PREPARATION DE L EUCUARISTIE DANS L ANCIEN TESTAMENT. IZÔ
nelle. Ce pain n'élait-il pas la figure du pain que le véritable Sauveur du monde Jésus-Christ devait donner un jour à tous ceux qui croiraient en lui, non pas seulement pendant quelques années, mais pendant tous les siècles, jusqu'à la fin des temps? Mais il est temps d'arriver aux figures par excellence de la Très Sainte Eucharistie, rx\gneau pascal et la manne du désert.
l'agneau pascal
Lorsque Dieu voulut délivrer son peuple de la servitude d'Egypte, figure de celle du péché, sous le poids de laquelle gémissait l'humanité tout entière, il envoya Moïse ordonner de sa part à Pharaon de laisser aller les Hébreux. La résistance de ce roi impie aux ordres du Seigneur attira sur l'Egypte dix épouvantables lléaux dont le dernier, la mort de tous les enfants premiersnés, le décida enfin à laisser partir ceux qu'il retenait injustement sous son joug. En cette circonstance, Dieu ordonna aux Israélites d'immoler un agneau qui fût le signe de leur liberté ^ Cet agneau devait être mâle, sans tache et âgé d'un an. Chaque famille devait en avoir un. Les Israélites seuls pouvaient en manger ■-. Il fallait rimmoler le quatorzième jour du mois, le faire l'ùlir et non bouillir, le manger le soir, avec des pains sans levain cl des laitues sauvages. II fallait le manger tout entier sans lui rompre les os, et cela le même jour, sans en rien réserver pour le lendemain, ni le manger hors de la maison. Il était ordonné de
1. Iste agnus de quo immiilari pnecipitur, est de quo Isaias : Sicnt ovis ad orcisioitent diirlus ctit, ft qiuisi of/niis coram laiiflciile se ohinuluU. Elenini pascha nostruin iinmolatus est Christus; quem Joannes Baptista moastrabal diceiis : Eccf Af/niis iJci. Qui et in Apocalypsi, Agnus occi.sus sa^pe memoratiir. Qui de seipso lo(|uiliir in Jercm., ii ; Effo autein sirut ayuus innocoitt, echirtits oil inclimom, nf^sric/jam. Quia sicut Agnus cum ductus ad victimam non rej)ugnal, sic ille passus est voluntate. Hic Agnus est, cujus cruor linitus in postil)ns, exterminatorem fugabat .l'gypti. Qui non soluin sanguine suo nos redeniit, sed et lanis operuit, ut algenles intidelitate sua veste calefuceret, et audiremus Apostoluni nobis loquentein : Qiiolfjiiol in Christo bapfizali cstis, Chrislum in- (hii.slis; et iiVûn: Iiiil(ii)iiini iJominnin noslrum Jestim C/n'istuin. [S. Hier., in Is., LUI.)
"2. Omnis (tlicniijenti non ramcddl c.r l'o; id est : Qui necduni sacro l)a})lisinate renalus est. Quia sicut extra estreligione, sic débet esse et communione. \n (iliaida^o babelur : Omnis filius Israël qui -fuerit aposlata, non comcdct ex eo. (Kaiun, /// hunr lorum.)
prendre un petit faisceau d'hysope, de le tremper dans le sang de l'agneau et d'en marquer la porte en forme de croix. Il fallait manger cet agneau à la hâte, ayant les reins ceints, un bâton à la main, les souliers aux pieds comme des voyageurs. Et l'Ange exterminateur, voyant les portes marquées du sang de l'agneau, devait passer sans nuire aux habitants.
L'apôtre S. Paul ne nous laisse pas lieu de douter que l'agneau pascal n'ait été la figure du sacrifice de nos autels. Il nous assure en termes formels que Jésus-Christ est notre Pàque, quand il dit : Noire Agneau pascal, le Christ, a été immolé. Cest pourquoi mangeons la pâque, non avec un vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de sincérité et de vérité K
Il ne peut y avoir de rapport plus complet que celui qui se trouve ici entre la vérité et la figure. Quatre choses qui sont essentielles à tous les sacrifices se rencontrent également dans la Sainte Eucharistie et dans l'immolation de l'agneau pascal : 1° L'hostie doit être consacrée et dévouée à Dieu : l'agneau pascal l'était dès le dixième jour de la lune ; Jésus-Christ a été consacré et dévoué pour être immolé sur la croix dès son entrée dans le monde. — 2" La victime doit être égorgée : l'agneau l'était; Jésus-Christ fut mis à mort sur la croix. — 3° La victime doit être consumée au moins en partie par le feu : l'agneau l'était; Jésus-Christ l'a été dans sa résurrection oIj tout ce qu'il y avait en lui de notre faiblesse fut absorbé dans sa gloire. C'est pour cela que Dieu dit que c'est en ce jour qu'il l'a engendré : Ego hodie genui te {Ps. ii, 7), et l'Apôtre ajoute que s'il est mort pour nos péchés, il est ressuscité pour notre justification : Qui traditus est propter delicta nostra, et resurrexit propter justificationem nostram. {Rom., iv, 25.) — 4" Enfin, la victime doit être mangée : l'on y communie dans le sacrement de l'Eucharistie. Il faut remarquer que la dernière de ces actions suppose toutes les autres, que cette hostie mangée est une hostie consacrée, immolée, consumée et enfin mangée, et qu'ainsi c'est un vrai sacrifice.
L'agneau, qui était sans tache, représentait la pureté et l'innocence du Sauveur. Il devait être âgé d'un an, car Jésus-Christ a
I. Pascha nostrum immolatus est Christus. Ilaquo opulemur non in fermenln velcri, neque in ferrncnto malilia; et noqiiitatis, .sed in azymis sinceritafis ot veritalis. (/ Cor., v, 7, 8.)
PRÉPARATION DE l'eUCHARISTIE DANS l'aNCIEN TESTAMENT. 123
été un homme parfait dès qu'il est entré dans le monde et qu'il s'est consacré à son Père. Il en fallait un, selon la loi, pour chaque famille : tous les fidèles reçoivent notre Ac;-neau tout entier; tous mangent cette divine Hostie, sans qu'elle se divise. Il n'y avait que les Israélites seuls qui pouvaient y participer : il n'y a que les enfants de Dieu', ceux qui sont incorporés à Jésus-Christ par le Baptême et qui sont de son peuple, qui peuvent avoir part au Saint Sacrifice; les étrangers, les infidèles et les profanes en sont exclus. Il fallait immoler l'agneau le soir : ce fut sur le soir que Jésus-Christ institua son sacrement, et qu'il y fit participer ses apôtres. On peut dire aussi que ce fut sur la fin des siècles qu'il le donna. L'agneau des Hébreux était rôti et non bouilli, parce que c'est le feu de l'amour du Sauveur qui doit en quelque sorte consumer la victime du sacrifice de la nouvelle alliance, comme c'est lui qui dans la Cène et sur la croix, l'a rendu propre à servir de nourriture aux fidèles. C'est aussi avec un cœur plein des ardeurs de cette divine charité que l'on doit s'en approcher; aussi se gardera-t-on bien d'y apporter la froideur, l'agitation et l'inconstance signifiées par les eaux. Il faut y venir avec ferveur et avec une àme ferme et constante dans la vertu.
L'agneau pascal devait être mangé par les Hébreux avec des pains sans levain : il faut qu'il n'y ait rien de la corruption du péché, point de duplicité ni de déguisement dans ceux qui mangent la divine nourriture de l'Eucharistie; on ne doit trouver que sincérité et vérité dans le cœur des fidèles qui y participent. Les Israélites mangeaient l'agneau avec des laitues sauvages : comme ce sont des hommes pécheurs qui s'assoient à la table eucharistique, ils ne doivent le faire qu'après s'être lavés dans les eaux de leurs larmes, dans l'amertume et la douleur d'un cœur contrit. Il était commandé aux Israélites de ne manger, les sept jours suivants, que du pain sans levain, parce que la pureté qu'il faut apporter à la table du Seigneur ne doit pas être passagère; toute la vie qui suit le temps où l'on a eu le bonheur d'être assis à la table de son Roi et de son Dieu réclame de s'écouler dans une grande pureté et une grande sainteté; il ne faut pas déshonorer en soi le don de Dieu, ni profaner le vase sacré qui a eu l'honneur insigne de recevoir le corps de Jésus-Christ '.
I. \n nocte agnum comcdimiis, quia in sacramento modo Dominicum t-or- ]ms accipimus, quaiido adhuc iiiviccni iiostras conscienlias non videnius, sod
Les Hébreux devaient mang-er Tagneau tmit entier, la tète, les pieds, les intestins : c'était pour nous apprendre que, dans ce divin aliment, rEucharistie. nous recevons Jésus-Christ intégralement, son corps, son sang, son ànie et sa divinité. Il fallait se garder de rompre les os de l'agneau pascal : c'était pour nous enseigner les adorations et les respects que réclame le grand mystère de nos autels. Celui qui veut approfondir les secrets de Dieu et regarder trop fixement cette adorable Majesté ne peut supporter l'éclat de sa gloire. Il faut, à l'exemple des Chérubins, voiler sa face et se tenir les yeux baissés, imposer silence aux raisonnements humains, se soumettre à l'autorité de Dieu et s'approcher de lui avec une foi humble.
L'agneau devait être mangé tout entier, le même jour, sans en rien réserver pour le lendemain, parce que ce n'est que pendant le jour de cette vie mortelle que nous recevons Jésus-Christ voilé sous les espèces eucharistiques; dans le ciel, nous nous en nourrirons à découvert, comme le font les anges. Il ne fallait point porter la chair de l'agneau hors de la maison pour en manger, car c'est dans la iMaison de Dieu, dans son Église seule que la chair de Jésus-Christ se doit manger, et nullement hors de cette Église, parmi les hérétiques, les schismatiques, les excommuniés. Le signe de la croix, formé avec du sang de l'agneau sur la porte, servit de sauvegarde aux maisons des Israélites : c'est le sang adorable de Jésus-Christ répandu sur la croix qui est le signe de
solo Redemptoris noslri sacramenta ad veram solemnitatem mentis non sufficiunt, nisi eis quoque et bona opéra jungantur. Quid enim prodest corpus et saniTuinem illius ore percipere et ei perversis moril)Us contraire? Unde hene adluic ad comedendum subditur : Et azj/mos panes cum laclucis (lyrestihus. Panes quidem sine fermenlo comedit qui recta opéra sine corruplione vanai gloria^ exercet, qui mandata misericordi<e sine admixtione peccali exliibet. Illi peccati fcrmentnm l)onis suis actibus miscuerunt, ([uos per Prophelam increpat Dominus dicens : Venile ad BcilieJ .... et .'iacrifi.cale de fermenlo laudem. (Amos, IV, ^.) De fermento namque laudem immolât, qui Deo sacrificium de raj)ina parât. LactucfE vero agrestes valde amanc sunl. Carnes ergo agni,cum laclucis jigreslibus sunt edendte, ut cum corpus Uedem])toris accipimus, nos cum peccafis nostris cum fletibus affligamus, qu.itenus ipsa amaritudo pœnitentia; abstergat a mentis stomacho perversœ humorem vitœ. (S. Gregor., hom. XXII.)
Dicuntur autem carnes agni igni assx, quia de Spiritu sancto qui ignis aeternus est, Virgo Deum concepit, et ipse per eumdem Spiritum sanctum, ut Apostolus, Eiihra., v, ait : ObluJil semelipsnm hostiam vivant Deo vivenii. l'^odem igilur igni assalur in altari. Operatione namque Spiritus sancti, panis corpus, vinum fit sanguis Cbristi. (Rli'Ert, in hxinc locum.)
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notre salut; c'est lui qui nous donne et nous conserve la vie, et qui éloigne de dessus nos têtes la colère de Dieu '.
On devait manger l'agneau debout et à la hâte, parce qu'il faut avoir une grande attention à ce que l'on fait, lorsqu'on mange le véritable Agneau pascal, dont celui des Juifs n'était que la figure. Il faut être debout par la grâce, et non point couché dans la langueur du péché. Cet aliment divin doit être pris avec zcle, et, dans cet heureux moment, l'on doit bannir toute tiédeur et toute lâcheté. Pour manger l'agneau, il fallait avoir les reins ceints, un bâton à la main et les souliers aux pieds ; pour s'asseoir à la tidjle du Dieu trois fois saint, du Dieu de toute pureté, il convient que les chi-étiens le fassent avec une pureté angélique. Qu'on ne croie point néanmoins que c'est par ses propres forces qu'on peut acquérir toutes ces vertus; non, ce n'est qu'en s'appu^yant sur le bâton de la croix ; c'est la force du sang de Jésus-Christ répandu sur la croix qui fera seule le mérite de nos œuvres ; ce n'est que sur elle que nous devons nous appuyer, comptant tout ce que nous ferons pour rien sans son concours. Souvenons-nous toujours que nous sommes des voyageurs ; ce divin aliment nous est donné pour réparer nos forces et soutenir notre vie pendant notre pèlerinage ; il nous avertit de ne mettre notre attache à aucune chose d'ici-bas, mais de tendre à grands pas vers notre patrie, et de marcher dans la voie des commandements de Dieu sans que rien nous retarde. C'est ce que signifient ces souliers aux pieds requis pour la manducation de l'agneau pascal. Ils nous marquent la promp-
\ . Sanguis Christi etiam in signum est credentibus, ne noceat eis exterminator. Quia maxima tutela contra hostes est christianis men:ioria passionis Christi. (Raban, in hune lociun.)
Quid sit sanguis agni, jam non audiondo sed l)ibendo didicimus. Qui sujxmutrumque postem ponitur quando non solum ore corporis sed etiam ore cordis liaurilur. Ore enini ad redeinptioneni suuii débet, ad imilalionein quoque intenta mente débet considerari. Nam qui sic Redemptoris sui sanguinem accipit et imitari passionem illius necdum velit, in uno poste tantum sanguinem posuit:qui et in superliminari donius ponendus est. Idem in intcntione mentis superUminaris domus sjjiritualis est ipsa intentio quëe prœeminet aciioni. Qui ergo intentionem cogitationis suai ad imitationem I)ominicce passionis dirigit, in superUminari domus agni sanguinem ponit. (S. Grecor., hom. XXII.)
l'ngimus et nos sanguine agni non tantum limen, sed et duos postes, quantum ad id quod oculis cernitur patet, linguam et lal)ia purgantes ac sanctiticanles. Quantum vero ad id quod mente tantum comprebenditur, attinet, pro duobus poslibus vim illam quae irascitur et concupiscit. (Theodoret, in hune lorumS
titude avec laquelle nous devons courir ou plutôt voler partout où Dieu nous appelle.