'il remet accidentellement celle-ci, en procurant la première grâce à ceux qui le reçoivent.

Mais lorsqu'il remet la peine temporelle, il est certain que la rémission est en raison directe de l'acte de vertu qui en est la cause. Si toute la peine n'est pas remise, mais seulement une partie, dit S. Thomas, la faute n'en est pas au sacrement; ce n'est pas que la vertu de tout remettre manque à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, mais c'est la dévotion de celui qui le reçoit qui fait défaut K

i. Ad fertium dicendum quod hoc quod tollitur pars pœnse, et non tota pœna por hoc sacrainentum, non contient ex defeclu virlulis Christi, scd ex defeetu devotionis huinanœ. (S. Tiioxi., III, q. lxxlx, art. U ad 3.)

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