‹ La Sainte EucharistieChapitre 19 sur 169 · EXCELLENCE DE L EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

EXCELLENCE DE L EUCHARISTIE

quelques réflexions qui suivent pour montrer combien cette doctrine est vraie.

Et d'abord, l'amour véritable est prodigue de ses dons envers l'objet aimé. Or, Jésus-Christ nous livre tous ses biens sans exception dans cet admirable mystère. Dans les temps anciens, Dieu, dont la bonté fut toujours infinie, communiqua ses richesses de mille manières aux créatures raisonnables; mais en les donnant, il se réservait quelque chose, pour que l'homme n'oubliât pas sa souveraine autorité; au moins faisait-il régner quelque inégalité dans la distribution de ses dons. Il permit à Adam, à peine sorti de ses mains créatrices, d'user librement de tous les fruits du paradis terrestre; cependant il lui interdit de toucher aux fruits de l'arbre de vie. Après le déluge, il permit aux hommes de se nourrir de la chair des animaux; cependant, pour mettre leur obéissance à l'épreuve, il en excepta quelques espèces. Il fit connaîlre ses volontés et donna sa loi, par l'intermédiaire de Moïse, mais les lumières du Sinaï ne brillèrent que pour un petit nombre d'hommes, pour le seul peuple d'Israël. Sur la croix, il remit son corps à la terre et son esprit à son Père. Dans le mystère de l'Incarnation, il communiqua la plénitude de la divinité à sa très sainte humanité, mais en Jésus-Christ seul l'humanité fut élevée à ce degré sublime d'union avec la divinité; Jésus-Christ seul. Dieu et homme tout à la fois, est véritablement le Fils de Dieu. Dans le ciel, il découvre aux regards des saints toute la gloire de sa majesté; mais le petit troupeau des élus est seul favorisé de ce spectacle, et tous n'en jouissent pas au même degré et avec la même perfection; la différence est grande entre la béatitude de tel saint et celle de tel autre; il en est d'eux comme des étoiles qui ne brillent pas toutes du même éclat : Stella enim a Stella differt in darilate K Mais dans l'Eucharistie, Jésus-Christ se donne tout entier à tous et à ciiacun; il se donne tout entier à l'ànie, il se donne tout entier au corps de celui qui le reçoit. Il n'a plus qu'un môme corps et qu'un môme sang avec nous, il se mêle à nous, selon l'expression des Pères : Nobis consanguineus, concorporens, nobisque permiscetur. Ailleurs, Dieu fait dériver jusqu'à nous ses grâces comme par des canaux et des ruisseaux, mais dans PEucharistie, c'est la source elle-même qu'il nous livre- Vous

\. I Cor., XV, il.

puiserez avec joie des eaux des fontaines du Sauveur, dit le prophète Isaïe '. Là, nous possédons tout à la lois le salut et le Sauveur, la lumière et le soleil, la vie et l'auteur de la vie, le mérite et le principe du mérite, et nous pouvons dire avec un Père de rÉgiise : Autant le Fils est grand dans le Père, autant il est grand dans le sein delà Vierge; et autant il est grand dans le sein de la Vierge, autant il Test aussi dans la bouche et dans la poitrine du fidèle.

Un second caractère du véritable amour est sa tendance à ne faire qu'un avec l'objet aimé '. Cet objet est-il absent? il souffre. Est-il présent? ce sont des transports de joie. Ceux qui s'aiment voudraient que leurs cœurs pussent se fondre et se mêler pour ne faire qu'un seul et même cœur. Mais Jésus-Christ peut seul réaliser l'union parlaite avec ceux qui l'aiment. Dans la Sainte Eucliaristie, aucun obstacle ne l'arrête. Il entre dans la bouche et il pénètre jusque dans le cœur de celui qui le reçoit. Dans les autres effets du divin amour, il y a toujours, selon la remarque de S. Thomas, quelque chose qui nous sépare, jusqu'à un certain point, du Seigneur. Il se donne à nous par sa naissance, mais comme compagnon ; il se donne en prêchant l'Évangile, mais comme docteur; il se donne en vivant parmi nous, mais comme

1. H.iurielis iujiias in gaudio de foiUiljus Salvatoris. l/.s., xii, 3.) •2. Que puis-je dire, pauvre ignorant que je suis, touchant un si grand mystère, que les anges eux-mêmes ne sauraient dignement expliquer? Je me borne à cette simple observation : Tout ce qu'il y a jamais eu de personnes vivant dans la crainte et l'amour de Dieu, depuis la rédemption opérée par le Christ, n'ont dû leur sainteté qu'à ce divin sacrement. C'est là le pain de vie qui donne aux âmes la vie s])iriluelle. il les fortifie contre toutes les tentations de l'ennemi, il les fait' croître en vertu, il leur donne le goût des choses du ciel et leur enlève celui des faux biens de la terre, il unit les âmes au Christ, de telle sorte qu'elles ne font avec lui qu'une seule chose, il excite la dévotion, il enflamme la charité, il ranime et soutient l'espérance. Que n'espérerai-je pas, en effet, d'un Dieu qui se donne à moi pour noui'riture, f|ui descend dans mon cœur pour me rendre semblable à lui et me communiquer sa vie divine? Par ce sacrement nous nous approprions les mérites du Christ; car, manger sa chair et boire son sang, ce n'est pas autve chose que participer à ce qu'il nous a mérité par le sacrifice de cette chair et de ce sang divin. Par là nous est donné le gage certain de la gloire que nous attendons, et qui consistera dans la possession de Dieu, puisque dans ce sacrement nous est donné ce Dieu lui-même. C'est là que les martyrs puisèrent leur courage, les confesseurs leur vie sainte, les vierges leur pureté, les veuves leur consolation, les personnes mariées leur pieuse réserve, les pénitents leur joie, les prêtres leur honneur.

Que dire encore de la suavité de ce pain céleste ? Tous ne la goûtent pas ;

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modèle; il se donne en mourant sur la croix, mais comme prix de notre rançon ; il se donne en nous sanctifiant, mais par la grâce qu'il répand dans nos cœurs ; il se donne en régnant au ciel, mais la lumière de la gloire sert d'intermédiaire à cette éternelle union. Dans l'Eucharistie, c'est lui-même qui est uni à nous, et c'est lui qui opère l'union; lui-même donne et lui-même est le don. Lorsqu'il se fait notre nourriture, il n'est pas changé en nous, mais il nous change et nous transforme en lui. Il dit à son Père : Je leur ai donné la fjloire (jue vous m avez donnée, afin quils soient une seule chose, comme nous sommes une seule chose ^ Il est devenu comme l'un de nous, ou plutôt véritablement l'un de nous ; plus encore, il est devenu une seule chose avec nous.

En troisième lieu, celui qui aime ne recherche pas ses propres avantages, mais il les laisse de côté pour s'occuper avant tout de ce qui peut servir ou être agréable à son ami. Voilà la marque caractéristique de l'amour de Jésus-Christ pour nous dans cet adorable sacrement. Bien des considérations s'élevaient contre l'institution de la Très Sainte Eucharistie. Une intimité si grande avec les hommes ne semblait pas convenir à la Majesté divine, la suprême grandeur s'allie peu avec l'amitié. Il ne semblait pas non plus convenir que le pouvoir de consacrer le corps de Jésus-Christ

elle est seulement le partage de ceux qui brûlent des vives flammes du divin amour. Pour nous en faire une idée, ne prenons pas pour exemple les transports d'une mère ou d'une épouse qui revoient, l'une son fils, l'autre son époux, après de longues années d'absence ; fixons les yeux sur le bonheur dont fut enivré le patriarche Jacob, quand il apprit que son fils Joseph, objet d'un si tendre amour et de tant de larmes amères, était vivant, et qu'il gouvernait tout le royaume d'Egypte. Et quand il lui fut donné ensuite de le voir, de l'embrasser, de quelle joie ne fut pas rempli le cœur de ce bon père, aussi bien que le cœur de ce bon fils? Une âme qui mérite réellement le nom d'épouse de Jésus-Christ et qui l'aime d'un amour plus tendre que celui de cet enfant ou de ce père, quelle joie ne doit-elle pas éprouver lorsque, au moment de la sainte communion, elle reçoit son bien-aimé lui-même, qui descend au fond de son c-d'ur et contracte avec elle l'union la plus intime? Quelle langue est capable d'exprimer cela? Cette joie divine va queUjuefois si loin qu'elle ravit une àme hors d'elle-même et ne lui laisse que le sentiment de son bonheur. Mais que sont les paroles que je prononce? Encore une fois, tout ce que la langue humaine peut dire et l'entendement comprendre de ce sacrement n'est rien, en conqjaraison de la réalité. Kl tous ces biens inapprécial)les, nous ne les aui'ions jamais possédés si nous n'avions été rachetés par l'incarnation et la mort du Sauveur. (Loris de Grenade, Traité de Ut (hirln'iir chrclicnnc. liv. \, traduction nvREn.l.E.)

\. Claritatem f|1iam dedisli mihi, dedi eis, ut sint unum siiul <>l ims uiinin sumus. {Joaun.. wii, ±2.)

fût attribué à tous les prêtres indifféremment, encore moins qu'il fût possible en tout temps et à tous les hommes, même à des impies et des scélérats, de se nourrir de cet aliment divin. N'était-ce pas assez que les principaux chefs de l'Église, les évêques, eussent le droit d'offrir le divin sacrifice en certains lieux, en certaines circonstances? Fallait-il s'exposer à avilir par un usage trop fréquent le plus auguste des mystères? f^ourquoi, Seigneur Jésus, dissipezvous ainsi les trésors de votre amour, et les livrez-vous à des gens qui ne sont ni dignes de les recevoir ni capables de les apprécier? Pourquoi jetez-vous vos perles précieuses en pâture aux vils animaux ? Mais rien n'arrête le Dieu dont l'amour pour nous ne connaît pas de bornes. Il affrontera tout, les blasphèmes des hérétiques, les outrages des impies, les profanations des mauvais chrétiens, l'indifférence et l'ingratitude de ceux mêmes qu'il a comblés de plus de grâces et qui se croient des serviteurs fidèles. La multitude des eaux n'éteindra pas sa charité et les fleuves ne la détruiront pas.

L'Apôtre S parlant de l'adorable sacrement de l'Eucharistie, fait remarquer avec soin le temps auquel il fut institué. Ce fut, dit-il, la nuit dans laquelle il était livré, in qua nocte tradebatur, qu'il nous transmit ce gage suprême de son amour. Pour nous donner le pain de vie, il choisit le moment où les hommes se préparent à le livrer à la mort, et tandis qu'ils cherchent les moyens de lui faire tout le mal possible, il leur assure le plus extraordinaire et le plus grand de tous les bienfaits ; il offre le pain qui renferme toute douceur à ceux qui vont bientôt l'abreuver de fiel et de vinaigre. Ne vous en étonnez pas. L'amour de .Jésus-Christ est pur; il nous aime et il est lui-même la cause de son amour. Nos mérites ne le déterminent pas à nous aimer, non plus que son intérêt propre ; il aime parce qu'un véritable ami ne peut pas ne pas aimer. Les eaux jaillirent de la pierre aussitôt que Moïse l'eut frappée de sa verge. La pierre était le Christ, et dans cette nuit fatale où il fut frappé et livré en proie à tous les outrages, à tous les opprobres, le Sacrement des sacrements découla de cette pierre divine; la source de tous les biens jaillit avec une telle abondance qu'elle ne saurait donner davantage, quoique sa richesse soit infinie.

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