I. (jiiiril. Triilcnl., scss. XllI, cap. i et m
il. Hospondeo (liccndiim quod hoc sacramenlum ab aliis sacramenlis differt in duol)us : jjrimo quidem, quanlum ad hoc quod hoc sacramentum perficitur in consecraliune maleriae; aha vero sacrainenta perficiunlur in usu materise consocratiE. Secundo, quia in ahis sacramentis consecratio matcriae consistit sohim in quadam Ijcnedictione, ex qua materia consecrata accipit instrumentaUtrr (|uain(lam spiritualem virlulem, quas per ministrurn qui est instrumenluin aninialuin, jmlost ad instrumenla inanimata procédera. Sed in hoc sacraluf-nli), consecratio malerias consislil in quadam miraculosa conversione substantia», quaj a solo Deo perfici potest. IJnde minisler, in hoc sacramento perficiendo, non hahcl yHuin aclum, nisi prolationem verboruni. Et quia forma débet esse conveniens rei, ideo forma hujus sacramenti dilîert a formis aliornm sacramenlonim in duoljus : primo quidem quia formïe aliorum sacramenforum important usuni materia;, puta l)aplizationem, vel consignationem ; sed forma liujus sacramenti importât sohim consecrationem materise, quae in Iranssnltslanlialione consistit, puta cum dicitur : Hoc est corpus meum, vel : Ilir est rti/ix saiif/iiiiiis me.i. — Secundo quia formas aliorum sacramentorum proferuntur ex persona ministri, sive per modum exercentis actum, sicut cum dicitur : £"«70 le haptizn, vel : /i//o te confirma, etc. ; sive per modum imjwranlis. sicut cum in sacramento Ordinis dicitur : Accipe poteslatetn, etc. ; sive per modum deprecantis, sicut cum in sacramento Exlrema;Unctionis dicitur : Per inlam unctionem et nostram intercessionem, etc. Sed forma hujus sacramenti profertur, quasi ex persona ipsius Christi loquentis, ut detur intelli^i qnod minisler in jterfectione hujus sacramenti nihil aj^il, nisi quod profert vcrl)a Christi. (S. TiKt.M., III, q. i.xxviii, art. L)
DE LA FORME DU SACREMENT DE l'euCHARISTIE. 189
des paroles, mais du résultat de cet acte, qui est que la matière se trouve et demeure consacrée. En ce sens, la consécration fait partie intrinsèque du sacrement. Mais, en tout cas, il n'est pas nécessaire que l'usage s'ajoute à la consécration, tandis que pour les autres sacrements la matière et la forme ne seraient rien sans l'usage.
Aussi leurs formes doivent-elles signifier l'usage de la matière; c'est ainsi que celle du Baptême marque l'action de baptiser; celle de la Pénitence, l'action de juger et d'absoudre. Toutes expriment l'intervention du ministre du sacrement, qui se sert d'une matière pouvant tomber sous les sens, pour produire un effet surnaturel. Mais la forme du sacrement de l'Eucharistie fait connaître ce qui s'opère et ce qui doit rester, le changement de la matière première au corps et au sang de Notre-Seigneur. Ces paroles : Ceci est mon corps, signifient que l'objet matériel sur lequel elles sont prononcées, que cet objet qui, extérieurement, paraît être du pain, n'est plus du pain, mais quelque chose de tout à fait sacré, le corps de Jésus-Christ lui-même.
Le second point qui différencie la forme de l'Eucharistie de celle des autres sacrements, c'est que la consécration de la matière de ceux-ci consiste simplement dans une bénédiction qui fait de la matière un instrument propre à produire certains effets surnaturels, lorsque le ministre du sacrement en fait usage. Dans le très saint sacrement de l'Eucharistie, il y a plus. Une conversion merveilleuse s'y opère qui ne peut être l'œuvre que de Dieu seul. Aussi l'homme disparaît-il ; le prêtre ne lait rien de lui-même, ne dit rien de lui-même. C'est Jésus-Christ qui parle par sa bouche et qui dit : Hoc est corpus meum.... Hic est calix sanguinis mei. Dans les autres sacrements, l'homme n'agit, il est vrai, que fomme le repi'ésentant de Dieu, et ce n'est pas la vertu de l'homme, c'est la volonté divine qui opère ce que le sacrement produit: mais enfin il agit en vertu du ministère qui lui est confié; il affirme son acte, et il dit : C'est moi, ministre de Dieu, qui baptise, qui confirme, qui absous. Dans la Sainte Eucharistie, le ministre s'efface. Le caractère sacerdotal lui donne le pouvoir de prononcer efficacement les paroles de Jésus-Christ ; mais il n'agit pas : il fait uniquement le récit de ce que le Seigneur a daigné accomplir la veille de sa mort : il redit les paroles prononcées par le Fils de Dieu, et c'est Dieu qui fait tout; il n'y a rien de l'action du ministre dans l'eflet produit par ces divines
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paroles. Il ne dit pas : « Je consacre, j«i change ce pain au corps de « Jésus-Christ, » comme il dit : Je te baptise, je t'absous; il dit simplement : Hoc est corpus meum; hic est sanguis meus : Ceci est mon corps; ceci est mon sang, ou bien, ce qui revient au même : Ceci est le calice de mon sang :. Hic est calix sanguinis mei.
Le pape Innocent III avance une opinion qui a été suivie par quelques théologiens. Il est loin de la donner comme certaine, et il se garde bien de définir qu'il en soit ainsi, mais il ne la repousse pas. Voici ses paroles : « Assurément on peut dire que le a Christ a consacré par sa puissance divine, et qu'il a exprimé en- « suite la forme dont on se servirait après lui pour bénir '. » Mais le texte de l'Évangile est expressément contraire à cette opinion. On y lit en effet que Jésus-Christ a béni le pain, et que cette bénédiction a été faite au moyen de quelques paroles. Ce no fut donc pas uniquement par un acte de sa volonté que Jesus-Christ opéra la transsubstantiation du pain et du vin en son corps et en son sang ■-. Presque tous les docteurs sont d'accord sur ce point, et ceux mêmes qui ne rejettent pas absolument l'opinion contraire ne la donnent que comme probable.
D'autres ont dit que la bénédiction avait été donnée et la consécration faite par des paroles que \otre-Seigneur Jésus-Christ prononça à voix basse, ou qui du moins ne nous ont pas été transmises par les Évangiles ni par la tradition, et qu'ainsi la transsubstantiation était achevée lorsque le Fils de Dieu rompit le pain et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez; ceci est
1 . Sanc dici potcst quod Christus virtute divina confecit et postea formam cxprpssil, .siib qua posteri benedicerent. (Innocent. III, De mysteriis missx, 111). IV, cap. VI.)
"■2. M primum diccndum, quod circa hoc est rnulliplex opinio. Quidam enim dixfTunt quod Chri.stus qui habebat poteslalem cxcellentise in sacramentis, absquc ninni forma vcrborum hoc .sacraineiilum i)crfccit, et postea verba proliilil, siib ([uibus alii postinodum consecrarent. Quod videntur sonare verba liiiioccutii III, (iiccntis [De mj/sleriis missœ, lib. IV, cap. vi) : Sane dici potrsl f/iiorl (Jirisliis virtule divina cunfecit, et postea formam expressif, suh (put postrri hriirlircrritt. Sed conira hoc expresse surit verba Iwangelii, in quibus dicitur (pK»d (Christus bcncdixit, qufB quidern benedictio aliquibus verbis facta est. L'n<lo j)nrdicta verba Innocenlii sunt opinatlve magis dicta quarn deterrninative. Quidam autem dixerunl quod benedictio illa facta est quibusdam aliis verbis nobis ignotis. Nec hoc stare potest, quia benedictio consecrationfs nunc jx'rficilur per recitationem eorum quae tune acta sunt: unde si lune per luec verba non est facta consecratio, nec modo fieret. Et ideo alii dixerunt quod illa benedictio eisdem eliam verbis facta est quibus modo fit; sed Christus oa bis protuiil, primo quidern secrète ad consecrandum, secundo mani-
mon corps. Mais cette opinion ne peut se soutenir, parce que la consécration, ou, si l'on veut, la bénédiction qui consacre consiste aujourd'hui dans le récit de ce qui lut accompli en cette première consécration. Si elle ne s'était pas faite alors en vertu des paroles que l'Évangile nous a transmises, elle n'aurait pas lieu aujourd'hui; ces paroles n'auraient pas plus de vertu dans la bouche du prêtre que dans celle de Jésus-Christ.
Pour échapper à cet inconvénient, d'autres ont inventé de dire que le Seigneur a prononcé deux fois les paroles de la consécration ; une première fois secrètement, pour opérer le grand miracle de la transsubstantiation, et une seconde fois tout haut, poui" instruire ses disciples de ce qu'il avait fait, et de ce qu'ils devaient faire eux-mêmes à son exemple. Mais cette opinion ne se peut pas non plus admettre; le prêtre consacre en récitant les paroles que Jésus-Christ a prononcées dans une bénédiction donnée, non pas en secret, mais publiquement. Les paroles de la consécration n'ont de force que parce que Jésus-Christ s'en est servi lui-même, et qu'il leur a donné, en consacrant par elles, la vertu qu'elles possèdent aujourd'hui dans la bouche du prêtre.
Il est bien vrai cependant qu'il existe une difficulté apparente dans la manière dont sont rapportées, dans la Sainte Écriture, les paroles de Notre-Seigneur qui servent à la consécration de la Sainte Eucharistie. Il est dit dans S. Matthieu : Jésus prit le pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps K
feste ad instruendum. Sed nec hoc slare potest, quia sacerdos consecrat proferens haec verba, non ut a Christo in occulta ])enedictioae dicta, sed ul pul)lice prolata. Undc cum non hal)cant vim hujusmodi verba, nisi ex Cliristi prolatione, videlur quod etiam Christus manifeste ea proferens consecraverit. Et ideo alii dixerunt quod Evangelistje non semper eumdem ordincm in recitando servavorunt, quo res sunt gestae, ut palet per Augustinum [De cotiscnsu Evffu(/el., lib. II, cap. x.w, xxxi, xi.iv). Undc intelligendum est ordinom rei gest<e sic exprimi posse : Arcipietis panem henedixil dicena : Hoc ext coi-jnis meum, et deinde frecjit, et dedil discipiilis suis. Sed idem sensus haberi potesl, eliam verbis Evangclii non mutatis. Nam hoc parlicipium, dicens, concomitanliam quamdam importât vcrl)orum prolatorum ad ca quœ prœcedunt. Non autcm oportot quod luec concomitantia intelligatur solum respectu idlimi verbi prolati, quasi Christus tune ista verba protulerit, quando dédit disci])ulis suis; .sed potest intelligi concomitantia respectu totius praecedentis; ut sit -sonsus : Dum benedicerel, frangeret, et daret discipulis suis, haec verba dixit : Accipitp, etc. (S. TiioM., III, qua^st. i.xxvin, art. 1 ad 1.)
1. Accepit Jésus panem (>l benedixit ac fregit, deditque discipulis suis, el ait : Accipite et coniedite : hoc est corpus meum. [Malt/i., xx\i, ^20.)
lOiî I.\ SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE VI.
S. Paul dit à son tour : Il prit le pain, et rendant gi-àces, il le rompit et dit : Recevez et mangez : ceci est mon corps K Ne semble-t-il pas que Jésus-Christ ait consacré le pain avant de le rompre et de le donner à ses disciples, et qu'il n'ait fait que constater que la transsubslautialion était opérée déjà lorsqu'il dit en leur donnant ce pain : Ceci est mon corps?
On pourrait attribuer ce sens aux paroles de Notre-Seigneur, si toute la tradition, si l'enseignement de l'Église n'était pas contraire à celle interprétation ; on pourrait dire que la bénédiction donnée avant de rompre le pain avait opéré le changement m^-'stérieux que constataient les paroles : Ceci est mon corps. Mais ï?. Augustin fait remarquei-, dans son ouvrage De consensu Evan- (jelistarum, que les Évangélisles n'ont pas toujours gardé, dans leurs récils, l'ordre chronologique des faits. Le texte de S. Matthieu doit s'entendre comme si l'Évangélisle avait écrit ; « Pre- (' naiil le pain, il le benil en disant : Ceci est mon corps; et ensuite «' il le rompit et le donna à ses disciples ''. »
S. Thomas ajoute qu'il n'est même pas nécessaire d'intervertir l'urdre des mots dans le texte évangélique, pour en tirer ce sens. Il suffit de remarquer que le participe dicens marque la concomitance des paroles qui le suivent avec les faits exprimés par celles qui le précèdent. Celle concomitance n'existe pas seulement avec le dernier fait exprimé : Dcilitf/ue discipulis suis : Et il le donna à ses disciples; mais elle existe aussi bien, et elle est marquée aussi expressément, avec tous ceux que le membre de phrase énumère : Jésus prit du pain, le bénit, le rompit : Accepit Jésus panem et benedixit ac [régit. Le sens serait donc : « Tan- « dis- que Jésus bénissait, rompait et donnait le pain à ses dis- " ciples, il leur dit ces paroles : Prenez et mangez ; ceci est mon •' corps. »
Nous avons donc bi<,'n l'ait de dire (jue la difficulté tirée de l'ordre des paroles du tcxlo sacré n'est qu'apparente.
Le texte du pape Innocent III, d'après lequel il semblerait possible, sinon probable, que la consécration aurait eu lieu par la loule-puissancc divine, indépendamment des paroles : Ceci est
1. Arrcjiit pnnoin, et ^raliMs n^^ons, fregil et dixil : Acripile et manducate : hoc est corjjiis mcuin. (/ Cor., xi, -l'i-.)
-2. Accijiicns ))anerii bencclixit dicens : Hoc est corj)U.s mcum, et dcindc fre- KÏl et dedil discipulis suis.
DE LA FORME DU SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE. 193
mon corps.... Ceci est mon sang, ne doit pas nous émouvoir davantage ; il ne parlait aucunement comme pape, en cette circonstance, mais comme docteur particulier, et encore ne faisait-il que rapporter l'opinion de plusieurs autres, sans la condamner, il est vrai, mais aussi sans la donner comme certaine. Dire, comme il le fait, qu'on peut admettre telle opinion, n'est pas affirmer que cette opinion soit l'expression de la vérité, mais seulement qu'on ne la regarde pas comme évidemment fausse. D'ailleurs le doute n'est plus possible maintenant. Le saint concile de Trente a déclaré que notre Rédempteur a institué cet adorable sacrement , lorsque, après la bénédiction du pain et du vin, il a témoigné en termes exprès à ses disciples, qu'il leur donnait son propre corps et son sang '. Et pourquoi voudrait-on que le premier et souverain Prêtre n'ait pas usé lui-même, dans le premier sacrifice eucharistique, du rite solennel et essentiel, qu'il instituait pour le célébrer jusqu'à la consommation des siècles ?
Cependant, malgré la certitude avec laquelle il faut admettre que Notre-Seigneur Jésus-Christ a consacré lui-même le pain et le vin, en prononçant les paroles dont les prêtres se servent après lui, on ne peut pas affirmer que ce soit une vérité de foi. Elle ressort clairement de la Sainte Écriture et des décrets des conciles ; elle est admise et soutenue par presque tous les docteurs et les interprèles de la Sainte Écriture ; les opinions qui lui sont contraires ne reposent sur aucun fondement sérieux ; les Pères ont été unanimes à la professer ~ ; aller contre elle serait donc un acte de témérité qui offenserait gravement la foi, mais ce ne serait pas assez pour être relégué au nombre des hérétiques.
1. Quotquot in vera Christi Ecclesia fuerunt qui de sanctissimo hoc sacramenlo disseruerunt, apcrtissime professi sunl hoc tam admirabile sacramentiim in ultima cœna Redemptorem nosfrum inslituisse, cum post panis vinique benedictionem, se suum ipsius corpus illis prœbere ac suum sanguinem, disertis ac perspicuis verbis testatus est : quae verba a sanctis Evangelistis romnrieinorata, et a divo Paulo postea repetita cum propriam illam, et apertissimam significationem praî se forant secundum quam a patribus intellecta -unt, etc. [Concil. TricL, sess. XIII, cap. i.)
"1. Vide : Tertull., lib. IV, Conlra Marc, cap. xl, et lib. De oral., cap. vi; • Iyprian., Sernio de Verh. Dont.; Ambros., lib. Iv, De sncrain., cap. iv, et lib. De iia fjui ittilianlur, cap. i.\; El'seh. Emiss. hom. de Pasr/uile; August. apud Beilnin, in cap. n, I nd Cor.; Aucti) rhomiWx: quae est de eorpnre et sfinr/iiine, et babctur inler opéra Ilieron., t. IX; Ciirysost., hom. Il De prodif. Judx, et hom. II in Epifif. II ad Timolh., et boni. LXXXIIl in Mall/i. et hom. LX nd pop.: PAsctrAs., in epist. ad Frendeyandinn.
LA SAINTK ELCnARISTIK. — T. I. 13
CE QUE UEPUÉSEXTE LE IMIONOM CECI : HOC, DANS LA FORME DE LA C'.O.NSÉCUATION DU TAIN
La lonne de la consécration du pain commence par ce pronom : JIoc, qui sig-nifie ceci. La significalion d'un mot est celle que l'usage, ou quelque convention particulière, lui assigne ; c'est l'idée qu'il fait naîlre dans l'esprit de l'auditeur et que celui qui parle veut éveiller en lui. Le pronom démonstratif /izc, /wc, hoc, lorsqu'on l'applique à quelque chose, signifie la présence de cette chose, dit le cardinal Franzelin, que cette présence soit idéale ou réelle. Cependant il ne dit pas ce qu'est cette chose; il ne révèle aucune de ses qualités, mais uniquement sa présence; exprimer cette présence est son unique fonction ; dire ce qu'est la chose présente ne lui regarde aucunement; il attire l'attention comme la particule ecce, voici, et rien de plus K C'est ainsi que dans l'Exode on lit, suivant le texte hébreu : Voici le sang du teslamcut : Kccc saïujuis testamenli \E.rod.,\x\\, 8); ce que S. Paul traduit : liic est sanyuis testamenti : Ceci est le sang du testament {Hebr., ix, 20). Telle est la signification du pronom hoc dans toutes les propositions d'une construction identique. Elle est et elle demeure la même lorsque l'énoncé de la proposition commence, qu'elle continue et qu'elle s'achève.
Dans la formule de la consécration du pain : Hoc est corpus ineum, le pronom hoc marque donc que le prêtre qui consacre a devant lui une chose, sur laquelle il concentre son attention et son action, mais quelle est cette chose? Ce mot ne le dit pas. Cette chose subit-elle une transformation, un changement quelconque? Il ne le dit pas davantage. Il signifie toujours ce qui est présent au prêtre. Que cette chose présente soit d'abord du pain, que ce pain soit définitivement changé au corps de Notre-Seigneur, ce n'est pas à ce mot qu'il faut le demander. Il est fiiit pour vous marquer la présence d'une chose, mais non pas pour vous apprendre ce qu'elle est ni les changements, même substantiels, qu'elle a pu subir.
On voit par ce simple exposé de la signification du mot hoc, ce (ju'il faut penser de la diversité des opinions entre les docteurs ca-
1. Voir Tranzells, tractalus de SS. Euch.sacramenlo cl sacrificio, thesis VL
DE LA FORME DU SACREMENT DE l'eUCHARISTIE. 19o
llîoliques, sur ce sujet. Les uns ont dit avec S. Thomas que hoc représente la substance en général qui se trouve voilée sous les accidents visibles, sans déterminer ce qu'est cette substance. D'autres, avec Alexandre de Halès et S. Bonaventure, ont prétendu qu'il signifie le pain qui doit être transsubstantié '. D'autres encore, avec Scot, y voient indiquée la présence de Notre-Seigneur, mais pas avant que l'énoncé de la proposition soit complet. Ces opinions, toutes diverses qu'elles soient, et même contraires, sont vraies au fond; elles ne diffèrent que par le point de vue auquel se placent ceux qui les ont émises ou qui s'y attachent. Le pronom Hoc désigne ce que le prêtre tient entre les mains, ce qu'il consacre. S. Tiiomas ne considère que la substance en général dans cette chose, et ne distingue pas ce qu'elle est de ce qu'elle sera lorsque le prêtre aura aciievé de prononcer les paroles sacramen-
1. Cornélius Jansénius, dans les Commentaires sur les Évangiles, est de cet :vis. Voici comment il explique ces paroles de Notre-Seigneur :
Et ait : Accipite et corne lite. Quibus verbis invitât, et simul usum déclarât lanti doni, nempe ut comedendo uniatur nobis, ut fiamus unum corpus et unus spiritus cum eo, et inter nos, qui de uno pane participamus. Hoc est corpus meum continet rationem comedendi; unde subaudiendum est enim, sicut hoc in calice expressum est. lUud hoc, non est substantivum, quasi significans individuum vagum, ut videtur putasse D. Thomas, qui istius opinionis inultis sequcntibus causa fuit, sed certum est juxta mentem Interpretis nostri et Evangelistae esse adjectivum convenions cum suo substantivo quod sequitur. Corpus. Patet hoc manifeste ex forma calicis ubi non dicitur Hoc, sed Jlic est snnguis meus, et clarissime Lucas conjungit cum calice. Hic calix, grgece, Hoc pnculum. Ex quo ulterius patet illud Hoc non posse designare panem, uthÊerefici volunl, idque non solum, quia esset falsa oratio, sed ipsa verba répugnant : (iicendumenim fuisse hic, prœsertim cum immédiate pa7iis praecessisset. Désignât igitur Corpus; nec tamen locutione vel identica, vel tautologica, sed rectissima, et usitatissima, qua in mundi exordio Adam dixit : Hoc nunc os ex ossiôus ïheis, et Moyses, E'.rorf., xvi, io : Iste est punis, et Judœi, supra, cap. xxi, l.'i : Hic est hxres. Et Deus Pater, cap. ni : Hic est fîlius meus dilectus ; et infinita siinilia, quibus scriptura et usus quotidianus plenus est. Nam in his omnibus subjectum et prasdicatum idem quidem signiâcat (quod omni propositioniaftirmativaî verae commune est, alioquin enim esset falsa) sed alio modo, subjectum nomine communi et obscuro, demonstrante tamen pnesentiam; pnedicatuin nomine specifico et pnrticulari. Nam quod objiciunl, cum diccrclur hoc, nondum adfuisse corpus, parvi momenti est. Propositio enim operatoria, qualis est ista quce mutntione quadam eflicit id quod significat, sicut non habet crilatem, nisi intègre pronuntiala, ila quoque demonstrat non id, quod adost, ■ ') momcnto, quo subjectum profcrlur, sed quod aderit in lermino pronunlialionis : sicut si Christus aquam in vinum mutassel in nuptiis, his verbis: Hoc '■si vinum; vel coslam in mulierem, istis : Hivc est mulier; non fuisset necesso
•m dcmonslralam esse pnesentem, nisi absolula tota orationo. (Cornel. Jan- -i:n., Comment, in Mnllh., cap. xwi.)
■19G LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE Vf.
Icllos. Rien ne s'oppose à ce que le saint Docteur se place à ce point (.le vue. Alexandre de Ilalès et S. Bonaventure considèrent (pi'au moment où le prêtre prononce les premiers mots de la consécration, c'est en réalité à la substance du pain que se réfère le pronom liot\ quoiiiue ce mot n'ait rien par lui-même qui désigne cette substance plutôt qu'une autre, et ils disent que Jwc représente le pain qui doit être transsubstantié. Scot et d'autres après lui ne considèrent que la fin à laquelle aboutira la prononciation de la formule sacrée. Pour eux, le pronom lioc n'aura sa véritable si"-nilication qu'après la prononciation entière de la formule; jus- «jue-Ià, elle reste vague et indécise, mais alors ce qu'il représentera sera le corps de Jésus-Christ contenu sous les accidents du pain. Personne ne peut empêcher Scot, Alexandre de Ilalès et S. Bonaventure de considérer au point de vue qu'il leur plaît de choisir la signification de ce mot, quoiqu'il semble plus rationnel de lui laisser son sens général excluant toute désignation précise de substance, surtout dans ce cas où la substance changeant, la signification devrait aussi changer.
On peut conclure de tout ceci que la question de savoir s'il faut prendre le iMouom hoc substantivement ou adjectivement n'importe pas autant que l'ont pensé certains scolastiques, pourvu qu'il soit bien entendu que ce pronom, en quelque sens qu'on le prenne, est le sujet de la proposition, et que les mots corpws metun en sont l'attribut. Pris substantivement, le pronom pourra se traduire simplement par ceci, qui signifie cette chose, quelle qu'elle soit. Pi-is ailjectivement, il signifiera ce pain, ou cette substance, uu ce rorps ' ; il importe peu, pourvu que la conclusion soit : est mon corps. L'esprit va plus vite que la prononciation, et parfois il considère déjà en elle-même, avec son être, ses qualités, la chose
1. Inoplo soient olijiccro, jjrnjjosilionom fore tnulologicani, si pronomcn Imc referalur ad corpus (llirisii; posse oiiim aiiinl tum su!)sliliu ipsuin noiiicii, aUjuc adeo ad liane, rede^i propositioiiem : corpus ineuni est corpus nKHim. — Proposiliones taulolo;^iea; sane non sunl illa;, in quihus idem designatur in suhjeclo, (|uod si;rnilie;ilur el in praedicato; id enim necessarium est ad veritatcni proposilionis, sed tautolofi;ia in eo est, quod idem codem modo significalur in suljijeclo cl in praidicato. Pronomen hoc demonstral corpus Clirisli, quando propositio completur. Non aulem distincte corpus Christi sif/nifical ; pra;dicatuin vero dislincle sitjniftml, illud demonstratum esse corjjus Chrisli. I/nr, compléta proposilione, et rorjjus Chrisli est res cadem, sed aliter demonstrala per jironomen hor, et .ililer significata per nonicn cor/ms Christi. (Kranzki !v. S. .1,. f.ii'diii.-ilis, Tr;ict;itns (U: SS. Eucharist., thcsis VI.)
qu'il ne nommera qu'après avoir déclaré sa présence. C'est ainsi que dans le désert, le peuple hébreu, en voyant la manne, dit à Moïse, en se servant d'un terme indéfini : Quid est hoc"? Qa est-ce que ceci ? Moïse, qui savait que c'était le pain envoyé de Dieu, ne dit pas Ceci, mais Ce pain est celui que le Seigneur vous a donné : Iste est panis queni Dominus dédit vobis. Le peuple a employé le pronom /toc substantivement; Moïse a employé iste. adjectivement. Le sens n'est-il pas le même que si Moïse avait répondu : « Ceci est le pain que le Seigneur vous a donné? » Il en est de même pour la manière d'entendre le pronom hoc, dans la consécration du pain ; que l'on ne voie désignée sous ce mot qu'une substance indéterminée, que l'on y voie ce qu'est cette substance au moment où on le prononce, ou que l'on voie d'avance celle qui tout à l'heure va prendre sa place, il importe peu, pourvu que la conclusion soit que cette substance est le corps de Jésus-Christ au moment précis où la formule de la consécration s'achève.
ERUEURS DES HÉRÉTIQUES CONCERNANT LA FOllME DU SACREMENT DE l'eucharistie
Quelque juste qu'il paraisse d'admettre les paroles de Notre- Seigneur Jésus-Christ : Ceci est mon corps.... Ceci est mon sang, comme forme nécessaire et essentielle du très saint et très adorable sacrement de l'Eucharistie, des hérétiques ne manquèrent pas de se révolter contre cette vérité.
Si l'on en croit le carme Guidon {de Weresibus Wcddensium), les Vaudois furent les premiers à refuser aux paroles de Jésus- Christ la vertu de clianger le pain et le vin en son corps et en son sang. A la forme légitime de la consécration, ils imaginèrent de substituer l'Oraison dominicale sept fois répétée. Il faut croire cependant que cette étrange erreur ne fut ni bien répandue ni de longue durée parmi eux. En effet, yEneas Sylvius, qui plus tard fut pape sous le nom de Pie II, n'en parle pas, quoiqu'il ait fait une étude approfondie de tout ce qui concernait ces hérétiques. Pierre de Luxembourg et Alphonse de Castro n'en parlent pas davantage.
VjX\ second lieu, les Grecs modernes, si l'on en croit le cardinal Bessarion (lib. de Sacrcnnento bhichdristin'), attribuent la consé-
oratioii dos saintes Espèces à la prière suivante que récitent leurs prèlres, après les paroles sacramentelles : a 0 Père, nous vous « prions d'envoyer votre Esprit sur nous et sur ces dons déposés « (sur l'autel); et faites de ce pain le précieux corps de votre « Fils; et de ce qui est dans ce calice, le précieux sang de votre « Fils '. » Les principaux défenseurs de cette opinion furent Nicolas Cabasile, Marc d'Éphèse et Siméon de Tiiessalonique. Ils reconnaissent tous qu'il faut prononcer les paroles de Notre-Seigneur : Ceci est mon corps; ceci est mon sang; mais ils soutiennent que le pain et le vin ne sont pas consacrés, tant que ces paroles ne leur ont pas été appliquées par la prière du prêtre. Nicolas Cabasile {Explic. liturg., cap. xxix et xxx) essaie de convaincre les Latins qu'il en est ainsi, en s'appuyant sur notre propre liturgie. Le patriarche Jérémie, de Constantinople, mentionne celte opinion dans la censure qu'il fait de la confession d'Augsbourg.
Les hérétiques des derniers siècles ne sont pas arrivés à formuler une doctrine stable sur ce point. Ils ne s'accordent que pour refuser d'admettre dans son intégrité la doctrine catholique, dit Bellarmin -. Voici leurs principales opinions :
La première est qu'aucune forme n'est nécessaire; aucune parole ne doit être dite, puisque Jésus-Christ n'a ordonné d'en prononcer aucune ^\ Il a dit de rompre le pain et de le manger, mais non pas de prononcer ces mots ou d'autres semblables : Ceci est mon corps ; ceci est mon snny.
La seconde est qu'il faut réciter les paroles de la consécration, uniquement par mode de discours ou de leçon, pour instruire les assistants du mystère qui s'accomplit, mais non pour le consacrer. C'est ce qu'enseigne Calvin V; car, dit-il, le Seigneur ne parlait pas au pain, mais à ses apôtres lorsqu'il disait : Prenez et mangez; ceri est mon corps. En conséquence de cette manière de voir, Calvin ajoute aux paroles de la consécration d'autres paroles ayant ce même but d'instruire. Les luthériens n'admettent pas généralement cette doctrine, quoiqu'elle dérive des principes posés
i. Rogiiinus, I»;itor, ul rniUJis Sjjiriliiiri luum super nos, et super luec appositn rauneni ; ot fac paiiem isluui jn'cliosum corpus Filii tui, et quod est in calice preliosuni san;;uinem l'ilii lui. (IJessarion, apud Contenson.)