S. CiiRVSosT., hoin. XXV in cap. VIII Matth
EXCELLENCE DE l'EUCHARISTIE. C7
<' jours de nouveaux sujets de renouveler nos sentiments de grati- « tude et de reconnaissance. »
Ce nom à^ Eucharistie convient donc parfaitement au sacrement adorable de nos autels. Celui de communion ne lui convient pas moins.
2'' Communion. — C'est l'apôtre S. Paul qui a donné le premier le nom de communion à la Très Sainte Eucharistie. Il dit, en effet, dans la première Épître aux Corinthiens : ISPest-il pas vrai que le calice de bénédiction que nous bénissons est la communion du sang de Jésus-Christ, et que le pain que nous rompons est la communion du corps du Seigneur *? La Sainte Eucharistie est le sacrement d'union [communio] par excellence. Selon la remarque de S. Jean Damascène 2, non seulement elle nous unit à Jésus-Christ et nous rend participants de sa chair et de sa divinité, mais même elle nous unit les uns avec les autres dans le même Jésus-Christ, et nous y incorpore pour ainsi dire, afin que nous ne soyons tous qu'un seul corps en lui. Mais écoutons S. Jean Chrysostome ^ :
« S. Paul avait dit : La communion du corps de Jésus-Christ; <i mais comme il pensa que celui qui communie à une chose est a d'ordinaire différent de la chose à laquelle il la communique, il « voulut aussi ôter cette différence en disant ensuite que )ious ne « sommes tous ensemble quan seul pain et un seul corps. De « sorte qu'il n'y a pas seulement communion et communication « entre le corps de Jésus-Christ et nous, mais nous faisons partie « de son corps même. Et, en effet, qu'est-ce que l'Eucharistie, « sinon le corps de Jésus-Christ? Et qu'est-ce que deviennent ceux « qui communient, sinon le corps de Jésus-Christ? non pas plu- « sieurs corps différents, mais un seul corps avec lui. Car, comme « un pain qui est composé de plusieurs grains de blé est tellement « uni en une seule masse, que la distinction des grains n'y paraît
1. Calix benedictionis cui benediciinus, nonne communicatio sanguinis Christi est? et panis quem frangimus, nonne participutio corporis Domini est? (/ Cor., X, 16.)
"i. Dicitur et communio et est rêvera, quia communicamus per ipsam Christo, et participamus ejiis carne et divinitate, et quia communicamus et unimur invicom per illam. Xam quia ex imo pane participamus omnes, unum corpus Christi, et unus sanguis, et invicem meml)ra eflicimur, concorpoiati Christo existentes. ;^S. Dvmasc, lih. IV de Fiiie orlliod., cap. iv.)
3. S. CliRYSOST., iiom. XXIV sur la /'"'-■ Ep. aux Corinlh., ch. ix.
« plus ; et qu'encore qu'ils 3' soient toujours, cette différence n'est « plus visible, à cause de leur étroite liaison : de môme ici nous « sommes très étroitement liés et unis ensemble par Jésus-Christ. « Par exemple, je ne suis pas nourri d'un certain corps dont je « suis le membre, et vous d'un autre corps ; mais nous tirons tous « notre vie spirituelle d'un même corps, dont nous sommes tous « les membres. Et c'est pour cela que l'Apôtre a ajouté : Nous tous <r qui communions et participons à un même pain. »
Le saint docteur ajoute : « Si donc nous tirons tous la vie d'un « même corps, duquel nous faisons aussi partie, comment ne « nous témoignons-nous pas les uns aux autres une même cliarité « qui nous unisse encore ensemble? Car c'est ce que nous remar- « quons dans les premiers chrétiens, dont l'Écriture dit qu'ils « n'étaient tous ensemble qu'un cœur et qu'une àme. Hélas! il « n'en est pas maintenant de môme, et nous voyons plutôt le cona traire, puisqu'il y a une infinité de discordes et de contestations « entre les chrétiens, qu'ils se font continuellement la guerre les « uns aux autres, et s'entre-déchirent avec plus de cruauté que les « bêles mêmes ne le font entre elles. »
La Sainte Eucharistie, Communion ou Synaxe, est donc un sacrement d'union, un sacrement de paix et de charité. Tous les chrétiens s'assemblent pour y participer; ils assistent au môme sacrifice; ils se nourrissent du même aliment divin; ils vivent de la même vie : comment se peut-il faire que l'union et la paix n'existent pas toujours entre ceux qui vivent d'une môme vie, la vie du Fils de Dieu fait homme? S. Augustin, contemplant avec admiration la Sainte Eucharistie, s'écriait : « 0 sacrement de piété ! ô « signe de vérité! ô lien de charité! Les Juifs disputaient entre eux 1 parce qu'ils ne comprenaient rien au pain de concorde, et ils ne « voulaient pas y goûter; car ceux qui mangent un tel pain ne a disputent pas entre eux : ils sont eux-mêmes un pain unique '. » Pourquoi faut-il que tant de chrétiens ressemblent aux Juifs, qu'ils ne comprennent rien à ce pain divin, qu'ils le mangent mal ou même le rejettent?
Il faut remarquer ici que, dans le langage ordinaire, le nom de
\. 0 sncramentum pictatis ! 0 signum veritatis! 0 vinculum charitatis! Litipabant utique ad invicom Judaei, quoniam panem concordias non inlelligehant, nec surnerc volebant : nam qui inanducant talem pancm non litigant ad invicem, f|uoniam unus panis. (S. Aijgust. tract, xxvi in Jounn.)
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communion ne se donne à la Sainte Eucharistie que lorsqu'elle est distribuée aux fidèles : la communion est la manducation sacramentelle du corps et du sang de Notre-Seigneur. Mais dans les écrits des Pères, cette expression comporte un sens plus étendu ; «lie désigne la Sainte Eucharistie sous quelque point de vue qu'on l'envisage.
3" Viatique. — Le mot viatique est employé pour désigner la nourriture dont on se pourvoit en vue d'un voyage. Notre vie sur la terre est un voyage vers la patrie céleste ; au dernier moment de notre existence ici- bas, notre àme entreprendra un second voyage qui la transportera devant le tribunal de Dieu pour être jugée et traitée selon ses œuvres. Dieu nous a préparé des secours nombreux pour ces deux voyages, du succès desquels dépend notre éternité; mais le viatique proprement dit, la nourriture destinée à nous faire vivre et à nous donner des forces, c'est la Très Sainte Eucharistie. C'est elle que nous devons manger souvent, chaque jour même s'il est possible, pour ne pas défaillir dans le chemin de la vie, chemin souvent long et toujours difficile; c'est elle que nous devons manger, surtout lorsque nous sommes sur le point de mourir, c'est-à-dire d'accomplir le second voyage qui fixera irrévocablement notre sort. Le nom de Viatique, quoiqu'il convienne à la sainte communion faite en toute circonstance, est particulièrement réservé à celle que l'on fait pour se préparer à paraître très prochainement devant Dieu. Lorsque le malade, affaibli par la souffrance, troublé par la crainte de la mort et du jugement, par le regret de quitter tout ce qu'il aime ici-bas, est de plus tourmenté par les tentations du démon, il reçoit la Sainte Eucharistie en viatique, et cet aliment sacré lui donne des forces pour franchir le pas redoutable devant lequel les plus grands saints eux-mêmes n'ont pas été sans crainte. Ce serait une imprudence gravement coupable de quitter ce monde pour paraître devant Dieu, sans se munir du Saint Viatique lorsqu'on le peut. Longtemps avant le concile de Nicée, la communion était obligatoire pour les malades en danger de mort, et c'était sous le nom de Viatique que ce saint concile la recommandait '.
4° Pain et Fraction du pain. — Notre-Seigneur Jésus-Christ
1. De ils qui ad oxituin vcniuiit, cliain mine lox anliciua, regularisque scrvabilur, ita ul si quis c^M'cdilur e corpore, ultiino cl nocossario vialico minime privetur. [Concil. Nicxn., can. 16.)
lui-même a donne le nom de pain à l'adorable Eucharistie. Il a dit : Le pain que je donnerai, &est ma chair pour la vie du monde '. Et S. Paul ne dit-il pas de même dans la F" Épître aux Corinthiens -, déjà citée : Le pain que nous rompons n" est-il pas la participation au corps du Seigneur? Ce nom de pain est donné au Très Saint Sacrement de l'Eucharistie pour plusieurs raisons : premièrement, parce que la matière première qui sert à la consécration de l'Eucharistie est du pain ; ensuite à cause des accidents du pain qui demeurent après la consécration, de telle sorte que la forme extérieure et toutes les apparences sont les mêmes qu'elles étaient d'abord ; enfin parce que Jésus-Christ se donne à nous dans l'Eucharistie pour être la nourriture de nos âmes, comme le pain matériel est la nourriture des corps 3.
La Sainte Eucharistie reçoit aussi le nom de Fraction du pain, à cause de la distribution qui en est faite aux fidèles. Lorsque le
1. Panis quem ego dabo, caromea est pro mundi vita. [Joann., vi, 52.)