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EXCELLENCE DE l'elCEJARLSTIE. 53
posséder par la claire vision et l'amour éternel. Le moyen d'atteindre cette fin est la charité; c'est ce feu sacré qui, descendu du ciel, tend sans cesse à y remonter. Or ce triple effet de l'ordre surnaturel découle des trois principaux mystères de notre sainte religion. Jésus-Christ nous a conféré l'être et la vie surnaturelle par sa mort; il nous a enfantés parmi les douleurs de son agonie; il nous a ouvert le ciel par son ascension; il nous inspire le désir d'aller au ciel pour y posséder Dieu, en nous nourrissant de luimême dans l'Eucharistie. Par la sainte communion, il s'empare de nos cœurs, pour les emporter en quelque sorte au ciel avec lui; car, selon sa parole, celui qui le mange vivra à cause de lui K Celui qui se nourrit de Jésus-Christ vivra donc à cause de Jésus- Christ et tendra sans cesse vers les choses divines; il pourra dire avec l'Apôtre : Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, cest Jésus-Christ qui vit en moi -.
Du reste, comme rien ne surpasse en excellence cet aliment divin, il n'y a pas non plus, et la sagesse divine ne peut pas inventer de moyen plus approprié ni plus efficace pour conduire riiomme nouveau à sa fin. S. Thomas fait remarquer que l'homme n'est pas seulement un corps, et qu'il n'est pas non plus seulement une ànie; il est un tout composé de l'un et de l'autre. Dieu donne les fruits de la terre et la chair des animaux pour nourriture au corps qui rapproche l'homme des animaux; mais à fàme immortelle il donne la vérité pour aliment. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : Lliomme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ^. Le corps avait sa nourriture propre, l'âme aussi avait la sienne, mais il en fallait une qui fût appropriée à l'homme tout entier. Jésus-Christ se donne lui-même pour être cette nourriture. II est la nourriture du corps en lui communiquant le germe de la bienheureuse immortalité. Il est la nourriture de l'âme en lui donnant la grâce avec plus d'abondance, en développant par la vertu de cet aliment divin la créature nouvelle née dans le Baptême et fortifiée dans la Confirmation. La communion apaise les tempêtes soulevées par la concupiscence et les rend inoffensives; elle renouvelle les forces, elle
I. Qui nianducat me vivcl proplcr me. [Joann., vi, \'à\.) -2. Galat., ii, 30.
;{. Non in solo pane vivit homo, sod in onmi vcrbo quod proi-udil de ore Del. [Matlh. iv, i.|
enrichit rame des grâces les plus précieuses et les plus abondantes.
LA SAINTE EUCHARISTIE EST LE COURONNEMENT DES EFFUSIONS DE l'amour divin
L'amour divin est infiniment riche; cependant il n'a rien à ajouter à un don tel que l'Eucharistie. Admirez si vous voulez les miracles qui font briller d'un éclat si merveilleux, dans ce sacrement, la toute-puissance de Dieu ; étonnez-vous de sa sagesse et de la profondeur de ses conseils, cependant il nous plaît davantage encore d'y considérer son amour. C'est cet amour qui nous attire, c'est lui qui nous attache à l'adorable Eucharistie par des liens que rien ne saurait briser. Oublier l'amour pour nous livrer à d'autres pensées serait une sorte d'ingratitude. Que l'esprit ne s'attache pastrop à sonder les profondeurs de ce mystère s'il ne veut s'exposer à être écrasé sous le poids de sa majesté; mais l'amour peut parler sans crainte; il peut se livrer à tous ses transports, car Jésus veut être aimé; c'est là sa volonté, c'est là tout son désir; il sait qu'il n'y a de bonheur pour nous que dans son amour. La puissance de Dieu réclame notre admiration, mais sa grandeur nous eiï'raie; la sagesse de Dieu est merveilleuse, mais nous craignons nécessairement ce regard à qui rien n'échappe; nous sommes troublés par le souvenir de nos propres imperfections, de nos fautes, car Dieu les voit. Mais l'amour que Jésus nous témoigne dans l'Eucharistie calme ces craintes et apaise ces terreurs. Il a aimé les siens, et il les a aimés jusqu'à la fin : In finem dilexit eos. In finem : jusqu'à la fin de sa vie. In finem : jusqu'au delà de cette vie, et son amour doit durer jusqu'à la consommation des sïèdes. In finem : d'une manière qui est au-dessus de toute autre manière d'aimer. « Il n'a rien omis de ce que peut faire quiconque est animé d'un « amour véhément, » dit S. Chrysostome ^ Et le saint concile de Trente ne craint pas de s'exprimer ainsi : « Notre Sauveur, sur le « point de quitter ce monde pour aller à son Père, a institué ce « sacrement, dans lequel il a pour ainsi dii-e accumulé toutes les « richesses de son amour envers les hommes -, » Il suffira des
i. S. Chrvs., In cfi/). XIII Joann.
2. Salvator rioster discessurus ex hoc mundoad Patrem, sacramentum hoc instituit, in quo divitias sui crga hoiriincs amoris vclut effudit. (Sess. XIII, cap. ii.)