Cor., X
vreradu torrent de sa volupté ; car ceux qui mangeront de ce pain vivronteternellement.il convenait donc que l'Eucharistie, qui est appelée le froment des élus, fût instituée sous les symboles du pain et du vin qui rassasient l'homme et lui réjouissent le cœur.
Mais, dira-t-on, la passion sanglante de Jésus-Christ, son immolation ne serait-elle pas mieux représentée par les chairs d'animaux sacrifiés que par les simples éléments du pain et du vin? — L'image serait plus frappante sans doute, mais elle conviendrait moins au but que le Seigneur se proposait dans l'institution de l'Eucharistie. Cette chair ne serait plus la figure de l'union entre tous les fidèles qui composent la sainte Église ; elle s'adapterait difficilement à l'usage que font les chrétiens de la Très Sainte Eucharistie ; elle respirerait moins la pureté et la chasteté, car la chair des animaux mis à mort est toujours plus ou moins impure. Il convenait donc mieux de choisir une substance qui n'est suspecte d'aucune impureté et dont la consécration rappelle que Jésus- Christ est prêtre selon l'ordre de Melchisédech qui offrit le pain et le vin au Très-Haut ; une substance que toutes les contrées du monde produisent, comme le froment, ou qu'il est aisé de transporter partout en quantité suffisante pour le sacrement, comme le vin.
Et que l'on ne dise pas que le vin peut nuire à quelques personnes d'un tempérament faible. Ce n'était pas là un motif assez grave pour l'écarter comme matière de la Sainte Eucharistie. En premier lieu, le vin pris en petite quantité ne saurait nuire. Et si l'on craignait qu'il ne nuisît aux malades, ou que d'autres personnes n'éprouvassent pour lui une répugnance invincible, ce ne serait pas encore assez pour le rejeter, parce que ceux qui ne pourraient communier sous l'espèce du vin pour quelque raison que ce soit ne souffrent aucun détriment de cette privation, puisque Jésus- Christ est reçu tout entier sous chacune des deux espèces.
On a voulu tirer aussi une objection contre le pain et le vin, considérés comme seule matière du sacrement de l'Eucharistie, du IIP canon Apostolique dans lequel il est dit qu'il est permis d'offrir à l'autel des épis nouveaux, du raisin, de l'huile et de l'encens. Mais cette objection n'en est pas une. Il suffit de lire le canon dans son entier K Dans la première partie, il est défendu au prêtre d'of-
i. Si quis opiscopus aut ])rosbyler, pr<Eter ordinationem Domini, quam do sacrificioinstiluit, alla qujEpiam, puta, aut inel, aut lac, autpro vino sicerain,
frir autre chose que ce qui a été institué par Jésus-Christ, comme seraient du miel, du lait, des oiseaux ou des animaux quelconques, des légumes. Dans la seconde partie, il est permis d'offrir ce qui peut servir à donner plus de solennité au Saint Sacrifice, comme rhuile pour le luminaire, l'encens pour brûler à l'autel ; ou bien encore les prémices des épis nouveaux, des raisins mûrs, qui serviront à nourrir les ministres du culte ou qui seront bénits pour être distribués aux fidèles.
LE r.VIN DE FIIOMEXT NÉCESSAIRE POUR l'eUGIIARISTIE. — MANIÈRE DE LE PRÉPARER. FIGURE EXTÉRIEURE DES HOSTIES.
Le pain, matière légitime et nécessaire du sacrement de l'Eucharistie, est le pain de pur froment '. C'est le sentiment commun
nul confecta qu.Tedam, auf, aves aut aliqua animalia, aut leguniina super altare obtulerit : ut qui contra-ordinalionem I)omini faciat, deponilur : excepLo novo frumeiito et uva opportuno lempore. Praeter licitum non esto aliud quidpiam admovere ad altare quam oleum in candelabrum, et incensum oblationis tempore. [Cotinnps SS. A{)Ostohnt)7i. Canon III.)
1. Nous ne pouvons mieux faire que de donner ici l'article consacré à cette matière par le Diclionnnire de droit canonique.
Le pain est une des deux matières de l'Eucharistie, et il est nécessaire, pour la validité de la consécration, qu'il soit fait avec delà farine de froment : « Cujus (Eucharistia^) materia est panis triticeus et vinuin de vite. » (Eugen. \\ . Décret, pro A rmenia.) <( Si panis non sit triticeus, non conficitur sacramentum. » [Ruh. miss., De dcfccl., cap. m, n. 4.) Il est indifféreiat pour la validité de la consécration que le pain soit azyme ou fermenté ; mais les Latins ne peuvent consacrer licitement que du pain non fermenté : « Definimus in azymo sive fermenlato pane triticeo corpus Chrisli veraciter confici, sacerdotesque in alterutro ipsum Doinini corpus conRcere deberc unumquemque juxta Ecclesice suiç, sive Orientalis, sive Occidentalis consuetudinem. » [Décret, ad Armcnos.)
Comme matière douteuse pour le pain eucharistique, les théologiens citent l'espiotle ou épeautre (en latin sjje/la). Scavini dit qu'en pratique il faut suivre l'avis des gens compétents, et admettre l'opinion de la contrée où l'on se trouve; souvent, en effet, l'espiotte est considérée simplement comme une variété de froment : •' Eam, teste Gobât, Laymann, aliisque cen.sent materiain validam et licitam, quia ex spelta fit panis usualis optimus qui sine scrupulo adhibetur in Missa.... Hinc pro praxi consulendum peritorum judicium, et prœslat altendcre ad communem dioccesis et regionis seslimationem. (III, n. 2-27.)
Le vicaire apostolique de Coimbatonr avait exposé à la Congrégation du Saint-Office que dans sa mission il était très difficile de se procurer de la farine proprement dite, pour faire les pains d'autel, et qu'alors la coutume s'était iniroduite de verser de l'eau sur le froment, d'attendre qu'il soit gonflé et d'en extraire une pâte blanche qui sert à faire les hosties de la manière
DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE l'euCHARISTIE. 149
OU plutôt unanime des théologiens, Cajetan excepté. Le concile de Florence le déclare expressément dans le décret d'union. Le Catéchisme du concile de Trente n'est pas moins affirmatif. Aucun autre pain que le pain de froment ne peut être considéré d'après lui comme une matière suffisante pour le sacrement de l'Eucharistie. C'est là, dit-il, ce que la tradition apostolique nous a enseigné et ce que l'autorité de l'Église a confirmé : Hoc apostolica Iraditio nos docuit, el Ecclesliu auctoritas firmavit. C'est qu'en effet, le seul pain que l'on doit considérer comme matière du sacrement de l'Eucharistie est le pain de même espèce que celui dontNotre- Seigneur s'est servi en instituant ce sacrement; or le pain que Jésus-Christ consacra était du pain de froment, parce qu'il se
ordinaire. La S. C. lui répondit que cette pratique est licite, mais qu'il doit cherchera faire réduire le fromer.t en farine, à passer cette farine par un crible et à faire les pains d'autel comme en Europe. [XoiT la demand^et le rescrit dans le Diclioniunve.)
Le pain doit être vrnirnenl du pain, c'est-à-dire fait avec de l'eau naturelle et cuit au four ou au feu. Toute infraction à cette prescription peut rendre la matière douteuse, ou même nulle.
De plus, le pain doit être récent, même s'il n'offre aucune apparence de corruption. On ne peut licitement le consacrer après trois mois en hiver et six mois en été ; de plus, tous les prêtres sont obligés de se servir de pain récent, même si le curé de l'église dans laquelle ils disent la messe ne veut pas abandonner l'usage blâmable de se servir de pain ancien. (^Voir les décrets dans le Dictionnaire.)
Ce terme de trois ou six mois n'implique pas que les pains d'autel ayant moins de trois ou de six mois sont tolérés ; la Congrégation des rites ordonne que l'on observe les rubriques. Or le Cérémonial des évêques, auquel la S. Congrégation fait allusion ici,veutque les saintes espèces soient renouvelées tous If's huit jours; mais, dit Gardellini, la coutume permet généralement de ne les renouveler que tous les quinze jours; c'est ce qu'Innocent IV (Lettre au légat de Chypre), Clément Mil icoiist. Sanctissinius), et Benoit XIV (const. Hltii pastoral in;, ont également })ermis aux Grecs. S. Charles Borromée défendit à son clergé de consacrer des hosties qui avaient plus do trois semaines de date.
En comliinant ces diverses données, nous arrivons à un maximum de cinq semaines pour la conservation licite des pains d'autel, quoiqu'il soit plus conforme à l'esprit de l'Eglis'e de suivre les prescriptions de S. Charles, et de les renouveler toutes les trois semaines.
Si l'on ji'avait pas de grandes hosties, il est permis de célébrer en en employant une petite. (S. Lie, n. :20ÎJ.) Certains théologiens disent que dans ce cas, il est permis de se servir pour l'élévation d'une grande hostie consacrée par un autre j)rètre et conservée dans le tabernacle, pour être exposée dans l'ostensoir; mais en pratique il vaut mieux suivre l'avis de Eerraris, qui conseille d'avertir le peuple de ne pas s'étonner si l'on emploie une jjetite hostie dans rinii)ossibilité de s'en jirocurer une autre. [Diclionn. île droit canonii/ue d'André el Condis, revu par Wagner, t. l\, art. Pain d'autel, p. ;<7(>.)
servit de pain azyme, et que, d'après un commandement exprès qu'on lit au chapitre x\ix de l'Exode, le pain azyme était fait de farine de froment. Ajoutez que, d'après S. Thomas (art. 4), le pain de froment est le seul que dans le langage commun on nomme simplement du pain; les autres sortes de pains n'ont été introduites que pour suppléer au défaut de froment.
Le saint docteur conclut de là que ni le seigle, ni l'orge, ni les autres grains qui ne sont pas du froment, mais qui ont une sorte de parenté avec lui, et dont la farine sert à faire du pain d'une qualité inférieure, ne sauraient servir de matière à la Sainte Eucharistie. L'amidon que l'on extrait de la farine du froment, soumise à certaines décompositions, n'est pas davantage propre à fournir la matière de ce sacrement. Ce que l'on peut en faire n'est plus du pain, niais quelque chose n'ayant avec le pain qu'une affinité éloignée. La farine de froment ne doit pas être mélangée d'autre farine, sous peine de n'être plus apte à devenir la matière du sacrement. Cependant, si la farine étrangère était en petite quantité, et quç le pain pût encore être appelé du pain de froment, la consécration de la Sainte Eucharistie se produirait encore.
Le pain de froment, matière éloignée de l'Eucharistie, doit être pétri avec de l'eau naturelle, autrement il ne serait plus simplement du pain. Ainsi le pain dans lequel on ferait entrer des œufs, du lait ou quelques essences naturelles ou artificielles, ne pourrait pas servir de matière, parce que cène serait plus du pain commun. Il faut que ce pain soit cuit au feu, car le pain n'est regardé comme tel qu'à celte condition. Il faut enfin que la cuisson lui ait donné une consistance ferme et solide.
Des soins extrêmes doivent donc être apportés à la confection des pains, ou, comme on dit communément, des hosties destinées à sovv'w de matière à la Sainte Eucharistie. Il faut, autant qu'on peut, imiter les exemples que les anciens et les saints nous ont laissés sous ce rapport. Lanfranc rapporte (lib. Dea^etoriim pro ordine S. licnedicli, cap. vi) que les moines de l'ordre de S. Benoit préparaient la matière de ce saint sacrement avec tant de respect, qu'ils choisissaient les grains de froment un à un. Ils mettaient ce froment choisi dans un sac d'une toile solide et parfaitement blanche, et le confiaient à un serviteur d'une fidélité éprouvée, pour le porter au moulin. Mais avant de le mettre sous la meule, on commen(;ait par moudre une certaine quantité d'autre
DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE l'eUCHARIsTIE. lol
froment, pour éviter qu'aucune farine d'espèce différente ne se trouvât mêlée à celle qu'on destinait à confectionner les pains d'autel. La farine revenue du moulin, le sacristain se revêtait d'une aube et se voilait la tête d'un amict blanc pour la passer au crible. Le jour venu de confectionner les hosties, d'autres frères, revêtus aussi d'amicts et d'aubes blanches, se joignaient au frère sacristain et, avec tous les soins de la propreté la plus exquise, ils se mettaient à l'œuvre. L'un pétrissait la farine trempée d'eau ; un autre qui n'avait point d'aube ni d'amict mais seulement des gants, tenait les fers gravés pour la cuisson; les autres chantaient des psaumes et récitaient pieusement diverses prières ; tous gardaient strictement le silence. Il y avait aussi un serviteur pour entretenir le feu à l'aide de bois parfaitement sec, soigneusement choisi et mis en réserve pour cette occasion. On trouve des indications à peu près semblables dans les anciens statuts du monastère de Gluny. Humbert, par la réfutation qu'il fait des calomnies des Grecs schismatiques, nous apprend que l'Église de Rome n'agissait pas avec moins de piété et de respectueuse sollicitude pour la préparation des pains d'autel. Théodulphe, évêque d'Orléans au IX'' siècle, ordonne dans une lettre à son clergé que le pain eucharistique soit préparé par les prêtres eux-mêmes ou au moins sous leurs yeux, et qu'on y apporte les plus grands soins, pour qu'il ne s'y rencontre rien d'indigne de ce grand sacrement. Un concile tenu à Tolède, vers la fin du viT siècle, avait promulgué des décrets analogues. Enfin, Fortunat rapporte dans la vie de sainte Radegonde que cette pieuse reine faisait de ses propres mains les hosties destinées au Saint Sacrifice.
Quant à la forme des pains d'autel, elle est ronde dans l'Église latine, et il semble qu'il en fut ainsi dès les premiers temps. Le concile de Tolède du vii^ siècle dont nous venons de faire mention déclare que telle doit être la forme des pains déposés sur l'autel du Seigneur. S. Épiphane (in Anchorato) parle de ce rite. La figure extérieure du pain destiné au saint sacrifice est par elle-même indifférente, et ne peut nuire à la validité de la consécration ; cependant l'Église latine, saintement attachée aux anciennes traditions, garde précieusement la forme léguée par les premiers disciples de Notre-Seigneur. La figure circulaire est d'ailleurs la plus propre à représenter la perfection de la divinité de Jésus-Christ qui n'a ni commencement ni fin, et la perfection de son humanité qui a ra-
cheté les hommes répondus sur tout le globe de la terre. Ordinairement on imprime sur l'hostie (jui sert au saint sacrifice l'image de Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié, pour marquer que la sainte hostie est offerte en mémoire du sacrifice de la croix.
On ne saurait dire au juste à quelle époque remonte l'origine des fers à hosties actuellement en usage. Quelques auteurs ont cru que c'était au xi"" siècle: mais rien n'est moins certain ; en tout cas la coutume d'imprimer une croix sur les pains d'autel est très ancienne, aussi bien dans l'Église latine que dans l'Église grecque.
Dans l'Église d'Orient, la forme des hosties destinées au saint sacrifice est quelquefois quadrangulaire, quelquefois aussi ronde, mais marquée d'un carré au milieu duquel se trouve une croix avec ces trois lettres I X N, initiales de trois mots grecs qui signifient : Ji'sus-C/in'sl a vaincu. Lorsque l'hostie est ronde, le prêtre qui célèbre la messe détache du milieu la partie 'quadrangulaire dans lacjuelle se trouve la croix avec l'inscription, et c'est cette partie qu'il consacre.
CO.WENANCi: DES l'AINS AZYMES POUK l'eUCUARISTIE. — LEUR NÉCESSITÉ DE PRÉCEPTE CHEZ LES LATINS 1
Le pain de froment est la matière éloignée du sacrement de l'Eucharistie, Mais il y a deux sortes de pains de froment, le pain fermenté et celui qui ne l'est pas, qu'on appelle pain azyme, c'est-àdire sans levain. L'un et l'autre pain peuvent servir de matière à la
\ . l'tniiii lior sarrrniirnluui dchcal conftci ex jtanc (izymo ? Respondoo dicoadum quod circn materiam hujus sacramenti duo possunt considerari, scilicet quid sil iiecpssariuin, Pt quid ronvcniens. Necessarium quidem esL ut sit panis triliceus, sicut dictuin (art. pneced.), sine quo non perficitur sacramontum. Non est autom de necessitatc sacramenti quod sit azyinus vel fermenlatus; quia in unoquoque confici potest. Conveniens 'autem est ut unusquisque serve! rituin sua^ Ecclesiée in sarramenti celeliratione. Super hoc autem suiit divers» Ecclesiaruin consueludines ; dicit enim B. Gregorius in registro (iuiplic. id hnhpl. Innocent. III dr Myaterio Minsx, lih. IV, cap. iv) : « Romana Ecclesia ofTorl azyinos pane.s, proptcrca quod Dominus, sine ulla commixtione suscepit carncm ; scd Givecttî Kccle.sic-c olTcrunt foriiientatum, pro eo quod Verhuin Patri.s indufuin est carne, sicut fornicntum miscctur farina;. » Unde sicut peccat preshylcr in Ecclesia Latinorum cciebraiis do panefermentato, ila ppccaret j)rps|jylpr Gra;cus in Kcclesia Gnecorum celeljrans de pane azymo, (|uasi pervrrlcns Kcclesia^ sua) ri tiun. I';i tanion coiisuoludo de pane azymo quasi ceiebrandi ralionahilior est, primo quidem propler inslitutionem Christi, qui
DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE l'eUCHARISTIE. 153
Sainte Eucharistie, parce que l'un et l'autre sont très réellement du pain de froment, et s'appellent de ce nom. Le concile de Florence a décrété qu'il en est ainsi ', et, de fait, pendant que l'Église latine emploie le pain azyme pour le saint sacrifice, l'Église grecque, du consentement de l'Église universelle, se sert du pain fermenté. En certaines circonstances, les Latins ont usé aussi de pain fermenté, particulièrement pour protester contre les erreurs des Ébionites, qui mêlaient les prescriptions légales des Juifs avec celles de l'Évangile. Mais lorsque cette hérésie disparut, l'usage des pains fermentes disparut avec elle, et l'Église romaine revint à l'emploi exclusif des azymes, qu'elle n'avait jamais abandonné entièrement. Il faut noter ici que l'on ne reprochait pas aux Ébionites de faire usage de pains azymes, mais de prétendre, en s'en servant, observer une prescription de la loi de Moïse et non pas une pratique appartenant en propre à l'Église de Jésus- Christ.
Si l'un et l'autre pain sont matière valide du sacrement adorable de l'Eucharistie, il n'en résulte pas que tout prêtre ait le droit de consacrer à son gré l'un ou l'autre : chacun doit suivre la coutume reçue dans son Église. Un prêtre latin pécherait en célébrant la messe avec du pain fermenté, et un prêtre grec pécherait en se servant de pain azyme, parce que chacun d'eux, en agissant ainsi, manquerait gravement aux rites de son Église. Il peut être permis, pour des motifs sérieux dont l'autorité ecclésiastique se réserve l'appréciation, de passer d'un rite à un autre, mais il faut l'adopter dans son entier.
Plusieurs raisons justifient la préférence de l'Église latine pour
hoc sacramentum instituit prima die azymorum, ut habetur [Matth., xxvi ; Marc, XIV, et Luc, xxii), qua die nihil fermentatiun in domibus Jud.eorum esse debebat, ut habetur [È.vod., xii). Secundo, quia panis est proprie sacramentum corporis Christi, quod sine corruptione conceptum est, magis quam divinitatis ipsius, utinfra patebit (qUcTest. i.xxvi, art. 1). Tertio, quia hoc magis competits inceritati fideUum, qute requiritur ad usumhujus sacramenti, secuiidum illud (/ Cor., v, 7) : Pascha nonfrnm immolatus est C/u^istus ; itaque epulemur in azymia sinceritatts ef veritalis. Habct tamen hfec consuetudo Graecorum aliquam rationem, et propter significalionem, quam tangit Gregorius, et in detestationem hœresis Nazara^orum, qui legaHa Evangelio miscebant. (S. Thom., III, quaest. Lxxiv, art. 'i.\
1. Definimus in azymo sive fermontalo pane triticeo corpus Christi veraciter confiri, sacerdotrsque in altero ipsdrum Domini corpus conficore dobere, unumquemque sciUcet juxta sua^ Ecclesia», sive occidentahs, sive orienlalis consuctudincm. [Acla concil. Florenlini.)
154 LA SAINTE EUCIIAIUSTIE. — LIVRE 1. — CIIAPITIIE V.
les pains azymes comme matière éloignée de rEucharistie. La première est que Xotre-Seigneur Jésus-Christ s'est servi de cette sorte de pain dans l'institution de l'adorable sacrement do nos autels ; on eflVt, il l'institua le premier jour des Azymes, c'est-à-dire en un temps où il n'était pas permis aux Juifs d'avoir la moindre parcelle de pain fermenté dans leurs maisons. En second lieu, le pain sans levain convient mieux que le pain fermenté pour rappeler la sainteté absolue de Jésus-Christ et la pureté du corps et de l'âme que doivent apporter les fidèles qui s'approchent de ce divin sacrement. L'apùlre S. Paul disait aux fidèles de son temps : « Purifiezvous donc du vieux levain, a/in que votis soyez une pâte nouvelle, comme vous êtes des azymes. Car notre agneau pascal, le Christ, a été immolé. C'est pourquoi mangeons la paque, non avec un vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté , mais avec des azymes de sincérité et de vérité '. »
Ces raisons sont puissantes et l'emportent évidemment sur celles qu'ont eues les Grecs d'adopter le pain fermenté -.
On pourrait objecter que le pain azyme se rapporte à l'ancienne loi et ne doit pas trouver place dans le culte de la loi évangélique. Ce n'est pas non plus du pain usuel, ce qu'on entend ordinairement sous le nom de pain. Sous la loi évangélique il ne convient pas de rien conserver des rites de la loi de xMoïse, et le pain usuel est la véritable matière du sacrement de l'Eucharistie. C'est donc le pain fermenté qu'il faudrait employer, à l'exemple des Grecs.
La réponse à cette double objection est d'abord que l'Église n'emploie pas le pain azyme dans le but de se conformer en quelque chose aux rites de la loi de Moïse, mais pour imiter l'exemple que lui a donné Jésus-Christ son divin Époux. Si l'argument que