I.A SAINTK laCIIAIlISTIK. — T. I
cachés tous les trésors de la science et de la sagesse divine se reconnaîtrait impuissant s'il lui fallait inventer quelque chose de meilleur pour nous et de plus en rapport avec nos besoins. Par l'institution de l'Eucharistie, la puissance de Dieu a opéré la merveille des merveilles, un miracle si élevé au-dessus de ce que peut concevoir l'intelligence humaine, que la raison ne l'accepterait pas si, éclairée des lumières de la foi, elle n'était obligée d'avouer que le Seigneur peut faire des choses qu'elle ne saurait comprendre. Mais elle s'incline devant la toute-puissance de celui qui les accomplit; elle n'a pas à craindre d'errer et elle comprend l'inutilité de recherches curieuses, lorsque Jésus-Christ a parlé luimême dans l'Évangile.
Si la puissance de Dieu brille d'un éclat infini dans l'institution de l'adorable Eucharistie, la divine sagesse ne s'y manifeste pas d'une manière moins parfaite. Trois simples réflexions mettront cette vérité en lumière.
La sagesse qui a fourni à Jésus-Christ le moyen de demeurer parmi nous tout en montant au ciel le jour de son Ascension glorieuse, de continuer à s'offrir chaque jour en victime pour nous, dans une immolation mystique, quoiqu'il soit devenu impassible et immortel, enfin de faire goûter aux hommes quelque chose des joies du paradis dans cette vallée de larmes, cette sagesse, dis-je, n'est-elle pas- infinie et sans bornes?
Ces trois pensées méritent que nous nous arrêtions un moment à les développer.
Tous les siècles ont admiré la sagesse surhumaine dont Salomon fit preuve dans un jugement célèbre. Deux femmes réclamaient devant son tribunal un enfant dont chacune d'elles se prétendait la mère. Aucune preuve, aucun témoin ne pouvait révéler laquelle des deux disait la vérité. Pour les mettre d'accord, Salomon se fit apporter un glaive, et il dit à l'un de ses officiers : « Divisez 1 l'enfant vivant en deux parties; donnez-en une moitié à l'une « de ces femmes et la seconde moitié à l'autre '. »
Comme entre ces deux femmes, autrefois il s'est élevé une contestation entre l'Église du ciel et l'Église de la terre. Mais ici la discussion est toute d'amour. Le ciel voulait posséder Jésus, et pressait son retour, parce qu'il est Dieu ; mais la terre le retenait
d. m n>vj., III, 2.
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parce qu'il est homme. Le sein du Père éternel attirait Jésus son Fils unique, mais le sein virginal de Marie retenait le Fils de l'homme. Les anges invitaient les portes éternelles à s'ouvrir pour laisser entrer le Roi de gloire, et les hommes ne pouvaient se résigner, sans une extrême douleur, à Téloignement de ce Christ qui leur avait été donné, qui était né pour eux. De quel côté le cœur de Jésus-Christ penchera-t-il? Il s'est fait tout à tous ; le ciel l'attire et la terre le retient. Imitera-t-il Salomon dans son jugement? se divisera-t-il en deux pour donner sa divinité au ciel et son humanité à la terre? Il est plus sage que Salomon lui-même, et il ne séparera pas ce qui est uni en sa personne, la divinité de l'humanité. Il ne laissera pas ce qu'il s'est adjoint; il ne frustrera pas le ciel de son attente, et il ne dépouillera pas la terre de son droit. Il saura donner à chacun une satisfaction entière, à son Père et à sa Mère, aux anges et aux Apôtres. Le ciel le recevra et le gardera dans son sein jusqu'au temps du renouvellement de toutes choses, mais, en même temps, il demeurera avec nous jusqu'à la consommation du siècle, car il a dit : Je m'en vais et je viens à vous '. Je m'en vais au ciel par l'Ascension, et je viens à vous par l'Eucharistie ; je vais à mon Père pour recevoir le prix de mes travaux, et je viens à vous pour vous consoler dans vos douleurs. Le prophète Isaïe a raison de le dire, notre Dieu, Jésus- Christ qui s'est fait nôtre par l'incarnation est multitude pour pardonner ~. Il est unique et cependant, par un miracle de son infinie sagesse, il se multiplie en quelque manière et se trouve réellement présent tout à la fois au ciel et sur la terre. Il n'a pas seulement laissé à ses disciples son manteau comme Élie ; c'est lui-même qu'il donne tout entier aux fidèles dans l'Eucharistie pour être leur nourriture. Nous ne jouissons pas de sa présence visible qu'il réserve aux anges et aux saints du ciel, mais il demeure avec nous réellement quoique invisiblement, et il ne s'en éloigne jamais. Infiniment sage conmie il est, il ne pouvait pas trouver un moyen de nous donner davantage.
Non seulement le Fils de Dieu fait homme a trouvé le secret de rester auprès de nous en retournant au ciel ; il a fait un autre miracle de sagesse non moins fertile en fruits de salut pour nous. Les mérites de la passion et de la mort de Notre-Seigneur Jésus-
\. Joann., xiv, 28.
% h., LV, 7.
Christ sont inépuisables. Soit que Ton considère la dignité de la victime offerte en sacrifice, soit que Ton mesure T humiliation de la personne divine qui s'offrait elle-même, ils suffisent à tous les besoins et les dépassent infiniment. Toutes les exigences de la justice divine ont reçu la satisfaction la plus complète ; le Rédempteur des hommes, en s'humiliant, a restitué plus à Dieu que l'hominc ne lui avait ravi par son orgueil. Cependant la sagesse de Jésus-Christ n'ignorait pas que l'homme abuserait d'un si grand bienfait, qu'il commettrait de nouveaux péchés, qu'il foulerait ainsi aux pieds le sang du Testament, crucifierait de nouveau le Christ en lui-même et opposerait à la grâce des obstacles infranchissables. La paix rétablie si difficilement entre Dieu et les pécheurs serait de nouveau rompue, sa passion et sa mort rendues inutiles. Comment conjurer un danger si terrible?
Nutre très bon et très miséricordieux médiateur a trouvé le moyen de faire rentrer en grâce avec son Père ceux qui auraient abusé du pardon qu'il leur avait acquis au prix de ses souffrances et de sa mort. Que fera-t-il? Offrira-t-il une seconde fois sa vie? Versera-t-il encore son sang? Son amour infini ne reculerait pas devant un tel sacrifice ; mais il y a un décret éternel, que rien ne peut changer; Jésus-Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus ; la mort n'aura plus de puissance sur lui : Christiis resur- (jens ex inortuis jam non moriiur, mors iUi ultra non clominabitur ^ Sans doute il offrira de nouveau à son Père le mérite immense de la passion qu'il a soufferte ; il lui rappellera son humiliation si profonde? Il n'y manque pas, et c'est en vue de cette intercession qu'il a conservé les cicatrices de ses plaies ; il les montre à son Père comme les témoignages de sa charité. Mais ce qui fait ressortir l'amour infini de Jésus-Clirist pour les chrétiens révèle en même temps toute la noirceur de leur ingratitude, lorsqu'ils retombent dans le péché. Il faudrait donc une nouvelle mort du Rédempteur pour leur rendre une seconde fois la vie. La Sainte Eucharistie résout ce problème insoluble à tout autre qu'à Dieu. Jésus-Christ n'y meurt pas sans doute, mais il y paraît en quelque manière dans un état de mort; il n'y meurt pas, mais il s'y sacrifie chaque jour. S. Jean, dans l'Apocalypse, vit le divin Agneau comme immolé 2. Il est en effet comme immolé sur
\. Rom., VI, 9.