Cor., XI
EXCELLENCE DE l'eUCIIARISTIE. 61
Un quatrième caractère de l'amour, c'est que ceux qui aiment cherchent tous les moyens de témoigner leur amour. On sait qu'à tous les âges du monde il y eut des hommes que Dieu daigna enrichir de privilèges particuliers; mais toutes ces faveurs et tous ces privilèges se trouvent accumulés dans la Sainte Eucharistie. S. Jean-Baptiste fut plus élevé en grâce et en dignité que tous les saints qui l'avaient précédé ; Jésus-Christ lui-même nous affirme que, parmi les enfants des hommes, il ne s'en était pas levé un plus grand que son Précurseur. Cependant, après avoir fait de lui le plus magnifique éloge, après l'avoir exalté au-dessus des patriarches et des prophètes, il le met au-dessous du moindre des fidèles. En effet, il ajoute : Mais celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui i. Et quel est ce royaume de Dieu, sinon l'Église, comme l'enseignent les Pères ? Ainsi donc, le Verbe incarné a visité Jean alors qu'il était encore dans le sein de sa mère ; le divin Soleil de justice l'a illuminé de ses premiers rayons : cependant celui qui est le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui, parce que Jésus-Christ le visite non pas une fois, mais tous les jours ; ou plutôt ce n'est pas une visite qu'il lui fait : il entre en lui, il pénètre tout son être ; ce n'est pas sous son toit, mais dans son cœur qu'il établit sa demeure. S. Jean l'Évangéliste reçut une faveur bien précieuse de la part de Jésus-Christ qui lui permit de reposer la tête sur sa poitrine, à la dernière Cène. Mais le dernier des enfants de l'Église, celui qui est le moindre dans le royaume de Dieu, reçoit une faveur plus grande encore. Recevoir tous les jours si nous voulons ce divin Sauveur dans notre cœur, nous entretenir avec lui comme avec l'ami le plus tendre et le plus familier, n'est-ce pas plus que de reposer une seule fois, pendant un moment, notre tête sur sa poitrine? Le sort du saint vieillard Siméon paraît bien digne d'envie; il porta le divin enfant Jésus entre ses bras, et il s'écria qu'il avait assez vécu, puisque ses yeux avaient vu le salut de Dieu. Mois le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que Siméon, parce qu'il ne porte pas seulement Jésus entre ses bras; il le reçoit dans sa l)ouche, il le reçoit dans son cœur; le serviteur humble et pauvre se nourrit du Seigneur. On ne saurait trop admirer le privilège extraordinaire dont fut favorisé le bien-