CHAPITRE III
MOTIFS DE L'INSTITUTION DE LA SAINTE EUCHARISTIE — EN QUEL SENS CE SACREMENT NOUS EST NÉCESSAIRE — SES ENNEMIS
I. Premier motif : Dieu a voulu nous donner un gage de l'infinité de son amour pour nous. — II. Second motif : Une consolation dans nos peines. — III. Troisième motif : Un souvenir de sa mort. — IV. Quatrième motif : Un aliment pour nos âmes. — V. Cinquième motif: Un sacrifice. —VI. Nécessité de l'Eucharistie. —VII. Principales attaques dirigées contre le sacrement de l'Eucharistie.
PREMIER MOTIF DE l'iNSTITUTION DE l'eUCHARISTIE : DIEU A VOULU NOUS DONNER UN GAGE DE SON AMOUR POUR NOUS
Dieu est l'auteur premier et la fin dernière de tout ce qui est. Le Seigneur a fait toutes choses pour lui-même, dit le Sage *. Il est donc la fin en même temps que l'auteur et la cause suprême de l'Eucharistie. Mais il nous est possible de découvrir, à la lumière de la foi, les motifs prochains et secondaires qui l'ont déterminé à nous la donner. II en est cinq auxquels il convient particulièrement de s'arrêter.
Le premier motif de l'institution de l'Eucharistie est que Dieu, ou plutôt le Fils de Dieu fait homme, nous aime d'un amour infini. Sa tendresse pour nos âmes est incomparable. Il a voulu nous donner une preuve sensible de cet amour et de cette tendresse, et
1. Universa propter semetipsum operatus est Dominus. [Prov., \vi, i.)
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celle qu'il a choisie est telle que l'on ne saurait en imaginer de plus concluante. L'amour tend à l'union : partager les mêmes biens, vivre de la même vie, n'avoir qu'un cœur et qu'une âme à deux ou à plusieurs, voilà ce que c'est qu'aimer. Jésus-Christ, pour montrer combien il nous aime, vient dans nos cœurs par son adorable sacrement. Il s'unit à nous de telle sorte que nous pouvons dire avec l'Apôtre : Je vis, ou plutôt non, ce n est plus moi; c'est Jésus-Christ qui vit en moi ^ En s'unissant à nous, il nous donne tous ses biens, et ce qu'il désire, c'est que cette union subsiste pendant toute l'éternité. Il nous montre ainsi combien sont véritables les paroles qu'il inspirait autrefois à l'auteur du livre des Proverbes : Mes délices sont cVêtre avec les enfants (les hommes 2. « 0 charité du Christ, digne de toute admiration, « s'écrie le cardinal Torrécrémata ^, nous sommes à peine dignes « de la nourriture réservée aux plus vils animaux, et nous voici « devenus les commensaux des anges ; nous prenons part à leur « festin. Selon la parole du prophète royal, Dieu nous a donné un « pain du ciel ; l'homme a mangé le pain des anges : Panem cœli « dédit eis, panem angeloruui manducavit homo ^. Et non seu- « lement il nous a donné ce pain renfermant en soi tout ce qui « plait : Omne delectamentiim in se habentem ■% mais l'amour ff qu'il nous porte est si puissant qu'il lui fait trouver des délices « à demeurer parmi nous. » Pourrions-nous n'être pas saisis d'étonnement? Ah! que les miséricordes du Seigneur et les merveilles qu'il a faites en faveur des fils des liommes le louent à jamais : Confiteantur Do7nino misericordiœ ejus, et mirabilia ejus ftliis hominum ^. 0 mon âme, pouvait-il descendre pour toi (lu ciel une douceur plus grande, une faveur plus précieuse? Le souverain Seigneur de toute chose, la source et la plénitude de tous les biens fait sa joie d'habiter parmi les hommes. Après un tel excès d'amour, les cœurs de tous les enfants d'Adam, quelque durs et quelque glacés qu'on les suppose, devraient être enflammés et se fondre de charité.
1. Vivo, jam non ego; vivit vero in me Christus. {Gnhil., 11, 20.)