‹ La Sainte EucharistieChapitre 25 sur 169 · Joonn., vi · texte numérisé non relu

Joonn., vi

2. Caro corpore et sanguine (^hrisli vescifur ut et anima de Deo sa^,'inetur. (Tertuli,., lil). (le licsunrrt. cnrn., cap. vni.)

M. Corpus Chrisli et sanguinem dicinius illud tantnni, quod ex frnclihus lerraî aeceptum et prece inystica consecratum suminius ad saluleiii spirilalem, in memorium pro nobis Duniinicje passionis. (S. Al'U., 1, de Tritiil., cap. IV.)

a sacrement du corps du Christ d'autre nom que celui de Vie K » Le môme saint docteur lui donne aussi le nom de Sacrement de l'Autel. Parlant du sacrifice des chrétiens, il cite ce texte de TApôtre : « Gomme dans un seul corps, nous avons beaucoup de « membres, et que tous les membres n'ont point la môme fonc- « tion; ainsi, quoique nombreux, nous sommes un seul corps en a Jésus-Christ, étant tous en particulier les membres les uns des « autres ; c'est pourquoi nous avons des dons différents, selon la « grâce qui nous est donnée '. » ,

Il ajoute ensuite : « Voilà en quoi consiste le sacrement des « chrétiens. Nombreux, nous sommes un seul corps en Jésus- « Christ. C'est le sacrifice que l'Église offre souvent par le sacre- « ment de l'Autel que les fidèles connaissent. Là elle reconnaît « s'offrir elle-même dans l'oblation qu'elle fait '^. »

S. Augustin dit encore que rEucharistie est le sacrement des fidèles, parce qu'il est le centre autour duquel la religion les assemble ; parce qu'il n'était révélé dans la primitive Église qu'aux fidèles, c'est-à-dire à ceux qui avaient donné des gages sérieux de leur stabilité dans la foi ; il n'en était jamais question en présence des catéchumènes que d'une manière obscure et avec une grande retenue dans les paroles. Aussi le saint Docteur ne nomme-t-il ordinairement la Sainte Eucharistie que lu Sacrement, ou le Sacrifice que connaissent les fidèles. Cette sage précaution a même fourni un prétexte à Calvin et à ses disciples d'avancer que l'Eucharistie était seulement la figure du corps de Jésus-Christ, un simple signe et non ce corps lui-môme ; comme si tant de précautions auraient été nécessaires vis-à-vis des païens et des catéchumènes eux-mêmes, s'il ne s'était agi que d'un simple signe, d'une simple figure, et non pas du corps adorable du Sauveur, du Sacrement des sacrements, du Mystère des mystères, de l'objet le plus

\. Optime Puiiici cliristiMni l)aplisTniim niliil jiliiul fiiuim salulem, et sacramcntum corporis Christi iiihil ;iliiid quam vilain vocant. (S. AuG., lil). IV, de. Peccat. nitrit., cap. xxiv.)

-2. Sicutoniin in nno c-orporc inulla meinbra ha])emus, omnia aulem meml)ra non eosdem actus habonl : ila iniilti unuin corpus sumus in Chrislo; singuli autem, aller allerius membra; liabentes dona diversa, secundum graliam qua; data est nobis. (S. Au(j., Hom., xii, 4-0.)

3. Hoc est sacrificium cbrislianorum : Mnlli unuin corpus in (Ihristo. Quod etiam Sacrainento allaris fidclibus iiolo fréquentât Ecclesia, ubi ci demonstratur, quod in oa re (juam offert, ipsa offeralur. (S. Aud., de Civil. Dci, lib. X, cap. VII.)

EXCELLENCE DE l'eUCHARISTIE. 73

sacré de tout culte privé et public, de toute glorification, de toute adoration.

1" Cène. — On donne encore souvent le nom de Cène sacrée, de Cène du Seigneur, à la Sainte Eucharistie, à l'exemple des Apôtres et des anciens Pères. Il nous fait souvenir en quelle circonstance Jésus-Christ Ta instituée. Il lui convient aussi parce qu'elle est un repas spirituel où l'àme se nourrit. Les modernes hérétiques, les luthériens et les calvinistes, aiment beaucoup ce nom et le substituent à celui d'Eucharistie qui leur déplaît. Il leur est plus facile, grâce à ce nom de Cène ou de repas, de persuader aux ignorants que ce sacrement n'est qu'une image passagère et rien de plus. C'est pour eux un repas qui ne se distingue de tout autre que parce qu'on le prend en mémoire de la dernière cène du Sauveur avec ses disciples, et non pas pour renouveler, mais représenter ce qu'il fit, en leur donnant à manger et à boire le pain et le vin sacramentels. La cène achevée, tout est fini pour eux ; le pain et le vin, s'il en reste, ne sont plus que du pain et du vin ordinaires, qu'il est inutile de réserver pour les absents ou de porter aux malades.

Le nom de Cène est encore donné à la Sainte Eucharistie parce que S. Paul l'a employé lui-même pour la désigner. C'est bien de cet adorable sacrement qu'il parle dans sa F* Épître aux Corinthiens, où il dit : Lors donc que vous vous réunissez, ce nest plus manger la cène du Seigneur ^

S. Augustin, en son Épître CVIII, a entendu ce passage dans le sens que nous lui attribuons, aussi bien que S. Éloi {hom. XV) et S. Thomas. 11 serait d'autant plus difficile de ne pas le faire que l'Apôtre parle dans ce passage de finstilution de l'adorable Eucharistie et des dispositions nécessaires pour y participer. Il est vrai que l'Apôtre ne parle pas uniquement ici du sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ, mais en même temps du repas que les premiers chrétiens prenaient en commun, à l'exemple de Jésus- Christ et de ses apôtres. Avant l'institution de l'Eucharistie, notre divin Sauveur avait d'abord mangé l'Agneau pascal avec ses disciples; il avait pris ensuite des aliments communs, et enfin il avait pris lui-même et leur avait donné le pain sacramentel. Les premiers chrétiens célébraient d'abord ensemble les agapes ; riches

1. Convenicnlihus vobis iii uuuni, j.iin non est (loininii-juii cœnam mamhicare. (/ Cor., xi, :2().)

et pauvres, enfants et vieillards s'asseyaient à la même table et mangeaient les mêmes mets, avant la Communion. Mais bientôt il se glissa des abus dans ces repas communs, et c'est contre ces abus, indignes de la Sainte Eucharistie à laquelle les fidèles avaient participé d'abord, ou qu'ils devaient recevoir ensuite, que l'Apôtre s'élève lorsqu'il dit : L\ni souffre de la faim et Vautre regorge. N'avez-vous pas des maisons pour y manger et boire? ou méprisez-vous V Église de Dieu, et voidez-vous faire honte à ceux qui n'ont rien ^ ?

S. Paul reproche donc aux fidèles ces repas profanes injurieux pour les pauvres et souillés par des excès. Il les proclame indignes d'accompagner la manducation de l'Eucharistie, qui est la Cène du Seigneur; car on n'y doit participer qu'avec la charité fraternelle et la pureté du cœur qui présidèrent à son institution.

Tels sont les noms principaux donnés par les docteurs, les théologiens et les fidèles au très saint et très adorable sacrement de l'Eucharistie. Il en est encore d'autres en grand nombre, et il ne faut pas s'en étonner. La grandeur de ce sacrement est telle, que Ion n'arrive jamais à dire assez sa dignité, son excellence, sa sainteté, et l'on multiplie les noms pour mieux exprimer ce que l'on conçoit de lui. Il est à propos de rappeler ici la doctrine de S. Thomas, dont nous avons parlé plus haut. Cet illustre docteur enseigne {Qu<rst. lxxiv, art. 4) que le sacrement de l'Eucharistie signifie principalement trois choses, la Passion passée de Jésus- Christ, l'effusion présente de sa grâce d'où découle l'union des fidèles entre eux et avec le Seigneur, et enfin la félicité de la gloire future. Rien d'étonnant si des noms multipliés sont nécessaires pour désigner un sacrement dont les propriétés et les effets sont si nombreux. Aussi, outre les noms que nous avons cités, l'appellet-on encore, avec une multitude de Pères, le Mémorial de la Rédemption; avec S. Bernard, {"Holocauste du salut; avec S.Denis, le Verbe aliment des âmes ; avec Rupert, le Saint des saints, le Sacrement des sacrements, V Amour des amours, la Douceur de toutes les douceurs; avec Origène, le Sacrifice très divin; avec S. Athanase, le Pain de la béatitude; avec S. Chrysologue, V Aliment de la vie éternelle; avec S. Prospère, le Breuvage d'im-

1. Alius quidem esurit, alius autem obrius est. Numquid domos non habetis ad mandiuanduni et l)ibenduin, aut Eclesiam Dci contemnitis, et confunditis eos qui non habent? (/ Cor., m, 21, 22.)

MOTIFS DE L INSTITUTION DE L EUCHARISTIE. lO

mortalité ; avec S. Jérôme, la Nouveauté de toutes les nouveautés; avec S. Jean Damoscène, l'Officine de tous les miracles; avec S. Germain de Constantinople, Y Arche des lumières. Ajoutez encore à ces noms ceux de Pâque, de Saintes agapes, de Pain céleste, de Pain vivant, de Pain des anges, de Pain des enfants, de Sainte Hostie, de Jésus-Hostie, et enfin, le plus usité de tous, celui de Saint-Sacrement. Il en est d'autres encore, inspirés aux âmes pieuses par leur amour pour le Dieu caché, dont la présence fait leur consolation et leur force, au milieu des tribulations et des combats de la vie; mais, pour ne pas trop étendre ce chapitre, nous nous arrêterons là sur ce sujet.

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