‹ La Sainte EucharistieChapitre 55 sur 169 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

I. Forme essentielle du sacrement île l'Eucliaristie. — II. Ce que représente le pronom démonstratif ceci ilans la forme do la consécration du pain. — III. Erreurs des hérétiques touchant la forme du sacrement de l'Eucharistie. — IV. Paroles qui accompaffnent la forme essentielle de la consécration du pain. — V. Paroles qui accompagnent la forme essentielle de la consécration du vin. — VI. Comment le prêtre prononce les paroles de la consécration. — VII. Paroles de la consécration |)rononcées par j)lusieurs prêtres à la fois.

FOnME I«.SE.\TIELLE DU SACREMENT DE L EUCHARISTIE

Le concile de Florence déclare que les sacrements de la nouvelle Loi se composent de choses qui en sont la matière, et de parolt.'s qui en sont la forme. Puisque nous connaissons la matière <!<• l'adorable sacrement de l'Iilucharistie, il est temps de rechercher (|U'lles paroles lui servent de forme.

Il faut remarquer ici ce que nous avons observé déjà. Les autres sacrements ne sont pas permanents ; ils consistent dans l'action qui apj)lique la forme à la matière : cet acte posé, l'effet du sacrement doiiieuiv, mais le sarremenl lui-même ne demeure pas. Dans la Sainte Eucharistie, le sacrement demeure; Jésus-Christ rendu présent sous les espèces du pain et du vin, par les paroles de la Consécration, y restera aussi longtemps que ces espèces seront elles-mêmes ce qu'elles sont. Les paroles de la lorme se sont évanouies, la forme n'existe plus, et cependant le sacrement continue d'exister. Elles n'existent plus, il est vrai, en elles-mêmes, mais

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elles continuent d'exister dans l'effet qu'elles ont produit, en donnant au sacrement ce qui le constitue formellement. A ce titre, elles ont droit au nom de forme du sacrement.

On peut tout aussi bien leur donner le nom de forme de la consécration, avec S. Thomas, qui leur applique tantôt ce nom et tantôt celui de forme du sacrement.

Les paroles qui font essentiellement et nécessairement partie de la forme du sacrement de TEucliaristie ne sont pas difficiles à connaître. Ce sont celles que Notre-Seigneur Jésus-Christ a prononcées lui-même en instituant cet adorable sacrement. Les Évangélistes et l'apôtre S. Paul nous les rapportent assez clairement pour que nul doute ne soit possible, et l'usage que la sainte Église a fait de ces paroles du Seigneur, depuis l'origine, montre assez qu'elles ont toujours été considérées comme la forme de la consécration ou du sacrement de l'Eucharistie. Notre-Seigneur Jesus-Ghrist a dit : Ceci est mon corps.... Ceci est le calice de mon sang : Hoc est enim corpus meum — Hic est calix sanguinis mei; ou bien, ce qui est équivalent : Hic est sanguis meus. L'Église a reçu des Apôtres cette formule que les Évangélistes nous ont aussi laissée dans leurs Évangiles, et S. Paul, dans sa première épître aux Corinthiens.

D'autre part, la forme légitime d'un sacrement consiste d;ins les paroles qui signifient ce qu'elles opèrent. Or les paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps; ceci est mon sang, l'ont connaître clairement la présence du corps et du sang de Jésus-Christ, et ce sont elles qui causent cette présence ; elles déclarent le grand mystère qui s'accomplit dans l'adorable sacrement de l'Eucharistie, le changement du pain et du vin au corps et au sang de Notre Seigneur, et elles sont l'instrument par lequel la puissance divine opère ce changement merveilleux.

Aussi le concile de Florence a-t-il déclaré, comme une vérité de foi, que les paroles dont Jésus-Christ s'est servi en instituant le sacrement de l'Eucharistie sont la forme de ce sacrement. Le prêtre qui le consacre parle comme s'il était Jésus-Christ luimême, et en vertu des paroles qu'il prononce, la substance du pain est changée au corps de Jésus-Christ et celle du vin en son sang '.

1. Forma hiijiis sncramenti snnl vcrlja Salvaloris, quibus hoc conficil sacrainentuin ; saccrdos oiiim iii ijcrsona Cliristi loqiiens hoc conlicil sacramenluin ; iiaiii ipsuruin verhorum virtulc, suhstanlia paiiis in corpus Christi, ol siil)slanlia vini in sanf^uinoni convcrlunlur. [Concil. F/orenl., in decrolo.)

Le saint concile de Trente enseigne de même que les paroles rapportées par los Évangélisles et redites par S. Paul, consacrent ce sacrement. Il dit que le corps de Jésus-Christ est sous l'espèce du pain et le sang sous l'espèce du vin, en vertu de ces mêmes paroles, vi verborum '.

S. Thomas établit la dilïérence qui existe entre la forme du sacrement de l'Euchai-istie et celle des autres sacrements ~. Elle consiste en deux points.

En premier lieu, dans la Sainte Eucharistie, la consécration de la matière suffit pour qu'il ne manque rien à la perfection du sacrement : le saint docleur se sert du mot perficitur. Les autres sacrements, au contraire, ont besoin, pour exister réellement, qu'il soit fait usage de leur matière. Remarquez que S. Thomas ne dit pas (jue le sacrement de l'Eucharistie se compose de la consécration de la matièi'e, mais qu'il suffit de cette consécration pour qu'il soit parfait. On aurait tort cependant de conclure du texte du saint docteur que les paroles de la consécration sont de l'essence du sacrement, puisqu'elles passent et que le sacrement demeure. S. Thomas ne parle pas ici de l'acte de la consécration qui s'opère en vertu

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