LE SACREMENT DE LEUCIIARISTIE PRÉSERVE LHOMME DES PÉCHÉS FUTURS
La plupart de ceux qui communient, ou plutôt tous ceux qui le font, retombent plus ou moins dans le péché, au moins dans quelques péchés véniels. Il semble donc, à la première vue, peu conforme à la vérité de dire que le très saint et très adorable sacrement de l'Eucharistie préserve du péché. Cependant Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a dit lui-même : C'est ici le pain descendu du ciel, pour que si quelquun en mange, il ne meure point : Hic est panis de cœlo dcscendens, ut si quis ex ipso rnanducaverit, non moriatiir. {Joann.,\\, 50.; Évidemment, le Seigneur parle ici de la mort spirituelle que cause le péché mortel; il attribue donc à la Sainte Eucharistie, véritable pain descendu du ciel, la vertu de mettre à l'abri du péché qui donne la mort à Tàme '.
Il faut remarquer, avec S. Thomas, que quelqu'un peut être préservé de la mort de l'âme de deux manières, comme il arrive pour la mort corporelle. L'homme est préservé de la mort corporelle, s'il est fortifié intérieurement contre les causes de corruption que chacun de nous porte en soi : c'est ainsi que la nourriture et les médicaments sont des préservatifs contre la mort. Il est préservé encore, s'il est fortifié et secouru contre les attaques extérieures auxquelles il est exposé ; il trouve ce secours dans les ar-
1 . Ulrum per hoc sacramentinn jjrœservetur homo a peccatis futitris? — Vidctur quod, etc. Scd contra estquodDominus dicit (Joann., vi, uU) : Ilic est paiiis lie cœlo (leaccndens ut si quis ex ipso manducaveril, non moriotur ; quod quidem manifestum est non intelligi de morte corporali. Ergo intelligitur quod hoc sacramenturn prœservet a morte spirituali, quse est per peccatum.
Respondeo dicendum quod peccatum est qucedam spiritualis mors animœ. Unde hoc modo prseservatur aliquis a peccato futuro, quo prfescrvatur corpus a morte futura, quod quidem fit dupHciler : uno modo in quantum prœservatur a morte per cil)um, et medicinam ; aho modo per lioc quodmunitur contra exleriores impugnationes, et sic prce.servalur per armaquihus munilur corpus, l'troque autcm modo hoc sacramentum préeservat a peccato : nam primo (juidem, per hoc quoil Chrislo cojijungit per graliam, rol)orat spirilualem vitam hominis, lanquam .spirituaHs cibus et spirituaUs medicina, secuiulum ilUid {Ps. cm, ii) : Panis cor hominis conlirmitt. Et Augustinus dicit [super Joann., tract. XXVI, a medio) : « Securus accède; panis est non venenum. » AUo modo in quantum est signum passionis Christi,per quam victi sunt diemones, repeint omnem (hemonum impugnationem. l'nde Clln-ysostomus dicit [supcr Joann., hom. XL^', a med.) : >< l't leoncs flammam spirantes, sic ah illa mcnsa <- discedimus terribiles cfFccti diabolo. - (S. Tiiom., III, q. Lx.\i.\, art. G.)
mes dont il se revêt, dans les remparts derrière lesquels il se met à l'abri.
Il en est de même pour la vie spirituelle. Le sacrement de l'Eucharistie, qui unit l'homme à Jésus-Christ par la grâce, donne à sa vie spirituelle une plus grande vigueur, une force de résistance contre la mort du péché, qu'elle n'avait pas au même degré; c'est le pain qui fortifie le cœur de l'homme, selon la parole du Psalmiste : Panis cor hominis confirmât, (Ps. cm, 5.) En même temps, c'est un rempart qui protège contre les attaques du démon. La Sainte Eucharistie rappelle la passion du Seigneur par laquelle les démons ont été vaincus, et c'est assez pour rendre leurs attaques inutiles. S. Jean Chrysostome compare ceux qui se retirent de la sainte table, après avoir communié, à des lions respirant la flamme et terribles pour les démons i. Mais ces secours, quelle que soit leur puissance, sont donnés à l'homme selon qu'il est susceptible de les recevoir pendant sa vie mortelle, c'est-à-dire qu'ils lui laissent le pouvoir de faire le bien ou le mal à son choix, et ne lui enlèvent point la possibilité de pécher.
Le secours que procure le très saint sacrement de l'Eucharistie, à ceux qui le reçoivent, est donc une grâce actuelle qui vient en aide à la volonté, pour surmonter les tentations. Cette grâce actuelle trouve elle-même sa source dans l'amour de Dieu, que ce divin sacrement a la vertu d'exciter en nous. Il est un aliment, et tout aliment est fait pour s'unir à celui qui le mange. C'est par l'amour que l'homme qui mange la chair du Sauveur dans la sainte communion s'unit à lui, et la sainte communion a nécessairement pour effet d'exciter cet amour indispensable à l'union, en vue de laquelle elle a été instituée. Elle fait goûter quelque chose de la suavité qu'il y a dans la contemplation de la bonté divine, qui se manifeste surtout dans la Sainte Eucharistie.
En même temps, et pour la même raison, le sacrement de l'Eucharistie donne des forces et des secours pour vaincre les tentalions. La force de l'àme est son amour, disait S. Laurent Justinien, la Sainte Eucharistie, en augmentant l'amour, donne des forces plus grandes à l'homme pour résister virilement aux tentations et n'y pas succomber. L'union tend toujours à l'indissolubilité ; c'est pourquoi le sacrement qui a pour but d'unir l'homme à
i. Ut leones flamm;im spiranlcs, sic ab illa mcnsa disccdiinus lerribiles efîecli diabolo. (S. Ciirvsost., super Joann., tract. XX^'I.)
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Dieu par l'amour possède, du fait même de son institution, la vertu d'aider à l'indissolubilité de cette union et à la persévérance dans l'amour réciproque.
Les forces, les secours que procure le sacrement de l'Eucharistie, ne sont pas seulement intérieurs, dit S. Thomas, mais aussi extérieurs. Si la Sainte Eucharistie est une nourriture qui nous donne des forces, un médicament qui nous guérit de nos infirmités, elle est aussi un bouclier qui repousse les traits du démon et de nos autres ennemis extérieurs, un rempart qui nous protège contre leurs assauts. Par la Sainte Eucharistie, Jésus-Christ fait sa demeure dans l'homme ; il lui sert, dit Cajétan, de garde, de forteresse, de bouclier, de protecteur, de défenseur ; il est accompagné de troupes innombrables d'esprits bienheureux, qui l'entourent et le défendent parce que leur divin Maître habite en lui. Cependant, pour que de si nombreux et si puissants secours soient utiles à celui qui communie, il est nécessaire que ce dernier ne s'en rende pas indigne par quelque péché, et qu'il n'abuse pas de la liberté qu'il conserve, pour les repousser.
Cette grâce actuelle n'est pas donnée toujours et infailliblement, aussitôt que l'on a reçu ce sacrement, mais elle vient en temps opportun, lorsque la nécessité de résister aux tentations se fait sentir, à moins que l'on ne mette obstacle à son action, soit par le péché, soit par la négligence à en profiter, soit par une résistance voulue à son action. Suarez fait remarquer que personne ne peut dire avec certitude, d'après sa propre expérience, s'il reçoit infailliblement ou non ces grâces de secours et de forces attachées au sacrement de l'Eucharistie. En effet, nul ne sait d'une manière infaillible si la communion qu'il fait est bonne ; il ne sait pas davantage si, après avoir communié, il n'a pas mis quelque obstacle à l'action de la grâce; il ignore quel sera pour lui le meilleur moment de recevoir ce secours; ce secours peut consister dans quelque disposition particulière de la Providence qui lui demeiirera cachée ; enfin il ne peut pas savoir ce que sont ses propres actes, ni d'où ils viennent, ni où ils doivent aboutir.
La conséquence que le grand théologien tire île ces considérations est celle-ci : Les âmes timorées ne doivent pas trop s'aflliger ni s'efl'rayer si, après avoir fait moralement leur possijile pour communier dignement, elles ne goûtent dans la communion, ni la douceur spirituelle, ni la suavité qui découlent de ce sacrement
adorable. Souvent il leur serait plus nuisible qu'utile de savourer ces douceurs, surtout celles qui réagissent sur les sens ; de plus il suffit des moindres fautes pour y mettre obstacle, des moindres distractions pour n'en pas profiter.
LE SACUEMEXÏ DE l'eUCHARISTIE EST UTILE MÊME A d'aUTRES QU'A CEUX QUI LE REÇOIVENT
Considérée comme sacrifice, la Sainte Eucharistie n'est pas seulement utile à ceux qui l'offrent, mais à ceux pour qui le sacrifice est offert, à ceux dont il est fait mémoire, et à beaucoup d'autres. Mais nous n'avons à nous occuper ici de la Sainte Eucharistie que comme sacrement. Ainsi considérée, elle n'est utile directement qu'à ceux qui la reçoivent ; c'est en eux seuls que le sacrement agit ex opère operato. Telle est la pensée de S. Thomas, qui reporte sur le sacrifice toute l'utilité procurée par l'Eucharistie à d'autres qu'à ceux qui la reçoivent ou l'offrent ^.
Quel bien pourrait faire, en effet, le sacrement de l'Eucharistie à ceux qui ne le reçoivent pas? Il ne peut pas leur remettre les peines dues à leurs péchés, puisqu'il ne les remet pas même à ceux qui le reçoivent, si ce n'est par concomitance. Il ne peut pas leur conférer la grâce, parce que la grâce est attachée au sacrement en faveur de celui qui le reçoit. C'est en ce sens que Jésus-Christ a dit : Celui qui me mange vivra à cause de moi.... Celui qui mange ce pain vivra éternellement : Qui manducat me vivet propter me.... Qui manducat hune paneni vivet in xlernum. Or les privilèges et les grâces ne s'étendent point au delà de la promesse ni de l'intention de celui qui les concède.
\. Hoc sacramentum non solum est sacramentum, scd eliam sacrificium. In quantum enim in hoc sacramento roprassentaturpassio Christi qiiaChrislus ohtiiUl se hosfiam Dvo, ut dicitur (Ej)h('s., v), haliet rationcin sacrificii ; in quantum vero in lioc sacramento traditur invisibilis gratia sul) visilnli specie, liahet rationcm sacramenli, ctper modum sacrificii, quia proomnil)Us sumentihus ofïerlur. Dicitur enim in canone missaî : Qnolquol ex liac allitris pnrticipalione sarrononriinii Filii lui corpus et sanf/uiiicm sumjiscrimus, omni bcnedieiionc ctflt'sli et (jydiid yeph-amuv. — Scd aliis qui non sumunt prodest per modum sacrificii, in (juantum pro salutc eorum offcrtur. Unde et in canone missae dicitur : Mémento, Domine, fomulornm famularumfpie Inarum, etc. Et utrumque modum proficicndi Dominus expressit, dicens {Motth., xxvi) : Qui pro vohis, scilicet sumentibus, et pro multis, scilicet aliis, cffundetur in remissionem peccalorum. (S. TiiOM., III, q. lxmx, art. 6.)
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Cependant il ne faut entendre cette restriction de l'effet du sacrement de l'Eucharistie à ceux qui le reçoivent que de celui qu'il produit e,r opère operafo, en vertu de son institution. Vasquezet Suarez font remarquer que la sainte communion est souvent très utile d'une autre manière, même à ceux qui ne la font pas. Elle les aide à satisliiire à la justice divine, non pas en rigueur de droit, mais en attirant sur eux la bienveillance de Dieu. Elle leur obtient toutes sortes de grâces, par les actes fervents de charité qu'elle excite. Celui qui vient de communier et qui possède Jésus-Christ dans son cœur, se sent plus fort pour intercéder en faveur de ses frères, pour obtenir la délivrance des âmes du purgatoire, la conversion des pécheurs et la persévérance des justes. C'est donc une pratique digne de louanges, de prier pour le soulagement des âmes du purgatoire et pour le salut des vivants, lorsqu'on a le bonheur de faire la sainte communion.
EFFETS DU SACREMENT DE l'eUCHARISTIE SUR LA CHAIR DE CEUX QUI LE REÇOIVENT
D'après quelques auteurs que Suarez cite sans donner leurs noms (disp. lxiv), le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie communiquerait aux corps de ceux qui s'en approchent, certaines qualités qui seraient, dès ici-bas, une préparation à la résurrection future, un gage de l'immortalité. Par ces qualités, nous serions unis corporellement à Jésus-Christ, comme nous le lui sommes spirituellement par la grâce.
Mais Suarez, Vasquez et les autres théologiens qui rapportent cette opinion, disent qu'on ne peut pas l'admettre et qu'il serait téméraire de prétendre que le sacrement de l'Eucharistie produit un eflét de cette sorte dans le corps humain, e.v opère operato, directement et en vertu de son institution. Aucun des Docteurs anciens ni des Pères ne fait allusion à rien de semblable. De plus, ces qualités que l'on suppose seraient parfaitement inutiles. Purement corporelles, elles ne serviraient de rien pour laciliter la pratique de la vertu, parce que de telles qualités ne sont pas faites pour l'action; elles ne le sont pas non plus pour l'ornement de ceux qui les posséderaient, puisque les sens ne les perroivent pas. Elles ne serviraient pas davantage pour la résurrection future, puisqu'elles disparaîtraient dans la corruption du tombeau.
D'après une autre opinion, la Sainte Eucharistie communiquerait à la chair un mode d'être particulier qui diminuerait la concupiscence et rendrait la pratique de la vertu plus facile et plus agréable. Le corps subirait lui changement réel dans son tempérament, et comme les mouvements de la concupiscence sont intimement liés au tempérament corporel, ils se trouveraient afiaiblis, et l'inclination au péché perdrait de sa force.
Il faut reconnaître cependant que le sacrement de l'Eucharistie ne peut pas, en vertu de son institution et par lui-même, causer cette altération physique du tempérament, ni rien qui y ressemble. Nulle part les I"*ères n'en ont parlé, et Suarez, tout en accordant quelque probabilité à cette opinion, n'y attache que peu d'importance.
Une troisième opinion est que le sacrement de l'Eucharistie ne produit aucun effet sur le corps; mais il paraît évident que Turrecremata et Petrus Martinez, qui la soutiennnent, entendent simplement qu'il ne produit d'effet sur le corps qu'indirectement, et par suite de son action surl'àme, de sorte que l'on peut tout rapporter à cette action.
Nous ne dirons donc pas que le saint sacrement de l'Eucharistie agit directement sur la chair; mais la chair est sous la dépendance de l'âme ; elle subit rintluence de la partie sensitive de l'âme, dont les qualités infuses ou les penchants mauvais sont en quelque sorte les qualités ou les défauts de la chair. La Sainte Eucharistie n'agit pas seulement sur la partie supérieure de l'âme, mais sur l'âme tout entière; elle modère les passions, apaise la concupiscence, donne plus de facilité pour la pratique du bien, rend la vertu douce et agréable. Ainsi se trouve modifiée la partie sensitive qui communique à la chair ses dispositions nouvelles, autant qu'elle est susceptible de les recevoir.
S. Thomas dit que le corps n'est pas fait pour recevoir dii'eclement la grâce; il n'en est pas le sujet immédiat; mais les effets de la grâce rejaillissent de l'àme sur le corps, lorsque nous usons de nos membres pour pratiquer la justice de Dieu, dans la vie présente, comme le corps partagera l'incorruptibilité et la gloire de l'âme, dans la vie future K La Sainte Eucharistie a été instituée en
1. Liccl corpus non sit innmediaUim subjoclum gratiœ, ex anima tarncn redundal efiectus gratiœ ad corpus, dum in praescnti ineuibra nostra exhibcinus arma juslilix l)eo ; ut habetur {lioin., vi), et in futuro corpus nostrum sorlietur incorruptionem etgloriam animse. (S. Tuum., III, q. lwi.)
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premier lieu pour agir sur l'âme, la fortifier et lunir inséparablement, dans sa partie supérieure, à Jésus-Christ ; mais parce que cette union ne peut exister sans le concours de la partie sensitive, le sacrement agit secondairement, par concomitance ou indirectement, sur la partie inférieure ou sensitive. C'est ainsi que la Sainte Eucharistie qui aide Tàmeà persévérer dans l'union que la cliarité établit entre le Seigneur et l'homme, apporte en même temps une grâce actuelle pour réprimer les désordres des sens.
Ajoutez l'action extérieure de la divine Providence, par laquelle Dieu écarte les occasions du péché et réprime les attaques du démon, afin que ceux qui reçoivent dignement la Sainte Eucharistie persévèrent dans la grâce.
UNION MORALE ÉTABLIE ENTRE LA CHAIR DE NOTRE-SEIGNEUR ET LA CHAIR DE CEUX QUI COMMUNIENT
Le cardinal Mendoza, évèque de Burgos, enseigna un jour, dans un sermon qu'il adressait au peuple, que celui qui reçoit la Sainte Eucharistie n'est pas uni seulement par la charité actuelle à Xotre-Seigneur, mais que la chair môme de Jésus-Christ est unie réellement, substantiellement et naturellement à la chair de celui qui le reçoit. Une proposition qui paraissait si pou conforme aux principes de la foi fut attaquée par beaucoup de théologiens, et Mendoza se vit obligé d'écrire un livre pour défendre son orthodoxie. Cette querelle donna pour un moment un grand intérêt à la question qu'il avait soulevée. Le désaccord entre Mendoza et les théologiens qui réprouvaient son opinion n'était pas aussi grand au fond qu'il pouvait sembler l'être, et sur beaucoup de points leur pensée était la même. Nous ne les suivrons pas dans cette discussion et nous nous contenterons de recueillir les vérités qui se dégagent de ce débat et qui sont généralement admises.
Lorsqu'on demande si la chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ est réellement unie à notre chair dans la sainte communion, on peut l'entendre, soit d'une union physique, soit d'une union morale.
Disons d'abord qu'entre le corps de Jésus-Christ et le corps du communiant, il n'existe aucune autre union physique que celle ([ui consiste dans la réception réelle du sacrement de l'Eucharistie. Le corps et le sang de Jésus-Christ sont cachés dans l'Eucharistie,
SOUS les espèces du pain et du vin ; en communiant, on prend ces espèces et le corps divin qu'elles contiennent, comme on prendrait un aliment ordinaire. Voilà la seule union physique qui puisse exister entre le corps de Jésus-Christ et celui qui le reçoit. Ce corps adorable n'est pas changé au corps de celui qui le reçoit, comme le serait un vulgaire morceau de pain; le corps du communiant n'est pas changé non plus en celui du Seigneur. Jésus- Christ et celui qui le reçoit ne forment pas ensemble un être d'une seule nature, ni une personne unique, ni un composé quelconque; chacun d'eux conserve son entité complète et séparée. Il existe néanmoins une union physique très réelle entre le corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ et celui qui le reçoit dans la sainte communion, si, sous le nom d'union, nous entendons qu'ils sont présents l'un à l'autre réellement et non pas en figure. Le corps de Notre-Seigneur est bien réellement dans la bouche puis dans l'estomac de celui qui communie ; mais c'est tout, il n'y a rien de plus. Il est bien vrai que la Sainte Eucharistie réagit sur les corps de ceux qui communient, mais elle ne le fait ni directement ni infailliblement, comme il arriverait s'il existait entre eux et le corps adorable du Sauveur une union plus intime que celle que nous venons d'indiquer. Les bonnes pensées, les saints désirs, le calme des passions qui sont ordinairement les effets de la sainte communion, influent sur le corps, mais par l'intermédiaire de l'àme, et souvent on ne les éprouve que longtemps après que les saintes espèces ont été dissoutes et que la présence corporelle de Jésus-Christ a cessé. On voit à quoi se réduit cette union corporelle des communiants avec Noire-Seigneur; aussi les Pères n'en ont-ils pas fait mention, et sous le nom d'union, ils ont entendu simplement la présence réelle de Jésus-Christ en celui qui reçoit l'adorable sacrement de l'Eucharistie.
L'union dont nous venons de parler, l'union de proximité, n'est pas et ne peut pas être physiquement substantielle, quoiqu'on puisse dire en un certain sens qu'elle est corporelle et naturelle. Pour qu'une union soit, à proprement parler, substantielle, dit Suarez, il ne suffit pas que les choses unies soient des substances, car il arrive souvent que des substances soient unies accidentellement, comme le sont par exemple des pierres et du bois dans la construction d'une maison; mais il est nécessaire que les substances soient unies de manière à ne plus former ensemble qu'une
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seule et même substance. Or ce n'est pas ce qui a lieu dans la réception du sacrement de l'Eucharistie. Cependant on peut dire, en usant de métaphore, que l'union qui s'accomplit entre le corps de Notre-Seigneur et celui qui le reçoit est substantielle; que le communiant se trouve en quelque sorte enté sur Jésus-Christ, comme la greffe sur la tige d'un arbre, pour vivre de sa vie et trouver des forces dans sa sève.
On ne peut pas dire non plus, rigoureusement parlant, que cette union soit corporelle, car elle ne s'accomplit pas pour arriver à ne former qu'un seul corps, comme l'aliment devient un seul corps avec l'être vivant qui le consomme. Il serait plus juste de dire que l'union qui s'accomplit dans la sainte communion est simplement une union spirituelle, parce qu'elle a directement pour but de procurer l'union spirituelle.
L'union physique de proximité, qui résulte de la réception du sacrement de l'Eucharistie, n'existe pas seulement entre Notre- Seigneur et ceux qui le reçoivent dignement, mais même avec ceux que quelque péché grave rend indignes de la communion qu'ils font. Car quiconque communie reçoit réellement le corps et le sang de Jésus-Christ, quoique celui qui les reçoit indignement n'ait aucune part aux effets salutaires de la communion.
Mais il ne faut pas oublier combien il y a loin de cette sorte d'union physique qui ne réside que dans la proximité, avec ce mélange de la chair de Jésus-Christ et de son sang avec la chair et le sang de ceux qui communient, que l'on a quelquefois comparé au mélange de deux gouttes de cire fondues ensemble. Aussitôt, en effet, que commence la digestion des saintes espèces, le corps adorable de Notre-Seigneur cesse d'être présent. Il est possible que les accidents du pain et du vin soient transformés en chair et en sang, comme tout autre aliment; mais alors ils sont devenus tout à fait étrangers au corps et au sang du Sauveur.
S. Thomas fait remarquer qu'il est dans la nature de l'amour d'unir ceux qui s'aiment ; s'il ne leur est pas possible de n'avoir ensemble qu'un seul corps, au moins s'efforcent-ils de ne se séparer jamais et de vivre de la même vie ; l'union n'est pas physique, parce qu'elle ne peut l'être, mais au moins elle est morale. Dans le sacrement de l'Eucharistie, Jésus-Christ, qui nous aime d'un amour infiniment ardent, fait plus que de vivre avec nous, comme font, lorsqu'ils le peuvent, les amis de la terre, il ne se contente
pas même de souffrir, de mourir pour nous, mais il se fait notre nourriture et notre breuvage pour s'introduire en nous et pour y demeurer. Par le Baptême, l'àme fidèle devient l'épouse de Jésus- Christ, et c'est dans l'adorable sacrement de l'Eucharistie que ce mariage mystique est consommé; de sorte qu'on peut dire de Jésus-Christ et de celui qui le reçoit, qu'ils ne sont plus qu'une seule chair. Et de même que l'époux doit aimer son épouse comme sa propre chair, Jésus-Christ, lorsqu'il est venu en nous par la sainte communion, doit regarder notre chair comme la sienne propre. C'est ainsi que Vasquez, Suarez et plusieurs autres expliquent l'union que la sainte communion opère entre Jésus-Christ et nous, en la comparant à celle de l'époux avec son épouse.
L'union morale, qui permet de dire que le corps de Jésus-Christ et le corps de celui qui le reçoit ne sont qu'une seule chair, ne cesse pas après quelques instants, comme l'union physique de proximité dont nous avons parlé d'abord. Le corps de Notre-Seigneur cesse, il est vrai, d'être réellement et substantiellement présent, mais il ne devient pas étranger au corps de celui qui l'a reçu ; l'acte qui les a unis en une seule chair a produit un effet qui demeure, et tant que le péché mortel ne les aura pas séparés, il sera vrai de dire que la chair de Jésus-Christ est véritablement la chair de celui qui a communié, et réciproquement, quoique physiquement elle ne le soit pas.
Le sacrement de l'Eucharistie ne produit cette union que lorsqu'il est reçu en réalité et comme il doit l'être. La communion spirituelle ou de désir ne suffit pas; il faut la communion sacramentelle, parce que l'union s nccompUi ex opère operato. La communion purement spirituelle ne peut produire qu'une union de désir comme elle. Le corps de Notre-Seigneur ne s'unit en aucune manière au corps de celui qui communie ainsi. Nous ne pouvons pas dire, dans la communion spirituelle, que la chair de Jésus- Christ et la nôtre sont une même chair et un môme corps. C'est ainsi que dans le mariage l'engagement réciproque ne suffit pas pour que l'homme et la femme soient une même chair; il faut la consommation.
Il faut, de plus, que la sainte communion soit reçue dignement. La communion sacrilège n'unit pas la chair de Jésus-Christ à celle du communiant, de telle sorte qu'ils ne soient plus qu'une même chair. En effet, l'union morale dont nous parlons, qui se consomme
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par la réception de la Sainte Eucharistie, n'est pas une union charnelle mais spirituelle, quoique la cliair y ait aussi sa part. Son but est l'union des esprits ; celle des corps n'en est que le moyen. L'union des esprits étant rendue impossible par le péché mortel, l'union morale des corps n'a plus de raison d'être, et l'on ne dit plus, en pareil cas, que celui qui communie devient une même chair avec Jésus-Christ. L'union physique de proximité existe sans doute, comme elle existe entre le contenant et le contenu ; mais il n'y a rien de plus. Le lien de l'amour réciproque n'existe pas et, sans lui, on ne peut pas dire que Jésus-Christ et celui qui l'a reçu ne forment plus qu'un.
Heureux ceux qui comprennent tout le prix de l'union avec Jésus-Christ qui s'opère dans la sainte communion! Heureux ceux qui vivent de manière à pouvoir toujours dire avec l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui vis; cest Jésus-Christ qui vit en moi.
XH.