‹ La Sainte EucharistieChapitre 41 sur 169 · LA MANNE · texte numérisé non relu

LA MANNE

Les vivres que les Israélites avaient emportés avec eux d'Egypte furent bientôt épuisés. Alors Dieu fît pleuvoir du ciel la inanne, et il ne cessa pas un seul jour, pendant quarante ans, de leur procurer ce pain miraculeux. Tout le peuple devait travailler pour recueillir cette manne, et cela tous les jours; cependant, le jour du sabbat, on n'en recueillait point; chacun faisait double provision la veille, et l'on ne pouvait la conserver ainsi qu'en cette unique circonstance; les autres jours elle se gâtait. La mesure était la même pour tous: un ^owdor; ceux qui en recueillaient plus voyaient ce surplus se corrompre sans pouvoir en tirer parti.

Si l'on différait pour recueillir la manne jusqu'après le lever du soleil, on ne trouvait plus rien, parce qu'elle se fondait à ses premiers rayons; et cette manne, que le moindre rayon du soleil faisait dissoudre, résistait sans se fondre au feu le plus ardent. On la réduisait en poudre et l'on en faisait du pain. Elle avait le goût du pain fait avec de la farine du plus pur froment, pétrie avec de l'huile et du miel, ou, pour mieux dire, elle avait tous les goûts les plus délirieux pour ceux qui la mangeaient sans regretter les viandes d'Egypte : ils y trouvaient les différentes saveurs des mets qu'ils préféraient, et elle satisfaisait pleinement leur désir, tandis qu'elle «■'tait tout à fait insipide et même nauséabonde pour les autres. Dieu ordonna d'en réserver une mesure qui s'est toujours conservée^ sans corruption, dans l'Arche oii elle fut placée.

Jésus-Christ lui-même nonsfaitconnaître, dans le saint Évangile,] que la manne était une figuie du j)ain eucharistique. Il disait aux] .lu ifs : V'os pères ont manfjé la manne dans le désert et soni\ morts. Voici le pain qui descend du ciel, afin que si quelqu'w enmamje, il ne meure point '. S. Paul y fait allusion lorsqu'il] appelle la manne une nourriture spirituelle, et qu'il dit ensuite que toutes ces choses qui arrivaient aux Israélites étaient des]

I. l'jilrcs vesiri mjindiicaverunL iiiMima iii dcserlo, cl inoiiui stiiit. Hic est] ])ani.s de cœlo descendens, ut si (|ui.s ex ipso manducaverit, non inoriatur. j {./ornui.. VF, il, 18.)

DE LA MATIERE DU SACREMENT DE L EUCUARISTIE, 14o

sensu Evangel.) démontre qu'il ne s'agit que d'un seul et même calice, dont S. Luc parle deux fois. D'autre part, il importait extrêmement que la matière du sacrement de l'Eucharistie fût connue à ne pas pouvoir s'y méprendre, et s'il y eut deux calices, le liquide qu'ils contenaient était le même, c'est-à-dire du vin. S. Matthieu l'affirme pour celui qu'il nomme ; S. Marc l'affirme comme lui, et S. Luc pour l'un des deux dont il parle, si tant est qu'il parle de deux, et non pas du même en deux circonstances différentes. Et s'il parle réellement de deux, et qu'il l'affirme pour le calice qui ne servit pas à l'institution de la Sainte Eucharistie, on ne voit absolument aucun prétexte de supposer qu'il y avait une différence <3ntre le contenu du second et celui du premier, et de taxer d'erreur les deux Évangélistes qui nomment incontestablement le vin comme matière de la consécration.

Tl est inutile de rapporter ici les témoignages des Pères et des conciles en faveur de celte vérité '.

Pourquoi ce choix du pain et du vin comme matière de l'Eucharistie? On pourrait se contenter de répondre : Jésus-Christ a choisi le pain et le vin parce que telle a été sa volonté. Mais si la volonté de Dieu est la raison dernière de toute chose, il n'est pas défendu de rechercher les motifs pour lesquels, autant qu'il nous est per-

\. Utrum malevin hujus sncvamenti sit panis et vinum ?.... Respondeo dicendum quod circa materiam hujus sacramenti aliqui multipliciter erraverunt; quidam enim qui dicuntur Artotj'ritœ, etc.... Omnes autem hi errores et similes cxcluduntur per hoc quod Christus hoc sacramentum sub specie panis et vini instituit, ut patet. [Matth., xxvi.) Unde panis et vinum sunt materia lonveniens hujus sacramenti. Et hoc rationabiliter, primo quidem quantum ad usum hujus sacramenti, qui est manducatio. Sicut enim aqua assumitur in sacramento baptismi ad usum spirituaHs ablutionis, quia corporalis abkitio communiter fit in aqua ; ita panis et vinum, quibus communius homines reficiuntur, assumuntur in hoc sacramento ad usum spiritualis manducationis. Secundo quantum ad passionem Christi in qua sanguis est a corpore separatus, et ideo in hoc sacramento quod est memoriale dominicce passionis, seorsum sumitur panis ut sacramentum corporis et vinum ut sacramentum sanguinis. Tertio quantum ad eiïectum consideratum in unoquoque sumentium, quia ut .\mbrosius dicit super Kpist. / ail Cor. laHus auctor super illud <a]). M : Hic rnlix novum, etc.), « hoc sacramentum valet ad tuitionem anim;e <■! corporis; et ideo corpus Christi suIj specie panis pro sainte corporis, sanguis vf-ro sub specie vini pro sainte animêE olïertur, » sicut dicitur [Levit., xvii) ([uod (mima caniis in sa)U/uine est. Quarto quantum ad etïectum respectu lotius EcclesiaR, quae constituitur ex diversis tidelibus, « sicut panis conficiturex diversis granis, et vinum finit ex diversis uvis, » ut dicit Glossa [oni.

\uf/. tract. XXVI in Joann.) super illud (/ Cur.,\) : Miilli i/)tiim cnfj.ii^i siu/iiis.

S. T110.M., III, quiest. Lxxiv, art. 1.)

mis de le comprendre, Dieu a voulu telle chose préférablement à telle autre.

Le pnin et le vin ont donc été choisis, dirons-nous, parce que le sacrement de l'Eucharistie est destiné par notre divin Sauveur à servir d'aliment à nos âmes. Le pain et le vin tiennent la première place parmi les aliments dont les hommes nourrissent leurs corps; il convenait qu'ils fussent pris pour servir de matière au sacrement nourriture de leurs âmes.

En second lieu, la Sainte Eucharistie est un signe qui doit nous rappeler la passion de Notre-Seigneur et représenter la séparation de son corps et de son sang ; car d'après la parole de l'Apôtre, toutes les fois que nous mangeons ce pain ou que nous buvons ce calice, nous annonçons la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne : Qtiotiesciimque enim manducabitis panem Jiunc, et calicem bibetis, mortem Domini annuntiabitis donec veniat '. Le pain représente bien le corps privé de son sang, et le vin est la parfaite image de ce sang précieux répandu au temps de la passion.

Une troisième raison du choix fait par Notre-Seigneur est que l'Eucharistie est aussi le symbole de l'unité de l'Église, et c'est pourquoi elle a reçu le nom de communion. Par elle nous n'entrons pas seulement en communion de biens avec Dieu qui nous fait participer à ses divins trésors, mais il s'établit une communion, une union intime entre tous ceux qui la reçoivent; elle est le lien de dilection qui les rassemble en un seul corps; elle est le centre commun de tout ce qui appartient à la religion du Christ ; tout y aboutit comme les rayons d'un cercle se réunissent au point central. Aussi l'Apôtre a-t-il pu dire : « Nous sommes nombreux; « cependant nous sommes un seul pain, un seul corps nous tous « qui participons à un seul pain : Qnoniani unus panis, unum « corpus muUi sunius, omnes qui de uno pane particijmmus 2. » Cette union de tous en un seul corps est parfaitement exprimée par le pain composé de farine, produit d'une multitude de grains de blé, et par le vin exprimé de grappes de raisin en nombre considérable. Cette remarque est de S. Augustin.

Enfin la Sainte Eucharistie est le signe en même temps que le gage ou plutôt les prémices de la gloire future, dans laquelle Dieu nous rassasiera de l'abondance des biens de sa maison et nous eni-

\. I Cor., XI, 26.

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