RAPPORTS DE LA COMMUNION AVEC LA RÉSURRECTION' FUTURE
Nous avons dit plus haut qu'il serait téméraire d'admettre qu'il y eût entre le corps de Jésus-Christ et celui des communiants une union corporelle proprement dite, qui communiquerait à leur chair des qualités particulières et y déposerait un germe de résurrection et d'immortalité. Mais ce que l'on ne peut admettre comme effet physique de la sainte communion, devient très acceptable et conforme k l'enseignement des Pères, lorsqu'on le considère comme un effet moral de cet acte sacré.
Les Pères des premiers siècles ont enseigné expressément que la Sainte Eucharistie contribue à la résurrection glorieuse des corps des fidèles. C'(';tait une doctrine si généralement admise, qu'ils ne craignaient pas de s'en servir comme preuve de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
S. Ignace l'appelle le remède de l'immortalité, l'antidote qui préserve de la mort et qui procure la vie éternelle ^ H est vrai que le texte du saint martyr peut aussi bien s'entendre de la vie et de la mort de l'âme, que de la vie et de la mort du corps. Mais
1. Frangile panem qui est medicamenlum immorlalilatis, anlidotnin nwi moriendi, sed vivendi per Jesurn Clirislum in Deo ; calliarlicuiu cxpcllens maliiin sit in vobis. (S. Ignat. mari., Ejnsl. ad Ejiftes.)
d'autres anciens Pères s'expriment de manière à ne laisser aucun doute sur leur pensée.
C'est ainsi que S. Irénée, après avoir appuyé la foi au mystère de l'Incarnation par celle à la Sainte Eucharistie, montre, contre ceux qui niaient la résurrection, qu'elle doit procurer la vie immortelle du corps aussi bien que celle-de l'àme. <r Gomment, dit- « il, les hérétiques osent-ils prétendre que cette chair qui est nourct rie du corps et du sang de Jésus-Christ soit sujette à la corrup- « tion, en sorte qu'elle ne recouvre pas la vie? Qu'ils changent « d'avis, ou qu'ils cessent d'offrir ce dont je viens de parler (le « corps et le sang de Jésus-Christ), puisque notre doctrine s'ac- « corde avec l'Eucharistie, et que l'Eucharistie confirme notre docd trine. Car nos corps, recevant l'Eucharistie, reçoivent en même <r temps l'espérance de la résurrection, et doivent par conséquent « devenir incorruptibles '. »
S. Grégoire de Nysse enseigne la même vérité, lorsqu'il dit : « Le « Verbe divin s'est joint à la nature humaine et mortelle pour la « rendre divine et immortelle; et c'est dans le même but qu'il se « communique à tous les fidèles, en s'insinuant dans leurs corps « et s'y mêlant en quelque manière, par le moyen de sa chair revê- « tue à nos yeux des apparences du pain et du vin, dont la subs- <f tance a été changée en elle ~. »
Mais S. Cyrille d'Alexandrie achève de mettre cette vérité en tout son jour. Il serait trop long de rapporter intégralement l'explication qu'il en donne; il suffira d'en citer quelques lignes et de remarquer qu'il établit son enseignement sur des paroles de Notre- Seigneur qui paraissent très formelles sur ce sujet : Quiconque mange ma c/iaù' a la vie éternelle : Qui manclucat meam carnem habet vitam œternam 3. « Celui qui mange la chair de Jésus-
1. Quninndo autem rursiis dicunt carnem in corniptionom devenire, et non percipere vitam, quîe a corporc Domini et sanguine alitiir? Erfio aut sentenliam mutent, aut abslineant ofl'ercndo quic pivedicta sunt. Nostra autem consonans est sententia Eiu-liaristiae, et Eucharistia rursus confirmât sententiam
nostram Corpora nostra percipientia Eiicharistiam, jam non sunt corrupti-
hilia, spem resurrectionis habentia. (S. Iren., lib. II ndvers. hœres., c. xiv.)
'i. Deus autem qui noljis se patefecit, idcirco naturœ mortali seipsum conjunxerit, ut eam conjunctione sua divinam redderet, ideo cunctis credentibus ftratia; dispensaliono seipsum impertit per carnem quae ex vino et pane constituitur, fideliumque corjjorilnis conjungitur, ut ea conjunctione cum immorlali, homo etiam immortaiitalisparticei)S fiât. (S. Gre(jor. Nyss., Oral. culech.,cixp. m.)