‹ La Sainte EucharistieChapitre 45 sur 169 · CETTE ADDITION · texte numérisé non relu

CETTE ADDITION

Au vin, matière nécessaire du sacrement de l'Eucharistie, il faut ajouter quelques g-outtes d'eau naturelle i; telle est l'inviolable pratique de l'Église, confirmée par l'autorité des Pères et des conciles. On voit par la liturgie de S. Jacques que Notre-Seigneur Jésus-Christ mêla un peu d'eau avec le vin, lorsqu'il institua la Sainte Eucharistie : « Semblablement, après qu'il eut soupe, il « prit le calice, y mêla du vin et de l'eau : Similiter postquam « cœnavit accipiens calicem et permiscens ex vino et aqua. » Ln même formule est répétée dans les liturgies de S. Marc et de S. Basile. Le IV concile de Carthage, canon xxiv, dit expressément : « Dans les sacrements du corps et du sang du Seigneur, « que rien ne soit offert sinon ce que le Seigneur lui-même nous a « marqué, c'est-à-dire du pain et du vin mêlé d'eau -. »

Les SS. Pères témoignent, en de nombreux passages de leurs écrits, que telle fut la pratique universelle dès les premiers siècles

1. Le vin nécessaire pour la matière eucharistique doit être du vin de raisin (viniim (te vite), auquel il faut adjoindre une très petite quantité d'eau avant la consécration (Gt". Eugène IV, Décret, pro Jarnbitis); le moût de vin est valide, mais gravement illicite [Ituhr. du Âlinsel, tit. IV, n. 2); en cas de nécessité, il est permis cependant de s'en servir : « Si necesse sit botrus in calice compriinalur et aqua misceatur. »

L'eau qu'il faut mélanger au vin pendant la messe doit être en petite quantité : « Sufficit aqu;e modicissima quantilas, ut dicit concil. Florentinum. Prohabiliter polest iiifundi aqua usfjue ad octavam partem vini, imo usque ad (juintam parlcm juxia Lugo, disp. iv, n. 38. Addil Busembaum sufficere si aqua terliam partf-m non excédât. Sed in praxi hcPc ultima sentenlia non est admittenda, quamvis terlia pars non corrumpat vinum, si sit generosum.... (Gi'HV, t. II, n. -2H(>.)Le P. Lehmkuhl dit que celle dernière opinion d'aller jusqu'au tiers peut rendre la matière douteuse : « Nam usque ad tertiam parlem aquam admiscere duhiam reddere polest materiam consecralionis. » (ï. 11, n. 121, 4».) Or, d'après le même théologien, « materiam dubiam consecrare vix unquam licet, nisi forte ad complendum sacrifîcium, si inateria certo valida Jam habcri nequeat » (n. 12fJ). [Dictionnaire du droit canonique, t. IV, page li2îi, art. Vis nE messe.)

'■1. In .sacramenlis corporis et sanguinis Domini, nihil amjjlius offeratur, quam ipse Dominus iradidil, hoc est panis et vinum aqua mixlum. [Conc. Carlhag.)

DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE l'eL'CIIARISTIE. lîiO

de l'Église, S. Clément, S. Irénée, S. Cyprien, S. Justin, S. Anibroise, en parlent de la manière la plus précise ; aussi le concile de Trente n'a-t-il pas hésité à sanctionner l'addition de l'eau au vin pour la consécration et à frapper d'anathème ceux qui regarderaient cette addition comme contraire à l'institution de Jésus- Christ '.

S. Thomas donne quatre motifs de convenance pour expliquer cette addition de quelques g'outtes d'eau au vin destiné à servir de matière au sacrement de l'Eucharistie. Le premier motif est que, très probablement, pour ne pas dire certainement, Notre-Seigneur Jésus- Christ en agit ainsi lorsqu'il institua cet adorable sacrement: c'était la coutume en Judée de ne jamais boire le vin pur; toujours on y ajoutait de l'eau. Ce texte des Proverbes en fait foi : Buvez'lo vin que je vous ai mêlé ~. En second lieu, ce mélange représente plus parfaitement la passion de Notre-Seigneur ; ce qui fit dire au pape Alexandre I" : « On ne doit pas offrir dans le calice du Sei- « gneur soit du vin seul, soit de l'eau seule, mais l'un et l'autre « mélangés, parce que, selon l'Évangile, l'un et l'autre ont coulé « de son côté, au temps de la passion. » En troisième lieu, l'addition de l'eau convient pour indiquer l'effet de ce sacrement, qui est d'unir le peuple chrétien à Jésus-Christ, parce que, selon la parole du pape Jules P"" : « Dans l'eau nous voyons la figure du « peuple chrétien ; dans le vin celle du sang de Jésus-Christ. Lors- « que dans le calice l'eau est mêlée au vin, c'est le peuple chrétien « qui est uni au Christ ^. » Quatrièmement, cette eau représente

1. Clemens Romanus, lib. VIII Constilut., cap. xii : « Postquam miscuit ex vino et aqua. » Ireiiceus, lib. IV, cap. lvii : « Christus accipiens calicem teiuperatum. » Et libro sequenti vocat «mixtum calicem. » Cyprianus, epist. LXiii : (( .\(lmonitos nos scias, ut in calice olferendo 'dominica traditio servetur, nec aliud fiai a nobis, quain pro nobis Dominas prior feceril : ut in calice qui in commemorationem ejus offertur, mixtus vino offeratur.... Invenimus calicem mixtum fuisse, quem Dominus obtulit. » Idem docent Justinus mart^T, Apolog. II; Hieronymus in capitt \iv Marci; Ambrosius, \\h.\ de Sacramenlis, cap. i; Augustinus, lib. IV de Doclrina chrisliana, cap. xxi. Hac de causa Concilium Tridentinum sess. XXII, cap. vu, sic habet : « Monel sancta synodus, praîceptum esse ab Ecclesia sacerdolibus ut aquam vino in calice offerendo miscerent. » Et canonc ultimo : « Si quis dixerit aquam non miscendam esse vino in calice offerendo, eo quod sit contra Cbristi inslilulionem, anathema sit. (Contenson, lib. XI, jiai-s II, dissert, ii, cap. ii.)

i2. Bibite vinum quod miscui vobis. iProv., xi, li.)

î$. \'id('nuis in a(|ua ])0pulum intolligi, in vino vero ostondi saiiguinem Chrlsli. Ergo cum in calice vino a(iua miscolur, C.hrislo po])ulus adunatur. (JuLius i)apa I, décret. VI.)

ItiO l.A SAINTE ELCIIARISTIE. — LIYUE 1. — CHAPITRE V.

celle qui rejaillit dans la vie éternelle, selon la parole de S. Ambroise : Iledundat aqua in calicem et salit in vitam œternam '. Or la vie éternelle est le fruit par excellence que nous devons attendre de la Sainte Eucharistie -. Un dernier motif est donné par De Lugo et plusieurs autres théologiens, c'est que l'eau ajoutée au vin dans le calice représente l'humanité de Notre-Seigneur unie à sa divinité.

Il est vrai que la Sainte Écriture ne fait aucune mention de cette addition de l'eau dans le calice; mais outre qu'il est extrêmement vraisoiidjjable que Notre-Seigneur la fit le premier, ne l'eùt-il pas failo, IKi^lise pouvait instituer ce rite et le rendre obligatoire pour de justes raisons dont elle est seule juge.

Ceci posé, plusieurs questions restent à résoudre. La première est celle-ci : Cette addition de l'eau au vin est-elle de nécessité de sacrement, ou seulement de nécessité de précepte?

Il n'y a pas de doute permis à cet égard ; l'addition de quelques gouttes d'eau au vin qui est dans le calice pour être consacré, n'est pas de n«'cessité de sacrement, mais uniquement de précepte. C'est un rite auquel l'Église exige que tout prêtre se conforme; celui qui ne l'accomplirait pas pécherait gravement, mais le vin du calice n'en serait pas moins consacré et changé au sang de Notre-Seigneur. Lorsque les conciles et les Pontifes parlent de cette addition, ils le font comme d'une coutume qu'il faut garder, mais non pas comme d'une chose absolument nécessaire. Suarez le prouve longuement par les textes qu'il cite. C'est d'ailleurs la solution de S. Thomas 3.

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