‹ La Sainte EucharistieChapitre 57 sur 169 · BelLARM., /h- Srtrramnilo Eurh., lib. VI, cap. XII · texte numérisé non relu

BelLARM., /h- Srtrramnilo Eurh., lib. VI, cap. XII

:{. Kemmths in II. Examinis conril. Tn'cL, sess. XIll, c. i.

\ Calv., lil). IV Inslil., cap. xvii, n. 39.

DE LA FORME DU SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE. 199

par Luther, pour qui la foi de celui qui reçoit le sacrement fait tout.

La troisième se rapprociie beaucoup de la vérité dans les termes, mais s'en éloigne profondément, pour se rapprocher de Calvin, dans la réalité. D'après Kemnitius et plusieurs autres, toutes les paroles que le Seigneur a prononcées dans Tinstitution du Très Saint Sacrement composeraient la forme essentielle. Elle serait donc : Accipite et manducate ; hoc est enim corpus meum, etc. Ces hérétiques partent de là pour reprocher aux catholiques de mutiler la forme de la consécration ; ce qui est une odieuse calomnie, car le prêtre n'omet aucune de ces paroles; seulement l'Église ne reconnaît pas comme essentiels pour la validité de la forme ces mots : Accipite et manducate.

Ces hérétiques disent en second lieu qu'il faut prononcer uniquement les paroles de Jésus-Christ; et ils reprochent aux catholiques d'y ajouter quelque chose, comme on peut le voir par le Canon de la messe. Là encore ils se trompent ou ils mentent. Toutes les paroles de la consécration sont de Jésus-Christ, quoiqu'elles ne soient pas toutes tirées du même texte ; de plus, les mots enim, dans la consécration du pain, et mysterium fidei, dans celle du vin, ne sont pas considérés comme parties essentielles de la forme. Ils disent encore que les paroles de la -consécration doivent être prononcées, il est vrai, par le ministre, mais que leur efficacité ne dépend aucunement de sa personne, ni de sa consécration propre, ni de son intention, et c'est là ce qui sépare radicalement cette opinion de la doctrine catholique. D'après les hérétiques, Dieu opère la consécration par la bouche du ministre, mais le ministre n'y est pour rien ; les catholiques, au contraire, estiment, selon eux, que l'iiomme est tout dans la consécration ; elle est son œuvre, et par conséquent il est nécessaire que le prêtre soit consacré, qu'il ait l'intention. Mais Kemnitius et ceux qui le suivent se trompent encore ici. Nous reconnaissons, comme eux, que c'est Dieu qui opère la consécration par l'intermédiaire de son ministre ; mais nous voyons dans ce ministre autre chose qu'un simple instrument, tel que serait un oiseau que l'on aurait formé à prononcer les paroles sacrées, ou tel que l'ànesse de Balaam. Le ministre de Dieu est homme et il agit en honmie ; c'est librement et en pleine conscience de l'acte qu'il pose, qu'il tient la place de Dieu et prononce, comme Jésus-Christ le ferait lui-même,

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les paroles de la consécration. Il est l'ambassadeur de Dieu; il est son charg(' d'alïaires, et il ne saurait Tètre que par une délégation particulière. Le premier venu ne peut pas s'ingérer à remplir les fonctions de juge, de gouverneur de province, de général d'armée, s'il n'a re(.-u de l'autorité suprême la mission qui lui en confère le pouvoir. De même Dieu ne permet pas que tous indistinctement disposent de son autorité dans l'ordre surnaturel ; il faut avoir reçu de lui la mission indispensable; il faut, pour consacrer le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avoir été soi-même consacré prêtre.

En quatrième lieu, Kemnitius dit que les paroles sacramentelles ne doivent pas être simplement prononcées en forme de récit, comme le prétendent les calvinistes, mais il ajoute qu'elles ne doivent pas ressembler non plus à une formule magique, comme ce serait le cas, dit-il, d'après la doctrine catholique. Cette insinuation de Kemnitius est un blasphème. Nous disons que les paroles sacramentelles sont, en vertu de l'institution divine, les véritables instruments de la consécration. Elles ont comme telles, lorsqu'elles sont prononcées par un prêtre, la vertu de changer le pain au corps de Notre-Seigneur et le vin en son sang; et c'est là ce que les hérétiques appellent de la magie et de l'incantation! Ils veulent bien reconnaître une certaine efficacité aux paroles sacramentelles; mais cette efficacité n'irait pas jusqu'à opérer le changement; toute sa vertu consisterait à indiquer la présence du corps de Jésus-Christ, conjointement avec celle du pain. Que telle soit leur pensée, il est aisé de s'en convaincre; en effet, ils ne croient pas que le pain soit changé au corps de Notre-Seigneur et, par conséquent, ils n'accordent pas aux paroles de la consécration la vertu d'accomplir ce miracle. Ils s'imaginent que le corps de Jésus-Ciirist est présent partout ; donc, d'après eux, les paroles de la consécration ne sont nullement cause qu'il commence de se trouver sous les espèces du pain. S'ils attribuaient quelque vertu réelle aux paroles de la consécration, ils se garderaient bien d'accuser de magie les catholiques, précisément parce qu'ils reconnaissent une vertu à ces paroles.

Les paroles de Notre-Seignenr ne sont donc pas pour eux des paroles coîisaf r an les ; elles ne servent qu'à dénoncer la présence du corps du Seigneur dans l'Eucharistie.

Nous avons établi la véritable doctrine, et elle pourrait suffire

DE L.V FORME DC SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE. 201

pour repousser les inventions de l'hérésie; cependant il est bon de s'attarder un moment à montrer l'inanité de ces rêves.

La consécration se fait par les paroles de Notre-Seigneur et ne peut se faire que par elles. Les évangélistes S. Matthieu (xxvr, S. Marc (xiv), S. Luc (xxii) et l'apôtre S. Paul {I Cor., xv rapportent ces paroles. Lorsque Jésus-Christ mstitua l'adorable sacrement de l'Eucharistie et consacra le premier le pain et le vin, il n'ordonna pas délire l'épitre aux Corinthiens qui n'existait pas encore ; il ne fit mention d'aucune lecture, il ne parla d'aucun discours et n'en prononça pas lui-même Pour la même raison, les Apôtres ne lisaient rien avant la rédaction des Évangiles et des Épitres. vS. Grégoire pense qu'ils récitaient des psaumes et joignaient l'Oraison dominicale à la consécration (lib. VII, epist. lxiii), et rien déplus. S. Paul, dans sa première épître aux Corinthiens, n'ordonne pas de lire le chapitre où il parle de l'Eucharistie ni rien autre chose. En outre, lorsque Notre-Seigneur prononça ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il ne faisait pas le récit de l'institution, mais il disait ce qui était ou plutôt ce qui s'opérait au moment où il parlait. Les calvinistes, qui ne voient qu'un récit et non un acte dans les paroles de la consécration, et qui regardent la lecture et le discours comme étant de l'essence du sacrement, ne suivent donc pas la marche que Jésus-Christ leur a tracée par son propre exemple, et malgré son ordre : Faites ceci enmémoire de moi, ils en font à leur guise, et ne suivent que leurs propres pensées.

Ces mêmes réflexions mettent à néant l'opinion des Grecs. Le Seigneur n'a pas dit et n'a pas ordonné de dire : Que ce pain devienne le corps du Christ et ce vin le sang du Christ : Fiat hic panis corpus Christi, et hoc vinum sanguis Christi, paroles sans lesquelles ils estiment que le sacrement ne saurait être légitimement consacré. Si Jésus-Christ avait ainsi parlé, la Sainte Écriture ou la tradition nous auraient conservé ses paroles. Mais l'Évangile nous dit seulement que le Seigneur, après avoir rendu grâces au Père, prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant: Recevez et mangez ; ceci est mon corps : Accipite et manclucate ; hoc est corpus memn. En quels termes Noti'e-Seigneur a-t-il rendu grâces? On l'ignore. Les Grecs ne sauraient prétendre que ces expressions : Gratias agens, correspondent à celles dont ils se servent pour la consécration : Fiat hic

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panis corpus C/wisii, qui sont une demande et non une action de grâces. Ils ne peuvent donc prouver ni par l'Écriture ni par la tradition (|u'ils font ce que Josus-Christ lui-même a fait.

Il est vrai qu'on lit dans la liturgie de S. Jacques et dans plusieurs autres liturgies grecques anciennes : Fiai hic panis corpus Christi tui ; mais tout ce qui se trouve dans les liturgies ne remonte pas pour cela jusqu'à Notre-Seigneur, et il faudrait que les Grecs prouvassent, ce qui leur est impossible, que les paroles dont ils se servent émanent réellement de lui.

Nous avons vu, au contraire, que les paroles de la consécration, dont se sert l'Église catholique latine, sont bien réellement celles dont Notre-Seigneur s'est servi lui-même en instituant la Sainte Kncliaristie.

Contre les luthériens et les calvinistes, il nous suffit de dire que, d'après toute la tradition, les paroles de la consécration ont toujours été prononcées pour bénir et changer le pain au corps et au sang de Notre-Seigneur et non pas, comme ils le prétendent, uniquement pour instruire le peuple. Que l'on consulte les liturgies les plus antiques, celles de S. Clément, de S. Jacques, de S. Basile, deS. JeanChrysostome, de S. Ambroise, et la liturgie romaine attribuée à S. Pierre, aussi bien que les autres que nous ne nommons pas : partout on verra que les paroles du Seigneur : Hoc est corpus meum.... Hic est sanguis, sont dites à part et non pas seulement comprises dans la lecture d'un chapitre de l'épître de S. Paul aux Corinthiens, comme le veulent les calvinistes. La manière (Iniit ils célèbrent ce qu'ils appellent la cène est quelque chose de tout à fait nouveau et d'inouï dans l'Église.

Les Pères, dans différents passages de leurs écrits, disent que le corps de Notre-Seigneur est consacré par une prière mystique, une invocation du nom divin, une bénédiction solennelle, une action de grâces, une consécration détci'minéc, toutes expressions qui montrent j»js(iu'à l'évidence que les paroles prononcées le sont non pour instruire le peuple, mais pour consacrer le pain '. S, Paul ne dit-il pas lui-même : Le calice de bénédiction que nous

1. Jiisrinus. Ajio/of/., Il.diril j)rece fiori Kuchari.stiîim. Augusiinus, lib. III de Trhulfi/i-, c-ip. iv, dicit iny.stif;i prece, idem Cypri.-irms, lil). 1 l'jiisl. nit., Cyrillus, Calerh., III, et IV Mi/slnr/., et Kusehius Kmisseinis, at'rm. V de Pnsrknle, dicunt iiivnc.'itioiic summi nominis ficri Kucharisli.-im. Cyrillus Alexandriniis, lih. il inJntinn., r-ap. xxrv, et alii p;issiin dicunt bcnedictione fieri. IBei,i.\rm., 1)»' sacrnmcnt. Eucharial., lih. 1\', cap. xiii.)

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bénissons : Calix benedictionis cui benedicimus? (/ Cor., x, 16.) Et S. Jrénée : « Comment sauront-ils que le pain sur lequel « il a été rendu grâces est le corps de leur Seigneur ^ ? »

Mais pourquoi, disent les Grecs, les Pères donnent-ils à la consécration ces noms de prière, d'invocation, d'action de grâces, ou de bénédiction, si la consécration s'opère au moyen des paroles : Hoc est corpus meinn.... Hic est sanguis meus, puisque ces paroles ne ressemblent en rien à une prière, à une bénédiction quelconque?

Les Pères avaient un double motif de le faire. Ils l'ont fait d'abord parce qu'ils entendent souvent par consécration la liturgie tout entière, ou toute la partie qu'ils nomment Vaction, et nous le canon. Dans cette partie de la liturgie se trouvent des prières, des actions de grâces, des bénédictions, des invocations, et les Pères donnent au tout le nom d'une de ses parties. Mais lorsqu'ils veulent désigner expressément les paroles en vertu desquelles la consécration s'opère, ils séparent les paroles de Notre-Seigneur que l'Évangile nous rapporte, des prières et des invocations qui les accompagnent. L'autre cause pour laquelle ils s'expriment ainsi est que ces paroles de Jésus-Christ : Hoc est corpus nieum, comme toutes les autres formes des sacrements, lorsque le prêtre les prononce avec l'intention d'accomplir ce qu'elles signifient, contiennent implicitement une invocation de la puissance divine, qui est la cause première de l'effet sacramentel. Les expressions dont se servent les Pères ne justifient donc en rien la forme déprécatoire adoptée par les Grecs pour la consécration, ni l'opinion d'après laquelle les paroles de Notre-Seigneur n'auraient d'eflet que moyennant l'invocation qu'ils y ont ajoutée. .Jésus-Christ nous a donné l'exemple; il a dit à ses apôtres de faire ce qu'il avait fait lui-même : l'Église catholique latine suit à la lettre la recommandation du Fils de Dieu ; elle dit ce qu'il a dit ; elle fait ce qu'il a fait ; elle consacre son corps adorable et son sang précieux comm*^

1. S. Iren. Quomodo constal)it cis, eum p.inem iii quo grntije actœ sunt, esse ("orpus Domini sui ? (Lib. IV, cap. lvii.)

Nous ne pouvons entrer ici dans l'exposé et la discussion de toutes les objections soulevées soit par les protestants, soit par les Grecs, sur la forme de l'Eucliarislie. Ceux qui voudront en faire une étude approfondie feront bien de re- «ourir à Bellarmin, df CantrovertiUs, à qui nous avons emjn'unté en partie la matière de ce paragraphe, à Nicole, Arnaud, Henaudot, et aux autres controversistes qui ont traité particulièrement de cette matière.

•20\ LV SAINTE EICUARISTIE. — I.IVUE 1. — CIIAPITIU-: VI.

il les a consacrés lui-même une première fois. Qui pourrait raisonnablement prélendre qu'elle se trompe en agissant ainsi, ou (juo (lu moins il seniit possible de mieux faire?

l'AROi.Ks (,)i I A(:i:t)Mi'A<.xi:N r lA l'oioii: ksskntiellk

1>E LA CO.NSl'x'.KATlON DU TAIN

La forme essentielle du sacrement de l'Eucharistie consiste pour l'espèce du pain dans ces paroles : Hoc est corpus meum, et pour l'espèce du vin dans celles-ci : liic est catix sanguin is met ; telle est du moins l'opinion généralement adoptée '. Mais à ces quel- (|ues mois s'en trouvent ajoutés plusieurs autres, qu'il n'est pas permis d'en séparer '-. Il convient de voir quels sont ces mots, et Jusqu'à quel point ils sont nécessaires.

Les premiers mots qui se rattachent nécessairement aux paroles essentielles de la consécration du pain au corps de Noire-Seigneur sunl ceux-ci : « Qui pridie quam paterelur accepit panem in sanc- « tas ac venerabiles manus suas, et gralias agens, benedixit, fre- « t:-it deditque discipulis suis. La veille de souffrir, il prit du pain « dans ses mains saintes et vénérables, et rendant grâces, le bénit, " le rompit et le donna à ses disciples. »

Dans Scol et plusieurs autres ont cru que ces paroles faisaient

I. l'i'ii (liiplici iii;it('ri;i diijili'x loriu;i l'iucliarisliaî. Forma pro coiisecrando ji.iiie pi-a-scripla (lcsum])hi csl ah I']vaiifi,('lista Maltluco, et suntverba : I/oc esl riiiin ror/iiis nii-iini. lllud l'iiiiii }K)iiilur sccundum consueludinem R. Ecclesiae a M. Pctro Ajjoslolo dcrivalam, cl hoc propler contiiuiatioiiem ad vcrha praeceilcrilia. Forma aulcm pro consocraliono caHcis sequcns adsignatur : I/ic est l'iiiiii rulix sattf/iiiiiis iiit'i. itovi et œliTiii leslamcnli, myatcrium fidd qui pro riiftis l't ftro ititi/lis r/J'iniih'lnr in iri/tissioncin pfccalonan. QucB omnia fere viTl)a ex divcrsis Scripliine Utcis acciiii possunl; iiam quod dicitur liic esl rtili.r, haluMur Luca-, wii, o\ 1 Corintlnonim, \i. Matlluei aulem xxvi dicitur : ///<• vsl sfirif/iiis nii'iis iiori Icslamenli, qui pro iinillis pf/'iindetur in rcmissionem l„-<riilon(ni. Oiiod aulcm addalur wlerni, ol ilcrum myslerium fidei, ex Iradilionc Domhii hahclur, fjuod ad Kccicsiam per aposlolos pervonil secundum ilhul I Corinlhioriun, \i, -l'.\ : Ef/o nrrcpi a Domino quod et tradidi volris. Haec oiiiiiia An;;cHcus. Hoc posilo di(nmu8 :

-1. lu consccraliorip panis vcr))a de essenlia sunl: Hoc est corjnis meum ; uam ha'c complète si^'iiiticant et important couversionem panis in Christi corpus. Hiiic ad essenliam non j)ertinct verljum enim, et ideo cjus omissio non «•sset nisi veniaMs : sed non improl)al)iHter Concina, Roncaglia et Suarez damnant id de mortah' : ac rêvera in re tanti momenti, non videtur h>vis quœi-umquc mulalio dellherale apposila. Nequc ad essenliam pertinent caetera

DE LA FORME DU SACREMENT DE l'eUCHARISTIE. âOii

partie essentielle de la forme de l'Eucharistie, et qu'elles étaient nécessaires à ce point que la consécration n'aurait pas lieu, si le prêtre les omettait. Ils donnaient pour motif que toutes ces paroles, à commencer par Qui pridie quam pateretur, sont indispensables pour signifier que le corps qui se trouve sous les espèces eucharistiques est bien celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet, disaient-il, si le prêtre ne prononçait que ces mots : Hoc est corpus meiun, il faudrait en conclure qu'il parle de son propre corps, que c'est le corps du prêtre, et non celui de Jésus-Christ qui se trouve sous les espèces sacramentelles. Mais du moment qu'il montre Jésus-Christ prenant le pain dans ses mains, le rompant, le présentant à ses disciples et disant : « Ceci est mon corps : Hoc est corpus meum, » il est évident que le corps dont il s'agit est celui du Seigneur. On pourrait dire, il est vrai, que l'intention du prêtre suffit pour spécifier qu'il parle du corps de Jésus-Christ, et non de son propre corps; mais il n'en est rien; l'intention du prêtre est un acte intérieur qui demeure caché, et la présence de Notrc-Seigneur dans l'Eucharistie doit être marquée par des paroles sensibles.

Il y a de plus une difficulté particulière concernant ces paroles : « Accipite et manducate : Recevez et mangez. » D'abord elles sont de Notre-Seigneur .Jésus-Christ lui-même; ensuite Eusèbe, cité par S. Thomas et S. Ambroise (lib. IV de Sacramentis), semblent donner comme certain que la consécration se fait au

nntpcedentia verba : non illud accipite et manducate, ciim id solum commoinoret usum sacramenli ; non illud quod pro vobis tradelur, quia solam indicant passionem Christi. Xequo tandem illud rpii jiridie, etc., quia hcec non suiil verlja Christi. Nec dicas quod hi.sce verbis prcetermis.sis, sequentia verba hoc e/it corpus meum, indicarent corpu.s sacerdotis, non corpus Christi; re.spondet enim .\ngelicus : « Quod si sacerdos sola verba prjiedicta hoc est corpus meum, proferret cum intentione conficiendi hoc sacramentum, perficeretur hoc sacramcntum; quia intentio faceret, ul haec verba intelligerentur quasi ex persona Christi prolata, etiamsi verbis prœcedentibus hoc non recitaretur. » (III, quiest. Lx.win, art. I ad 4.)

Verba essentialia in consecrationccalicisconimunius ha'ctanlum habenlur : ffic est calix sanfjuinis mei ; tum quia h;ec est mens Juslini, Uamasceni, etc. ; tum quia hœc jam satis signidcanl praîsentiani sanguinis Salvatoris sub speciebus vini. Sunl tamen qui requirunt eliam sequentia : Xori et wterni Icslarnenll, qui pro vohis et pro muftis e/f'undetur in remissionem peccatorum : ul lia ex])rimatiir virtus ])assionis Christi; cum ad banc quoque Kucharislia sit institula. Quod quidcm cum sit salis ])robabile, ei ipso .\ngelicus non hic salis percipiatur ; ideo qui ca omisissent, debeimt intcgram sub conditionc t'ormam l'epetcre. (Scavim, Thcolog. mor., tract. IX, disp. iv, cap. n.)

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moyen de ces paroles : Accipite et comeditc, hoc est corpus mcum. On peut tirer la même conclusion du texte du concile de Florence (sess. XXV sub fine).

Cepemlant il est certain d'abord et il est de foi que la consécration s'opère au moyen des paroles dont Notre-Seigneur Jésus- Clhrisl s'est servi lui-même pour la consécration. Les actes du concile de Florence et le décret du pape Eugène IV, confirmé par ce concile, ne laissent aucun doute possible à ce sujet. L'Église, qui propose Jésus-Christ dans l'Eucharistie à nos adorations, ne pouvait nous laisser dans l'incertitude sur le moment précis où il commence d'y être, sur les paroles en vertu desquelles seules le pain est changé en son corps et le vin en son sang.

En second lieu, il est certain aussi que ces paroles : Qui pridie t/wmt putcrclur dcccpit panein in sanctas ac venerabiles nianus suas, benedi.vit et fregd, deditque diseipulis suis, dicens, etc., ne sont pas nécessaires de nécessité de sacrement, bien loin de faire partie essentielle de la forme. La consécration est valide même si elles ne sont pas prononcées. D'après le concile de Florence, les paroles seules de Notre-Seigneur font partie de la forme du sacrement; aussi les Pères n'ont-ils qu'une voix pour les appeler des paroles du ciel, des paroles de Jésus-Christ, des paroles de Dieu: mais celles qui les précèdent sont les paroles de l'Évangéliste, oii plutôt ce sontdes paroles que l'Église a choisies dans le texte des Evangiles et de l'Épître de. S. Paul aux Corinthiens, pour dire ce que Jésus-Christ a fait avant de prononcer les paroles de la considération. Ce ne sont pas les paroles de Jésus-Christ, mais celles de l'Évangéliste que le prêtre redit en les récitant: or, pour consacrer, le prêtre est le représentant de Jésus-Christ, il parle au nom de Jésus-Christ, et non pas au nom de S. Matthieu ou de S. Paid.

Tout ceci, dirii-t-oii peut-être, prouve que ces paroles ne font pas partie de l'essence de la forme du sacrement, mais non pas qu'elles ne sont pas nécessaires pour la consécration. Mais quelles sont les paroles qui coiiijwsent l'essence de la forme sacramentelle, sinon celles sans lesquelles la consécration est impossible? S'il était indispensable, comme le dit le Docteur Subtil, que la forme du sacrement déclarât nettement que c'est bien du corps de Jésus- Christ et non pas d'un autre qu'il s'agit lorsque le prêtre dit : J/oc est enim corpus rnewn, le récit évangélique, qui pridie

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quampalcretur, qui les précède, ne suffirait pas. Que signifie-t-il en effet, sinon que Jésus-Christ a pris du pain, l'a béni, l'a rompu et donné à ses disciples, en leur disant que ce pain n'était plus du pain, mais son propre corps? Il n'y a là rien qui marque extérieurement que ce que le prêtre tient entre ses mains est aussi le corps de Jésus-Christ sous les espèces du pain. Ce récit par luimême ne prouverait rien ; il faut que le prêtre parlant au nom de Jésus-Christ, ayant l'intention de faire ce qu'a fait Jésus-Christ, prononce comme son divin Maître, en vertu du pouvoir et de l'onh-e qu'il en a reçu, les paroles de Jésus-Christ lui-même. Voilà ce qui est uniquement, mais aijsolument indispensable, pour que le grand mystère s'accomplisse. Les paroles qui précèdent celles-ci : Hoc est corpus meiwi, les préparent et les amènent naturellement, mais ne sont ni essentielles ni indispensables à la validité de la consécration.

Ces autres mots : Accipite et manducate, ne sont pas non plus indispensables à la validité de la consécration ; il en est d'eux comme de tout ce qui précède le pronom hoc ; telle est du moins la doctrine de S. Thomas, de Gajétan et de la presque unanimité des théologiens. En effet, on ne doit pas regarder comme nécessaires des paroles qui ne sont pas rapportées par tous les évangélistes, et que l'Église ne considère pas comme telles. Or, S. iMatthieu et S. Paul les rapportent, il est vrai, mais S. iMarc ne fait mention que d'une : sumite, et il n'y a rien dans S. Luc qui les rappelle. Il écrit simplement que Jésus-Christ donna du pain à ses disciples en disant : Ceci est mon corps: Hoc est corpus meum. On peut reconnaître à ce signe que les paroles : Accipite et manducate, ne sont ni essentielles ni nécessaires ; autrement S. Luc ne les aurait pas passées sous silence, lui qui relate le commandement fait aux Apôtres de consacrera leur tour l'adorable sacrement en mémoire de leur Maître: JIoc facite in meain commemorationem. [Luc, xxii, 19.) En second lieu, S. Thomas prouve que ce qui a uniquement trait à l'usage du sacrement de l'Eucharistie ne saurait ni faire partie de son essence ni être nécessaire à son existence. La raison en est que le sacrement de l'Eucharistie existe indépendamment de l'usage qu'on en fait; il est permanent, ce que ne sont pas les autres. Or les mots Accipite et comedite se rapportent à l'usage de ce sacrement et non pas à son existence. Le sacrement, (jui existe sans l'usage, peut tout aussi bien exister

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sans ces mois, qui s'y rallaclient uniquement. Une troisième raison enfin est que ces paroles sont prononcées par le prêtre matériellement et en forme de récit, et non pas formellement et sacramentellemcnt ; autrement elles seraient fausses, car elles signifieraient que le prêtre, tenant en tout la place de .Tésus-Clirist, donne le corps du Seigneur à manger aux disciples, ou au moins à quelqu'un, en les prononçant, ce qui évidemment n'est pas. Mais le prêtre ne ment pas en disant : Accipite et comedite, parce qu'il ne fait alors que rapporter ce qui a été dit et fait par Notre-Seigneur. Au contraire, lorsqu'il consacre, ce n'est plus un simple récit qu'il fait, mais il agit comme représentant de Jésus-Christ.

Celte qualité de représentant de Jésus-Christ, en vertu de laquelle agit el parle le prêtre, lorsqu'il prononce les paroles de la consécration, suffit pleinement pour faire connaître, à ne s'y pas tromper, qu'il parle, non pas de son propre corps, mais du corps du Fils de Dieu, lorsqu'il dit : Uoc est enim corpus meum. Personne parmi les fidèles n'ignore que le prêtre est, surtout en ce moment, le représentant du Fils de Dieu, et qu'il a été ordonné prêtre principalement pour représenter Jésus-Christ à l'autel, en consacrant le pain et le vin, qui deviennent ainsi le corps et le sang du Seigneur. Que Jésus-Christ profère lui-même ces paroles : Ceci est mon corps, ou que ce soit le prêtre qui les prononce en son nom, c'est tout un ; les fidèles qui se prosternent pour adorer la sainte hostie ne s'y trompent pas. Et lorsque quelques Pères semblent regarder comme essentielles ces paroles : Accipite et comedite, ils veulent dire seulement qu'elles sont nécessaires pour la perfection absolue du sacrement qui comprend son usage, mais non pour son existence, à laquelle l'usage n'est nullement nécessaire.

Lorsque le prêire a prononcé sur le pain les paroles de la consécratiun : Hoc est enim corpus mei/ni,, il passe immédiatement, dans l'Église latine, à la consécration du calice ; mais il n'en est pas de même chez les Grecs. Leurs liturgies ajoutent quelques mots qui dilTèrent pour l'expression, mais se ressemblent pour le sens. Ils disent : « Ceci est mon corps qui sera livré, » ou « qui est livré, » ou « qui est rompu pour vous, » ou même « qui est rompu pour vous en rémission des péchés ; » et ils prétendent que ces paroles font partie essentielle de la forme du sacrement. Ce qui donne du poids à cette opinion, c'est qu'on trouve ces mêmes

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expressions dans S. Luc et dans S. Paul. Le premier dit : Quodpro tu)bis datiir : Qui est donné pour vous ; et S. Paul : Quod pro vobis tradetur : Qui sera livré pour vous. Ne semble- t-il pas dès lors que ces paroles sont essentielles à la forme de l'Hlurharislie * ?

Cependant il n'en est rien. 11 est de foi que ces paroles : Quod pro vobis tradetur, ou traditur, ou frangitur, n'appartiennent pas à l'essence de la forme du sacrement eucharistique. L'É:jlise romaine ne les admet pis dans la consécration du pain, et l'on ne peut dire sans blasphème que la sainte Église a erré sur un points! grave, depuis le temps de S. Pierre et de S. Paul. D'autre part, ces paroles ne se trouvent ni dans S. Matthieu ni dans S. Marc, qui ne les auraient pas omises si elles avaient été essentielles. Il n'y a d'essentiel, dans la forme du sacrement de l'EucharisLie, que ce qui est nécessaire pour si,o-nifier la présence réelle de Jésus-Christ sous les espèces, et il suffit pour cela des mots : Hoc est corpus meum : Ceci est mon corps. Après que le prêtre les a prononcés, le mystère est accompli, le pain est changé au corps de Notre-Seigneur et la sainte hostie est présentée aussitôt aux adorations des fidèles.

Faut-il donc condamner absolument la pratique des Grecs, qui ajoutent à la forme essentielle ces mots : Quod pro vobis tradetur? Non, puisque ces mots se trouvent dans S. Luc et dans S. ï*aul ; ils ont pu les ajouter pour de bonnes raisons, comme rÉ^lise latine a ajoute Mijsteriuni fidei dans la forme de la consécration du précieux sang; mais ils sont gravement répréhensiblcs lorsqu'ils prétendent, contrairement à l'enseignement et à la I>i-atique de l'Église catliolique, que ces mots sont nécessaires et essentiels.

Les Grecs ont tort aussi lorsqu'ils regardent comme indispensables à la validité de la consécration certaines prières qu'ils récitent après les paroles sacramentelles, pour demander qu'elles piuduisent leur elTet. Il y a là une interversion. L'effet est produit et les prières sont inutiles. La liturgie catholique contient des prières analogues, mais avant la consécration.

1. In liUirgia Jacobi habetur : Quoi pro vobis franf/iliir et dnlur in remissionem peccalorum. At in Basilii liUirgia dicitur : Qund pro vobis fravqitur in remissionem peccalorum. Atvero Clemens, lib.VIII Const., cap. xvii ; Damasc. lil). 111 de Fide, cap. xiv, et Chry.sost. dicunt : Quod pro vobis traddurin remisjiioncm peccalorum. (Passerini, comm. 36, n. 34.)

Concluons donc que la forme essentielle du sacrement de TEucharistie, pour la consécration du pain, consiste dans ces mots : Hoc est corpus mcuni. iMais n'oublions pas que si elles suffisent pour la consécration, toutes celles qui les précèdent ou qui les suivent, dans le canon, n'en sont pas moins absolument nécessaires de nécessité de précepte, et qu'il serait très grave d'en omettre une seule de propos délibéré.

PAROI^S QUI ACCOMPAGNENT LA FORME ESSENTIELLE DB LA CONSÉCRATION DU VIN

Les paroles dont se sert la sainte Église romaine pour la consécration du calice sont celles-ci : « Hic est enim calix sanguinis « mei, novi et œterni testamenti, mysterium fidei,qui pro vobiset e pro multls effundetur in remissionem peccatorum. » — Toutes CCS paroles font-elles partie essentielle de la forme du sacrement, ou bien ne faut-il regarder comme essentielles que les premières: Hic est enim calix sanguinis mei? Que ces paroles le soient comme nous l'avons dit tout d'abord, on ne saurait le nier sans pécher contre la fui ; mais pour les autres, il y a doute.

S. Thomas est d'avis que la formule de consécration telle que le prêtre la prononce est essentielle en toutes ses parties '. Mais sur ce point, il est en désaccord avec les anciens scolastiques et avec les modernes. La plupart de ses disciples se séparent de lui ; Cajétan le contredit ouvertement, et plusieurs autres s'efforcent

1 . Utrum hxc sit conveniena forma ronsecyationis vini : Hic est calix sanr/uims mei? — Respondeo dicendum qiiod circa hancformam est duplex opinio : quidam enim dixerunt quod de sulislantia form;u Iiujus est hoc solum quod dicitur : Ilic est calix snngiii}iis mei, non autem qufe sequuntur. Sed hoc videtur inconveiiiens, quia qua? sequuntur sunt qu;edam detmninationes pranlicati, id est sanguinis Christi; unde pr-rtinent ad inlegritatem ejusdom lorutionis. El projiter hoc sunt aHi qui molius dicunt quod omnia seqnentia sunt de substantia formcc, usque ad hoc quod postea sequitur : Ifœc quotiescumque fecerilin, quod pertinet ad usum hujus sacramenti ; undononestde substantia forma'. Et inde est quod sacerdos, eodem ri tu et modo, scilicet tencndo calicem in manibus, omnia h.x'c verba profert. Luc. enim xxii, interponuntur vf'rl>a sfquenlia vorlns pra^missis, cum dicitur : Ilic calix novum testanientum est in meo sajujiiine. —Dicendum est ergo quod omnia prœdicta verba sunt de substanlia form;c. Sed per prima verba, cum dicitur : Ilic est calix sajiffitinis mei, significatur ipsa conversio vini in sanguinem, eo modo que dictum est in forma consecrationis panis ; per verba autem sequentia, desi-

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d'expliquer son texte, de manière à le montrer d'accord avec leur propre enseignement. Nous imiterons Passerini, ce fidèle commenlateur de S. Thomas qui nous sert le plus souvent de guide, et nous laisserons de côté ces discussions, ne nous arrêtant qu'à l'explication de quelques points sur lesquels tout le monde est d'accord.

La première remarque qu'il convient de faire, c'est que toutes les paroles qui servent à la consécration du vin sont des paroles sorties de la bouche de Jésus-Christ. Le pape Innocent Ilf dit : « Nous croyons donc que les Ap<:>tres ont reçu de Jésus-Christ la a forme des paroles, comme on la trouve dans le canon, et que « leurs successeurs l'ont reçue d'eux *. » Le canon lui-même rend témoignage de cette vérité. Il y est dit, en effet, que Jésus-Christ a consacré le calice en disant : Hic est calix, etc. Ce récit ne serait pas exact si Jésus-Christ n'avait pas prononcé toutes les paroles qui se trouvent dans la formule de consécration inscrite dans le canon; or on ne peut pas supposer qu'il contienne quelque chose de contraire à la vérité. Aussi tous les docteurs et les théologiens catholiques ont-ils admis, avec S. Thomas, que les paroles de la consécration ont été toutes prononcées par Notre-Seigneur. On pourrait tout au plus douter s'il les a dites exactement dans le même ordre.

Quoiqu'il ne soit pas certain que toutes les paroles de la consécration que le canon renferme sont essentielles, il est indubitable que l'obligation de les prononcer toutes est absolue. L'Église l'ordonne ainsi parce que telle a été la volonté de Notre-Seigneur.

gnatur virtus sanguinis effusi in passione, quae operatur in hoc sacramento, quae quidem ad tria ordinatur : primo quidem et principaliter, ad adipiscendam ffiternam haereditatem, secundum illud {Ilebr., x, 19) : Hahentes (iduciam ■n inlroitu sanctorum in sanguine Christi ; et ad hoc designandum dicitur : Xovi et asterni Testamenti. Secundo, ad justitiam gratije, quce est per fidem, secundum iUud {Rom., m, 2;j) : Que'm proposait Deits propitiatorem per fidem in sanrjuine ipsiiis, ut sit ipse justus et juslifica7is eiim qui ex fide est Jesu Christi ; et quantum ad hoc subditur, mi/sterium fidei. Tertio autem, ad removendum impedimenta utriusque praedictorum, scilicet peccata, secundum illud [Ilebr., ix, 14) : Sanguis Christi.... emundabit conscientiam nostram ab operihus mortuis, id est a peccalis ; et quantum ad hoc subditur : Qui pro vobis et pro niultis effundetur in remissionem peccatorum. (S. TilOM. Ill,qu;est. Lxxvii, art. 3.)

\. Credimus igitur, quod formam verborum, sicut in canone reperilur, et a Christo Apostoli, et ab ipsis eorum acceperint successores. (Innoc. 111, cap. Cum Marthœ, de Celebratione missarum.)

'21-2 LA SAINTE EUCIIAniSTlE. — I.IVHE I. — CHAPITRE VI.

Elle a reçu du chef des Apôtres la forme de consécration inscrite dans le canon, et les successeurs de Pierre et des autres apôtres l'ont précieusiMiient consei-vée. II en est de même pour la consécration du pain. Aussi S. Alphonse de Lig-u<'ri dit-il que le prêtre qui ne prononcerait pas tous les mots assignés pour la consécration du calice pécherait gravement, et s'il n'avait dit que les premiers, il devrait répéter sous condition la forme tout entière. Dans une m;itière si grave, il n'est pas permis de s'écarter de la pratique do l'Église; de plus, il y aurait un danger sérieux de ne pas consiicrer, puisque, selon plusieui's théologiens s'appuyant sur S. Thomas, toutes les paroles do la forme sont essentielles et p;ir là même indispensables. Le prêtre qui restreindrait son intention de consacrer aux seuls mots : Hic est enim calix sanguinis mci, s'exposerait au même danger et commettrait une faute semblable. Mais d'autre part, si le prêtre venait à mourir après avoir prononcé uniquement ces paroles : Hic est calix sanguinis mei, on devrait adorer sous condition le contenu du calice, même si Ton était persuadé que toutes les paroles de la foi'me sacramentelle sont essentielles; sinon on s'exposei-ait au danger de ne pas reconnaiti-e et honorer Notre-Seigneur dans le sacrement où peutêtre il serait.

Noire-Seigneur Jésus-Christ, en prononçant les paroles de la consécration, a-t-il dit : « Ceci est mon sang : Hic est sanguis <i meus, » ou bien : « Ceci est le calice de mon sang : Hic est calix « sanguinis mei? » Il est difncile de le décider d'après la Sainte Écriture, car S. Luc et S. Paul ont nommé le calice; S. Matthieu et S. Marc, au contraire, ne l'ont piis nommé. Cependant il semble que s'ils ne l'ont pas nommé, ce fut uniquement pour faire mieux ressortir le sens des paroles du Seigneur qui, renfermant une figure, auraient pu donner à des interprétations fausses. Grâce à la manier»! dont ils ont rapporté les paroles divines, il n'est plus possible de se tromper sur leur sens; d'où l'on peut conclure que .lésus-Chiist a dit : Hic est calix sanguinis mei ; mais cette raison n'exislàt-clle pas, nous avons l'autorité de l'Église, qui ne laisse pas de doute s<''rieux à cet égard.

Les paroles qui suivent celles qui, de l'aveu de tous, sont la forme essentielle du sacrement de l'Eucharistie, sont celles-ci : Nooi et a-terni testamenli. Le sang que contient le calice est le testament nouveau et étemel. Ce sang précieux est appelé testa-

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ment parce qu'il fut couinie le pacte, la condition moyennant laquelle Dieu disposa de son ht'iilage en notre faveur. On peut dire aussi que le sang de Jésus-Christ est non pas le testament luimême, mais le sang du testament, c'est-à-dire la confirmation du teslament ou de la promesse que Dieu nous a faite de nous donner l'héritage éternel. C'est dans ce sens que S. Paul écrivait aux ■Héhreux : C'est pourquoi il est le médiateur du nouveau testament, a/in que la mort intervenant pour la rédemption des prévarications qui existaient sous le premier testament, ceux qui sont appelés reçoivent V éternel héritage promis ^ Jésus-Christ nous a donc confirmé la promesse de l'héritage éternel par son sang, et c'est pourquoi ce sang divin est appelé le sang du testament.

C'est un testament nouveau. La promesse de la béatitude éternelle, que Dieu a faite à ses élus, est une promesse éternelle; cependant il l'a renouvelée, il l'a faite d'une manière tout à fait nouvelle, à la mort de Jésus-Christ, parce que la condition moyennant laquelle il l'avait faite d'abord a été remplie en ce moment. C'est un testament nouveau, dit encore S. Ihomas, parce que le sang de Jésus-Christ n été donné pour le renouvellement du monde dans l'état de grâce. Suarez ajoute que le sang même de Jésus-Christ nous reiiuuvelle, et qu'à ce titre, il est appelé le sang du nouveau testament.

Mais la nouveiiulé n'em|»êche pas l'éternité. Le testament nouveau est éternel, parce que l'hérilage dont il dispose en notre f;(veur nous a été destiné par Dieu de toute éternité; en second lieu, parce que cet héiilage qu'il nous adjuge est lui-même éternel ; troisièmement, parce que la personne de Jésus-Christ est ellemême éternelle. Ajoutez enfin que le rite de ce sacrifice et de ce sacrement doit durer jusiiu'à la fin du monde, disons même en un sens, pendant toute l'éternité, si nous considérons que Jésus- Christ est piélre élernellement : Tu es sacerdos in aHernum.

Le calice eucharistique est appelé « mystère de foi, » mijslerium fidei dans la formule de la consécration. Il a droit à ce nom, premièrement, parce qu'il est un des objets de la foi. S. Thonjas - dit, apies le pape Innocent III, que le même objet peut être un mystère et (Ml même temps une figure, selon le point de vue aucjuel on

\. /Mr., IX, \i;.

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