‹ La Sainte EucharistieChapitre 17 sur 169 · Is., XXV · texte numérisé non relu

Is., XXV

que nul mal n'afflige. Vouloir et ne pouvoir atteindre ce que l'on veut, c'est un tourment qui ressemble à celui des damnés. Vouloir ce qui est mauvais et arriver à le posséder, c'est le digne châtiment de la perversité du cœur. Jésus-Christ est le véritable et le seul bien désirable, destiné à faire la joie de toutes les nations. Nous pouvons donc dire que nous sommes bienheureux, que nous jouissons à l'avance des joies du ciel lorsque nous le recevons dans la Sainte Eucharistie.

Ajoutez que cet adorable sacrement nourrit la charité, qui nous fait rechercher les choses du ciel et tenir nos regards et nos pensées sans cesse élevés en haut, tandis que nous vivons sur la terre. Il appartient à la sagesse de choisir la fin vers laquelle on doit tendre et les moyens d'y arriver; c'est elle qui dispose tout à cet eflét avec force et douceur. La fin de la vie chrétienne est la possession de Dieu; l'unique moyen d'atteindre cette fin est la charité qui nous détache des choses de la terre et allume en nous un désir ardent des biens célestes. Toute la vie d'un bon chrétien, dit S. Augustin, repose sur un bon désir qui sera la mesure de la gloire future. S. Thomas dit de son côté que le désir rend celui qui l'éprouve apte et préparé à recevoir le bien désii'é. Or, la Sainte Eucharistie excite ce désir en même temps que le feu de la charité.

On peut considérer dans tout être ce qui constitue sa nature, la fin pour laquelle il existe, et l'inclination qui le porte vers cette fin et l'y conduit comme par la main. Ainsi l'àme raisonnable fait l'homme; la vérité connue rend l'homme heureux; le désir inné de connaître le vrai incline l'homme à le rechercher et à repousser ce qui est faux. Ces trois attributs de l'humanité correspondent à trois attributs de Dieu qui en sont la source. Sa toute-puissance infuse l'être; sa bonté assigne la fin et sa sagesse dispose et désigne les moyens à employer pour l'atteindre; c'est pour cela qu'il est dit que Dieu a répandu sa sagesse sur toutes ses œuvres.

La grâce n'est pas faite pour détruire ou changer la nature, mais pour la perfectionner, et Dieu suit la même marche dans l'ordre naturel et dans l'ordre surnaturel. La grâce nous donne un être surnaturel et divin; elle fait que, nés de Dieu, nous devenons, selon la parole de S. Pierre, participants de La nature divine ^ La fin ([ui nous est assignée est Dieu, que nous devons

Page 1