EFFETS PARTICULIERS ATTRIBUÉS A CIIACUXE DES ESPECES EUCHARISTIQUES
Il est certain, ou plutôt il est de foi, que l'espèce du pain et l'espèce du vin ont chacune la vertu do produire l'effet sacramentel tout entier. Il n'en pourrait être autrement, puisque chacune d'elles renferme le corps, le sang, l'àme et la divinité de Notre- Seigneur. Mais en dehors de cet effet sacramentel commun à l'une et à l'autre espèce, n'y a-t-il pas quelques avantages particuliers procédant de chacune d'elles, pour celui qui les consonmie? Le prêtre qui communie sous l'une et l'autre espèce ne profile-t-il pas de quelques grâces qui sont attachées au calice et que ne reçoivent pas ceux qui communient uniquement sous l'espèce du pain?
i. Omnes (luidcin rcsurjL,^onuisscd non omnesiinnml;il)iinur. \I Cor.,xy,b\.)
L'opinion commune se prononce pour la négative, et Suarez, dans l'article qu'il consacre à cette question, cite, en les approuvant, un grand nombre de théologiens anciens et modernes, d'après lesquels aucune grâce particulière ne différencierait la communion sous l'espèce du vin de celle laite uniquement sous l'espèce du pain K
Cependant le cardinal De Lugo (disp. xii, sect. 2) regarde comme plus probable qu'il y a quelque chose, et que la communion sous les deux espèces procure quelques grâces particulières, spéciales à chacune, et que ne reçoivent pas intégralement ceux qui ne communient que sous une seule -. Il cite, à son tour, des docteurs dont le plus ancien est Alexandre [de Halos, et des théologiens nombreux entre lesquels il faut distinguer Blanco, archevêque de Compostelle, qui assista au concile de Trente. Cet auteur dit que tel avait été le sentiment unanime des Pères, mais qu'ils n'avaient pas voulu l'exprimer formellement pour ne pas donner
1. Nihilominus dicendum est, non dari, per se loquendo, ac caîteris paribus ex parle sumentis, majorem fi:ratiam, per sumptionem ulriusque speciei, quain alteiius tantuni. Hœc est sententia D. Thomae, quaest. Lxxx, art. 12 ad 3, ubi dicit, laicos communicantes in ima tantum specie, non pati aliquod detrimentum : quia totus Christus sub quacumque specie continetur. Clarius op. LVIII, cap. XXIX, dicit sanguinem Christi a laicis sumptum sub specie panis esse eis tam utilem, tamque dulcem, sicut sacerdotibus sub specie vini. Idem tenet Bonavent., in IV, dist. xi, II, art. 1, q. 2, ubi dicit sumpta una specie sumi totum sacramentum, quoad efficientiam. Eodem modo loquitur Richard, etc., et alii communitcr, qui bis temporibus contra Luthcranos scripserunt ; etquidam ex eis exislimant rem jam esse indubitatnm post concilium Tridentinum, sess. XXI, et concil. Constant., sess. XIII. Sed ex liis nulla Uiajor certitude hujus opinionis colligitur, quam antea erat, quia solum approl)ant, et dcfîniunt, sanctam esse consuetudinem Ecclesire, communicandi laicos sub una tantum specie, quae veritas independens est a prœdictis opinionibus, lum propter rationem supra allatam, tum quia, licet fidèles privarentur aliquo fructu gratite, id fieri posset ])roptcr revcrentiani sacramenli, sicut de facto nunc privantur infantes. Et quamvis praîdic^la concilia in confirmalionem suae doclrinœ inter alla offerant, quod totus Christus œque continetur sub una specie, ac sub utraque, non tamen dicunt aeque etiam agere. Imo concilium Tridentinum, quod de cffectu gratias locutum est, limitationem addit de gratia necessaria ad salutem, ut ab opinionibus abstineret....
Conclusio ergo posita non potest certa aliqua auctorilate probari : et ideo non est certa, sed solum probabilior, magisque rationabilis opinio. Nam cum haec respendeat ex Christi intentione, seclusa aucloritate, qua de Christi voluntate certo constat, non potest sola ratione b;ec veritas convinci ; quia nuLlum est principium fidei, ex quo possit necessario concludi. (Suarez, III, q. Lxxix, art. H, disp. lmu, art. 0.)