lAir. XXIV, Mil, 'M
DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE l'eUCHARISTIE. 18o
L'exemple de Notre-Siugneur Jésus-Christ ne prouve pas davantage. Le silence de TÉvangile n'autorise pas à affirmer que le divin Maître ne bénit pas et n'offrit pas aussi le calice aux disciples d'Emmaiis ; on sait bien, et S. Jean nous en avertit, que les Évangélistes n'ont pas rapporté tout ce que Jésus-Ciirist a dit et fait dans les circonstances dont ils parlent. Et s'il est vrai que le Seigneur n'a consacré que le pain, il est vrai aussi qu'il est le maître absolu de son sacrement et que s'il a voulu agir ainsi une fois, il n'a pas autorisé pour cela les prêtres à s'écarter de la ligne de conduite qu'il leur a tracée en instituant le sacrement et le sacrifice de l'Eucharistie, dans la dernière cène. Aussi la sainte Église a-t-elle toujours tenu, avec une rigueur extrême, à la consécration des deux espèces sacramentelles. C'est à ce point que si un prêtre n'avait mis que de l'eau dans le calice, et qu'il s'en aperçût seulement après l'avoir prise, il devrait, quoique n'étant plus à jeun, mettre du vin dans le calice, le consacrer et le consommer ; c'est à ce point encore que, si le prêtre se trouvait dans l'impossibilité d'achever le Saint Sacrifice, après la consécration de l'une des espèces sacramentelles, ou des deux, un autre prêtre devrait l'achever, quoique n'étant plus à jeun, nonobstant le précepte du jeûne ecclésiastique.
L'Église a pu, pour de justes causes, interdire l'usage du calice aux laïques, mais elle ne peut pas permettre de supprimer la consécration de ce calice. Lorsque Jésus-Christ disait du calice : Bibite ex eo omnes : Buvez-en tous, il s'adressait aux Apôtres et à leurs successeurs, comme il s'adressait à eux et uniquement à eux, en ajoutant : Hoc facile in meam commémorât ionem : Faites ceci en mémoire de moi. Il leur conférait le sacerdoce, le pouvoir d'offrir le sacrifice de son corps et de son sang sous les espèces du pain et du vin ; il assignait la matière et la forme de ce sacrifice, et jamais la sainte Église n'a rien changé d'essentiel ni à celte matière ni à cette forme. Mais pour la participation à l'Eucharistie comme sacrement, l'usage des deux espèces ne s'impose à aucun titre. Jésus-Christ est le pain descendu du ciel ; celui qui mangera ce pain, et participera ainsi au corps et au sang du Seigneur, vivra de la vie éternelle. Sous l'espèce du pain est caché Jésus-Christ tout entier, son corps, son sang, son âme, sa divinité; c'est l'aliment complet que Dieu nous a donné ; il n'est aucunement nécessaire que les laïques usent aussi du calice, qui
186 I.A SAINTE EfCIIAIUSTIE. — LIVRE 1. — CHAPITRE VI.
n'ajouterait rien à ce qu'ils reroiveiit, et l'Église, pour des raisons graves, a cru devoir non seulement les en dispenser, mais le leur interdire, ce qu'elle ne pouvait pas faire pour les prêtres qui oiTrent le sacrilice avant de participer au sacrement. Il n'en serait plus de même si la Sainte Eucharistie était uniquement instituée pour être la nourriture spirituelle de nos âmes, et non pas en même temps le saci-ilice perpétuel de la religion chrétienne. Mais elle est ce sacrilice et elle ne peut pas ne pas l'être. Ainsi l'a voulu
le Se igné ui'