‹ La Sainte EucharistieChapitre 154 sur 169 · Jfu/nn., VI, uC · texte numérisé non relu

Jfu/nn., VI, uC

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nourrit l'àme, en lui donnant la grâce habituelle; cette grâce est la même, qu'on la reçoive au moyen de l'une ou de l'autre espèce; par conséquent communier sous l'espèce du pain et sous l'espèce du vin ne produit pas deux effets différents; c'est comme si l'on prenait deux liosties consacrées, à la suite l'une de l'autre. Il y a là quelque chose de spécieux, mais de peu solide. La grâce habituelle ou sanctifiante que donnent les divers sacrements de la Loi nouvelle est toujours la grâce sanctifiante ; cependant celle que l'on reçoit dans la Confirmation diffère de celle du Baptême, qui n'est pas la même que celle du sacrement de Pénitence, ni du sacrement de l'Ordre, du Mariage ou de l'Extréme-Onction. Cette diversité ne réside pas dans l'essence de la grâce, qui est toujours la même, mais dans le caractère particulier qu'elle revêt, selon les divers sacrements qui la confèrent. Puisqu'une telle diversité se rencontre dans les effets des sacrements, qui tous cependant confèrent la même grâce sanctifiante, on ne voit pas pourquoi il n'existerait pas aussi quelque différence entre l'effet xle l'espèce sacramentelle qui nous a été donnée par Jésus-Christ pour être notre nourriture, et de celle qu'il nous a donnée pour nous servir de breuvage.

La sainte Église admet une différence réelle entre les efTets de la Sainte Eucharistie, selon qu'on la reçoit sous l'espèce du pain ou sous l'espèce du vin; c'est ainsi que nous lisons dans l'hymne des matines du Très Saint Sacrement :

Dcdit frnc,'-ilil)us corporis ferculnm, Dédit et tristihus sanguinis poculum.

« Aux faibles il a donné son corps en nourriture, à ceux que la « tristesse accable il a donné son sang comme breuvage. » N'est-ce pas dire que Teflet particulier de la nourriture, c'est-à-dire de l'espèce du pain dans l'Eucharistie, est de donner des forces, de raffermirles faibles, selon cette parole du Psalmisle : Et panis cor hominis con/irmet: Que le pain affermisse le cœur de V homme >. Le breuvage nourrit aussi sans doute et donne des forces, car c'est là un des eflets naturels du vin ; mais, de plus, il porte à la joie, il dilate le cœur, selon ces paroles du même psaume et du même verset : Etvinum lœtificet cor hominis : El que le vin réjouisse

i. Ps. ciu, 15.

le cœur de V homme. Aussi la Sainte Écriture donne-t-elle le nom d'enivrement de l'àme, inebviatio animée, à l'effet du calice. Il produit dans l'àme une certaine joie spirituelle qui rend l'homme insensible aux labeurs et aux tribulations, insensibilité que l'on peut comparer à celle que cause l'ivresse dans l'ordre naturel.

Il semble difficile d'admettre que les apôtres ne reçurent pas une grâce particulière, mais seulement un signe plus explicite de la grâce déjà reçue, lorsque, après avoir mangé le pain changé au corps de leur divin Maître, ils furent invités à boire le calice de son sang précieux. On peut dire que, par la manière dont Jésus-Christ leur offre ce calice, il leur fait espérer qu'ils y trouveront un fruit spirituel nouveau. Cette espérance qu'il leur donnait, il la donne au prêtre aussi bien qu'à eux, en l'invitant à boire le calice de son sang. S. Cyprien l'entendait ainsi ; pour lui, le calice n"était pas seulement le signe ou la confirmation de la grâce déjà reçue par la communion sous l'espèce du pain, mais un breuvage possédant son efficacité propre pour nous guérir de nos maux et, par conséquent, produisant réellement son effet '. On dit communément que ce calice sacré enivre spirituellement celui qui le boit : pourraiton parler ainsi s'il ne produisait aucun effet; et l'Église chanteraitelle ces paroles de S. Thomas que nous avons citées: Declii et trisiibus sanguinis poculum; glorifierait-elle le Seigneur de nous avoir donné un breuvage qui nous console dans nos tristesses, s'il n'y avait pas des grâces particulières de consolation et de joie attachées au calice du sang de Jésus-Christ? Le. prêtre, après avoir consommé la sainte hostie, et avant de prendre le précieux sang, demande que ce sang qu'il va prendre garde son âme pour la vie éternelle ; si le calice ne devait produire aucun effet particulier sur l'àme, l'Église lui mettrait-elle cette prière sur les lèvres? Il est donc difficile dédire que le précieux sang ne cause pas quelques effets spirituels en celui qui le prend, et que la sainte hostie produit d'abord tout ce qui doit résulter du sacrement. Il faudrait admettre que le breuvage que Jésus-Christ nous a préparé n'en serait

\. Ipse Chrisliis pinccrna porrcxit hoc poculum, et docuit ut non tantum exterius hoc sanguine linircinur, sed et inlcrius aspersione omnipotent! anima muniretur ; et penetrans omnia tanli medicamenli virtus, fpiidquid essetintus tihi durum, cffugaret et renovaret, sanarelque quidquid morbi carni, vel spiritui veteris vitae adlinieral corruplela. (S. Cyprianus (vel alius auctor), lib. de Cardinalibits operibus Chrisli, hom. de Cœna iJomini.)

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jamais un pour nous, puisque jamais notre amené ressentirait les effets d'un vin si généreux.

Il s'est trouvé des tiicologiens pour dire que celui qui ne communie que sous la seule espèce du pain reçoit avec elle tout l'effet du sacrement; mais que, pour celui qui doit communier aussi sous l'espèce du vin, l'effet se divise ; une partie accompagne la sainte hostie, et l'autre partie accompagnera le calice, afin que le communiant mange et boive spirituellement, comme il le faut, pour que le festin que Dieu nous a préparé soit complet ; mais il ne recevrait rien de plus que s'il avait communié sous une seule espèce. Salmeron ^ est de cet avis ; mais une telle conclusion nous parait dure à accepter. Si, en effet, celui qui communie est disposé d'une manière suffisante, il ne paraît pas possible de retarder l'effet entier du sacrement, lorsqu'il a pris la sainte hostie, pour cette unique raison qu'il doit prendre aussi le calice. Ce serait le favoriser beaucoup moins que celui qui ne communie que sous une seule espèce ; il lui faudrait attendre d'avoir pris aussi le calice, pour recevoir l'augmentation de grâce que celui qui ne communie pas sous l'espèce du vin reçoit en même temps qu'il communie avec la sainte hostie; c'est ce qu'il est difficile ou plutôt impossible d'admettre.

Ceux qui prétendent que la communion sous les deux espèces n'ajoute aucune grâce particulière à celles que confère la communion sous une seule espèce s'appuient sur le texte du concile de Trente que nous avons déjà cité, où il est dit que le Christ est reçu intégralement, et que le sacrement est tout entier sous chaque espèce; que par conséquent, pour ce qui regarde le fruit, ceux qui ne reçoivent qu'une seule espèce ne sont privés d'aucune grâce nécessaire au salut : Nulla gratia necessaria ad salutem eos defraudari, qui iinain speciem solam accipiunt. (Sess. XXI, cap. III.) En s'exprima nt ainsi, le saint concile semble indiquer que la suffisance d'une seule espèce résulte de la présence intégrale de Jésus-Christ sous chacune d'elles; d'où il suit que, sous l'espèce du pain, se trouve le sang de Jésus-Christ qui, sous cette espèce, produit tout aussi bien les effets du breuvage que sous l'espèce du vin qui lui est propre. Si la pensée du saint concile était autre, il ne pourrait pas conclure de la présence de Jésus-Christ

1. Salmeron, tom. IX in Evang., tract. XXXVI, circa finem, in solulionc tertlae objectionis.

SOUS chacune des espèces, à la suffisance de la communion sous l'une d'elles.

x\. ces raisons on peut opposer que, d'après le texte du saint concile, la communion sous une seule espèce ne prive ceux qui la font d'aucune grâce nécessaire au salut, et le concile s'exprime ainsi, comme nous l'avons déjà observé, justement pour ne pas déclarer qu'elle ne les prive d'aucune grâce, et que le calice n'ajoute rien à l'action de la sainte hostie sur l'àme. Celui qui communie sous une seule espèce n'est privé d'aucune grâce nécessaire au salut, parce qu'il accomplit suffisamment le précepte de l'Église en communiant ainsi, et parce que chaque espèce prise séparément donne la grâce qui nourrit Fàme, grâce uniquement nécessaire pour entretenir et augmenter la vie surnaturelle, grâce nécessaire, non pas absolument, mais d'une nécessité morale.

Le saint concile de Trente, lorsqu'il déclarait que la communion sous une seule espèce est suffisante et procure toutes les grâces nécessaires au salut, aussi bien que la communion sous les deux espèces, avait en vue de condamner les hérétiques qui réclamaient la communion sous les deux espèces, parce que, disaient-ils, Jésus- Christ n'est tout entier que sous les deux espèces réunies. Voilà pourquoi il pose d'abord ce principe que Jésus-Christ est tout entier sous chaque espèce, et il en déduit cette conséquence que la communion sous une seule est suffisante pour le salul.

Que ceux qui ne communient que sous la seule espèce du pain ne reprochent pas à l'Église de les priver d'un bien infiniment précieux que Jésus-Christ leur a préparé, en ne leur permettant pas de participer au calice du Seigneur. Ils n'en reçoivent pas moins Jésus-Christ tout entier; ils n'en reçoivent pas moins toutes les grâces essentielles attachées à cet adorable sacrement. Si l'Église, pour de sages raisons, leur refuse l'usage du calice, il leur est aisé de regagner avec usure ce que cette défense leur fait perdre K Qu'ils apportent plus de soin à leur préparation à la

i. Ullimo tarnon loco adinoneo ex hac doclrina non fieri ullo modo posse aliquos mérite coiiqueri de Ecclesia, qnod usum calicis laicis iiUerdixcrit, Lum quia fructus suhstantialis et prsecipuus in siiigulis specielius lial)etur, quiaper siiif^ulas seorsim accipilur f^ratia milrimentalis, qui est potissimus fructus hujus sacramenti ; pcr ulramque autem simul solum additur gratia aliqua in ordine ad aliquid accidentale minus principale ; tum ctiam quia (ut dixil Tridentinum, sess. XXI, cap. ii) in hujus sacramenti dispensatione attendendum est non solum ad suscipientium utiiitatem, sed etiam ad ipsius sacramenti re-

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sainte communion ; qu'ils la reçoivent avec plus de ferveur; qu'ils mettent plus de soUicilude à lui faire produire tous ses fruits lorsqu'ils l'ont reçue ;<|u'ils communient plus fréquemment, et le dommage dont ils se plaignent sera bientôt largement compensé.

MOMENT PRKCIS AUQUEL LA SAIXTE EUCILVIUS IIK COXKklîK LA (lUACE

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