‹ La Sainte EucharistieChapitre 22 sur 169 · Eccli., XX · texte numérisé non relu

Eccli., XX

EXCELLENCE DE l'eUCIIARISTIE. G3

pu rien imaginer de plus utile, de plus efficace pour notre salut, et nous sommes nus, misérables à faire pitié? D'où vient ce fait étrange? Peut-être de ce que ceux qui s'approchent do la sainte Table sont peu nombreux, et qu'ils s'en approchent rarement ; mais parmi ceux mêmes qui communient souvent, rien, hélas! de plus rare qu'un amendement sérieux. Nous avons beaucoup semé et peu récolté ; nous avons mangé et nous n'avons pas été rassasiés; nous avons recueilli des trésors et nous les avons mis dans un sac percé ; nous avons reçu Jésus-Christ dans un cœur ouvert à la légèreté, à la vanité, au péché ; la semence eucharistique est tombée le long du chemin, et mille pensées vaines l'ont foulée et rendue inutile ; elle est tombée sur des pierres, dans un cœur rendu, par le péché, plus dur que les rochers ; elle est tombée au milieu des épines, dans un cœur où régnent les désirs de la terre : comment s'étonner que la céleste semence n'ait produit ni le centuple ni même le moindre fruit? L'Esprit de Dieu n'avait-il pas en vue ce malheureux état, lorsqu'il disait dans l'Ecclésiaste : Il est une maladie très malheureuse que fai vue sous le soleil : des richesses conservées pour le malheur de leur maître. Il y a encolle un autre mal que fai vu sous le soleil et qui est même fréquent parmi les hommes. Un homme à qui Dieu a donné des richesses, sans lui accorder de jouir de ses biens K

Si, au témoignage de Salvien, ne pas user des biens que l'on a reçus est un mal impardonnable, que sera-ce donc d'abuser du plus grand de tous les biens? Malheur aux aveugles qui ne tirent aucun profit d'un sacrement renfermant tous les biens. Ne les imitons pas, et pour ne laisser perdre aucune parcelle d'un si précieux trésor, apprenons d'abord à le bien connaître.

NOMS DIVERS DONNÉS A l'eUGIIAUISTIE POUR EXPRIMER SES EXCELLENCES

Le docteur Angélique, S. Thomas, se pose cette question : Convient-il que le sacrement de l'Eucharistie reçoive plusieurs noms? et il répond qu'il en est trois principaux consacrés par l'usage des

i. Est infirmitas pcssima qunm vidi sul) solo, (livili;r oonsorvatcB in inaluni domini sui. {Eccle., v, \'-l.) Est aliud malum qiiod vidi sub solo et quideni froqucns apud hoiiiines ; vir cul Dcus dcdit divilias, noo Iribuil ci potestalem Deus ul coincdal. [Eccle., vi, 1.)

fidèles, qu'on ne saurait lui refuser. Le sacrement de l'Eucliorislie a droit au nom de Sacrifice, parce qu'il est la commémoration de la Passion de Notre-Seigneur ; de Communion, ^2iVCQ qviW unit intimement Jésus-Christ avec les fidèles et les fidèles entre eux ; de Viatique, parce qu'il figure la possession de Dieu dans le ciel et nous procure le moyen d'y arriver. De là lui vient aussi son nom A" Eucharistie ou bonne grâce, parce que la grâce do Dieu est In vie éternelle, et que ce sacrement contient non seulement la grâce, mais l'auteur même de h) grâce K

Mais la piété des fidèles a multiplié les noms de cet adorable sacrement, et nous en concevrons mieux encore l'excellence, si nous nous arrêtons quelques instants à l'étude de chacun d'eux.

Le nom, lorsqu'il est bien donné, est la définition abrégée de la chose à laquelle il s'opplique. Un seul nom devrait donc suffire au sacrement adorable qui nous occupe, et il semble que l'on aurait tout dit en le nommant, par exemple, le Sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ. Mais la grandeur même de la Sainte Eucharistie a fait que ni les théologiens ni le peuple fidèle n'ont pu se contenter d'une seule appellation. Quelle que soit celle qu'on a choisie, il reste toujours beaucoup à dire, et on sent le besoin d'en ajouter une autre. N'est-ce pas en effet, avec rincarnation dont elle est le complément, l'œuvre par excellence de la miséricorde infinie de Dieu ? Entre tous les bienfaits que nous avons reçus et que nous recevons chaque jour du Seigneur,, en est-il un qui lui soit compiu-able? La majesté suprême du Dieu qui demeure dans l'Eucharistie et s'y donne à nous, les prodiges

I. Respondeo diccnduin ([und hoc sacramonlum li;djcl lri])licom significafionem : iinam rospeclu prculerili, in quanlum scilicet est commémora tivum dominicse passionis, quae fuit verum sacrificium, ut supra dictum est, et secundum hoc nominatur sacrificium; aliam autem signiiicationem hahet respectu rei praescnlis, scilicet ecclesiasticae unitatis, cui hominos aggrcgantur per hoc sacramentum, et secundum hoc nominatur communia, vel sijnaxis. Dicit enim Damascenus {Orth. fid., lib. IV, cap. xiv, ad fin.), quod dicitur communio, quia communicamus per ipsam Christo, et quia participamus ejus carne et divinilate, et quia communicamus et unimur ad invicem per ipsam. Terliam significationem lialjet respcctu fuluri in rjuantum scilicet hoc sacramentum est ])ra;figurativum fruilionis Dei, quaî erit in patria, et secundum hoc etiam dicitur Enclidrixlia, id est hona gralin, quia fp'alia Dei vila, alterna, ut dicitur i/iom., vi, 23) ; vel quia realiter continet (^hristum, qui est plenus gratia. Dicitur etiam in grcECo mctn/pjtsiH, id est ossnmj/tio, quia, ut Damascenus dicit [loc. sup. cit.), per hoc Filii Deitatem assumimus. (S. Thcm., III, quaest. Lxxiii, art. 4.)

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qui accompagnent sa présence en ce saint sacrement, les fruits abondants et pleins de délices que l'on y recueille, tout y est divin, et la langue humaine, incapable d'exprimer de si grandes choses, multiplie les mots, afin d'en donner, comme elle peut, une idée.

1° Eucharistie. — L'Eucharistie, tel est le premier nom, le nom le plus usité appliqué par la sainte Église au sacrement par excellence qui contient non seulement la grâce, mais l'auteur même de la grâce. Nous ne pouvons mieux faire ressortir le sens de ce mot Eucharistie, qu'en empruntant au Catéchisme du concile de Trente l'explication qu'il en donne. Voici les paroles mêmes de cet ouvrage dont l'autorité est si grande.

« Les auteurs ecclésiastiques, voyant qu'il était impossible de « faire comprendre par un seul mot l'excellence et la majesté de « cet auguste sacrement, ont tâché de l'exprimer par plusieurs a noms différents. Ainsi, ils l'appellent quelquefois Eucharistie, « c'est-à-dire grâce excellente, ou action de grâces, qui sont deux a qualités qui lui conviennent parfaitement. Car il est véritable- « ment une grâce excellente, puisqu'il est le gage de la vie éter- « nelle que l'Apôtre appelle une grâce, qu'il contient Jésus-Christ, « qui est la source de toute grâce et de tout don parfait. Et il est « aussi une action de grâces, puisque toutes les fois que nous « immolons cette hostie très pure, nous rendons à Dieu des ac- « tions de grâces infinies, pour tous les bienfaits que nous avons a reçus de sa bonté, et particulièrement pour l'excellent don de « sa grâce qu'il nous communique par ce sacrement. Mais de pi us, « ce nom convient très bien avec ce que Notre-Seigneur fit en « l'instituant; car l'Évangile rapporte qu'ayant pris le pain, il le « rompit et rendit grâces à Dieu.

a C'est pourquoi David, admirant l'excellence et la profondeur « de ce mystère, avant de prononcer ces paroles prophétiques : « Le Seigneur tout bon et tout miséricordieux a consacré la mé- « moire de ses merveilles ; il a donné une nourriture à ceux qui a le craignent : Memoriam fecit mirabilium suorum inisericors « et miserator Dominus; escam declit timentibus se, les fait « précéder de celles-ci qui sont une action de grâces : « Grandes « sont les œuvres du Seigneur, louange et magnificence est son « ouvrage. Magna opéra Domini.... Confessio et magni/icen- « tia opics ejus. » (Ps. ex, 2, 3, 4.)

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Un pieux et savant auteur fait ici cette remarque : « Si nous « comprenons bien ce texte du Catéchisme du concile de Trente, « le Saint-Sacrement reçoit le nom d'Eucharistie pour les quatre « raisons suivantes : 1" Il est le présage de la vie éternelle; 2" il « contient Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est en lui-même la a grâce parfaite, la grâce substantielle, la source de toute grâce; a 3" le Saint-Sacrement est notre moyen le plus excellent de rendre « à Dieu les actions de grâces que nous lui devons; 4° enfin, ce a nom d'Eucharistie nous offre une leçon qui est de ne nous en « approcher jamais, de ne jamais la célébrer qu'avec actions de « grâces, parce qu'ainsi Ta fait Notre-Seigneur en l'instituant K »

Nous lisons dans le Catéchisme de Canisius - : « Le sacrement « le plus grand et sans comparaison le plus saint de tous, qui « surpasse tout ce que l'Église peut avoir d'ailleurs de plus noble, Œ de plus admirable, de plus efficace et de plus salutaire, est ce « que désigne ce nom d'Eucharistie.

a C'est avec raison qu'on l'appelle ainsi, c'est-à-dire bonne « grâce ou action de grâces, puisqu'il contient le principal et le « plus grand des dons de Dieu, la source môme et l'auteur de « toute grâce, et qu'il nous rappelle tous les biens les plus précieux a. que nous avons reçus de lui, et pour lesquels particulièrement « nous devons lui rendre grâces et publier sa gloire. Eh ! quel « plus grand bienfait aurions-nous pu désirer que celui de rece- « voir encore tous les jours le corps et le sang de celui qui, pour « l'amour de nous, a voulu naître d'une Vierge, mourir sur une « croix et entrer dans sa gloire, et de nous incorporer tout entiers « à tout lui-même dans cet ineffable sacrement? »

A ce texte du vénérable auteur ajoutons ce que S. Jean Chrysostome -^ disait autrefois : « Le souvenir des bienfaits de Dieu est « le meilleur moyen de s'en assurer la continuation ; la continuelle « action de grâces est la garde fidèle de toutes les grâces. C'est « pourquoi nos mystères si terribles et si salutaires tout ensemble « qui se célèbrent dans toutes les assemblées de l'Église, s'ap- « pellent Eucharistie, c'est-à-dire action de grâces, parce qu'ils « sont le monument d'une infinité de dons que Dieu nous a faits, <f et du plus grand de tous ces dons, et que nous y trouvons tou-

\. Tesmère, Somme île la prédication eucharistique, l'" p., 2<^ conf.

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