De Lugo, de Ettchar., disp. xii, sect
DES EFFETS DU SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE. 841
occasion aux hérétiques et aux autres ennemis du concile de multiplier les clameurs contre lui. C'est pourquoi dans le troisième chapitre de la XXV session, le saint concile aurait déclaré que ceux qui communient sous une seule espèce ne sont privés d'aucune grâce nécessaire au salut. Ce moi nécessaire aurait été mis pour marquer qu'on ne niait pas la privation de quelque grâce qui ne serait pas nécessaire au salut '. En effet, on ne supposera pas que le saint concile ajoute sans motif ces mots : nécessaire au salut. Le pape Clément VI, dans la bulle au roi de France, par laquelle il accordait à ce prince la communion sous les deux espèces, ajoute qu'il lui concède ce privilège pour qu'il avance davantage dans la grâce, ad augmentuni gratis; il résulterait de ces expressions que la communion sous les deux espèces procure plus de grâce que celle faite sous Tunique espèce du pain.
On peut donner aussi à l'appui de celte opinion une raison qui ne manque pas de force. Les sacrements opèrent ce qu'ils signifient. Or le pain et le vin ne signifient pas seulement une même chose de deux manières différentes, chacun d'eux signifie aussi une chose particulière. Sous ce rapport, ils doivent donc avoir l'un et l'autre leur effet propre.
Il n'est pas difficile de montrer que le pain et le vin pris à part ont tous deux leur signification particulière. Les deux espèces sacramentelles réunies représentent la plénitude du festin spirituel de l'âme, la satiété parfaite; chacune d'elles séparée de l'autre ne signifie ni cette plénitude ni cette satiété. Il y a donc, dans leur assemblage, quelque chose qu'on ne retrouve pas après leur séparation.
On dira, il est vrai, que cette satiété parfaite est représentée par chaque espèce quoique d'une manière moins expresse et un peu confuse, mais néanmoins suffisante. Il n'en est rien ; l'espèce du pain figure la nourriture solide et non pas le repas complet composé d'aliments solides et de boisson ; elle ne peut donc pas représenter non plus la satiété complète, la satisfaction entière au besoin de nourriture qu'éprouve l'homme. Notre-Seigneur Jésus-
\. Insupcr declnral, quamvis Redeinpfor noslor, iil antcn dicfuin osl, in suprema illa cœna hoc sacraincnluin in duahiis sjjccIoIjus institiioril, ot AposloUs Iradidcril ; tainen falcnduin cssc eliain sub altéra taiiluin spocio toluin alque intop:ruin Cliristum vorunujuc sacrameiilum suiiii ; ac proploreaqund ad frucluin atliiiot, iiulla /irratia necessaria ad salub^m oos defraudari, qui uiiaiu sj>ccicm solaiu accipiunt. {Coiicit. Trid., sess. XXI, cap. ni.)
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Sm LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I, — CHAPITRE XXV.
Christ n'a pas dit : « Ma chair est un aliment qui satisfait à tous « les besoins ; » il a dit : Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang véritablement un breuvage : Caro mea vere est cibus et sanguis meus vere est pofus '. Par ces paroles, il fait connaître que les effets qui conviennent à la nourriture solide sont aussi ceux qui conviennent à sa chair adorable, sous l'espèce du pain ; de même, les effets que produit son sang sous l'espèce du vin correspondent à ceux de la boisson, dans un repas de l'ordre naturel. C'est ce que l'on trouve enseigné dans le décret d'Eugène (concile de Florence). Il y a donc quelques effets qui sont particuliers au calice. C'est le breuvage spirituel, comme la sainte hostie est le pain de l'àme. Le pain rassasie, mais il n'éteint pas la soif; le vin éteint la soif, mais il ne calme pas la faim. Il y a quelque chose de semblable dans les espèces eucharistiques et l'usage que l'on en fait, quoique la comparaison soit loin d'être exacte, puisque sous l'espèce du pain nous recevons le corps et le sang du Sauveur, et, sous l'espèce du vin, son sang et son corps; mais néanmoins, la signification du sacrement exige qu'il y ait quelque chose, car le sacrement opère ce qu'il signifie.
Si les deux espèces sacramentelles signifiaient simplement la nourriture en général, il serait indifférent de les employer l'une ou l'autre ; on pourrait remplacer le pain par le vin, ou le vin par le pain, sans nuire en rien au sacrement : c'est ainsi que l'on se sert indifféremment soit du vin blanc, soit du vin rouge, qui signifient aussi bien l'un que l'autre le breuvage promis par Jésus- Christ, et qui n'est autre que son propre sang; le pain ne représenterait pas plus la nourriture que le breuvage. Mais Notre-Seigneur a dit en propres termes : Mon sang est véritablement un breuvage : Sanguis meus vere est potus. C'est donc comme breuvage qu'il nous est donné; par conséquent il doit produire dans l'àme des effets analogues à ceux que produit un vin généreux lorsqu'on le boit. La nourriture considérée comme telle ne produit pas ces sortes d'effets; il faut donc reconnaître que le calice donne (pielquc chose que ne donne pas la sainte hostie.
Mais peut-être qu'il n'en est pas dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre naturel, et que la boisson n"y produit pas des eflets différents de ceux des aliments solides. Chacune des deux espèces